Interview de Muséonaute

Si vous ne la connaissez pas encore, courez devant votre ordinateur, connectez-vous sur la Toile, et regardez les vidéos de la chaine Muséonaute. Chloé et Guillaume sont deux étudiants de l’Ecole du Louvre récemment lancés dans la grande aventure Youtube. Ils ont accepté de répondre à nos questions, sans jamais se départir de leur humour et de leur bonne humeur.

Bonjour Muséonaute !
Guillaume : Bonjour !
Chloé : Bonjour !

Avant de commencer avec des questions un peu difficiles qui risquent de vous mettre dans l’embarras, pourriez vous-vous présenter, me dire qui vous êtes ?
C : Vas y Guillaume, commence.
G : Non non non vas y toi.
C : Honneur à toi.
G : Moi je sais pas me présenter [chloé rit].
C : Ça commence déjà très très bien !
G : Moi c’est Guillaume.
C : Bonjour Guillaume, bienvenue aux alcooliques anonymes.
G : J’ai arrêté de boire depuis 3 ans… depuis trois heures plutôt… Donc je suis en troisième année à l’Ecole du Louvre. Je suis en spécialité XIXe et XXe siècle, donc j’ai deux spécialités. Quoi d’autre dans la vie ? Je fais des vidéos sur Youtube. J’ai fait une année d’anglais, fac tranquillou, pour me mettre bien. Voilà à toi Chloé.
C : ALORS bah moi c’est Chloé je suis aussi en spécialité XIXe…
G : Enfin t’as fini.
C : Oui j’ai fini. J’étais en spécialité XIXe mais je suis toujours en troisième année parce que j’ai eu la chance et le bonheur extrêmes de redoubler. Je suis arrivée à l’école directement en sortant du bac parce que la licence d’anglais… c’est pour les nuls !
G : Grave mais totalement, j’assume !
C : Voilà, et je fais des vidéos sur l’internet.
G : L’internet mon-dial-euh.
C : C’est ça.

Maintenant que tout le monde se connait bien, parlons de la manière dont se déroulent vos émissions, Muséonaute. Tout d’abord, comment se passent vos enregistrements et quel matériel utilisez-vous ?
G : Au niveau du tournage on écrit déjà, c’est de longueur variable, ensuite on se fixe une date pour tourner, et ça dure quoi..?
C : Trois, quatre heures.
G : Oui, trois heures de tournage un truc comme ça… pour dix minutes de vidéo.
C : Après, pour le matériel on a un vieil appareil photo Lumix à moi qui est vieux et pas efficace…
G : … Qui fait le taf.
C : … Oui, il fait à peu près le taf.
G : On a aussi investi dans un micro ZOOM H2N et qui fait très bien son taf aussi
C : En fait, quand on a commencé on a regardé les vidéos de notre ami TomSka, un youtuber anglais qui parle de l’importance du son par rapport à l’image. Il fait une vidéo où il donne des conseils à ceux qui veulent se lancer sur Youtube et il explique que, quitte à investir dans quelque chose, il vaut mieux avoir un bon son qu’une bonne image. Du coup on tourne avec un appareil photo nul mais on a investi d’office dans l’enregistreur portable parce qu’on ne voulait pas que ce soit désagréable et horrible.
G : Du coup on tourne et on fait des prises, on fait des plans, on fait des prises, on refait des prises. [rires] Puis on commence le montage et c’est la joie.

De quelle vidéo parliez-vous tout à l’heure ?
C : La vidéo c’est How to Youtube, une sorte de tuto géant où il parle de plein d’aspects différents, visuels, la technique, la comm’, c’est un peu une mine d’infos. On avait aussi regardé la vidéo d’Antoine Daniel  : 20 conseils pour youtubers, qui s’inspire en partie de la vidéo de TomSka, et c’est un peu un complément. On avait pris des notes et essayé de réfléchir à partir de ça.
G : Après chaque youtuber a aussi sa vision de quels bons côtés il faut avoir dans ses vidéos. Donc on a aussi fait le tri. On insiste beaucoup sur certains aspects et d’autres beaucoup moins. C’est dur de tout faire aussi.

