Ek°Phra°Sis – Murmures de gloire…

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Le roi David jouant de la harpe, Anton Kern, début du XVIIIème siècle, Musée des Beaux-Arts de Budapest

Tendez l’oreille… À pas de velours délicat ou à coups de sabots glorieux, les souverains aiment les odes visuelles autant que sonores les concernant. Preuve en est, si je vous donne n’importe quel nom de roi, prenons Louis XIV par exemple, je suis persuadée que les premières choses qui s’imposent alors à votre esprit sont le portrait de sacre par Hyacinthe Rigaud ou bien des musiques comme La Marche des Turcs de Lully ou encore le prélude du Te Deum de Charpentier (écoutez ces morceaux en vous rendant à votre prochaine remise de diplôme : vous vous sentirez pousser des ailes de magnificence). La propagande et l’art de cour est partout : elle est le fil commun qui relie tous les monarques à travers les âges et les continents. Tout doit être mis en œuvre pour glorifier la personnalité couronnée. Rien n’est jamais trop beau pour eux.

Pour cette première Ek°Phra°Sis de l’année, je ne peux m’empêcher de vous emmener écouter la musique, poétique cette fois-ci, qui a accompagné certains de mes souverains favoris. Pour les lecteurs ne connaissant pas encore ce principe, le but est de créer une synesthésie de la vue et de l’ouïe en les confondant toutes deux. Ut pictura poesis. « La peinture est une poésie muette et la poésie une peinture qui parle » : Horace est le maître spirituel de cette rubrique. Dorure, apostrophe, exclamation et grâce pour les rois !

Avec un numéro Royal, comment ne pas parler du « Prince des Poètes », surnom donné à Pierre de Ronsard ? Entre 1550 et 1552, il écrit un très beau recueil de poèmes à la gloire de la dynastie des Valois, intitulé Odes. Pour chaque événement marquant de la cour d’Henri II, le fils de François Ier, il ne manque pas de rédiger un poème en l’honneur de ses protecteurs. Il faut dire qu’entre les Valois et Ronsard, c’est une histoire très intime, presque fraternelle, puisque le jeune Pierre devient page du Dauphin alors qu’il n’a que douze ans. En 1542, alors frappé de surdité, il décide de s’épanouir en écrivant de la poésie pour laquelle il a beaucoup d’ambition : il souhaite qu’elle contribue entièrement, au même titre que l’architecture renaissante en plein essor, à magnifier la figure royale. Il aura ainsi ces mots : « Je te veux bâtir une ode, / La maçonnant à la mode / De tes palais honorés ». Il aime tellement son roi qu’il vient à peine d’être lui-même couronné par l’Académie des Jeux floraux de Toulouse en recevant une Minerve en argent massif d’une grande valeur, qu’il s’empresse déjà d’offrir celle-ci à Henri II. Sous sa plume, toute la famille royale est portée aux nues : Catherine de Médicis, François II, Charles IX, Henri III, la princesse Marguerite et la jeune reine d’Écosse Marie Stuart (mariée à François II). Chaque bataille gagnée est également un prétexte pour déposer des lauriers sur la tête souveraine. Ainsi, quand Boulogne-sur-Mer est reprise aux perfides mains anglaises en 1544, Ronsard s’adresse directement à Henri, encore prince alors, ainsi : « Quand entrent les Césars j’aperçois ton image / Découvrant tout le front de lauriers revêtu, / Voyez ce, dis-je alors, combien peut la vertu / Qui fait d’un jeune roi un César avant l’âge ». Or,

Henri II par François Clouet, 1559, huile sur bois, Musée du Louvre - Wikimedia Commons

Henri II par François Clouet, 1559, huile sur bois, Musée du Louvre – Wikimedia Commons

Pierre va encore plus loin quelques années plus tard en rédigeant sa Franciade, restée inachevée. Véritable œuvre à la gloire des Valois, elle conte leur légendaire ascendance avec Francus, fils d’Hector. L’ouvrage devait compter vingt-quatre chants mais la mort de Charles IX stoppa le projet de Ronsard qui, découragé par le décès d’un souverain qu’il avait énormément aimé, se retira au prieuré de Saint-Cosme. Les peintres aussi avaient à cœur de rendre hommage à Henri II. François Clouet livre ainsi en 1559 un beau portrait d’Henri II, conservé au Louvre. Loin des portraits pimpants de sacre dans le reste de l’Europe, le Tourangeau livre ici sur un portrait où le visage du roi éclaire le fond. Le regard soutenu, autoritaire dans une attitude calme et stable montre le souverain dans toute sa superbe. Le choix d’un cadrage serré avec un fond uni est un clin d’œil au grand portraitiste Holbein. Toutefois, cachée derrière cette simplicité de mise en scène, Clouet insiste sur la richesse des habits du roi : plumes vaporeuses, soieries et passementeries du col, collier aux pierres raffinées… Tout est présent pour faire vibrer sur le panneau de bois la splendeur du roi. Cette formule originale instaurée par Clouet a d’ailleurs un grand succès de propagande puisqu’il va être très copié. On compte plus d’une cinquantaine de cet original de par l’Europe : au palais Pitti à Florence, au château de Chantilly en France.

Toutefois, avec le temps, les souverains vont aussi être représentés dans leurs moments les plus sombres, bien malgré eux… Cependant, certains artistes vont rendre ces visions sublimes au sens étymologique du terme (latin sublimis = « qui va en s’élevant »). La grandeur d’âme et la noblesse n’en sont alors que plus exacerbées. Prenons le cas de Napoléon Ier, malheureux exilé de Sainte-Hélène, à la fin de sa vie… Évincé du pouvoir, il est contraint de rester injustement sur une île loin des Français qu’il a tant aimés (il a eu ses travers, comme tout Homme, mais cela n’enlève rien à l’indéniable et profonde affection qui était sienne pour notre pays). Pierre-Antoine Lebrun va même jusqu’à déclarer en 1844 que Napoléon est « la muse la plus féconde des poètes » ! Lamartine ne déroge pas à ce constat, même si avec le temps est-il devenu un républicain convaincu. En effet, dans sa jeunesse, il a été un grand admirateur de cet homme quasi légendaire. Dans un poème de 1823 intitulé « Bonaparte » (recueil Nouvelles Méditations Poétiques), il imagine ce que peut ressentir l’Empereur en errant seul sur les hauts promontoires rocheux de Sainte-Hélène. En voici un court extrait qui, à la lecture, permet immédiatement d’imaginer une scène très vivante :

« Tel qu’un pasteur debout sur la rive profonde
Voit son ombre de loin se prolonger sur l’onde
Et du fleuve orageux suivre en flottant le cours ;
Tel du sommet désert de ta grandeur suprême,
Dans l’ombre du passé te recherchant toi-même,
Tu rappelais tes anciens jours !

