Histoi’Art – Secrets de bijoux dans les portraits royaux

Ils fascinent, rayonnent, attrapent des fragments d’émerveillement, les renvoient à nos âmes en mille faisceaux ostentatoires qui captivent… Ils ont toujours été là, mêlés à nos souverains, à la fois discrets sur leurs portraits et en même temps rutilants de beauté extatique… Et si nous nous plongions un instant dans ce fantasmagorique univers pour découvrir les petites anecdotes, les rocambolesques aventures, de ces pierres qui, sorties de leur écrin de terre, ont accompagné ceux qui ont fait la grandeur de notre France ? C’est ce que le Louvr’Boîte vous propose dan ce Secret d’Histoi’Art inédit…

François Ier et les joyaux de la couronne

CLOUET, François Ier, 1530, huile sur toile, 96 X 74 cm, Paris, musée du Louvre

Qui incarne le mieux la Renaissance française que notre incomparable roi François Ier ? Obsédé par cette Italie rêvée, ce duché de Milan qu’il veut faire sien, il traverse les Alpes avec son armée. Si finalement il reviendra d’une campagne assez mitigée qui l’enfermera même en Espagne quelques temps, François ne s’avoue pas pleinement vaincu et repart avec dans ses bagages de précieux personnages, d’illustres artistes et artisans italiens, qui n’hésitent pas très longtemps avant d’accompagner ce nouveau Prince des Arts. De Vinci, Del Sarto, Primatice, Rosso Fiorentino… Des noms qui ont fait vibrer la cour française et ses différents châteaux au XVIème siècle. Moins connus du grand public, del Nassaro et Cellini méritent pourtant tout autant les honneurs. Orfèvres « geoliers », ils donnent à la France un nouveau souffle dans ses arts du beau éclatant, du métal flamboyant, du bijou étincelant. Installés dans l’hôtel de Nesle, ils apportent leur savoir-faire italien à leur atelier français, introduisant de nouveaux sujets mythologiques. La religion reste toutefois encore représentée sur quelques bijoux comme sur le médaillon que le roi arbore dans son portrait peint par Jean Clouet visible au Louvre. Il s’agit d’un rappel de l’ordre de Saint-Michel fondé par Louis XI, son royal prédécesseur, en 1469. L’absence de la salamandre mais la présence de cette iconographie sont sans doute une volonté de François Ier de se légitimer dans la succession monarchique qui est passée de la dynastie des Capétiens à celle des Valois. Toutefois, le roi fait une entorse aux statuts de l’ordre qui

demandaient que le collier ne soit pas rehaussé de pierreries et devait se composer de vingt-trois coquilles en or. La présence du médaillon avec saint Michel terrassant le dragon est toutefois bien respectée. Le portrait le montre tout en apparat, soulignant un message implicite clair : « Je m’inscris dans le passé de mes prédécesseurs mais incarne le renouveau frais et noble, dans un raffinement moderne. ». François Ier va même plus loin et institue en 1530 les « Joyaux de la Couronne ».  Huit pierres, toutes alors appelées « diamants », enchâssées sur des bagues, avaient été apportées quelques années plus tôt à la couronne par la reine Claude, son épouse, la fille d’Anne de Bretagne. Quelques semaines avant son second mariage (Claude mourant en 1524), le roi demande à la Chambre des Comptes d’inscrire l’inaliénabilité de ces trésors. Toute souveraine française a le droit d’en jouir durant le règne de son époux mais une fois devenue veuve, elle doit obligatoirement les rendre au Trésor Royal.

Le Diamant bleu et Louis XV

VAN LOO, Portrait de Louis XV, après 1750, huile sur toile , 244X 186 cm, Dijon, Musée des Beaux-Arts

À ces beautés originelles s’en sont ajoutées d’autres au cours des règnes suivants. C’est notamment le cas du Diamant bleu, acheté par Louis XIV, venant tout droit des Indes. D’un bleu intense de 69 carats, il est l’heureux cadeau que s’offre le roi Soleil, fan de gemmologie, pour l’équivalent monétaire de 179 kilos d’or pur. Son successeur, Louis XV, boude un peu cette merveille jusqu’à ce qu’il soit adoubé chevalier… de l’ordre de la Toison d’Or en 1749 ! Il demande alors à Jacquemin, pour son insigne, de rappeler la royauté française

FARGES, Gouache représentant la Toison d_Or de Louis XV, 2008

(l’ordre de la Toison d’Or étant décerné par la famille des Habsbourg). Quoi de mieux qu’une sublime pierre de couleur bleu roi ? Même si aujourd’hui cet insigne final de Louis XV est perdu, le moule en plomb ayant accueilli le Diamant Bleu existe toujours. Sur l’ensemble commandé pour le roi, la pierre est censée protéger la Toison d’Or des flammes crachées par un dragon. Ce dernier est par ailleurs taillé dans une spinelle, mais pas n’importe laquelle : il s’agit de la « Côte de Bretagne », aujourd’hui seule rescapée des huit premières pierres originelles des Joyaux de la Couronne ! Une catastrophe arrive cependant: l’insigne de Louis XV finit par être volé en 1792 dans l’hôtel du Garde-Meuble (aujourd’hui l’Hôtel de la Marine). Beaucoup d’autres joyaux de la Couronne sont dérobés au même moment. Si certains finissent par être retrouvés, d’autres sont pour le moment encore perdus. Vingt ans après, en 1812, le Diamant Bleu réapparaît en Angleterre ! Ouf ! Retaillé, il est désormais connu sous le nom de « Hope » et est conservé au Smithsonian Institute.

Le Régent et Napoléon Bonaparte

Lui-aussi venu des Indes, le Régent est un diamant blanc, sûrement le plus connu et le plus précieux au monde. Encore aujourd’hui, il est visible au musée du Louvre. Son histoire avec Napoléon Bonaparte a pourtant commencé bien mal… Afin de financer la campagne d’Italie du général, le gouvernement le met en gage en 1797. Heureusement, le coût du triomphe de ces années militaires n’est pas oublié par le Corse qui, une fois Consul, s’empresse de le racheter cinq ans plus tard.

BOUTET, ODIOT, NITOT, Épée du sacre de Napoléon Ier, damasquinure, or, écaille, jaspe, pierres précieuses, 96 cm, Château de Fontainebleau

Il s’attache tant à cette pierre qu’il la fait monter sur la garde de son épée (une commande de 11 000 francs, quand même réestimée à 14 200 000 francs en 1802). Il se fait alors portraiturer avec par Ingres. La pierre le suit dans son ascension, fidèle bonne étoile de ses succès. Le Régent avait veillé sur ses exploits en Italie, il l’accompagne désormais bien visible sur son arme durant le Consulat… jusqu’à son sacre d’Empereur. Sur son portrait officiel en pied par Gérard conservé à Versailles, le Régent étincelle toujours, extrêmement mis en valeur, sur le flanc gauche du souverain. Un porte-bonheur ? Sans doute… Puisqu’en 1812, l’Empereur le fait transférer sur une autre arme impériale, en forme de glaive antique. Ne cherchez toutefois pas le fameux Régent sur le tableau du Sacre de David au Louvre : il semblerait que l’arme représentée sur le côté de Napoléon Ier, avec une garde formée d’un aigle en or, ne soit qu’une invention de l’artiste. Si aujourd’hui le Régent a effectivement été retiré de l’épée, une reconstitution de l’ensemble est encore visible à Fontainebleau.

Le Trèfle et Eugénie de Montijo

Terminons ce tour d’horizon à carats et facettes avec cette fois… une souveraine ! Ceux qui se passionnent pour la belle Eugénie de Montijo le savent peut-être, elle raffolait du vert. En arpentant encore ses appartements impériaux dans certains palais, les tentures Second Empire sont souvent, en plus du cramoisi, de cette couleur. Nous allons donc parler d’un magnifique bijou de la même nuance. Glissez-vous confortablement dans un fauteuil crapaud à franges pour lire cette histoire presque digne d’un conte de fées… Rencontrée lors d’un dîner chez la cousine du prince-présient, la princesse Mathilde, la jeune demoiselle espagnole subjugue le Louis-Napoléon Bonaparte qui débute alors une cour assidue auprès de la belle. Pendant l’automne 1852, Eugénie est invitée à séjourner à Compiègne, rejoignant ainsi sa mère… et son prétendant !

FOSSIN, Trèfle en or, argent, émail et diamants, ©Collection privée

En se promenant un matin avec lui dans les jardins, la jeune femme remarque, subjuguée, un trèfle où de fines gouttelettes de la rosée s’étaient déposées, faisant ainsi étinceler la plante d’une poésie magique, suspendue dans l’incroyable et éphémère moment de la contemplation. Le cœur du futur Empereur cède complètement : Eugénie est la femme qu’il lui faut. Le lendemain, il lui offre une broche en forme de trèfle en émeraude, entouré d’un liseré de petits diamants, signé Fossin de la dynastie de joaillier Chaumet. Le bijou, faisant office de cadeau de fiançailles, sacre leur amour. Eugénie le porte alors comme un talisman de cette promesse éternelle et se fait régulièrement représenter avec, sur ses portraits.

 

 

 Laureen Gressé-Denois

Le Billet Neuchâtelois – Guillaume Tell : l’identité implicite suisse

SANDREUTER, L’arrestation de Guillaume Tell et de son fils, 1901, mosaïque murale extérieur sur l’aile sud du Landesmuseum, Zurich

Tout le monde retient son souffle. L’attente est intenable, les badauds serrent leurs enfants dans leurs bras, le regard fiévreux, parfois détourné. Va-t-il le blesser ? Va-t-il toucher uniquement la pomme ? Le carreau part, siffle dans l’air, semble transpercer la lumière en mille fragments éthérés, jusqu’à éclater la pomme qui craque, se déchire, explose sous la fureur de l’impact. Guillaume est soulagé, tout en tenant fermement, le poing serré, le deuxième carreau à moitié dissimulé dans ses vêtements, après avoir abaissé son arbalète. La population du village d’Altdorf soupire face au drame évité et exulte devant l’exploit. Toutefois, ce n’est pas le défi réussi qui intéresse le bailli Gessler, l’œil soupçonneux, contenant son mécontentement. Il faut dire qu’il n’a rien pour être satisfait : ce gringalet des montagnes, cet arbalétrier de pacotille, non seulement il avait refusé de lui rendre hommage en saluant son chapeau hissé sur la place publique, mais en plus il avait osé réussir ce challenge de tir. Il fulmine… Toutefois, ces sombres pensées ne l’ont pas empêché de remarquer la poigne serrée de Tell sur ce deuxième carreau caché… Il l’interroge immédiatement. Pourquoi avoir pris le soin de garder une seconde flèche ? C’était simple pourtant : avec un tir, Tell touchait la pomme ou Walter, son fils. Alors pourquoi ? Tell se retourne, lance un regard noir au bailli qui, sous la coupe autrichienne, n’avait de cesse de soumettre les pauvres villageois du canton à la pire vie possible. Ce deuxième carreau, Tell le réservait pour Gessler, au cas où son Walter aurait été blessé ou tué. L’affront ultime ! Le bailli, devant l’audace de la réponse, demande l’arrestation de l’arbalétrier et de son garçon. Est décidé de les envoyer par bateau dans la prison forteresse de Küssnacht (littéralement, le « baiser de la nuit », qui a dit que l’allemand n’était pas une langue sublime ?). Les prisonniers et le bailli embarquent quand une terrible tempête s’abat aussitôt sur les flots. L’aide de Tell est demandée pour sauver tout le monde en amenant la barque à bon port. En récompense, Gessler lui fait miroiter la possibilité de le libérer. Le bateau arrive près du rivage, Tell saute alors de bord, embarquant son arbalète et son fils sous le bras. Une fois à terre, sa rapidité et sa précision légendaires lui confèrent le temps de repousser la barque loin de la berge d’un coup de pied tout en arrivant à viser le bailli de son arbalète. Le tir part et tue l’homme qui leur a fait tant de tort, ainsi qu’aux autres habitants du canton. D’autres versions amènent le trépas de Gessler plus tard, dans une embuscade en forêt ou montagne… Quoi qu’il en soit, le méchant meurt et Tell est alors célébré en héros, ayant su se montrer capable d’autant de force que de courage dans sa quête d’indépendance et de liberté.