À propos de l’écriture, est-ce que tout est scripté quand vous parlez devant la caméra ou y’a-t-il une part de naturel ou d’improvisation ?
G : Il y a beaucoup, beaucoup de script. On a un script entier pour la vidéo.
C : Mais ça a un peu évolué. Sur nos deux premières vidéos, tout est écrit, c’est précis.
G : Même mes blagues nulles.
C : Oui même les blagues nulles sont scriptées. [rires]
On faisait quasiment au mot près. Et sur la dernière, les Aztèques, on a commencé à s’amuser un petit peu plus avec de l’impro…
G : Oui plus d’idées sur le coup.
C : Donc sur le script, il y a des zones où est écrit en gros ce qu’il doit se passer. Mais il y a la manière dont on le dit, quand on le dit… il y a une part d’improvisation qui a commencé un peu. On commence à essayer de se lâcher un peu plus.
G : Toute manière moi je n’arrive pas à suivre le script.
C : Je me rends compte que souvent les parties du script qu’on donne à Guillaume sont celles avec le plus de fourchelangue, avec plein de s à la suite, des s, h, j  !
G : C’est vrai que j’ai des gros problèmes d’élocution. Genre « l’approvisionnement ». Non le pire c’était les égyptiens, je n’arrivais pas à le dire.
C : Les aztèques aussi haha.
G : Non les aztèques ça allait. Les égypzia… les égypze… [il fait un prout avec sa bouche]
[rires]
C : Et puis avec le stress des premières vidéos et des premiers tournages, souvent l’élocution c’est le premier truc qui prend.
G : Hashtag #malaise.

Donc vous fonctionnez en prises ?
G : En gros on divise le script en plusieurs plans.
C : En paragraphes en fait. En général ça fait quatre, cinq lignes. Encore qu’en général un plan c’est une dizaine de lignes et il y a des choses que Guillaume dit et d’autres que je dis.
G : Dans tous les cas on est obligés de faire au moins deux prises. C’est aussi simple que ça.
C : Je pense qu’à chaque fois on doit le dire trois fois.
G : Moi plus. Ça peut être jusqu’à dix fois, parce que je suis une merde ! [rires] Souvent il faut que la machine se mette en route.

L’intérieur dans lequel vous tournez vos vidéos a suscité des réactions. Où est ce que vous tournez ?
G : C’est dans mon ancien appartement. Maintenant j’ai déménagé, mais il avait un mur avec des étagères donc on a mis plein de trucs dedans. Mais pourquoi ça a fait beaucoup parler ?

C’est très clair, lumineux, et c’est surtout ce que vous mettez derrière vous.
G : Ah c’est des choses qui étaient dans mon appartement puis Chloé a rajouté des trucs.

Vous les changez à chaque fois ?
G : Non, il y a des trucs qu’on rajoute et d’autres qui bougent un peu mais ça reste dans le détail, ça ne se voit pas trop.
C : C’est resté plutôt identique. Mais Guillaume a déménagé donc en avant-première le Louvr’Boîte saura que le décor va changer.
G : Le SCOOP ! C’était très lumineux aussi parce qu’on était juste à côté d’une fenêtre
C : En même temps vu la taille de l’appartement on était forcément à côté de ta fenêtre ! [rires]

Ah c’est un petit appartement ? Parce que ça donne l’impression du contraire…
C : La largeur du cadre est la largeur totale de l’appartement…
G : Oh non tu rajoutes un mètre !
C : Oui c’est ça. Cinquante centimètres d’un côté et un mètre de l’autre et t’as la largeur de l’appart’. Donc ce n’était pas très grand mais bizarrement on a trouvé la place de tourner.