Ils passaient devant toi comme des flots sublimes
Dont l’œil voit sur les mers étinceler les cimes,
Ton oreille écoutait leur bruit harmonieux !
Et, d’un reflet de gloire éclairant ton visage,
Chaque flot t’apportait une brillante image
Que tu suivais longtemps des yeux ! »

Napoléon à Sainte Hélène, gravure de Pierre-Eugène Aubert, 1840, eau-forte et burin, BNF - Photo personnelle

Napoléon à Sainte Hélène, gravure de Pierre-Eugène Aubert, 1840, eau-forte et burin, BNF – Photo personnelle

Les Romantiques se sont bien évidemment emparés également de la légende. Le destin tragique – mais ô combien vibrant de gloire – du général Bonaparte en fait un sujet idéal. Ainsi, Pierre-Eugène Aubert livre en 1840 sa vision de l’Empereur déchu sur l’île de son exil. Sur une estampe au burin et à l’eau-forte dont le tirage original est conservé à la Bibliothèque Nationale de France, l’artiste met en scène debout, le regard baissé vers les flots tumultueux qui lèchent les roches acérées du promontoire, Napoléon Bonaparte, le bicorne abandonné au sol et la redingote volant dans les airs sous un fort vent. Le paysage état d’âme est très net ici, avec un souverain déchiré mais encore debout, qui se détache sur une partie de ciel éclaircie dont la lumière le baigne, contrairement aux éléments minéraux et aqueux qui se déchaînent dans une violence inouïe. Cette branche d’arbre qui qui s’accroche, qui lutte au premier plan à droite n’est-elle d’ailleurs pas un écho de l’Empereur ? Toutefois, elle appartient déjà à un tronc complètement desséché : doit-on y voir le symbole proleptique de la mort prochaine du général ? Ce dernier aura d’ailleurs ces mots sur son lit d’agonie : « Quand je serai mort […] vous reverrez, les uns vos parents, les autres vos amis, et moi je retrouverai mes braves aux Champs Élysées »

Comment conclure autrement notre royal Ek°Phra°Sis si ce n’est par le modèle recherché de Napoléon, pas un empereur mais bien un roi conquérant qui était parti à l’assaut du monde antique ? Alexandre le Grand, qui va inspirer de nombreux poètes et peintres pour représenter à travers le temps des souverains sous ses traits, est la cerise sur la couronne pour cet article. Voici une nouvelle proposition d’ekphrasis, basée sur le très beau portrait en clair-obscur d’Alexandre dans l’armure d’Athéna peint par Rembrandt en 1659 (exposé au musée Gulbenkian au Portugal, certains Historiens de l’Art y voient plutôt directement la déesse mais aucune théorie ne peut être confirmée par les archives). Quoi de mieux que des alexandrins pour cela ?

 

Alexandre le Grand, par Rembrandt, 1655 - Licence CC Creative Commons

Alexandre le Grand, par Rembrandt, 1655 – Licence CC Creative Commons

Ô léonin regard aux feux impérieux
Les lauriers du monde à tes pieds te saluent !
De la Perse à l’Indus, noble épée vers les nues
D’un futur glorieux, entends le regard des dieux !

À tes cuivreuses boucles s’épingle un sourire,
Celui d’une Roxane que mon âme honnit.
Ne puis-je, Grand Roi, avoir ton cœur par ma lyre ?
Ou dois-je toujours loin de tes preux pas mourir ?

Si ta phalange peint l’appel de ton destin
Si tes peintres défendent l’Apelle à ta gloire,
Sois le Soleil chassant le soir, clarté demain !

 

Laureen Gressé-Denois, Anastolé, 23 octobre 2019

« Constellation Capricone » ou l’Écomusée du Véron en étoile montante de la culture près des musées parisiens

C’est sur une route bien connue par les cyclistes de la Loire à Vélo que se cache un écrin encore trop méconnu. En plein territoire bocager, au cœur de la Touraine et entre les bras bienveillants de la Vienne et de la Loire, se situe l’Écomusée du Véron. Loin du modèle de l’Écomusée d’Alsace qui est un peu le Skansen français, cet ancien corps de ferme de pierre de tuffeau et d’ardoise abrite des trésors insoupçonnés. Qui pourrait se douter, en pédalant sur la route et en croisant cette institution, que derrière ses portes se trouvent des Pablo Picasso, du Max Ernst, du Brassaï, du Paul Klee ? Mais attention, le contemporain n’est pas le seul invité des vitrines. Des antiquités gréco-romaines, des œuvres africaines et d’Indiens d’Amérique, des objets de la Préhistoire et de l’Océanie se donnent aussi rendez-vous dans ce cadre hors du commun.

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© CCCVL

Depuis le 6 avril 2019, l’Écomusée du Véron accueille dans sa superbe exposition « Constellation Capricorne » ces étoiles d’art. Comment un musée de province, presque perdu dans la campagne et en-dehors du si célèbre itinéraire des Châteaux de la Loire, peut-il regorger de telles surprises ? Il faut remonter un peu dans le calendrier…  Un an avant le début de l’exposition, au printemps 2018, l’ancienne Ministre de la Culture François Nyssen, lance l’opération « Culture Près de Chez Vous ». Véritable pari entre les petites institutions de France et les gros géants parisiens, ce projet ministériel vise à mieux faire circuler les œuvres sur le territoire afin de redynamiser la culture en province et briser le triste constat que la grande majorité des œuvres majeures se trouve dans la capitale.