 

FÜSSLI, Les trois Confédérés faisant le serment sur le Grütli, 1780, huile sur toile, 267X178 cm, Zurich, Kunsthaus

Ce qui est intéressant avec Guillaume Tell, c’est qu’au-delà de l’histoire-même, les politiciens s’en sont servi en Suisse pour construire une identité nationale. En 1848, l’Helvétie connaît aussi son Printemps des Peuples. La toute nouvelle Confédération a alors un défi de taille : trouver sa place dans une multitude de cantons au caractère et au fonctionnement plus trempé les uns que les autres. Encore aujourd’hui, cette mentalité fédérale est très forte en Suisse. Elle se ressent en permanence dans les médias que je lis ici, dans les explications de cours que nous donnent les professeurs de l’Université ou même quand j’en discutais avec les autres camarades locaux (avant le début d’un semi-confinement ici aussi). Comment créer une cohésion suisse, un esprit helvète ? La chose n’est pas simple, les cantons ayant toujours oscillé entre autonomie et occupation étrangère. Deux exemples qui m’ont beaucoup frappée : sous le Premier Empire, le canton du Jura et de Bâle appartenaient… au département du Haut-Rhin ! Quant à l’actuel canton de Neuchâtel où je me trouve, Napoléon Ier avait réussi à le négocier au roi de Prusse et avait nommé le maréchal Alexandre Berthier prince de Neuchâtel en 1806. Amie française mais souveraine quand même !

Comme bien souvent, le premier cheval de bataille a été dans le ressenti de l’identité et pour cela, rien de mieux que de trouver un symbolisme… fédérateur ! On cherche alors de premières images fortes. On se penche sur la question du drapeau. En 1899, le conseil fédéral commence à réfléchir à ce sujet pour qu’une ordonnance en 1913 institue le carré rouge à croix blanche comme drapeau officiel. Le symbole est repris des anciens mercenaires suisses qui, sur leur propre étendard, inscrivaient les mots « honneur » et « fidélité ». En plus du drapeau, il faut également chercher un mythe fondateur de l’unité suisse. L’épisode du Serment de Grütli est retenu : trois braves hommes, subissant chacun dans leur canton les sévices de baillis abusifs, décident une nuit de 1291 de se retrouver en secret dans la prairie de Grütli. Ils promettent alors de défendre leurs cantons, même s’ils doivent en mourir. Cette légende de conjuration est souvent associée à la vraie histoire du Pacte fédéral de 1307 (choisi par la Confédération pour placer la date de la fête nationale au 1er août de chaque année). Ce dernier est en effet un document historique officiel d’alliance défensive et judiciaire, signé par les trois mêmes cantons représentés lors du Serment de Grütli.

 

KISSLING, Guillaume Tell et son fils, statue réalisée en 1895, sur la place principale d’Altdorf

Pourtant, c’est l’histoire de Guillaume Tell qui est la plus connue, du moins à l’étranger quand on parle de la Suisse. De nombreuses villes en France ont une rue portant son nom (même à Paris, dans le XVIIème arrondissement !). Toutefois, même en Suisse, la légende fut longtemps tenace. Il faut savoir que l’histoire de Tell était encore enseignée aux écoliers suisses jusqu’en 1901 ! L’importance du mythe s’introduit même jusque dans le patois local : en Helvétie, traiter quelqu’un de Gessler revient à le qualifier de tyran vaniteux (vivent les baillis)! L’iconographie de Guillaume Tell se met alors en place. Les politiques vont même jusqu’à fournir un programme représentatif de l’arbalétrier très détaillé à Richard Kissling. Le sculpteur est alors chargé d’édifier une statue de Tell et son fils sur la place principale du village d’Altdorf en 1895 avec un « homme décidé, hardi et libre, arborant le costume traditionnel paysan. ». L’œuvre achevée, respectant à la lettre la commande, plaît tellement qu’elle se décline sur beaucoup d’autres supports. Elle est copiée… jusque sur les timbres, les affiches publicitaires… et la dentelle !

Guillaume Tell et son fils, dentelle, après 1845, Zurich, collection Marion Wohlleben

Il est à rappeler que l’histoire de Tell est une légende. Il est un héros sorti des chansons de gestes, des contes racontés de génération en génération. Sa première mention comme Guillaume Tell se trouve dans le « livre blanc de Sarnen » narrant les alliances et victoires des Waldstätten. Une première chanson de Tell (« Tellenlied ») circule en 1477, avec plusieurs variantes pour de légers détails. Sauf que les mythes sont souvent brisés : les historiens ont fini par trouver trace d’un autre Guillaume Tell, beaucoup plus vieux. Un écrit de l’érudit danois Saxo Grammaticus au XIIème siècle raconte la même histoire… qui se serait passée au Danemark au Xème siècle ! Guillaume devient Toko. Le bailli Gessler devient le jarl Harald-la-Dent-Bleue. À noter : la cible est toujours une pomme ! Comment expliquer cette origine viking ? Un mouvement de population celte descendant le bassin rhénan, aurait amené cette histoire qui, racontée de famille en famille, à travers le temps, a fini par devenir celle de Guillaume Tell et de son fils Walter.

 

Comme quoi, même les plus grands mythes fondateurs ont aussi leurs petits secrets ! La suite au prochain épisode… !

Je vous dis à très bientôt pour un nouveau Billet Neuchâtelois * ! Grüetzi ! Tchô ! **

 

Laureen Gressé-Denois

 

* Même à l’étranger, on a tous quelque chose en nous de Monsieur Patrimoine !

** « Salut ! » respectivement en suisse allemand et en suisse romand

Le Billet Neuchâtelois – Horloge et chocolat, mythe et réalité dans les musées suisses

     

          Voici un mois maintenant que j’ai posé mes valises en terre helvétique. Opportunité en or permise par l’École du Louvre pour faire mon Master 1 à l’étranger, me voici à Neuchâtel le temps d’une année scolaire. Au programme : de précieux mois d’exploration, de remises en question, de nouvelles idées et d’inspirations pour goûter à la muséologie suisse, parfois différente, semblable et complémentaire de nos modèles français. Depuis Neuchâtel, je continue à ouvrir des boîtes avec la plume du journal de notre chère École pour vous livrer mes expériences, mes questions, mes étonnements, mes enrichissements. Bien loin de moi l’idée de jouer les George Duroy avec une rubrique montée de toute pièce  comme les « Souvenirs d’un ancien chasseur d’Afrique » ! Ici, je souhaite vous partager mes instants de Française vagabonde en terre nouvelle, malheureusement trop méconnue, qui peut pourtant tant nous apporter dans notre domaine et bien d’autres ! 

          Dès ma rentrée à l’Université, je pousse les portes du premier musée qui croise ma route : celui d’Art et d’Histoire de Neuchâtel. Au bord du lac, retrouver un musée est comme pénétrer dans une maison que l’on reconnaît avec chaleur et réconfort tout en ayant le cœur palpitant à l’idée de découvrir de nouveaux trésors visibles nulle part ailleurs. Un panneau attire derechef mon regard en haut du splendide escalier d’honneur : « Choc ! Suchard fait sa pub ! ». Une exposition ! Quelle bonne idée de commencer ma vie d’apprentie muséologue voyageuse ainsi ! Je pénètre alors dans l’aile ouest, attirée par ces images de chocolat un peu partout… Je me pose alors cette terrible question : nos clichés étrangers sur la Suisse seraient-ils donc fondés ? Comment sont-ils nés et pourquoi sont-ils si tenaces encore dans nos esprits ? J’erre médusée entre les panneaux de l’exposition, le ventre gargouillant à moitié (c’est cela d’être gourmande) et les yeux brillants de curiosité. Deux cents affiches se placardent partout pour cent soixante-dix années d’industrie chocolatière. Suchard, Milka, Toblerone…Miam !

 

          Tous sont nés ici, à Neuchâtel. La légende est donc bien vraie : le chocolat suisse ne serait pas qu’un coup marketing, il a bien son berceau en Helvétie. Une partie de l’exposition me retient alors particulièrement : comment le mythe chocolatier est né dans les esprits étrangers ? Au début du XXème siècle, la maison Suchard commence à établir ses premières fabriques à l’étranger pour commencer à vendre à l’international. Le principal client est l’Angleterre mais les Suisses exportent aussi en France, en Allemagne et en Autriche. Une publicité toute particulière est alors adaptée, pour provoquer la consommation de ces nouveaux clients. Pour cela, quoi de mieux que s’appuyer sur l’image explicite qu’ont les étrangers de la Suisse ? Avec l’industrie du tourisme montagnard s’étant développée dans au XIXème siècle, l’Helvétie n’a pas à chercher bien loin comment appâter les autres pays. Et voilà comment le chocolat passe aux paysages alpins, aux figures de vaches gardées par des armaillis (berger typique des cantons de Fribourg et de Vaud) sur un fond escarpé aux enneigées cimes. Peu à peu, la matière même du chocolat va s’effacer derrière l’emblème de la qualité du lait alpin. Ah et pour répondre à cette interrogation de toujours, pourquoi la vache Milka est violette, c’est à cause de l’agence publicitaire  Young & Rubicam de Francfort qui, en 1972, change le bovin pour une vache de race Simmental avec des taches mauves… tout simplement pour être mieux repérée dans les rayons de vente ! Sacrés Suisses… ! 

 

          Autre excursion tout à fait intéressante lors de ces deux premiers mois : le musée jurassien d’Art et d’Histoire de Delémont. Pour leur exposition permanente, le musée décline son parcours en sept directions, dédiées au « sept clichés capitaux » explicites que le visiteur peut avoir sur le Jura suisse. Le circuit « La décolleteuse » est particulièrement percutant car il s’attarde sur la deuxième grande image mythique de la Suisse : l’horlogerie. Les Suisses, très réputés dans ce domaine, ont un patrimoine technique et industriel fort. Dans ce parcours par exemple, sont mentionnés les débuts des artisans horlogers au XVIIème siècle, travaillant sur leurs établis à la lumière naturelle du jour. La perfection du temps a donc atteint ses lettres de noblesse dans l’arc jurassien jusque sur les berges du lac de Neuchâtel… Cette dernière, Le Locle, La Chaux-de-Fonds, Le Fleurier, Saint-Imier sont des lieux incontournables pour arrêter l’aiguille et contempler un moment les prouesses techniques des montres.

          Le Locle et la Chaux-de-Fonds, près de mon Université, sont d’ailleurs des villes très frappantes pour comprendre combien l’horlogerie faisait vivre leurs habitants. De grandes maisons y sont présentes comme Tissot, Ulysse Nardin, Jean Richard, Zenith, Vulcain, Perrelet, Girard Perregaux, Corum, Eberhard & Co, Festina, Jaquet Droz. Un bon paquet de mécanismes allez-vous me dire… L’urbanisme en est le reflet : les habitations s’alignent dans un plan rectiligne aux multiples croisements, régularité singulière, hors du temps. L’UNESCO les a mêmes classées au patrimoine mondial. En effet, avec les siècles, l’industrialisation des métiers s’est développée, suite à l’Exposition universelle de 1876 à Philadelphie, où les Helvètes découvrent que la mécanisation peut être adaptée à leur domaine. Le reste de l’exportation, de la publicité à l’étranger, ont fait le reste pour garantir le succès international de la Suisse dans le monde horloger.

          Outre le fait de rendre hommage à ce patrimoine technique, le musée de Delémont a véritablement cherché à bien avertir le visiteur que le Jura, et la Suisse par extension, ce n’est pas que les horloges et le chocolat, mais bien plus ! À la fin du parcours, une grande salle dévoile un accrochage surprenant où sont fixés tous les objets et marques nés dans le Jura, nationalement et internationalement connues, alors que nous ne savons pas toujours tous qu’ils sont originaires d’ici. La Suisse c’est ceci et cela. Oui ! mais pas que…

 

          Somme toute, la Suisse est donc pleine d’adorables clichés, aussi truculents que  bien souvent véridiques. Si les objets, la gourmandise et les paysages sont des pièces maîtresses de ces mythes pas si imaginaires que cela au final, les habitants ne sont également pas épargnés. Chose extraordinaire ici, quand j’en parle avec mes collègues de l’Université, ils me sourient, en rient même, et confessent que beaucoup de ces images sont bien réelles. Leur humour est franc, rien ne semble les outrager, tout est pris avec une légèreté à bon escient. À défaut de pouvoir vous emmener avec moi dans mes expéditions muséales à la recherche de ses clichés et de pouvoir aussi en rire avec les locaux, je peux vous proposer deux sketchs (finir par une note d’humour est délectable quand on aborde ce genre de sujet).  Le premier lien que je vous propose en est un de Marie-Thérèse Porchet, née Bertholet : un personnage caricatural créé et incarné par l’humoriste genevois Joseph Gorgoni. Très connue ici, cette petite dame aborde avec un point de vue suisse romand (la Suisse francophone) sa vision de ses voisins helvètes alémaniques. Le tout dans une leçon de géographie sur la Suisse qu’elle a même donné à Paris lors d’une tournée de spectacles à l’étranger.