Comment choisissez-vous vos sujets ?
C : Il y a plusieurs facteurs. Dans la première vidéo, on a essayé de partir sur un sujet un peu général qui pourrait servir aux gens. En fait le but général c’est de ne pas parler d’une œuvre en particulier ou de choses hyper spécialisées ou trop larges. Le but c’est de… Bon ça va être cliché ce que je vais dire.
G : Et très paradoxal.
C : Il faut que ce soit suffisamment précis mais qu’on donne suffisamment d’éléments aux gens pour qu’ils puissent les réutiliser dans le musée. Le but est de donner à chaque fois des clés qui peuvent être utilisées sur plein d’œuvres différentes. Si on parlait d’une seule œuvre ce serait compliqué de remettre des infos qu’on donne sur d’autres œuvres. Du coup on essaie de prendre des thèmes, par exemple l’image en Egypte, où on donne des explications qui peuvent être utilisées sur plein de de pièces égyptiennes.
G : On a beaucoup d’idées sur les périodes et les thèmes qui peuvent être abordés, mais je crois qu’on est attachés à ne pas que faire du moderne ni de l’européen. On essaie d’aborder d’autres arts.
C : On essaie d’alterner…
G : Oui, que ce ne soit pas que de l’antique pendant 3 mois puis après que du moderne.

Vous en avez un peu parlé au début de l’interview mais quelles sont vos sources d’inspiration, tant par le contenu que par la forme ?
G : Ca va surtout être autour du youtube game clairement. Je pense que sans trop prendre de risques, on peut dire que le Fossoyeur de Films nous inspire beaucoup [ndlr : youtuber critique de cinéma] et Axolot [ndlr : youtuber culturel à sujets insolites]. Pour nous c’est les deux boss.
C : Après on n’est pas du tout à la hauteur du contenu qu’ils proposent !
G : Ces deux-là qui nous inspirent certainement le plus au niveau général, mais on a tous les deux nos sources. Pour le contenu, il y a d’autres youtubers art…
C : Mais on les a découvert après.
G : Il y a aussi des youtubers desquels on essaie de se détacher. Par exemple on ne veut pas faire comme NaRT, qui fait, disons, juste le surréalisme. On veut un angle d’attaque spécifique, en tout cas une approche différente.
C : En termes d’inspiration sur le contenu, on n’avait pas trop de modèle. Il y avait beaucoup de youtubers qui parlaient d’art, mais à l’époque on ne le savait pas. Une des raisons pour lesquelles on s’est mis à ça, c’était de se dire que c’était un domaine dont on ne parlait pas trop.
G : Il n’y en a quand même pas tant que ça.
C : Une douzaine.
G : Non ça se compte sur les doigts des deux mains.
C : Bon bah on dit une dizaine alors.
G : Sinon on a aussi nos inspirations de notre côté, mais pas très flagrantes, des inspirations inconscientes.

Si vous deviez choisir chacun quelqu’un qui vous inspire particulièrement, dans le domaine de l’art et de la médiation internet ?
G : Chloé ! [rires]
C : Il est sérieux….
G : Dans le domaine de l’art précisément ? J’aime beaucoup Art Comptant Pour Rien, au niveau du contenu et de la forme, même si je ne suis pas très art contemporain. De tous les youtubers c’est elle qui m’inspire beaucoup.
C : Moi c’est pas tout à fait de l’art, mais C’est une autre histoire de Manon Bril.
G : Elle est quand même branchée histoire de l’art, elle fait de l’iconographie.
C : Ce serait peut-être elle, pas tellement pour la forme, parce elle est un peu particulière, mais plus en terme d’énergie, de fun, de ce qu’elle injecte personnellement dans son sujet. Je pense qu’on arrive pas à faire ça pour le moment.
G : Elle tourne toujours en extérieur, c’est différent. Mais on puise un peu partout, sans trop se perdre.