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© Laureen Gressé-Denois

Ode poétique qui laisse le visiteur déambuler dans ses émotions, ses pensées et ses visions, « Constellation Capricorne » part de la sculpture monumentale Capricorne de Max Ernst pour emmener ses invités dans des pérégrinations aussi bien temporelles que géographiques, le parcours couvrant la Préhistoire jusqu’à de nos jours avec des œuvres venues de tous les continents. Le choix de ce bronze gigantesque de l’artiste dadaïste de Brühl est évident puisqu’en revenant des États-Unis où il laisse son original en plâtre à Sedona, il en fait faire des exemplaires en bronze qu’il a retravaillé, notamment à Huismes, commune toute proche de l’Écomusée, où il s’installe. Des films de l’époque montrent par ailleurs la présence de ce couple royal énigmatique dans son atelier. Capricorne regorge de secrets uniques. Si l’assemblage de ces êtres hybrides semble au premier abord bien étonnant et fortuit, dans la veine surréaliste de l’artiste, une seconde lecture tout à fait réfléchie et sans doute sciemment déterminée par l’artiste peut être déterminée. Celle-ci n’est possible que si l’on connaît déjà de nombreuses choses en Histoire de l’Art : reconnaître les idoles violons des Cyclades dans le buste de la Reine, la figure du Minotaure pour le Roi, la stature hiératique du couple qui fait éminemment penser aux représentations de couple pharaonique de l’Égypte ancienne, le chien gargouille symbole de fidélité amoureuse au Moyen Âge. Max Ernst propose plusieurs niveaux de découverte et de plaisir face à son œuvre que l’on savoure autant en simple amateur qu’en connaisseur. La prouesse réside aussi dans ces formes, trouvées en premier lieu en moulant des objets du quotidien dans le plâtre.

À l’aide de nombreuses citations philosophiques ou poétiques le visiteur n’a pas besoin d’être un grand éclairé de l’art pour comprendre et ressentir cette exposition adapté à tous les âges. Le thème de l’hybridation homme-animal, qui sous-tend toute l’exposition au-delà du Capricorne qui est le prétexte pour mettre en orbite d’autres œuvres semblables, soulève des questions sur nos conceptions de la spiritualité, de l’insondable, des forces de la nature en tant qu’adulte. Toutefois, l’enfant y trouve aussi son bonheur en s’extasiant devant ces êtres surnaturels qui lui rappellent ceux des contes avant d’aller au lit : les sirènes mi- femme mi-poisson, les sphinx mi-homme mi-lion, les centaures mi-homme mi-cheval… jusqu’à leurs super-héros préférés (Spiderman ne tient-il pas son pouvoir d’une araignée et Batman d’une chauve-souris) ?

Même si l’exposition ne s’étend que sur trois salles, elle présente des bijoux du centre Pompidou, du musée Pablo Picasso, du musée national de la Préhistoire de Saint-Germain-en-Laye et de très belles pièces de musées régionaux. Elle n’a absolument pas à rougir devant les expositions parisiennes. Dans une ambiance musicale douce, de belles vitrines toutes neuves qui pourront resservir pour de futures expositions, un éclairage tamisé et de grands panneaux aérés qui ne sont pas saturés d’informations mais qui au contraire, éveillent et nourrissent l’inspiration propre et la méditation du visiteur, « Constellation Capricorne » réunit tous les ingrédients pour plaire ! On ne peut que souhaiter longue vie et prospérité croissante à cet Écomusée qui se rapproche de l’intime et de l’universel de leur territoire plus que jamais. Elle est une telle réussite que même l’actuel ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer s’y est spécialement rendu pour la Nuit des Musées 2019.

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© Marie Turpin

Pour les vacances de Toussaint, si vous partez faire un tour le long de la Loire, ne manquez pas cette superbe exposition qui fait honneur aux collections parisiennes dans notre si belle campagne française jusqu’au 11 novembre 2019 !

 

Laureen Gressé-Denois

 

 

Retrouver l’Écomusée du Véron :

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J-3 GALA : Top 5 des fantômes du patrimoine parisien

Même si juin n’est pas le mois où l’on fête Halloween, il y a toujours des lieux où rôdent des spectres fascinants dans le Paris que nous aimons tendrement pour son patrimoine incroyable et ce, toute l’année ! N’avez-vous jamais ressenti des moments d’angoisse dans les couloirs du passé que nous arpentons pour découvrir de nouvelles merveilles, armés de notre carte d’étudiant de l’EDL ? Un  murmure dans une langue étrangère, le cœur battant, sensible aux moindres mouvements autour de vous ? C’est que l’on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre, dans ces somptueux lieux qui nous captivent autant qu’ils nous impressionnent… et parfois on peut craindre de tomber en pleine cérémonie de secte au chant tamoul comme dans Eyes Wide Shut de Kubrick ! Âmes sensibles, s’abstenir pour ce top 5 des fantômes du patrimoine parisien !

 

NUMÉRO 5 – LE MEURTRE DU MÉTRO

 

Alors que la voiture de première classe s’arrête station Porte-Dorée sur la ligne 8 dans le https___hansdejongfotografie.files.wordpress.com_2014_04_toureauxdetectuve12ème arrondissement, les six nouveaux passagers montant à bord découvre une belle femme rousse qui semble être assoupie. Alors que celle-ci se balance doucement, elle glisse peu à peu au sol et un médecin parmi eux craint le malaise de celle-ci. En l’assistant, il découvre alors un couteau Laguiole planté dans son cou et une mare de sang à ses pieds. La chose choque, d’autant plus qu’à l’ouverture des portes, la jeune femme était seule dans la voiture ! Le ticket de la victime, qui se nomme Laetitia Toureaux, a été poinçonné à la station précédente où elle était seule à être montée. Où est donc passé le meurtrier ? La presse s’empare du fait divers et Paris-Soir révèle ainsi qu’elle serait une espionne au service des Italiens chez qui elle est née. Vingt-cinq ans plus tard, en 1962, une lettre parvient à la police où un homme se disant médecin, affirme être l’assassin de la jeune femme qui l’avait éconduit alors qu’il était amoureux d’elle. Comment a-t-il pu s’échapper ? Il avoue avoir utilisé une “clé de pompier” pour passer d’une rame à l’autre pendant que le métro était en marche entre les deux stations. Mystère résolu alors, bien que d’après certains usagers du métro, un long frisson les parcourt encore à la station Porte-Dorée avec ce sentiment étrange que quelqu’un les observe lourdement… 