 

 

          Enfin, le dernier sketch donne un point de vue français sur la Suisse par l’humoriste Djal lors d’une des éditions du Montreux Comedy Festival (un grand festival international d’humour très connu qui se tient chaque décembre à Montreux, dans le canton de Vaud). Humour plus cru, les clichés sont poussés à leur extrême, ce qui rend les situations plus burlesques encore. À prendre au second degré, évidemment… autour d’un bon chocolat chaud !

 

          En reparlant de chocolat ! Petite information pour ceux souhaitant visiter l’année prochaine Neuchâtel (vu qu’avec le confinement français c’est maintenant fichu), sachez qu’il y a toujours un week-end en novembre où se tient annuellement le traditionnel festival Chocolatissimo (si j’étais un peu vache -Milka- je vous enverrais des photos!). Cette année, c’était du 7 au 14 novembre à Neuch’ (comme on dit ici) : ventre rebondi et moustaches chocolatées garantis (je confirme !) ! Allez, un petit aperçu pour vous allécher en cliquant ici

 

          Armez-vous de rires, buvez votre chocolat chaud, rêvez des grands alpages et n’hésitez pas à découvrir dès que vous le pouvez, cet incroyable pays ! Je pense d’ailleurs pouvoir vite vivre de nouvelles surprises concoctées par l’Helvétie. La suite au prochain épisode… Je vous dis à très bientôt pour un nouveau Billet Neuchâtelois * ! Grüetzi ! Tchô ! **

 

Laureen Gressé-Denois

 

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Histoi’Art – Quand Charpentier orchestre les affetti musicaux

Charpentier – Détail de la fresque des Français peintes par le collectif A Fresco

          « On a dit avec raison que le but de la musique, c’était l’émotion. Aucun autre art ne réveillera d’une manière aussi sublime le sentiment humain dans les entrailles de l’homme » confie George Sand dans son roman Consuelo (1843), contant l’histoire d’une chanteuse bohémienne au XVIIIème siècle. Qui n’a jamais été pris dans l’enivrant tourbillon des mélodies ? Bien qu’adorant tous les arts, la musique a toujours été selon moi la reine de tous car elle est la plus à même de promptement et profondément toucher toute personne. En entendant un air, nous sommes obligés d’être immédiatement pénétrés par une émotion. Elle nous enlace, nous enserre, crépite et palpite en nous. Je me sens par exemple toujours terrassée de crainte et de fureur en écoutant le Dies Irae de Verdi, exaltée de piété et de pureté avec le Miserere d’Allegri, altière et puissante avec le O Fortuna d’Orff, guillerette et confiante avec le Credo de la messe en ut mineur de Mozart, douce, méditative et nostalgique avec Mignonne, allons voir si la rose de Costeley… Comment expliquer ces différences de couleurs, ces peintures musicales qui nous touchent jusqu’au plus profond de notre être ?

          En 1690, Marc-Antoine Charpentier tente de donner une réponse. Depuis que la musique existe, tous les compositeurs ont cherché à faire passer un message, à transcrire une émotion dans leurs créations. Tient-elle du génie ? Provient-elle d’une recette magique à exécuter pour obtenir de si délicieux résultats à l’oreille ? Est-ce une science plus exacte ? Depuis la mort de Lully survenue en 1687, les autres compositeurs français peuvent enfin être un peu plus sous les feux de la rampe musicale à la cour du roi. Charpentier est ainsi chargé d’apprendre l’art de la composition au duc de Chartres Philippe d’Orléans, neveu de Louis XIV, cousin de Mademoiselle de Guise… et futur régent de Louis XV ! Afin d’apprendre ses connaissances à son élève, Charpentier rédige à Paris un opuscule manuscrit intitulé Règles de composition. Dans l’ouvrage, il explique la codification des émotions en musique et comment une tonalité arrive à susciter un sentiment chez la personne qui écoute. Cette théorie explore ainsi les différentes tonalités. On désigne par ces dernières la combinaison d’un mode (majeur ou mineur) et d’une gamme de huit notes (où la première est celle de référence et est appelée « la tonique » : c’est elle qui donne le nom à la tonalité). Par exemple, tout le monde connaît la gamme de do majeur, qu’on apprend en cours de musique au collège : do, ré, mi, fa, sol, la, si, do. Ici, la note do est la tonique : c’est la première de la gamme, prise dans le mode majeur. Il existe énormément de tonalités en musique occidentale mais il y en a bien d’autres encore différentes dans le reste du monde ! Charpentier s’intéresse à celles écoutées dans la France de son siècle. Il établit alors une liste, qui indique au duc de Chartres comment construire sa musique avec telle ou telle tonalité selon le sentiment qu’il veut susciter. La musique, si subjective, aurait-elle donc bel et bien des règles explicites pour créer la beauté ? La science des accords, très mathématique (en calculant l’écart entre chaque note), s’allierait alors à la poésie de notre âme pour créer des résultats insoupçonnés !

 

Do (ut) majeur Gai et guerrier
Do (ut) mineur Obscur et triste
Ré majeur Joyeux et très guerrier
Ré mineur Grave et dévot
Mi bémol majeur Cruel et dur
Mi bémol mineur Horrible et affreux
Mi majeur Querelleur et criard
Mi mineur Efféminé, amoureux et plaintif
Fa majeur Furieux et emporté
Fa mineur Obscur et plaintif
Sol majeur Doucement joyeux
Sol mineur Sérieux et magnifique
La majeur Joyeux et champêtre
La mineur Tendre et plaintif
Si bémol majeur Magnifique et joyeux
Si bémol mineur Obscur et terrible
Si majeur Dur et plaintif
Si mineur Solitaire et mélancolique

 

          Toutefois, Charpentier n’est pas le seul dans l’Histoire de la musique à décrire ce qu’il ressent selon la tonalité jouée. Par exemple, si on reste toujours avec la tonalité du do majeur, Johann Mattheson écrit en 1713 qu’il ressent un « caractère insolent [et des] réjouissances. On donne libre cours à sa joie ». Rameau confie lui en 1722 dans son Traité de l’Harmonie que le do majeur sonne plutôt comme un « chant d’allégresse et de reconnaissance ». Schubart parle lui en 1806 de tonalité « parfaitement pur[e]. Innocence, naïveté, Éventuellement charmant[e] ou tendre langage d’enfants ». Pas de grande différence de ressenti donc, pour le do majeur, qui explicite à l’unanimité un sentiment triomphant de joie ! Je vous propose de vérifier de suite ce constat avec des extraits du concerto pour orgue en do majeur de Jean-Sébastien Bach (BWV 595) et de la symphonie n°41 Jupiter de Mozart (K 551).

 

 

 

          Cependant, l’âme humaine reste différente entre les êtres et nous avons parfois des expériences distinctes qui affectent notre perception de la musique. Penser qu’une loi de composition rendrait explicite un sentiment commun pour tout le monde selon telle ou telle tonalité semble même assez dangereux pour cet art. Comme ce serait bien triste, si nous ressentions tous exactement la même chose en écoutant une même mélodie ! Heureusement pour nous, Charpentier ne semble pas avoir trouvé en 1690 le code absolu des sentiments. Si l’on compare les ressentis des autres compositeurs dans les siècles qui suivent, il faut constater des écarts dans leur manière de percevoir un air.  Regardons ensemble le cas du mi majeur. Charpentier voit dans cette tonalité un sentiment « querelleux et criard ». Mattheson se rapproche de son avis et évoque une « tristesse désespérée et mortelle, [un] amour désespéré » une sorte de « séparation fatale du corps et de l’âme » engendrant un ressenti « tranchant, pressant ». Contrairement à eux, Rameaux trouve que le mi majeur « convient aux chants tendres et gais, ou encore au grand et au magnifique » quand Schubart évoque plutôt ceci : « Allégresse bruyante. Joie souriante mais sans jouissance complète ». Des avis différents donc, passant du tout au tout ! La science des écarts de notes a donc oublié un facteur essentiel : l’histoire humaine. Nos rencontres, nos souvenirs, nos actions, nos valeurs, nos goûts, notre éducation influent sur toute formule mathématique musicale. Je vous laisse vous forger votre opinion en écoutant le célèbre premier mouvement en mi majeur du concerto du Printemps d’Antonio Vivaldi (RV 269), ainsi que le premier mouvement d’Arabesques de Claude Debussy (L 66) ! Moralité de l’Histoire : on ne discute pas les goûts et… les notes !

 

Laureen GRESSÉ-DENOIS

 

À Bianca M. et à ma tante qui m’ont appris quelques rudiments de solfège pendant le confinement. Un grand merci à elles !

 

 

Sources :

  •  Verdier, Véronique. « Des affects en musique : de la création à l’expérience esthétique », Insistance, vol. 5, no. 1, 2011, pp. 69-81.
  • Charpentier, Marc-Antoine. « Règles de composition par M. Charpentier » in Catherine Cessac, Marc-Antoine Charpentier, Fayard, Paris, 1988.
  • De Villiers, Henri. « Marc-Antoine Charpentier : tableau des énergies des modes », article sur le site de la Schola Sainte-Cécile de Paris, 14 février 2008
  • Magazine de la musique ancienne et baroque en ligne « Muse baroque »

Ek°Phra°Sis – Ça devient chaud pour Théophile de Viau !

ANONYME, La Femme entre deux âges, XVIème siècle, 117X170 cm, Musée des Beaux-Arts de Rennes

 

            Impiétés ! Abominations ! Blasphèmes ! François Garasse exulte de rage. Ah il croyait sans doute bien s’en tirer, ce Viau ! Pas de chance pour le malandrin ! Quelle erreur de signer le premier poème du Parnasse satyrique, publié en avril 1623. Comment Diable avait-on déjà pu lui accorder un privilège en 1622 pour publier cette horreur ? Garasse ne se laissera pas faire, lui le redoutable Jésuite qui faisait même trembler les feuillets de pamphlets distribués sous le manteau dans tout Paris. La cause de son agitation et de sa suffocation ? Ce recueil de plus d’une centaine de poèmes licencieux, à la tonalité érotique aussi crue que burlesque.

            Tous ne sont pourtant pas écrits par Théophile de Viau qui en a signé le premier poème dans l’édition originale. Aidé par d’autres auteurs, les compositions glissent peu à peu dans un libertinage de plus en plus extrême et assumé. Le sous-titre même le souligne : le lecteur y trouvera « le dernier recueil des vers picquans et gaillards de nostre temps ». Pour cause, certains poèmes aussi longs que courts (la taille ne compte pas, tout le monde le répète), sont très imagés et explicites. En voici un petit florilège :

 

« A Philamon. Sur sa Perrette.

Pour n’estre par elle vaincu
Au jeu, où elle est tousjours preste,
En luy pensant rompre le cu,
Philamon, tu te romps la teste. »

 

« Sonnet.

Mes dames qui avez inventé cet usage,
De vous jouer vous-mesme à des V. de velours,
Si vous vouliez d’autruy rechercher le secours,
Certes vous y auriez du plaisir davantage.
Pour apaiser d’un c… la fureur et la rage,
Il luy faut un gros v… et lequel soit tousjours
Bien roide et bien fourny de la sauce d’amour,
Que l’on nomme f…tre, en naturel langage.
Foutez-vous tout un jour, toutes deux, s’il vous plaist
De vos gaudemichis, enfin tout cela n’est
Que pardonner l’amour par une moquerie.
Mais prendre à belle main un bon gros V. nerveux,
Et en remplir d’un c… le gosier chaleureux,
C’est le vray jeu d’amour et vraye f…terie. »

 

            Dès lors, on comprend un peu mieux ce qui a pu autant choquer le Jésuite. Pourquoi Viau s’est-il lancé avec ces compères dans un tel projet, pourtant si dangereux pour eux ? La réponse se trouve peut-être dans l’avertissement au lecteur, uniquement présent dans la première édition de l’ouvrage. Non signé, beaucoup pensent toutefois que ce message est bien de la main du licencieux Théophile. Il y explique combien le poème satyrique est difficilement maîtrisable et que, pour le rendre parfait, il faut en premier lieu savoir le déclamer sans peur. Même s’il salue le talent et les efforts de Ronsard et ses autres prédécesseurs, il regrette toutefois que ceux-ci aient toujours dû se plier à la règle de la censure. Avec ce contre-exemple, il tend à montrer qu’à travers les poèmes qui vont suivre, écrits par lui et certains comparses contemporains qu’il va jusqu’à citer, l’art atteindrait enfin sa perfection. Avec le recul de la lecture, en reprenant la fin de l’avertissement, il est dur de s’empêcher de sourire en lisant l’une des dernières phrases : « Jouys cependant de ce que je t’offre ». Le double-sens était vraisemblablement volontaire…

            Hors, François Garasse n’en aurait apparemment pas joui… En plus du caractère immoral du recueil, la publication est d’autant plus grave pour lui que Théophile fait parfois l’apologie… de la sodomie ! Dès le premier poème qui plus est ! Cela part donc déjà mal entre les deux hommes… En effet, le recueil débute par un sonnet dont on sait s’il a bel et bien été écrit par Viau. Un jeune homme se plaint d’avoir contracté la vérole en couchant avec une demoiselle dénommée Philis. L’ultime tercet explicite alors une pointe blasphématoire faisant blêmir le Jésuite :

 

 « […]
Mon Dieu, je me repens d’avoir si mal vescu ;
Et si vostre courroux à ce coup ne me tuë,
Je fais vœu désormais de ne f…tre qu’en cu. »

 

En d’autres termes, si une intervention divine guérit le poète, celui-ci fait vœu, en repentance de ses ébats avec Philis, de n’avoir désormais des rapports sexuels qu’avec des hommes.