À propos des youtubers art, 2016 a été assez puissante à l’Ecole du Louvre pour les youtubers, REG’art est sorti et vous êtes apparus juste après. Est-ce que le fait que REG’art, créé par des étudiants de l’école, se lance, vous a motivé pour commencer ou est-ce fortuit ?
G : Ça a peut-être un peu joué, mais pas tant que ça. On avait tous les deux des idées de notre côté avant, on voulait aussi lancer une chaine youtube. Un jour, je ne sais pas comment c’est entré dans la conversation, REG’art était déjà sorti depuis deux ou trois mois, on s’est dit « vas-y on se lance », « s’ils peuvent le faire pourquoi pas nous ? ».
C : Ça a peut-être ravivé l’envie. C’est quelque chose auquel je pensais, comme ça dans un coin de ma tête, en me disant que ce serait cool. je ne savais si j’y arriverais à cause de toute la partie technique comme le montage, que je n’avais jamais testé avant. Quand ils sont sortis, ça m’a rappelé que j’avais cette envie. Du coup il y avait un côté, comme le dit Guillaume, « ça existe en vrai, on peut le faire ». Des gens de l’école comme nous qui n’ont pas de formation technique, donc nous qui débarquions pouvions le faire aussi. Après, pour être honnête, avant qu’on commence, je ne regardais pas leurs vidéos. Je savais qu’ils existaient mais je ne les avais pas vus.
G : Moi je les regardais quand même à la sortie.

J’ai vu un lien sur une vidéo vers une vidéo de REG’art, ça veut dire que vous avez de bons liens, que vous communiquez ?
G : Ouais on communique un peu. On a vu Romain samedi, après Victoria est partie en Chine donc c’est un peu compliqué [ndlr : les deux créateurs de REG’art, dont la première vidéo est sortie le 13 février 2016]. Non ça va il n’y a pas de concurrence ou un truc comme ça. Après on n’est pas les meilleurs potes du monde…

Est-ce que vous vous concertez pour faire des vidéos en lien ?
C : Non.
G : Pour notre première vidéo on a mis pas mal de temps à la sortir et ils avaient déjà fait un truc sur l‘Egypte et au moment où on l’a mise en ligne ils avaient sorti leur deuxième vidéo sur l’Egypte. On s’est dit « tant pis, ça fera moyen de rediriger vers eux ».
C : On ne s’appelle pas tous les mois en disant « Bon alors nos trois prochaines vidéos c’est ça, on ne marche pas sur les platebandes des autres ». On fait chacun notre truc. Si un jour par malheur on sort une vidéo sur le même thème la même semaine, de toute façon, on a un traitement différent donc on ne se fait pas vraiment concurrence. On parle d’histoire de l’art tous les quatre….
G : Mais au niveau de la forme et du contenu ça reste assez différent. On essaie en tous les cas.

Tout à l’heure tu parlais de montage, Chloé, est ce que vous faites tout du début à la fin tous seuls, mis à part le sous-titrage ?
C : Je fais le sous-titrage. On a un traducteur, mon filleul à l’Ecole du Louvre qui est venu il y a deux ans passer une année. Il nous fait la traduction pour aller plus vite – et il a envie de pratiquer son français – donc il fait la traduction en anglais, mais je les rentre dans l’appli Youtube. On fait tout de A à Z. On fait aussi les recherches, même si des copains nous ont un peu aidés. Mais nous faisons les recherches, l’écriture, le tournage, le montage, le sous-titrage, la comm’…
G : Il y a juste la musique qui n’est pas de nous. Mais pareil, ce sont des potes à qui j’ai demandé. Il faut aussi dire qu’on n’a aucune expérience. Là aussi on a eu des conseils d’un pote de Chloé ingé’ son et j’ai un pote qui travaille dans le montage ciné. Ce sont des conseils d’un peu partout qu’on a appliqués quand on s’est lancés puis après on se fait la main.

Pour le montage, que logiciel utilisez-vous ?
C : Adobe Premiere pro, qui est très bien. On doit utiliser à peu près 10% du logiciel parce que c’est un truc qui est assez complet.
G : Mais après il faut avoir un ordi assez performant.