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NUMÉRO 4 – PHILIBERT ASPAIRT DANS LES CATACOMBES

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Qu’il est dur, lorsque l’on n’a pas l’aide d’une Ariane, de sortir d’un véritable labyrinthe souterrain ! Certains le savent bien comme Philibert Aspairt, portier du Val de Grâce. En empruntant un escalier qui se trouve dans la cour du couvent, l’homme s’aventure dans un dédale dont il ne reviendra jamais. Porté disparu et retrouvé seulement onze plus tard, il est identifié en 1804 grâce aux clés du Val de Grâce qu’il portait à sa ceinture. Il est depuis enterré sur place et une stèle érigée sur place indique ainsi : « À la mémoire de Philibert Aspairt perdu dans cette carrière le III (3) Novbre MDCCXCIII (1793) retrouvé onze ans après et inhumé en la même place le XXX (30) Avril MDCCCIV (1804) ». La stèle est aujourd’hui encore visible dans le Grand Réseau Sud, sous la rue Henri Barbusse, à proximité du boulevard Saint-Michel. Certain disent d’ailleurs encore croiser son fantôme errant dans les catacombes à la recherche de la sortie… Avis aux promeneurs nocturnes !

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NUMÉRO 3 – LE FANTÔME DE L’OPÉRA

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À l’opéra Garnier, qui n’a jamais entendu parler de la fameuse loge n°5 réservée au fantôme de l’opéra ? En effet, les directeurs de l’Opéra se voient réclamer 20 000 francs par mois de la part d’un certain « Fantôme de l’Opéra » qui exige que cette loge lui soit réservée. Mais qui cache derrière cette diaphane identité ? Le 28 octobre 1873, le conservatoire de la rue Peletier est en flammes. Ernest, jeune pianiste prodige, parvient à s’échapper de l’incendie bien que son visage est à moitié brûlé au troisième degré. Aquarelle d'André Castaigne illustrant la première édition américaine du roman (1911).jpgComble de malheur, sa fiancée ballerine du même conservatoire, succombe dans l’âtre de feu. Éploré, il se cache dans les souterrains de l’opéra Garnier en pleine construction où il pleure jusqu’à sa mort son amour perdu. Son cadavre n’est jamais retrouvé, sans doute confondu avec les corps des communards. En 1910, Gaston Leroux s’approprie cette histoire en la liant à d’étranges événements liés à la célèbre institution. Le grand lustre de la salle se serait décroché pendant une représentation du Faust de Gounod, tuant ainsi le spectateur assis à la place 13. Un machiniste est retrouvé un jour pendu, une danseuse décède en tombant d’une galerie. Un chat noir meurt accidentellement sur l’estrade conduisant à la scène, etc. De quoi inspirer le grand écrivain pour ses fameux personnages Christine Daaé, Erik ou encore le vicomte de Chagny !

 

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NUMÉRO 2 – BELPHÉGOR AU LOUVRE

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Tous les Édléiens doivent au moins voir un jour le film Belphégor, le fantôme du Louvre, dans leur vie ! En voici le synopsis : « Dans le Paris de l’an 2000, une momie aux pouvoirs maléfiques donne naissance à un fantôme nommé Belphégor, dieu des Ammonites. Celui-ci, à la nuit tombée, hante le musée du Louvre, dont la Pyramide de Peï est devenue le symbole universel. Tour à tour effrayant ou humain, ce fantôme a toutes les audaces et 7v7AyrW6HD9YTPkcXSuMEiyoOPZ.jpgsemble invincible.Un gardien est retrouvé mort aux pieds de sa statue. Martin, un électricien, mène alors l’enquête. Mais il est bientôt harcelé par des lettres signées de la main du fantôme… ». Et dans ces fameuses lettres justement, des symboles vont mener tout droit les héros à l’École du Louvre pour continuer l’enquête… Bien sûr, ce n’est qu’un film mais il n’empêche qu’on aime bien espérer que la momie du Louvre elle ne se réveille jamais… Quoique…

Les petits nouveaux, bon courage pour vos TDO d’Archéologie égyptienne !

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NUMÉRO 1 – LES FANTÔMES DU PÈRE LACHAISE

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S’il y a bien UN lieu à Paris qu’il faut visiter pour ses fantômes, c’est bien le cimetière du Père Lachaise qui compte au moins un million de morts enterrés en son sein ! Des messes sataniques clandestines s’y dérouleraient mais ce qui est certain c’est qu’il y a déjà des visiteurs que l’on peut croiser aujourd’hui psalmodiant des mots étranges devant la tombe d’Allen Kardec, père du spiritisme. D’illustres fantômes peuplent les rues de ce curieux village silencieux ouvert en 1804. Balzac, Molière, Chopin, Wilde, Ernst, Morrison, Piaf, Héloïse et Abélard. Je n’ai jamais eu d’affinité pour le monde mortuaire mais pour l’avoir visité une fois en novembre en compagnie d’un être cher, il y avait là une somptueuse douceur triste, un air nostalgique et rêveur, une tendresse muette qui lient ses tombes les unes et autres. Les pierres murmurent le nom des défunts mais la beauté des monuments funéraires et l’honneur d’être en présence de ces êtres immortels subliment de manière onirique cette irréelle, profonde et sereine rencontre… au point de nourrir une curieuse imagination chez certains. Je vous laisse le plaisir de découvrir cette jolie bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=iTwlga6hoY4