 

Portrait gravé de Théophile de Viau, XVIIème siècle

Garasse n’en reste donc pas là. Il contacte le procureur général du Parlement de Paris, Mathieu Molé, qui lance les poursuites contre les présumés auteurs du recueil. Ces derniers prennent alors la poudre d’escampette. Le temps de mettre la main sur les libidineux poètes, un  jugement est toutefois rendu par contumace. Viau est condamné à être brûlé vif avec ses œuvres et Pierre Berthelot à la pendaison. Absents lors du procès et donc, à défaut de leur faire subir réellement leur sort, ce sont des effigies qui prennent leur place sur le bûcher ou avec la corde au cou.

 

Quand Théophile est finalement attrapé avant qu’il n’embarque pour l’Angleterre, il est enfermé à la Conciergerie. Le procès reprend mais s’accompagne d’une bataille de libelles pour ou contre l’auteur du nouvellement baptisé « sonnet sodomite ». Sous la pression, le tribunal commue la peine en un exil de neuf ans… Pourtant, quelques temps après sa libération, Viau finit par mourir en 1626. Ce décès provoque un ralentissement presque brutal des publications libertines du début du XVIIème siècle. Le sort de Théophile de Viau a donc servi d’exemple pour tous ceux étant tentés de faire de même.

           

 

            Dans d’autres arts également du XVIIème siècle, un libertinage est perceptible. En peinture, malgré le contexte de la Contre-Réforme qui limite l’érotisme dans les œuvres, certains trouvent quand même des moyens détournés pour justifier des compositions plus grivoises. Simon Vouët est l’un d’eux. Pour assurer ses arrières, prendre un sujet religieux s’avère un bon choix, surtout dans l’Ancien Testament. Entre Bethsabée au bain, Samson et Dalida, Suzanne et les vieillards, la palette du possible est assez large. Toutefois, le premier peintre de Louis XIII choisit le thème le plus favorable d’entre tous pour peindre la sexualité la plus audacieuse possible : Loth et ses filles.

VOUËT, Loth et ses filles, 1633, huile sur toile, 160X130 cm, Strasbourg, musée des Beaux-Arts – Palais Rohan

 

            Au Palais Rohan de Strasbourg, le Musée des Beaux-Arts abrite cette huile sur toile grand format de 1633. Loth, enivré par ses propres filles, s’apprête à coucher avec l’une d’elle qui préfère avoir des enfants de son père plutôt que de se donner à un païen. Vouët s’attache à peindre une sensualité calme en apparence, pourtant tout en tension : la jeune fille écarte déjà les jambes pour se donner avec empressement, elle échange un regard complice et ardent avec son père qui a déjà la main posée sur son sein tandis que l’une des sœurs ayant enivré Loth avec sa cruche, scrute la scène dans un voyeurisme satisfait par un sourire en biais. Alors que nous sommes au début de l’attouchement, une prolepse est créée dans le choix des lignes par le peintre. L’enchevêtrement des corps, le mélange de ces jambes emmêlées dans les tissus froissés baignés d’une lumière blonde, préfigurent l’acte sexuel qui va suivre.

            Que ce soit à travers Viau ou Vouët, le XVIIème siècle se révèle alors à nos yeux dans une vision moins sage qu’il n’en avait de prime abord l’air, s’éloignant parfois de la stabilité profonde, maîtrisée et universelle que prône pourtant la mesure du classicisme. Si la Contre-Réforme et la réponse de Garasse avec sa Doctrine curieuse des beaux esprits en 1623 tentent de masquer l’existence de ces mœurs légères, il est encore possible aujourd’hui de reconsidérer le début du Grand Siècle avec un œil nouveau… et parfois bien frivole !

 

Laureen Gressé-Denois

 

Nota Bene : Pour ceux avides de continuer leur lecture du Parnasse satyrique, la première édition se trouve entièrement numérisée ici, sur le site de la BNF.

Histoi’Art – Un bretzel ou un sort ! Les sorcières en Alsace !

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Dessin par notre illustratrice Éloïse Briand

Ah l’Alsace, ses bretzels, sa cathédrale, ses bredala, ses cigognes… Qui n’est jamais tombé sous le charme sublime de cette région enchanteresse ? Si sa magie blanche entoure constamment les  touristes qui actuellement assiègent les marchés de Noël des villages de mon enfance, il y a des sortilèges et rites beaucoup plus sombres dans notre passé que vous ne connaissez sans doute pas ! Yésses Gott ne faites pas cette tête, elles ne sévissent plus chez nous aujourd’hui si tant est qu’elles aient réellement existé les pauvres. Oui, je parle des sorcières ! Si vous avez un peu peur avant de lire cet article, rien de mieux qu’un bon coup de schnaps avant de commencer. Hopla Geis ! Tous sur vos balais !

 

 

Gravure des Pendus de Hésingue, musée de Huningue

Gravure des Pendus de Hésingue pendant la Guerre de Trente Ans, musée de Huningue

On s’imagine souvent que l’âge d’or de la sorcellerie en France date du Moyen Âge mais les Historiens ayant recensé les procès sont d’accord pour affirmer qu’il s’agit en réalité des XVIème et XVIIème. L’Alsace est une des régions alors la plus touchée par la croyance et les jugements de sorcières… Cela s’explique avant tout par le fort contexte de famine, de maladies (peste et ergotisme) et de guerres lors de la Guerre de Trente Ans (1618-1648). Au début du XVIIème siècle, l’Alsace est un ensemble de mosaïques d’états et de villes libres. Mulhouse, ma ville de naissance, est quand même la plus vieille république de France si on y songe : 1347-1798  (bon d’accord à l’époque nous étions Allemands mais c’est un léger détail, de toute façon on se rattache à la France seulement quand la tout jeune première République est née, pas de roi chez nous pendant très longtemps donc !) Toutefois, cette guerre, qui prend place en plein petit âge glaciaire tombe très mal pour les populations paysannes qui sont les premières touchées par la recherche assidue de coupables à ces maux. La suspicion des voisins et des ennemis va bon train et amènent à de terribles accusations. Entre le XVème et le XVIème siècle, 80% des personnes visées par ses dénonciations sont des femmes. Cela ne vous étonne pas n’est-ce pas ? Qu’à cela ne tienne entre 1480 et 1520, la première vague de chasse à la sorcière alsacienne est organisée par l’Inquisition.

 

 

INSTITORIS et SPRANGER, Malleus Maleficarum, édition lyonnaise de 1669

INSTITORIS et SPRANGER, Malleus Maleficarum, édition lyonnaise de 1669

Comment retrouver ces perfides mégères qui sèment troubles et chaos dans la paisible plaine d’Alsace ? Cette histoire trouve ses origines bien avant la Guerre de Trente Ans… Qu’à cela ne tienne, le pape Innocent VIII rédige une bulle le 5 décembre 1484 intitulée Summis Desiderantes Affectibus. Celle-ci octroie à deux hommes de Sélestat, au centre de l’Alsace, le droit de mener les premiers féminicides au nom de l’éradication de la sorcellerie. Le nom de ces  deux crapules ? Heinrich Kramer et Jakob Spranger. Ceux-ci prennent très à cœur leur tâche au point que Spranger aidé d’Institoris, écrit entre 1484 et 1487 un ouvrage édifiant : le Malleus Maleficarum, mieux connu sous le nom de Marteau des Sorcières  qui explicite comment trouver les sorcières, comment les reconnaître, comment les capturer, comment leur faire avouer leurs crimes, comment instruire leur procès et comment s’en débarrasser. Véritable mode d’emploi, le livre va connaître un succès incroyable notamment dans tout le Saint-Empire-Romain-Germanique avec plus d’une trentaine de rééditions en latin et dans tous les formats ! Pour information ce livre est encore édité et publié de nos jours ! Bien évidemment la femme est naturellement accusée ouvertement d’être à l’origine de la sorcellerie puisqu’elle est une créature faible et non intelligente. Il faut bien garder à l’esprit qu’à cette époque la société était encore ultra machiste, patriarcale avec la figure féminine immédiatement rattachée à la faute du péché originel. La loquacité abrutissante de certaines épouses et les fausses-couches régulières font parfois douter de nombreux maris du bienfondé de leur mariage. Les guérisseurs sont ensuite les suivants le plus souvent incriminer. Célébrés en période de paix et prospérité, ils sont accusés en période de malheur d’avoir retourné leur pouvoir et avoir lancer des malédictions sur leur propre communauté.

 

 

 

WEIDITZ, Nonnes pactisant avec le diable, gravure

WEIDITZ, Nonnes pactisant avec le diable, gravure

Être une sorcière induit forcément une rencontre avec le Malin qu’on appelle souvent en Alsace Hemmerlin ou encore Peterlin. Toutes les classes de la société peuvent être accusées d’acoquinement avec le Diable, même si c’est quand même majoritairement le cas des paysans et surtout des personnes très marginales et fragiles. Dans tous les procès, certaines mentions sont récurrentes : Satan vient toujours visiter son futur serviteur à son domicilie ou directement sur son lieu de travail. Il donne alors lui-même un nouveau nom à ses recrues, ce qui donne lieu à des trouvailles très humoristiques pour les Historiens. Un procès incrime ainsi une jeune femme qui aurait reçu le prénom de Krauterdorschen par le Diable. Comprenez « Morue aux herbes » aujourd’hui en français. Tout le monde a toujours rêvé de se faire appeler Morue, surtout avec un tips cuisine aux aromatiques ! Le pacte signé entre la sorcière et Satan est ensuite effectif à partir du moment où les noces diaboliques ont été célébrées. Là aussi les registres de procès regorgent de détails. Elles sont célébrées la nuit dans un lieu sauvage isolée le soir du sabbat. Le scellement de l’union avec le Malin se concrétise une fois que l’appelée renie sa foi, ses parents et accepte sa damnation éternelle. Elle signe alors le serment de son propre sang. De grandes festivités sont ensuite organisées avec les autres sorcières, aux comportements lubriques et arrosés dignes des plus grandes bacchantes. Grand festin, danse magique toute la nuit sans être épuisé, tout est à l’heure de la fête. Enfin, alors la nuit se termine, le Diable clôt alors les noces en apposant sa fameuse marque sur sa nouvelle vassale. Ces faits nous sont parvenus via des témoignages avancés devant l’Inquisition. Un homme de Rouffach (ville considérée comme le plus haut lieu de sorcellerie dans le Haut-Rhin) assure qu’au retour d’une promenade à minuit, il aurait vu tout un cortège diabolique  dans un grand palais lumineux sur la colline du Bollenberg (haut lieu de rassemblement de sorcières qui revient dans de nombreux écrits, ancien lieu de rituels magiques celtes dédiés au dieu du feu Belen). D’autres procès n’hésitent pas à aggraver largement les faits reprochés en mentionnant même parfois des sacrifices d’enfant, des cadavres de bambins déterrés et démembrés, la cervelle de mort-nés récupérée pour faire des potions. Seuls les enfants non baptisés étaient visés. D’où l’empressement des parents, à chaque naissance, pour faire rentrer son nourrisson dans l’ordre de Dieu dès les premières heures de sa vie.

 

 

Mais qu’est-ce qui inquiète tant chez les sorcières ? Poudres magiques à base de cerveau, de peaux, d’écorces seraient utilisées pour détruire les récoltes. Des baguettes magiques seraient frottées avec des onguents. Parfois, on a même des accusations qui parlent de sorts jetés rien que par la parole, un geste bref ou même pire, uniquement un regard ! Certains témoins affirment même avoir vu des femmes se métamorphoser en créatures maléfiques planant la nuit au-dessus de leur village et voilant la lumière de la lune. Alors, pour se protéger, on a créé un autre mode d’emploi best-seller : le Geistlishe Schild (« le bouclier spirituel »). Ce livre de protection était même à force considéré comme un grimoire et certaines églises alsaciennes du Sundgau (partie extrême sud de l’Alsace avant les trois frontières) avaient des compartiments cachés en-dessous où le prêtre pouvait cacher son exemplaire des yeux des soricères pour ainsi protéger sa paroisse. Le format était de poche pour être discret.

La-Tentation-de-Saint-Antoine_Martin-Schongauer

SCHONGAUER, Tentation de Saint-Antoine, 1470-1475, gravure, H: 31 cm, NYC, the MET

Comment se passait alors les procès une fois les confessions des sorcières obtenues, souvent par la torture d’ailleurs ? Au XVIIème siècle, les juges étaient tous des religieux. Par la suite, au siècle suivant, les juges sont des laïcs. Chaque village a alors son Malefizgerich (tribunal de vingt-quatre juges). Dans 90% des cas pourtant pas d’illusion ! Les accusés finissent quasiment tous brûlés vifs. Heureusement pour nous aujourd’hui, les seules choses qu’on aime faire flamber en Alsace désormais, ce sont nos tartes !

Laureen Gressé-Denois

 

 

 

 

 

Si le sujet vous intéresse, je vous recommande vivement de faire un tour dans cette brève documentation :

Interview de l’ArchéoClub, à vos pelles et truelles !

 

Photo des interviewés

De gauche à droite : Marie Degonse, Osanna Giboire, Xavier Gassiat, Éloïse Briand

Fan inconditionné de la vie des clubs de l’École, tu tombes souvent sur des os et tu te prends régulièrement des pelles (parce que les râteaux ça fait trop mal et qu’une pelle c’est bien plus pratique quand même), parce que tes parents te racontaient tous les soirs avant de te laisser dormir une pré-histoire ? Cette nouvelle interview exclusive du Louvr’Boîte est faite pour toi !

Nous sommes donc partis dans la jungle avec notre chapeau et notre lasso pour vous faire vivre une folle aventure aux côtés d’éminents membres de l’ArchéoClub qui a accepté de répondre à nos questions. Leur présidente Osanna Giboire, leur co-responsable du pôle event et dinosaure pérenne du club Xavier Gassiat et leur toute nouvelle co-responsable Instagram Marie Degonse vous proposent aujourd’hui leur interview dans son intégralité ! À vos truelles ! Prêts ? Lisez !

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LB : Bonjour à tous !
Osanna, Xavier, Marie : Bonjour !


LB : Première question, pouvez-vous nous raconter la genèse, la préhistoire de l’ArchéoClub ?
Osanna : Je pense que tu connais un peu plus que nous ça, non ?
Xavier : Grand Dieu ! L’Archéoclub, c’est un club qui est présent à l’École depuis relativement longtemps, quand même. Ceux qui l’ont fondé ont aujourd’hui un emploi. Je pense notamment à Pierre Fallou qui travaille dans un musée en Corse. Cela remonte à sept-huit ans, ou moins peut-être, mais c’est quand même un club relativement ancien car l’archéologie est présente dans le corpus d’études de tout le monde par la première année ou par les spécialités. C’étaient des élèves qui voulaient continuer à proposer d’autres activités en lien avec l’archéologie. Mais le club a eu des périodes compliquées ces dernières années avec de moins en moins d’inscrits. C’était de plus en plus compliqué pour les quelques personnes qui restaient de prendre sur leur temps pour gérer un club entier et du coup, il y a 3-4 ans, il y a eu quelques années à vide, avec à peine une conférence dans l’année !
Osanna : Hmmm c’est ça…
Xavier : Du coup on est dans une pleine renaissance du club depuis l’année dernière avec Mathilde Regnier en master (elle a aujourd’hui quitté l’École), qui l’a refondé complètement. Voilà, Osanna est devenue l’héritière de Mathilde directement.
Osanna : Du coup on est là ! C’est vrai qu’il y a deux ans il n’y avait que trois personnes dans le club et on avait fait qu’une seule conférence.
Xavier : C’était celle sur le yéti !
Osanna : Donc la cryptozoologie, c’est tout… On est là, on fait de notre mieux pour redynamiser le club depuis un an et maintenant on a plein de nouveaux, plein d’idées pour faire plein de partenariats et on va voir ce que ça va donner. 

 

LB: Osanna, tu es devenue présidente cette année : quel est le champ de fouille d’idées principales du club cette année ? Sur quels os avez-vous peur de tomber et au contraire, quels artéfacts voudriez-vous faire découvrir aux élèves de l’École à travers votre club ?
Osanna : Alors ! *grande inspiration* On veut continuer les conférences et ce qu’on aimerait vraiment faire c’est redynamiser totalement le pôle rédaction qui était à la masse l’année dernière, car ça demande une certaine constance dans l’écriture d’articles. En plus, vu qu’on devait les publier via des partenariats, c’était pas évident. Finalement, on a eu que deux, trois articles publiés l’an dernier. Mais cette année, on a vraiment des gens motivés pour le faire ! On veut donc créer un blog. Cela fait un petit mois qu’on travaille dessus avec Martin, un autre membre du club, mais c’est un peu compliqué pour savoir comment on va s’organiser, et si on fait plusieurs rubriques par exemple. Sinon, on veut vraiment faire beaucoup de partenariats avec d’autres clubs : Mens Sana du coup le mois dernier (Osanna lance un sourire complice, NDLR), et ce mois-ci avec le Défilé de l’Histoire, certainement avec le Club Jeu aussi à l’avenir.

 

LB: Xavier, toi qui est là depuis longtemps dans le club, comment perçois-tu votre évolution !
Xavier : Ouh là là ! Grand Dieu oui, ça va faire deux ans et demi. C’est une évolution hypra positive. Je suis arrivé, je pense, l’année de plus grand creux que le club n’ait jamais connue et effectivement j’ai été recruté en février car je connaissais la personne qui a fait la conférence sur le yéti. Je suis arrivé avec une conférence sur un petit plateau en faisant « Bonjour ! Acceptez-moi ! » (Xavier a pris à ce moment-là une petite voix toute intimidée et suppliante pour s’imiter à l’époque, ce qui a provoqué des rires, NDLR). Non, vraiment j’exagère mais du coup, la conférence sur le yéti a été organisée complètement au hasard car je passais par-là, je ne connaissais pas du tout le club avant, je suis venu avec un thème. On partait de rien et ça redevient un vrai club, ce qui est très intéressant. Lorsque je suis arrivé à l’École il y a quatre ans, l’ArchéoClub proposait de s’inscrire mais ce n’était pas très attrayant car on ne voyait que deux personnes très sympathiques, que je connais, d’ailleurs (par respect, aucun nom ne sera cité, NDLR) mais aussi très isolées, derrière une table, et les dernières conférences qui avaient été organisées dataient vraiment. Cela ne donnait vraiment pas envie de s’engager avec un club qui n’est pas vraiment là. On ne le voyait pas du tout faire des annonces en début d’amphi etc. Il était plutôt absent dans le paysage de l’École déjà qu’à l’époque l’activité étudiante n’était pas folle. En deux ans maintenant, c’est fou, on redevient présent et visible et le club reprend sa place. Comme je suis en spé Archéo, je suis content de voir que le club permet une offre qui va au-delà de la première année, ce qui est quand même l’enjeu [Françoise M. si tu nous lis, petite dédicace car c’est majeur, NDLR] de la licence où nous sommes. Cela remet sur la table tout ce qui est archéo et nous ça nous impose de trouver des moyens encore plus originaux de faire des conférences qui sortent un peu de l’ordinaire. On veut ouvrir une nouvelle voie.
LB : Mais du coup combien êtes-vous finalement ?
Osanna : Cette année ? Il y a environ une vingtaine de nouvelles personnes qui s’ajoutent à la dizaine d’anciens et qui sont restés. C’est beaucoup !
Xavier : Par contre, l’investissement de chacun est variable…
Osanna : C’est vrai. Mais ce n’est pas quelque chose que l’on reproche aux gens du club car on comprend qu’on ne peut pas toujours s’investir toute l’année avec les gros devoirs de spé. C’est pour ça qu’on essaie aussi de prendre de l’avance pour les conférences qu’on organise.
Xavier : En tout, on aura une trentaine de personnes sur l’année qui aura mis la main à la pâte. Après, il y a toujours des gens qui travaillent un peu plus en début, milieu ou fin d’année. Ça fait des roulements.
Osanna : Je suis surtout super contente de notre pôle comm’, dans lequel ils ne sont pas beaucoup et où franchement ils gèrent bien ! Non vraiment, c’est génial !
LB : Marie, tu es donc dans ce fameux pôle comm’ ?
Marie : C’est ça ! Je suis avec Audrey. Nous sommes responsables du compte Instagram et gérons les publications pour les conférences…

 

LB : D’accord. Pourquoi avoir choisi l’ArchéoClub plutôt qu’un autre club du BDE ? C’est lié à ta spé ? À ton passif à la fac d’Histoire ?

Marie : Alors, oui, j’aime beaucoup l’archéologie, j’ai fait quelques fouilles, comme ça, bénévolement, donc ça me parlait plutôt bien ! Non, par contre, je suis en spé Art de l’Extrême-Orient donc on fait de l’archéologie mais ce n’est pas l’objet principal. Je trouvais ça intéressant de participer à un club que je trouve très important dans la vie de l’École, même central en fait. C’est hyper important de quand même contribuer à donner une nouvelle actualité à l’archéologie, pas juste les cours de première année, même si ceux qui sont en spé Archéo ont déjà les points actualité dans leurs cours.

 

LB : Le but est donc de vraiment toucher tout le monde, en plus de ceux qui sont déjà en spé Archéo ?
Marie : Voilà, c’est tout à fait ça ! Les relier tous à l’archéologie, qui est centrale.
Osanna : On y revient beaucoup !
Marie : Et ça permet aussi de rencontrer des professionnels. Selon moi, l’École nous incite beaucoup à faire des stages mais finalement le lien avec le côté professionnel n’est pas toujours très évident. On demande souvent à nos propres professeurs de faire des conférences mais on réfléchit aussi à faire venir des intervenants extérieurs, des professionnels qui peuvent vraiment nous en apprendre plus sur la réalité de leur métier, plutôt que de se cantonner à une archéologie dite « basique ». Voilà, ça ouvre de nouvelles perspectives.

 

LB : Grosse question attention ! Vous avez le choix entre quatre archéologues/ethnologues, qui choisissez-vous et pourquoi ? 

  • Indiana Jones pour sa vision trop palpitante de la discipline
  • Carter Howard pour l’amour du risque des malédictions au coin du nez
  • Marcel Griaule pour mettre une sculpture Dogon sous son manteau entre Dakar et Djibouti
  • Paul-Émile Botta pour dompter des lamassu à Khorsabad

Marie : Bah Paul-Émile Botta !
Osanna : Quoi que j’aime beaucoup Griaule pour avoir pris la statue ! *rires*
Xavier : C’est le cours d’Afrique de troisième année ça, mais c’est cool, il y en a pour tous les goûts ! Pour le Louvre, je pense quand même Paul-Émile parce qu’on a la cour Khorsabad sous les yeux. *Osanna approuve en souriant et en hochant de la tête*.
Osanna : Bon, on va passer sous silence ce bateau qui a coulé un peu après mais….
Marie : Mais c’est pas de sa faute ! (elle prend ici un ton faussement innocent, NDLR)
Osanna : Je ne me rappelle plus de l’histoire exacte c’est vrai mais quand même les lamassu, quoi !
LB : Du coup Botta est un peu votre figure de proue unanime à tous les trois ?
Xavier : Bon après, tu as Indiana Jones, c’était notre ancien mot de passe en fait… donc bon ! *énorme rire*
Osanna : Ancien ! Ancien mot de passe, il faut que tu précises ! Sinon on va avoir des alertes connexion tout le temps ! Mais c’est vrai qu’il est toujours comme image de notre page Facebook.
Marie : Non mais, Indiana Jones, c’est quand même dans nos moments d’exaltation !
Xavier : Oui, quand tu veux rentrer à l’École. Et une fois que tu es dedans tu te dis « Mais non en fait ! Mon Dieu ! Que fait cet homme ! Aaaaaah ! » (ton paniqué)
Osanna : Quand on y pense, c’est vrai qu’il a imité les méthodes de Mariette ! Avec la dynamite et tout…

LB : On aurait pu vous proposer Mariette aussi, c’est vrai ! Nous avons hésité avec Howard…
Xavier : On aurait pu avoir Schliemann aussi dans son genre ! Le plus rigolo ! Le mec qui part avec son édition de l’Odyssée à la main et une fois sur place qui se dit « Mais oui mais c’est bien sûr ! C’est TROIE ! » (ton complètement exalté : il était encore sous l’ecstasy « Indiana Jones » semble-t-il au moment de l’interview, NDLR). Mais Monsieur, ce n’est pas comme ça qu’on travaille ici ! Y en a des marrants partout.