 

Laureen Gressé-Denois

Ek°Phra°Sis : La tourmente des eaux

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Brume en chevelure du fleuve, seules les vagues la connaissent. Dans le chant du soir, elle se languit depuis son rocher. Son regard scrute le firmament des eaux noires et bientôt, au récif, s’écaillent les espoirs. Elle ne contient plus sa détresse ; de souffrance elle se pare. Ô toi belle inconnue qui a tant charmé, sais-tu ramener dans des bras meurtris les marins trop tôt partis ? Nul doute que tu m’entendras, Lorelei, loin de l’écume fumante des entrailles du Rhin. Qu’apporte le vent à tes abyssales notes quand s’élève une plainte, des pleurs jaillissant depuis la Lune qui se plie à ta beauté ? Loin des muets cris de son cœur s’apaise le sommeil calme des assoupies paupières du Rhin, et t’endors-tu pour mieux te réveiller pour le prochain malheureux. Te voici encore, reine sans lendemain.

 

Carl Bertling, huile sur toile, Lorelei, 1871

Carl Bertling, La Lorelei, huile sur toile, 1871

Alors que les fragrances du Sturm und Drang de Goethe flottent toujours dans l’air germanique, le poète Heinrich Heine compose un poème sur la déroutante nymphe. Il y déploie toute la scintillante obscurité d’un lieu qui enivre, enchante et captive. La sonorité de la langue allemande enlace les effets musicaux du bruissement des feuilles face aux bourrasques qui se lèvent, l’agitation de l’eau en surface qui se métamorphose en puissants tourbillons, la captivante clarté d’une voix féminine perçant la nuit…Vous ne la connaissez pas mais sans nul doute résonne son nom dans vos mémoires. Enfant ne vous a-t-on jamais conté l’histoire de cette aquatique enchanteresse ? Il est dit que ces enivrants chants absorbent l’aube et perdent entre les roches les rares navires d’intrépides marins. Elle délivre sa funèbre oraison et quiconque s’approche trop d’elle, doit redouter l’écueil sur d’imprenables rives. Égérie des Romantiques allemands, la Lorelei est encore bien mystérieuse. Nul ne sait sa véritable histoire. Est-elle une magicienne accablée du chagrin d’avoir perdu un amant navigateur ? Les marins l’aurait-il tous cruellement abandonnée ? Ou peut-être est-elle une sombre nixe qui n’a comme volonté que la mort des rameurs de passage ? Le brouillard persiste sur ce rocher haut de cent trente-deux mètres, non loin de la ville rhénane de Saint-Goarshausen… Qui sait encore où elle peut aujourd’hui se trouver… Ce qui est toutefois certain, c’est que de nos jours, elle envoûte encore plus d’un touriste.

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            Le poème envoûte également l’esprit des Allemands qui le font apprendre par la suite aux petits dans leur enfance. La Lorelei devient alors le symbole protecteur de l’Allemagne et continue après le talentueux Heine à fasciner d’autres artistes. Que dire de la mélodie de Friedrich Silcher qu’il compose pour accompagner les vers du romantique Heinrich ? Ou encore de l’ekphrasis picturale de Carl Bertling sur la mystérieuse femme en 1871 ? Il la peint dans une tourmente maîtrisée que seule l’agitation des drapés vient trahir. Prête à basculer, elle se penche depuis sa falaise pour voir quel marin vient la visiter. L’espoir dans son regard sursaute de crainte et d’insoutenable attente. Est-ce son amant qu’elle rêve de voir reparaître ? Et qu’arrivera-t-il au navigateur s’il n’est pas celui qu’elle désire plus que tout ? Nous en connaissons déjà, hélas, la fin…

 

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            Même condamnation de la femme amoureuse désespérée dans l’univers britannique. En 1603, William Shakespeare présente son tragique Hamlet. Fille du roi Polonius, la douce Ophélie s’éprend du jeune prince du Danemark qui partage sa passion bien que tous deux savent qu’un mariage entre eux est impossible. Lorsque Hamlet la délaisse et assassine son père, la jeune femme sombre dans la folie et se suicide en se noyant. Héroïne mélancolique qui ne trouve d’aboutissement à son existence qu’à travers la douceur de la mort, un topos artistique se développe en linceul autour du personnage d’Ophélie. John Everett Millais l’exalte dans son huile sur toile préraphaélite Ophélie, peinte en 1851-1852. La jeune princesse y figure noyée, ses bras revenant à la surface après un dernier sursaut de supplication adressé au destin. Sa chevelure éparse flotte en corolle autour d’elle avec en écho le déploiement de sa robe où meurent des fleurs sur l’onde. Son visage paraît étrangement calme mais dépeint un profond malheur résigné. La nature si vivante autour d’elle apparaît en verdoyant tombeau, en oxymore projeté. Face à la Lorelei, Ophélie est tout autant une héroïne éperdue d’amour mais abandonnée par l’être aimé. Cependant, la nymphe germanique transforme son chagrin en chant plaintif qui la garde en vie et qui lui permet d’attendre ou de se venger du sentiment amoureux. Ophélie, quant à elle, préfère se perdre plutôt qu’accepter la réalité de sa passion outragée, délaissée… La violence de la réaction est forcément fatale, lutte d’une vie trahie qui par l’élément de l’eau, se venge ou agonise comme seules réponses possibles face à la fatalité.

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MILLAIS, Ophélie, huile sur toile, 1851-52

 

Sous les dolentes vagues épiées

Tremble le ressac par l’éprouvé soir

Affolé. Homme de mer, agrippe

L’amer des cordes  sans quoi

L’instant surpris en tes mains

Fanera pour à l’iode s’évaporer.

 

Est l’attache forte quand au vent

Assaillent les lunaires pierres

De braves visages à l’impavide

Embrun jeté. Hélas ! Gare !

 

Le venteau est arraché et,

Par la blancheur des flots, est

Aux inavouées abysses aspiré !

 

Mirage d’absinthe roué au bâton

Infortuné, là demeure la faute.

Éprouvée sous l’écume déchirée,

Par la passion noyée, elle y perd

Le dernier souffle sous les tambours

De la vivante statue condamnée…

 

Laureen GRESSÉ-DENOIS, Noyade

Ek°Phra°Sis : murmures de paysages

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Âmes immuables aux confins des landes d’émotions, l’art de savoir exprimer les passions ou les douleurs demeure toujours une croisade pour les artistes aussi bien que pour nous autres, pauvres mortels. Comme un parfum du passé dansant à la cimaise de notre cœur ou la chatoyante mélodie d’un rire s’élevant un jour de fête, les événements et péripéties de notre destin sont toujours difficiles à dépeindre par des mots. Comment avouer l’inavouable ? Comment révéler des sphères de timide bonheur dans un limpide théâtre de lumière ?

L’enchantement est certain, quelques personnes en ont su apprivoiser le charme… par les fleurs ! Quoi de mieux que ces êtres sereins ourlés de dentelles colorées et de soieries fragiles pour dire à ceux que nous aimons ou dédaignons les choses qui refusent de franchir le seuil de nos mots ? Certaines personnes garderont les fleurs pour cristalliser le souvenir de l’être cher. Comment ne pas sourire en voyant ma mère dans notre jardin s’émerveiller devant la floraison des dahlias, fleurs que son regretté père adorait planter dans ses allées quand elle était petite… Comment ne pas savourer encore plus l’instant quand on sait que le dahlia signifie dans le langage des fleurs « Ton amour fait mon bonheur», comme si ma mère adressait une secrète lettre florale à mon grand-père disparu ?

Asseyons-nous un moment, timides lecteurs, dans les jardins de nos émotions les plus éclatantes comme les plus inavouées. À l’image de ma mère, il est fort probable que vous-mêmes ayez dans votre existence ressenti de telles émotions sans savoir les exprimer avec poésie, force et courage. Laissez-vous alors guider par les palpitations des pétales et plongez dans l’art du langage des fleurs, ekphrasis à la fois terrestre et délicate.

Pierre- Gustave STAAL - Félix et Henriette se promenant le long de l'Indre, gravure de 1871 - Domaine public

Pierre- Gustave STAAL – Félix et Henriette se promenant le long de l’Indre, gravure de 1871 – Domaine public

Dans Le Lys dans la Vallée qu’il fait paraître pour la première fois en 1836, Honoré de Balzac, fidèle amoureux incontesté de la Touraine, fait rencontrer sur les terres de la vallée de l’Indre qu’il chérit, le timide Félix de Vandenesse et la pure Henriette de Mortsauf. Le jeune homme, depuis sa plus tendre adolescence, voue une secrète passion, innocente et réservée à la douce châtelaine, déjà épouse et mère. Il la compare par ailleurs tout au long du roman à un lys. La blancheur de cette fleur révèle toute la pureté, la noblesse d’âme spirituelle et la tendresse maternelle de cette femme qui souffre tant intérieurement sans jamais pourtant le montrer. Balzac peint dans ce roman son amour de jeunesse pour Laure de Berny dans leur chère Touraine et c’est à travers ses mots qu’il la retrouve. Afin de déclarer sa timide passion à sa bien-aimée, Félix part alors cueillir chaque jour des fleurs afin de composer des bouquets, des tableaux floraux à la comtesse qui seule saura comprendre le message d’amour qu’ils délivrent :

« Aucune déclaration, nulle preuve de passion insensée n’eut de contagion plus violente que ces symphonies de fleurs, […]. Madame de Mortsauf  n’était plus qu’Henriette à leur aspect. Elle y revenait sans cesse, elle s’en nourrissait, elle y reprenait toutes les pensées que j’y avais mises, quand pour les recevoir elle relevait la tête de dessus son métier à tapisserie en disant: ―Mon Dieu, que cela est beau ! Vous comprendrez cette délicieuse correspondance par le détail d’un bouquet, comme d’après un fragment de poésie vous comprendriez Saadi. Avez-vous senti dans les prairies, au mois de mai, ce parfum qui communique à tous les êtres l’ivresse de la fécondation, qui fait qu’en bateau vous trempez vos mains dans l’onde, que vous livrez au vent votre chevelure, et que vos pensées reverdissent comme les touffes forestières ? […] Mettez dans un bouquet ses lames luisantes et rayées comme une robe à filets blancs et verts, d’inépuisables exhalations remueront au fond de votre cœur les roses en bouton que la pudeur y écrase. […] Au-dessus, voyez […] les pyramides neigeuses du paturin des champs et des eaux, la verte chevelure des bromes stériles, les panaches effilés de ces agrostis nommés les épis du vent ; violâtres espérances dont se couronnent les premiers rêves et qui se détachent sur le fond gris de lin où la lumière rayonne autour de ces herbes en fleurs. […] Du sein de ce prolixe torrent d’amour qui déborde, s’élance un magnifique double pavot rouge accompagné de ses glands prêts à s’ouvrir, déployant les flammèches de son incendie au- dessus des jasmins étoilés et dominant la pluie incessante du pollen, beau nuage qui papillote dans l’air en reflétant le jour dans ses mille parcelles luisantes ! Quelle femme enivrée […] ne comprendra […] cette blanche tendresse troublée par des mouvements indomptés, et ce rouge désir de l’amour qui demande un bonheur refusé dans les luttes cent fois recommencées de la passion contenue, infatigable, éternelle ? Mettez ce discours dans la lumière d’une croisée, afin d’en montrer les frais détails, les délicates oppositions, les arabesques, afin que la souveraine émue y voie une fleur plus épanouie et d’où tombe une larme ; elle sera bien près de s’abandonner, il faudra qu’un ange ou la voix son enfant la retienne au bord de l’abîme. »

La nature soupire et s’exhale dans la tendresse de Félix qui fait refléter dans ses

Dessin de bleuets - Anna Aubourg

Anna Aubourg – Bleuets

bouquets son innocente passion à la belle comtesse. Leurs promenades dans la vallée, contée avec une tendre poésie dans les chapitres de Balzac, révèlent toute l’ampleur de leurs émotions sur les sentiers fleuris des bords de l’Indre. Le paysage état d’âme s’y forge, s’y mêle, s’y déploie et s’y enivre avec délicatesse. C’est cette atmosphère que le graveur Pierre-Gustave Staal essaie ainsi de recréer dans ses dessins du Lys dans la Vallée, qu’il est chargé d’illustrer pour l’édition de 1871.