LB : Outre ces héros que vous avez dans vos passions, comment l’archéologie a débuté dans votre existence ? Est-ce-que vous êtes tombés dans la marmite quand vous étiez petits ? Racontez-nous un peu votre passif à chacun…        
Marie : Oh euh… je pense qu’on a tous regardé les Indiana Jones. Moi personnellement c’était une égyptologue du Louvre, qui allait en fouille en Égypte tous les ans et il y avait une émission la dessus : j’ai bien aimé. Du coup, j’ai regardé des films, j’ai lu des bouquins et voilà. J’ai vu qu’il y avait autre chose que l’Égypte et c’était intéressant.
Osanna : Alors moi personnellement, pas du tout pendant l’enfance la passion pour l’archéologie. C’est plutôt quand je suis arrivé à l’École. J’étais venue pour l’histoire de l’art à la base. Et maintenant je pense que quand je vais arriver en troisième année (pour avoir suivi quelques cours de troisième année), les tableaux en liste, je vais pas pouvoir supporter. En fait, je suis en spé Mode et Costume donc ça n’a rien à voir, c’est juste Christophe Moulhérat et Thierry Zéphir en première année qui m’ont passionnée. Surtout M. Moulhérat quand il a parlé du fait que certaines grottes pouvaient être orientées par rapport à l’astronomie, j’étais là en mode « Oh mon Dieu, c’est tellement beau ». C’est le côté mystérieux de l’archéo qui m’a totalement passionnée. Ça reste quelque chose qui me manque et vers lequel je retourne assez souvent, en parallèle de ma spécialité.
LB: M. Moulhérat a marqué pas mal de générations…
Osanna : Mais sinon M. Zéphir aussi, bon, il est… C’est M. Zéphir ! *rires*
Marie : Il a marqué d’une autre manière.
Osanna : Ses cours sont passionnants. Oui, enfin les cours d’archéologie de première année, c’est passionnant de manière générale et c’est extra-européen, ce qui est aussi génial. Je trouve ça super intéressant, voilà. Je vais arrêter de parler.
LB : Du coup toi Xavier ta révélation ?
Xavier : Ma révélation, Grand Dieu, heu. Moi aussi ça vient vraiment de l’enfance, je pense. Je veux dire, la première fois que je voulais faire un métier c’était « j’veux être historien » et mes parents me disaient « Mais c’est pas un vrai métier, ça ! » *rires*
Marie : Ils sont sévères tes parents…
Xavier : En même temps j’étais tout petit, c’est parce que j’avais lu trois livres sur la mythologie, je ne me sentais plus. Mais effectivement, avec une vision très très fantasmée du métier d’archéologue, donc d’historien et tout ça. Les musées étaient un lieu de mondes fascinants où en trois salles, (je suis un Parisien donc mon père m’amenait souvent au Louvre), tu passes d’une statue grecque en marbre blanc superbe, à un truc égyptien avec des dieux à tête d’oiseaux. Et là, tu te dis : « mais mon Dieu que ce monde est beau ». Je suis content d’être né à cette époque à laquelle tout ça est à portée de main. Donc ça date vraiment de l’enfance, puis après c’est revenu. Je veux dire, il y a certaines personnes qui viennent à l’École en étant très sûres, genre depuis le collège, qu’elles voudraient être ici. Moi j’ai appris que l’école existait lors de mon deuxième trimestre de terminale. Parce que j’ai une professeure qui m’a dit « mais Xavier, ça vous dirait bien ça ». Ce à quoi j’ai répondu « Ah,  si vous le pensez, je vais passer le concours ». Et finalement, j’ai eu de la chance. Mais une fois que je suis arrivé à l’École, c’est devenu une évidence : je ne pourrais pas être ailleurs. C’est vraiment… j’ignorais qu’un tel endroit existait. Si je l’avais su, je pense que j’aurais toujours rêvé de venir ici faire mes études. C’est beaucoup trop bien, le nombre de parallèles qu’on fait.
Osanna : Moi aussi.
LB : Oh, c’est beau !
Xavier : C’est superbe. Donc j’avais ma casquette double spé pendant longtemps : une archéo, l’autre peinture étrangère sur la Renaissance italienne et Léonard. C’est ce qui m’a encore plus plu. Mon grand délire, en ce moment, c’est justement de voir partout, tous les arts, européens, principalement européens du coup. Voilà, l’influence de l’antiquité qu’elle a encore durant des siècles et des siècles. On nous dit toujours « oui la vous voyez, Renaissance, redécouvert de l’antique etc.». Sauf que c’est un peu vague, quand même, comme version. Du coup, j’ai cette réaction, avec ma double casquette : « Mais si, bien sûr, ce sont les bains de Stabies à Pompéi et je reconnais très bien» *rires*. Voilà, c’est ce côté fascinant… ça revient tout le temps parce que c’est la base de tout. L’archéo et l’antiquité y a juste…
Osanna : Y a juste le côté mystérieux!
Xavier : Oui, c’est ça, ça nous fascine autant, ça a fasciné du monde avant nous. Je veux dire : on vient de là. Apprendre un tout petit peu mieux à savoir comment des êtres humains, qui ont marché au même endroit que nous mais 2 000 ans avant, pensaient, vivaient, ressentaient… c’est dingue, j’adore.

 

LB : On va finir par tous pleurer ! *rires* Notre dernier numéro, Royal, était cousu sur mesure pour les « grosses spés » de l’École… Quel message voulez-vous particulièrement adresser aux petites oubliées que l’on aime quand même, comme « archéologie de la Gaule », « archéologie orientale » ou encore « archéologie pré – et protohistorique » ?
Osanna : Et bien, qu’on vous aime.
Marie : On est avec vous.
Xavier : C’est vrai que les spés archéo n’ont pas toujours le vent en poupe. Je sais que pour l’Égypte, il y a toujours une espèce d’aura, de mystère parce qu’on a tous baigné avec ça, ce qui fait qu’il y a beaucoup de gens qui y viennent. En Gaule, en vrai, ils s’en sortent bien cette année avec le Haut Moyen Âge : les amphithéâtres sont pleins. Moi je voulais y aller en freelance, et je n’ai pas pu rentrer… donc bon.
Osanna: Puis souvent pour la spé Gaule, il y a beaucoup de personnes qui, justement avec Moulhérat, ne sont pas sûres de vouloir continuer leur spé et se disent : « ah je vais peut être partir en Gaule ».
Xavier : Effectivement, il y a les petits spés archéo qui ont besoin de soutien moral : les Étrusques. Moi, c’est depuis trois ans que je vois des gens qui sont perdus, et que je leur dis : « tu sais, l’étruscologie, c’est bien! ». Je les envoie là-bas même si je n’ai rien à voir avec l’étruscologie. Voilà, toutes les petites spé archéo ont leur mystère et leur fascination. Il faut continuer !
Osanna : Oui, c’est vrai que c’est vraiment super sympa comme spé, ces trois petites spés là. Je croyais que pour l’archéologie orientale, il y avait plus de monde.
Xavier : Oui, moi je ne l’aurais pas mise dans les petites.
Marie : C’est Ariane Thomas qui, elle, les a traumatisés. *rires*
Osanna : Alors que pourtant, pour d’autres spés, c’est le cas. Je pense à « art et archéologie de l’Inde » et « art de l’Extrême-Orient », avec leurs professeurs respectifs.
LB : En fait, on ne pouvait pas toutes les mettre dans la question, ce ne sont que des exemples.
Osanna : Quand on y pense, à part l’Égypte…
Xavier : La Grèce aussi.
Osanna : Oui, à part Grèce et Égypte, c’est vrai que les spés archéo passent un peu sous le radar, et c’est dommage. Alors qu’il y a des trucs super intéressants et quand on fait double spé archéo, on peut vraiment voir les influences dans différentes choses. C’est génial à ce niveau-là. Mais, on est avec vous. Et on a des contacts pour faire des conférences sur vos sujets, on vous le promet !
Xavier : D’ailleurs, très très souvent quand vous allez dans une petite spé archéo, comme Étrusques, vous vous rendez compte que la moitié de la salle, c’est des gens de Rome qui sont venus. Vous allez en Rome, il y a la spé Étrusque qui est là aussi. Les gens sont donc quand même beaucoup de transfuges, qu’ils soient inscrits ou pas, dans les deux. Les gens viennent suivre des cours dans toutes les spés archéo à droite à gauche. Parce qu’une fois qu’on est mordu, de toute façon, on en a jamais assez !
Osanna : Mais du coup : on vous aime.
LB : Donc l’afterwork des “spés oubliées”… c’est vous qui en êtes à l’origine où ce sont eux qui se sont rebellés ? *rires*
Osanna : C’est eux qui se sont rebellés. Mais c’est vrai que c’était assez marrant quand je l’ai vu passer. Avec les photos de Christophe Moulhérat et d’Ariane Thomas…
LB : Du coup, on imagine que vous y serez !
Osanna : Je sais plus quel jour c’est, mais je vais vérifier !

LB : Alors, quel avenir pour les métiers de l’archéologie aujourd’hui selon vous? L’arrivée des hautes technologies dans les prospections ne menace-t-elle pas les chantiers physiques ? Quel futur pour le métier ?
Xavier : Moi, j’aurais tendance à dire que justement, il est radieux avec ces nouvelles technologies.
Osanna : Moi aussi.
Xavier : Par exemple, j’ai beaucoup étudié Pompéi avec la spé Rome. Quand on voit qu’en 1800 et quelques on s’amuse à creuser des trous pour trouver un objet en argenterie, on le remonte et c’est un vrai massacre ! En fait aujourd’hui, dans un monde idéal où il y aurait assez de sous pour toutes les fouilles archéologiques, il pourrait donc y avoir tous ces corps d’archéologues spécialisés dans des sciences très pointues. Avoir à la fois un mec qui étudie les graines, un qui étudie les spores, un qui étudie les objets que tu déterres, un qui étudie le tout. Ça donne un panel tellement plus large !
Marie : Cela se fait, ça y est, ça se développe bien.
Xavier : Du coup, toutes ces nouvelles technologies, pour moi c’est plutôt un plus. Par exemple, on peut penser au Lidar ! On avait fait une conférence sur ça. De grands radars sont employés sur des grandes zones pour repérer où sont les vestiges ! Après, il faut quand même quelqu’un pour aller sur le terrain et creuser. Ça doit être en première année, en cours d’initiation à l’archéologie, où on nous montrait un graph’ comme ça. Le plus efficace c’est le bulldozer, le moins c’est la brosse à dent. Mais après, la précision va dans l’autre sens. Du coup, la truelle reste l’objet idéal entre les deux. C’est à la fois un rythme d’avancée pour creuser relativement rapidement, et la pioche est relativement précise. Finalement, il y aura forcément besoin de ça, parce que pour le moment, on y est encore.
Marie : Mais il y aura toujours une alliance entre la nouvelle technologie et l’archéologue.
Osanna : Et je pense qu’on aura encore plus de nouvelles spécialisations avec le temps. Ça pourra être encore mieux.
Marie : Oui il y a plein de choses.
Osanna : De la diversification des métiers.
Xavier : L’archéologie ne peut que se nourrir d’avoir plus de spécialisations et plus d’informations.
Osanna : C’est dommage, à niveau là, qu’on n’en parle pas assez à l’École justement, des différents métiers de l’archéologie… Mais nous, on est là pour ça ! On va peut être organiser quelque chose sur ce sujet… on vous tient au courant.
Marie : Tu fais un petit teasing, là !
Osanna : Oui, c’est ça… Mais c’était le bon moment !
Xavier : C’est tellement mignon, c’est tellement innocent !
Osanna : Oh… Xavier, voyons !

 

LB: Dernière question : vous clôturez, pour nous, l’année 2019… Quelles bonnes choses pouvons-nous souhaiter à l’ArchéoClub pour 2020 ?
Xavier : Du monde à nos conférences…
Osanna : Du monde à nos conférences.
Marie : TROP de monde à nos conférences !
Xavier : Genre, on veut des gens qui crient derrière la porte : « Comment ça, on ne peut pas rentrer ? ».
Marie : Voilà, des hordes de fans ! *rires*
Osanna : Un blog avec plein d’articles aussi, vraiment pleins de projets, super diversifiés…
Xavier : Et laisser une bonne impression dans le paysage de l’École pour qu’il y ait des recrutements l’année prochaine !
Marie : Oui voilà c’est ça, préparer le terrain pour l’année prochaine !
Xavier : Que les gens soient bien conscients que l’ArchéoClub existe, et que ça fait partie des associations sympas qui proposent des activités cool à pouvoir faire en parallèle de l’École.
Osanna : J’espère que l’on fait déjà bonne impression, quand même…
Xavier : Il faut toujours plus marquer les gens !
Osanna : Et oui, toujours. On va mettre des affiches partout !
Xavier : AIMEZ-NOUS ! *rires*

 

Interview menée de front sur le chantier de fouilles par Éloïse Briand et Laureen Gressé-Denois pour le compte du Louvr’Boîte !

 

 

Pour retrouver l’ArchéoClub de l’École du Louvre !

Ek°Phra°Sis – Murmures de gloire…

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Le roi David jouant de la harpe, Anton Kern, début du XVIIIème siècle, Musée des Beaux-Arts de Budapest

Tendez l’oreille… À pas de velours délicat ou à coups de sabots glorieux, les souverains aiment les odes visuelles autant que sonores les concernant. Preuve en est, si je vous donne n’importe quel nom de roi, prenons Louis XIV par exemple, je suis persuadée que les premières choses qui s’imposent alors à votre esprit sont le portrait de sacre par Hyacinthe Rigaud ou bien des musiques comme La Marche des Turcs de Lully ou encore le prélude du Te Deum de Charpentier (écoutez ces morceaux en vous rendant à votre prochaine remise de diplôme : vous vous sentirez pousser des ailes de magnificence). La propagande et l’art de cour est partout : elle est le fil commun qui relie tous les monarques à travers les âges et les continents. Tout doit être mis en œuvre pour glorifier la personnalité couronnée. Rien n’est jamais trop beau pour eux.

Pour cette première Ek°Phra°Sis de l’année, je ne peux m’empêcher de vous emmener écouter la musique, poétique cette fois-ci, qui a accompagné certains de mes souverains favoris. Pour les lecteurs ne connaissant pas encore ce principe, le but est de créer une synesthésie de la vue et de l’ouïe en les confondant toutes deux. Ut pictura poesis. « La peinture est une poésie muette et la poésie une peinture qui parle » : Horace est le maître spirituel de cette rubrique. Dorure, apostrophe, exclamation et grâce pour les rois !

Avec un numéro Royal, comment ne pas parler du « Prince des Poètes », surnom donné à Pierre de Ronsard ? Entre 1550 et 1552, il écrit un très beau recueil de poèmes à la gloire de la dynastie des Valois, intitulé Odes. Pour chaque événement marquant de la cour d’Henri II, le fils de François Ier, il ne manque pas de rédiger un poème en l’honneur de ses protecteurs. Il faut dire qu’entre les Valois et Ronsard, c’est une histoire très intime, presque fraternelle, puisque le jeune Pierre devient page du Dauphin alors qu’il n’a que douze ans. En 1542, alors frappé de surdité, il décide de s’épanouir en écrivant de la poésie pour laquelle il a beaucoup d’ambition : il souhaite qu’elle contribue entièrement, au même titre que l’architecture renaissante en plein essor, à magnifier la figure royale. Il aura ainsi ces mots : « Je te veux bâtir une ode, / La maçonnant à la mode / De tes palais honorés ». Il aime tellement son roi qu’il vient à peine d’être lui-même couronné par l’Académie des Jeux floraux de Toulouse en recevant une Minerve en argent massif d’une grande valeur, qu’il s’empresse déjà d’offrir celle-ci à Henri II. Sous sa plume, toute la famille royale est portée aux nues : Catherine de Médicis, François II, Charles IX, Henri III, la princesse Marguerite et la jeune reine d’Écosse Marie Stuart (mariée à François II). Chaque bataille gagnée est également un prétexte pour déposer des lauriers sur la tête souveraine. Ainsi, quand Boulogne-sur-Mer est reprise aux perfides mains anglaises en 1544, Ronsard s’adresse directement à Henri, encore prince alors, ainsi : « Quand entrent les Césars j’aperçois ton image / Découvrant tout le front de lauriers revêtu, / Voyez ce, dis-je alors, combien peut la vertu / Qui fait d’un jeune roi un César avant l’âge ». Or,

Henri II par François Clouet, 1559, huile sur bois, Musée du Louvre - Wikimedia Commons

Henri II par François Clouet, 1559, huile sur bois, Musée du Louvre – Wikimedia Commons

Pierre va encore plus loin quelques années plus tard en rédigeant sa Franciade, restée inachevée. Véritable œuvre à la gloire des Valois, elle conte leur légendaire ascendance avec Francus, fils d’Hector. L’ouvrage devait compter vingt-quatre chants mais la mort de Charles IX stoppa le projet de Ronsard qui, découragé par le décès d’un souverain qu’il avait énormément aimé, se retira au prieuré de Saint-Cosme. Les peintres aussi avaient à cœur de rendre hommage à Henri II. François Clouet livre ainsi en 1559 un beau portrait d’Henri II, conservé au Louvre. Loin des portraits pimpants de sacre dans le reste de l’Europe, le Tourangeau livre ici sur un portrait où le visage du roi éclaire le fond. Le regard soutenu, autoritaire dans une attitude calme et stable montre le souverain dans toute sa superbe. Le choix d’un cadrage serré avec un fond uni est un clin d’œil au grand portraitiste Holbein. Toutefois, cachée derrière cette simplicité de mise en scène, Clouet insiste sur la richesse des habits du roi : plumes vaporeuses, soieries et passementeries du col, collier aux pierres raffinées… Tout est présent pour faire vibrer sur le panneau de bois la splendeur du roi. Cette formule originale instaurée par Clouet a d’ailleurs un grand succès de propagande puisqu’il va être très copié. On compte plus d’une cinquantaine de cet original de par l’Europe : au palais Pitti à Florence, au château de Chantilly en France.

Toutefois, avec le temps, les souverains vont aussi être représentés dans leurs moments les plus sombres, bien malgré eux… Cependant, certains artistes vont rendre ces visions sublimes au sens étymologique du terme (latin sublimis = « qui va en s’élevant »). La grandeur d’âme et la noblesse n’en sont alors que plus exacerbées. Prenons le cas de Napoléon Ier, malheureux exilé de Sainte-Hélène, à la fin de sa vie… Évincé du pouvoir, il est contraint de rester injustement sur une île loin des Français qu’il a tant aimés (il a eu ses travers, comme tout Homme, mais cela n’enlève rien à l’indéniable et profonde affection qui était sienne pour notre pays). Pierre-Antoine Lebrun va même jusqu’à déclarer en 1844 que Napoléon est « la muse la plus féconde des poètes » ! Lamartine ne déroge pas à ce constat, même si avec le temps est-il devenu un républicain convaincu. En effet, dans sa jeunesse, il a été un grand admirateur de cet homme quasi légendaire. Dans un poème de 1823 intitulé « Bonaparte » (recueil Nouvelles Méditations Poétiques), il imagine ce que peut ressentir l’Empereur en errant seul sur les hauts promontoires rocheux de Sainte-Hélène. En voici un court extrait qui, à la lecture, permet immédiatement d’imaginer une scène très vivante :

« Tel qu’un pasteur debout sur la rive profonde
Voit son ombre de loin se prolonger sur l’onde
Et du fleuve orageux suivre en flottant le cours ;
Tel du sommet désert de ta grandeur suprême,
Dans l’ombre du passé te recherchant toi-même,
Tu rappelais tes anciens jours !

Ils passaient devant toi comme des flots sublimes
Dont l’œil voit sur les mers étinceler les cimes,
Ton oreille écoutait leur bruit harmonieux !
Et, d’un reflet de gloire éclairant ton visage,
Chaque flot t’apportait une brillante image
Que tu suivais longtemps des yeux ! »

Napoléon à Sainte Hélène, gravure de Pierre-Eugène Aubert, 1840, eau-forte et burin, BNF - Photo personnelle

Napoléon à Sainte Hélène, gravure de Pierre-Eugène Aubert, 1840, eau-forte et burin, BNF – Photo personnelle

Les Romantiques se sont bien évidemment emparés également de la légende. Le destin tragique – mais ô combien vibrant de gloire – du général Bonaparte en fait un sujet idéal. Ainsi, Pierre-Eugène Aubert livre en 1840 sa vision de l’Empereur déchu sur l’île de son exil. Sur une estampe au burin et à l’eau-forte dont le tirage original est conservé à la Bibliothèque Nationale de France, l’artiste met en scène debout, le regard baissé vers les flots tumultueux qui lèchent les roches acérées du promontoire, Napoléon Bonaparte, le bicorne abandonné au sol et la redingote volant dans les airs sous un fort vent. Le paysage état d’âme est très net ici, avec un souverain déchiré mais encore debout, qui se détache sur une partie de ciel éclaircie dont la lumière le baigne, contrairement aux éléments minéraux et aqueux qui se déchaînent dans une violence inouïe. Cette branche d’arbre qui qui s’accroche, qui lutte au premier plan à droite n’est-elle d’ailleurs pas un écho de l’Empereur ? Toutefois, elle appartient déjà à un tronc complètement desséché : doit-on y voir le symbole proleptique de la mort prochaine du général ? Ce dernier aura d’ailleurs ces mots sur son lit d’agonie : « Quand je serai mort […] vous reverrez, les uns vos parents, les autres vos amis, et moi je retrouverai mes braves aux Champs Élysées »

Comment conclure autrement notre royal Ek°Phra°Sis si ce n’est par le modèle recherché de Napoléon, pas un empereur mais bien un roi conquérant qui était parti à l’assaut du monde antique ? Alexandre le Grand, qui va inspirer de nombreux poètes et peintres pour représenter à travers le temps des souverains sous ses traits, est la cerise sur la couronne pour cet article. Voici une nouvelle proposition d’ekphrasis, basée sur le très beau portrait en clair-obscur d’Alexandre dans l’armure d’Athéna peint par Rembrandt en 1659 (exposé au musée Gulbenkian au Portugal, certains Historiens de l’Art y voient plutôt directement la déesse mais aucune théorie ne peut être confirmée par les archives). Quoi de mieux que des alexandrins pour cela ?

 

Alexandre le Grand, par Rembrandt, 1655 - Licence CC Creative Commons

Alexandre le Grand, par Rembrandt, 1655 – Licence CC Creative Commons

Ô léonin regard aux feux impérieux
Les lauriers du monde à tes pieds te saluent !
De la Perse à l’Indus, noble épée vers les nues
D’un futur glorieux, entends le regard des dieux !

À tes cuivreuses boucles s’épingle un sourire,
Celui d’une Roxane que mon âme honnit.
Ne puis-je, Grand Roi, avoir ton cœur par ma lyre ?
Ou dois-je toujours loin de tes preux pas mourir ?

Si ta phalange peint l’appel de ton destin
Si tes peintres défendent l’Apelle à ta gloire,
Sois le Soleil chassant le soir, clarté demain !

 

Laureen Gressé-Denois, Anastolé, 23 octobre 2019

« Constellation Capricone » ou l’Écomusée du Véron en étoile montante de la culture près des musées parisiens

C’est sur une route bien connue par les cyclistes de la Loire à Vélo que se cache un écrin encore trop méconnu. En plein territoire bocager, au cœur de la Touraine et entre les bras bienveillants de la Vienne et de la Loire, se situe l’Écomusée du Véron. Loin du modèle de l’Écomusée d’Alsace qui est un peu le Skansen français, cet ancien corps de ferme de pierre de tuffeau et d’ardoise abrite des trésors insoupçonnés. Qui pourrait se douter, en pédalant sur la route et en croisant cette institution, que derrière ses portes se trouvent des Pablo Picasso, du Max Ernst, du Brassaï, du Paul Klee ? Mais attention, le contemporain n’est pas le seul invité des vitrines. Des antiquités gréco-romaines, des œuvres africaines et d’Indiens d’Amérique, des objets de la Préhistoire et de l’Océanie se donnent aussi rendez-vous dans ce cadre hors du commun.