Aquarelle de coquelicots - Mauricette Denois

Mauricette Denois – Coquelicots

Si les artistes utilisent les fleurs pour s’exprimer, par un bleuet étoilé révélant l’amour timide mais fidèle ou par un fragile coquelicot gardien d’une éternelle passion à protéger, d’autres encore emploient plus largement toute la nature et tous les paysages pour métamorphoser leurs émotions. Quittons la douce vallée de l’Indre pour gagner les contrées paisibles et authentiques des Pays-Bas… Les paysages nordiques ont toujours eu leurs plus fervents admirateurs, louant l’usage de l’huile pour de merveilleux reflets et vaporeuses légèretés nordiques. En 1638, Rembrandt quitte ses autoportraits et gravures pour peindre son Pont de pierre, conservé aujourd’hui au Rijksmuseum à Amsterdam. La scène a priori baignant dans la quiétude de bateliers voguant sous un pont, se retrouve insidieusement en tension avec la nature l’entourant. L’orage approchant et la vive lumière dorée amenant l’arbre de l’arrière-plan en principal sujet, rappelle les êtres pris dans les bourrasques de l’existence qui parfois malmènent. Les nuages d’un gris profond, le pont semblant s’incliner le long de l’eau, le bain de lumière traversé par un vent plus soutenu amènent ainsi l’astucieux mélange de plus d’une émotion qui parlera différemment à chaque observateur de la toile. Or, ce paysage est une imagination de Rembrandt car les ponts en pierre ne sont que dans les villes alors que celui peint se trouve en pleine campagne. Le peintre y aurait-il inscrit ses invisibles sentiments du moment ?

 

Imprégnés de cette vision changeante, il est temps de vous proposer une ekphrasis terrestre face à cette nature hollandaise.

 

REMBRANDT - Paysage avec un pont de pierre - 1638 - Domaine Public

REMBRANDT – Paysage avec un pont de pierre – 1638 – Domaine Public

 

Si aux berges de l’âme s’érode l’erseau,

Qu’espère la tendre balbutie de l’ondée ?

Florescente ambre de feuillages, embrassant flots

Et nuées, sommeille lors la grège ventée…

 

Sont-ce encore par la pierre l’indécis,

Deux inversés regards, reflétés au ciel ?

Là s’enivre la barque sous le pont fidèle,

Pareil au doux seuil de sombres amours éclaircies…

 

Paisible coteau, es-tu la grande voûte

De mes blessés, arrachés souvenirs au doute ?

Ekphora, dois-je encore garder l’obscur voile ?

 

Cher inconnu, se lève l’aube en éphélides,

Dorant l’abside de mon désespéré lit…

Ekphora, dois-je alors ôter l’obscur voile ?

 

Laureen Gressé-Denois, « Reflets contrastés »

Les animaux héraldiques, ou comment devenir aussi connu que le loup blanc…

         

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Blason de la ville de Tivoli

            Ah les blasons, leurs couleurs, leurs formes, leurs symboles… Tout un univers crypté qui nous fait placer notre deerstalker de Sherlock Holmes sur la tête, surtout quand les guides, trop pressés par le millier de superbes choses à dire, ne prennent pas le temps de nous éclairer sur leur lecture ! Et pourtant rien de plus simple, c’est un jeu d’enfant ! À l’époque de son apparition dans la famille qu’il représente comme aujourd’hui, nous sommes tous capables de les « lire ». En effet, comme un rébus, le blason ne demande pas une grande connaissance particulière : il suffit de se laisser porter par ce qu’il nous évoque instinctivement comme caractéristique pour tel ou tel meuble… Non, ne prenez pas peur, ne passez pas à l’article suivant même si le premier mot technique vient d’apparaître ! Un « meuble », de manière générale, désigne tout élément placé sur un blason en-dehors de sa composition géométrique ou de sa couleur. Il n’y a pas de règles pour le choisir : le propriétaire du futur blason décide du ou des sujet.s y figurant selon l’image qu’il veut donner de lui aux autres. En effet, le blason est fait pour reconnaître facilement les différentes familles selon leur réputation ou la vision qu’elles voulaient bien donner d’elles. Il est fait pour être vu, de près comme de loin. Le choix peut être esthétique (pour la beauté d’un meuble par exemple) ou être « parlant », c’est-à-dire qu’il fait coïncider le meuble avec le nom de la famille ou de l’entité. Par exemple, le blason de la ville de Bois-Colombes est pourvu d’un arbre pour signifier le « bois » et trois oiseaux pour figurer les « colombes ». D’autres choisissent encore un meuble qui symbolise leur personnalité. En effet, on attribue souvent aux humains ou aux animaux des qualités et des défauts : bien évidemment, le propriétaire choisira un meuble qui le met plus souvent en valeur qu’il ne le dessert ! Et c’est là que nos petites bêtes interviennent ! À chacune son caractère, son don ou son attribut !

 

            Dans la famille de l’oisellerie, je demande par exemple l’aigle, symbole de souveraineté ! Chouchou de nombreux blasons, il laisse pourtant souvent sa place à d’autres amis volatiles, allant des rapaces jusqu’aux animaux de basse-cour. Un seigneur plein de sagesse et de prudence penchera pour le hibou. S’il préfère montrer son hospitalité, alors la corneille est son oiseau. Quant au coq (et oui chers compatriotes, vous l’aurez sans doute deviné !), il représente le courage et la fierté ! D’autres créatures à plumes sont d’autant plus intéressantes pour leur subtilité. Prenons la merlette. Souvent représentée sans patte ni bec, elle incarne une blessure reçue sur le champ de bataille. Ainsi, sur le blason de Cosne-sur-Loire, trois merlettes de ce type sont figurées : la ville ayant été un carrefour important de conflits durant la guerre de Cent Ans et celle de Religions, cela explique sûrement leur présence. Si la merlette a en revanche un bec rouge, elle indique plutôt un ennemi majeur qui a été tué. Autre oiseau récurrent, le pélican. Associé à la piété, à l’amour du prochain et à la renaissance, il est souvent utilisé sur des blasons de l’Église chrétienne, voire cousu sur des vêtements ecclésiastiques !