Affiche

© CCCVL

Depuis le 6 avril 2019, l’Écomusée du Véron accueille dans sa superbe exposition « Constellation Capricorne » ces étoiles d’art. Comment un musée de province, presque perdu dans la campagne et en-dehors du si célèbre itinéraire des Châteaux de la Loire, peut-il regorger de telles surprises ? Il faut remonter un peu dans le calendrier…  Un an avant le début de l’exposition, au printemps 2018, l’ancienne Ministre de la Culture François Nyssen, lance l’opération « Culture Près de Chez Vous ». Véritable pari entre les petites institutions de France et les gros géants parisiens, ce projet ministériel vise à mieux faire circuler les œuvres sur le territoire afin de redynamiser la culture en province et briser le triste constat que la grande majorité des œuvres majeures se trouve dans la capitale.

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© Laureen Gressé-Denois

Ode poétique qui laisse le visiteur déambuler dans ses émotions, ses pensées et ses visions, « Constellation Capricorne » part de la sculpture monumentale Capricorne de Max Ernst pour emmener ses invités dans des pérégrinations aussi bien temporelles que géographiques, le parcours couvrant la Préhistoire jusqu’à de nos jours avec des œuvres venues de tous les continents. Le choix de ce bronze gigantesque de l’artiste dadaïste de Brühl est évident puisqu’en revenant des États-Unis où il laisse son original en plâtre à Sedona, il en fait faire des exemplaires en bronze qu’il a retravaillé, notamment à Huismes, commune toute proche de l’Écomusée, où il s’installe. Des films de l’époque montrent par ailleurs la présence de ce couple royal énigmatique dans son atelier. Capricorne regorge de secrets uniques. Si l’assemblage de ces êtres hybrides semble au premier abord bien étonnant et fortuit, dans la veine surréaliste de l’artiste, une seconde lecture tout à fait réfléchie et sans doute sciemment déterminée par l’artiste peut être déterminée. Celle-ci n’est possible que si l’on connaît déjà de nombreuses choses en Histoire de l’Art : reconnaître les idoles violons des Cyclades dans le buste de la Reine, la figure du Minotaure pour le Roi, la stature hiératique du couple qui fait éminemment penser aux représentations de couple pharaonique de l’Égypte ancienne, le chien gargouille symbole de fidélité amoureuse au Moyen Âge. Max Ernst propose plusieurs niveaux de découverte et de plaisir face à son œuvre que l’on savoure autant en simple amateur qu’en connaisseur. La prouesse réside aussi dans ces formes, trouvées en premier lieu en moulant des objets du quotidien dans le plâtre.

À l’aide de nombreuses citations philosophiques ou poétiques le visiteur n’a pas besoin d’être un grand éclairé de l’art pour comprendre et ressentir cette exposition adapté à tous les âges. Le thème de l’hybridation homme-animal, qui sous-tend toute l’exposition au-delà du Capricorne qui est le prétexte pour mettre en orbite d’autres œuvres semblables, soulève des questions sur nos conceptions de la spiritualité, de l’insondable, des forces de la nature en tant qu’adulte. Toutefois, l’enfant y trouve aussi son bonheur en s’extasiant devant ces êtres surnaturels qui lui rappellent ceux des contes avant d’aller au lit : les sirènes mi- femme mi-poisson, les sphinx mi-homme mi-lion, les centaures mi-homme mi-cheval… jusqu’à leurs super-héros préférés (Spiderman ne tient-il pas son pouvoir d’une araignée et Batman d’une chauve-souris) ?

Même si l’exposition ne s’étend que sur trois salles, elle présente des bijoux du centre Pompidou, du musée Pablo Picasso, du musée national de la Préhistoire de Saint-Germain-en-Laye et de très belles pièces de musées régionaux. Elle n’a absolument pas à rougir devant les expositions parisiennes. Dans une ambiance musicale douce, de belles vitrines toutes neuves qui pourront resservir pour de futures expositions, un éclairage tamisé et de grands panneaux aérés qui ne sont pas saturés d’informations mais qui au contraire, éveillent et nourrissent l’inspiration propre et la méditation du visiteur, « Constellation Capricorne » réunit tous les ingrédients pour plaire ! On ne peut que souhaiter longue vie et prospérité croissante à cet Écomusée qui se rapproche de l’intime et de l’universel de leur territoire plus que jamais. Elle est une telle réussite que même l’actuel ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer s’y est spécialement rendu pour la Nuit des Musées 2019.

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© Marie Turpin

Pour les vacances de Toussaint, si vous partez faire un tour le long de la Loire, ne manquez pas cette superbe exposition qui fait honneur aux collections parisiennes dans notre si belle campagne française jusqu’au 11 novembre 2019 !

 

Laureen Gressé-Denois

 

 

Retrouver l’Écomusée du Véron :

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J-3 GALA : Top 5 des fantômes du patrimoine parisien

Même si juin n’est pas le mois où l’on fête Halloween, il y a toujours des lieux où rôdent des spectres fascinants dans le Paris que nous aimons tendrement pour son patrimoine incroyable et ce, toute l’année ! N’avez-vous jamais ressenti des moments d’angoisse dans les couloirs du passé que nous arpentons pour découvrir de nouvelles merveilles, armés de notre carte d’étudiant de l’EDL ? Un  murmure dans une langue étrangère, le cœur battant, sensible aux moindres mouvements autour de vous ? C’est que l’on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre, dans ces somptueux lieux qui nous captivent autant qu’ils nous impressionnent… et parfois on peut craindre de tomber en pleine cérémonie de secte au chant tamoul comme dans Eyes Wide Shut de Kubrick ! Âmes sensibles, s’abstenir pour ce top 5 des fantômes du patrimoine parisien !

 

NUMÉRO 5 – LE MEURTRE DU MÉTRO

 

Alors que la voiture de première classe s’arrête station Porte-Dorée sur la ligne 8 dans le https___hansdejongfotografie.files.wordpress.com_2014_04_toureauxdetectuve12ème arrondissement, les six nouveaux passagers montant à bord découvre une belle femme rousse qui semble être assoupie. Alors que celle-ci se balance doucement, elle glisse peu à peu au sol et un médecin parmi eux craint le malaise de celle-ci. En l’assistant, il découvre alors un couteau Laguiole planté dans son cou et une mare de sang à ses pieds. La chose choque, d’autant plus qu’à l’ouverture des portes, la jeune femme était seule dans la voiture ! Le ticket de la victime, qui se nomme Laetitia Toureaux, a été poinçonné à la station précédente où elle était seule à être montée. Où est donc passé le meurtrier ? La presse s’empare du fait divers et Paris-Soir révèle ainsi qu’elle serait une espionne au service des Italiens chez qui elle est née. Vingt-cinq ans plus tard, en 1962, une lettre parvient à la police où un homme se disant médecin, affirme être l’assassin de la jeune femme qui l’avait éconduit alors qu’il était amoureux d’elle. Comment a-t-il pu s’échapper ? Il avoue avoir utilisé une “clé de pompier” pour passer d’une rame à l’autre pendant que le métro était en marche entre les deux stations. Mystère résolu alors, bien que d’après certains usagers du métro, un long frisson les parcourt encore à la station Porte-Dorée avec ce sentiment étrange que quelqu’un les observe lourdement… 

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NUMÉRO 4 – PHILIBERT ASPAIRT DANS LES CATACOMBES

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Qu’il est dur, lorsque l’on n’a pas l’aide d’une Ariane, de sortir d’un véritable labyrinthe souterrain ! Certains le savent bien comme Philibert Aspairt, portier du Val de Grâce. En empruntant un escalier qui se trouve dans la cour du couvent, l’homme s’aventure dans un dédale dont il ne reviendra jamais. Porté disparu et retrouvé seulement onze plus tard, il est identifié en 1804 grâce aux clés du Val de Grâce qu’il portait à sa ceinture. Il est depuis enterré sur place et une stèle érigée sur place indique ainsi : « À la mémoire de Philibert Aspairt perdu dans cette carrière le III (3) Novbre MDCCXCIII (1793) retrouvé onze ans après et inhumé en la même place le XXX (30) Avril MDCCCIV (1804) ». La stèle est aujourd’hui encore visible dans le Grand Réseau Sud, sous la rue Henri Barbusse, à proximité du boulevard Saint-Michel. Certain disent d’ailleurs encore croiser son fantôme errant dans les catacombes à la recherche de la sortie… Avis aux promeneurs nocturnes !

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NUMÉRO 3 – LE FANTÔME DE L’OPÉRA

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À l’opéra Garnier, qui n’a jamais entendu parler de la fameuse loge n°5 réservée au fantôme de l’opéra ? En effet, les directeurs de l’Opéra se voient réclamer 20 000 francs par mois de la part d’un certain « Fantôme de l’Opéra » qui exige que cette loge lui soit réservée. Mais qui cache derrière cette diaphane identité ? Le 28 octobre 1873, le conservatoire de la rue Peletier est en flammes. Ernest, jeune pianiste prodige, parvient à s’échapper de l’incendie bien que son visage est à moitié brûlé au troisième degré. Aquarelle d'André Castaigne illustrant la première édition américaine du roman (1911).jpgComble de malheur, sa fiancée ballerine du même conservatoire, succombe dans l’âtre de feu. Éploré, il se cache dans les souterrains de l’opéra Garnier en pleine construction où il pleure jusqu’à sa mort son amour perdu. Son cadavre n’est jamais retrouvé, sans doute confondu avec les corps des communards. En 1910, Gaston Leroux s’approprie cette histoire en la liant à d’étranges événements liés à la célèbre institution. Le grand lustre de la salle se serait décroché pendant une représentation du Faust de Gounod, tuant ainsi le spectateur assis à la place 13. Un machiniste est retrouvé un jour pendu, une danseuse décède en tombant d’une galerie. Un chat noir meurt accidentellement sur l’estrade conduisant à la scène, etc. De quoi inspirer le grand écrivain pour ses fameux personnages Christine Daaé, Erik ou encore le vicomte de Chagny !

 

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NUMÉRO 2 – BELPHÉGOR AU LOUVRE

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Tous les Édléiens doivent au moins voir un jour le film Belphégor, le fantôme du Louvre, dans leur vie ! En voici le synopsis : « Dans le Paris de l’an 2000, une momie aux pouvoirs maléfiques donne naissance à un fantôme nommé Belphégor, dieu des Ammonites. Celui-ci, à la nuit tombée, hante le musée du Louvre, dont la Pyramide de Peï est devenue le symbole universel. Tour à tour effrayant ou humain, ce fantôme a toutes les audaces et 7v7AyrW6HD9YTPkcXSuMEiyoOPZ.jpgsemble invincible.Un gardien est retrouvé mort aux pieds de sa statue. Martin, un électricien, mène alors l’enquête. Mais il est bientôt harcelé par des lettres signées de la main du fantôme… ». Et dans ces fameuses lettres justement, des symboles vont mener tout droit les héros à l’École du Louvre pour continuer l’enquête… Bien sûr, ce n’est qu’un film mais il n’empêche qu’on aime bien espérer que la momie du Louvre elle ne se réveille jamais… Quoique…

Les petits nouveaux, bon courage pour vos TDO d’Archéologie égyptienne !

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NUMÉRO 1 – LES FANTÔMES DU PÈRE LACHAISE

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S’il y a bien UN lieu à Paris qu’il faut visiter pour ses fantômes, c’est bien le cimetière du Père Lachaise qui compte au moins un million de morts enterrés en son sein ! Des messes sataniques clandestines s’y dérouleraient mais ce qui est certain c’est qu’il y a déjà des visiteurs que l’on peut croiser aujourd’hui psalmodiant des mots étranges devant la tombe d’Allen Kardec, père du spiritisme. D’illustres fantômes peuplent les rues de ce curieux village silencieux ouvert en 1804. Balzac, Molière, Chopin, Wilde, Ernst, Morrison, Piaf, Héloïse et Abélard. Je n’ai jamais eu d’affinité pour le monde mortuaire mais pour l’avoir visité une fois en novembre en compagnie d’un être cher, il y avait là une somptueuse douceur triste, un air nostalgique et rêveur, une tendresse muette qui lient ses tombes les unes et autres. Les pierres murmurent le nom des défunts mais la beauté des monuments funéraires et l’honneur d’être en présence de ces êtres immortels subliment de manière onirique cette irréelle, profonde et sereine rencontre… au point de nourrir une curieuse imagination chez certains. Je vous laisse le plaisir de découvrir cette jolie bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=iTwlga6hoY4

 

Laureen Gressé-Denois