            Passons aux quatre pattes… qui parfois viennent de très loin et sont pourtant représentés sur nos blasons occidentaux médiévaux ! Le lion en est l’exemple le plus rugissant de vérité : reconnu pour sa force et sa bravoure, il est un excellent moyen pour démontrer sa puissance au combat et sa vaillance. On retrouve parfois d’autres mammifères plus étonnants… Dans le Bade-Wurtemberg, deux petits hérissons symbolisent le courage et l’endurance des habitants du village d’Igelswies – « Der Igel » signifiant d’ailleurs « le hérisson » en allemand. Au Danemark, dans le village de Nanortalik, trois ours polaires féroces représentent le courage, la force et la bravoure de ces Danois. D’autres animaux sont mieux connus de notre quotidien, comme cet adorable petit félin jouant avec sa pelote à Chalaines, dans la Meuse, symbole de liberté et d’indépendance, ou encore ce fier canidé de Wintzenheim, en Alsace, représentant à l’inverse l’obéissance et la fidélité.

            Pour que vous puissiez être comme un poisson dans l’eau dans le domaine héraldique, continuons notre safari blasonné avec les animaux aquatiques ! Les poissons justement symbolisent souvent la sagesse, le savoir et la justice. Le barbeau est par exemple le poisson le plus souvent représenté comme sur le blason de Trois-Rivières au Québec. Généralement en position de nage à l’horizontal, ils peuvent aussi se tenir à la verticale, sur leur nageoire caudale, comme les trois chabots sur le blason de la famille Rohan-Chabot ! D’autres qualités sont aussi reconnues aux poissons selon leur espèce : l’esturgeon figure le profit, le mulet le silence, la perche le repos, etc. Pour les animaux marins, on les retrouve surtout pour les villes des côtes comme les ports ou les familles vivant sur les littoraux. Par exemple, la baleine de Biarritz illustre le sens du travail collectif et les dauphins du blason des comtes de Montpensier, leur loyauté, leur bonté et leur vivacité d’esprit.

            Revenons dans les terres et rendons une petite visite aux batraciens et aux reptiles. Animaux souvent délaissés, mal-aimés aujourd’hui, ils n’en restent pas moins des meubles répandus ! Les serpents, ces êtres très discrets, savent bien nous surprendre par leur art du camouflage. Ils représentent ainsi sur les écus la subtilité et la prudence. Les Visconti, célèbre famille italienne, a ainsi adopté ce prédateur pour illustrer leur domination. En effet, leur blason montre un homme ennemi de la maison dévoré par un serpent. Ailleurs, à Épendes, dans le canton suisse de Vaud, deux petites grenouilles ont été adoptées pour rappeler qu’autrefois, des marais entouraient le village. Les lézards sont eux appréciés pour leur symbolique d’amitié loyale et certaines autres espèces de la même famille vont devenir très célèbres… comme la salamandre ! À l’origine véritable animal tacheté de petite taille, elle devient rapidement, grâce à François Ier, une créature de légende, capable de résister aux flammes et qui permet à celui qui la brandit sur son blason de se montrer comme un guerrier intrépide et invincible qu’il faut craindre.

            Dès lors, tout un répertoire d’êtres imaginaires peut être créé sur les armoiries, complétant le règne animal existant. Avec le goût pour ces légendes, les croyances amorcent plus encore dans les esprits un besoin de marquer les pensées grâce aux meubles des blasons. Un griffon aux serres ouvertes, à la gueule béante, aux ailes déployées vient ainsi assaillir l’ennemi invisible avec force et promptitude sur le blason de Riec-le-Belon. En outre, on entend presque siffler, menaçant, un basilic à corps de coq, à la tête et ailes de dragon et à la queue serpentiforme sur celui de Draguignan. Une licorne, symbole de pureté et de chasteté, orne même certaines armoiries, comme celles de Moissey dans le Jura… Ces animaux fantastiques ne se retrouvent pas uniquement sur nos blasons occidentaux : même à des horizons plus lointains, ils y figurent, comme sur le drapeau (héritier d’aujourd’hui de nos armoiries d’antan) du Sud-Vietnam avec son dragon orientalisant !

Désormais, devant un blason, vous ne donnerez plus jamais votre langue à nos petits félins préférés !

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Crédits visuels par ordre alphabétique via Wikimedia Commons:
  • Blason de Biarritz – Creative Commons dessin fait par SanchoPanzaXXI
  • Blason de Bois-Colombes – Creative Commons dessin fait par Spedona
  • Blason de Chalaines – Creative Commons dessin fait par Chatsam
  • Blason des comtes de Montpensier- Creative Commons dessin fait par Odejea
  • Blason de Cosne-sur-Loire – Domaine public
  • Blason de Draguignan- Creative Commons dessin fait par Greudin
  • Blason d’Épendes- Creative Commons dessin fait par Xens
  • Blason d’Igelswies- Domaine public
  • Blason de Moissey – Creative Commons dessin fait par Chatsam
  • Blason de Nanortalik – Creative Commons dessin fait par ChristianBier
  • Blason de Riec-sur-Belon- Creative Commons dessin fait par Frédéric Michel
  • Blason de Rohan-Chabot – Creative Commons dessin fait par Odejea
  • Blason du Sud-Vietnam – Domaine public
  • Blason de Tivoli – Creative Commons dessin fait par LPLT
  • Blason de Trois-Rivières – Creative Commons dessin fait par Ssire
  • Blason de la famille Visconti – Domaine public
  • Blason de Wintzenheim- Domaine public