Vous travaillez sur mac ?
Ensemble : Non ! [rires]
G : Sur ma Surface.
C : Mais j’ai aussi le logiciel sur un de mes ordis.
G : Mon ordinateur principal n’est pas assez puissant comparé à ma Surface. Malheureusement elle m’a lâchée pendant un mois donc Chloé a dû s’y coller.
C : J’aurais fini par le faire de toute façon.
G : J’aurais pas fait tout le montage oh !

Passons maintenant à votre rapport à l’école. Est-il difficile de concilier les études et Muséonaute ?
G : Pour l’instant je trouve que ça va.
C : En période d’examen on en reparlera.
G : Oui c’est vrai qu’on s’est lancés après les exams. Je me souviens on s’était dit quand on a lancé la chaine « bon on fait les exams on verra après hein. » On fera peut-être une petite pause.
C : On a fait deux ou trois vidéos en période de grandes vacances. Donc finalement la conciliation des deux est assez récente. Pour l’instant ce n’est pas impossible. C’est un peu comme un loisir qui prend du temps.
G : Personnellement, et je pense que pour Chloé aussi, la priorité c’est l’école, de finir les études. Muséonaute est quelque chose qu’on fait à côté. On a envie de se faire plaisir et de partager, si ça nous prend la tête on ne fait pas. Si on n’a pas envie d’écrire on n’écrit pas, si on n’a pas envie de faire du montage, on ne monte pas et on fera après. On n’a pas de deadlines et c’est quelque chose qu’on fait pour se faire plaisir, pour partager.
C : Après il y a quand même un petit sens de responsabilités. Comme des gens nous suivent et prennent le temps de le faire, on a quand même envie de rester réguliers et de continuer à leur proposer des choses.
: On a nous-mêmes envies d’être réguliers.
C : C’est cool d’avoir des gens qui nous suivent et ce ne serait pas sympa de ne pas sortir de vidéos pendant quatre mois.
G : Mais c’est l’avantage de Youtube. On est assez libre. Je pense que pendant les exams si on trouve que ça nous prend trop de temps, on fera une pause, ce n’est pas grave, vous ne nous en voudrez pas. [rires]

Quelle est la régularité de vos vidéos ?
C : Jusque là on en a sorti…
G : Deux par mois. Un truc comme ça.
C : On a fait cinq vidéos et notre première était toute fin de juillet. Plus une début aout.
G : On en a sorti trois depuis la rentrée. Et ça m’étonnerait qu’on en sorte une fin octobre. Post-Expocalypse nous a pris beaucoup de temps.

Nous avons remarqué à la rédaction que vous ne mettez pas l’accent sur votre appartenance à l’école. Est ce que vous essayez de vous démarquer de ce milieu pour toucher un public plus large, plus internetophile, que celui de l’école ?
G : Clairement oui. Mais on ne cache pas que nous sommes à l’école.
C : On nous a posé la question en commentaires et on le dit. Il n’y a pas de honte à être de l’école, bien au contraire.
G : C’est un peu pour ça qu’on fait des vidéos d’histoire de l’art, mais on ne va pas le rabâcher. C’est quelque chose qu’on fait à côté de nos études, donc on ne fait pas ça pour l’école, ni dans l’école. Je ne sais pas ce que tu en penses Chloé, mais en tout cas j’essaie de m’en détacher.
C : C’est aussi qu’on essaie de toucher un autre public. Notre chaine Youtube n’est pas contenue dans l’école. Quelque part le public qu’on vise n’est pas que celui-là, voire pas celui-là du tout. Les gens de l’école savent déjà ce dont nous parlons. C’est pour ça qu’on ne le met pas spécialement en avant. Mais ce n’est peut-être même pas un choix conscient. Si on fait une foire aux questions dans deux ans et qu’on nous demande notre parcours, on en parlera mais sinon… on ne s’est pas tellement présentés. On a fait un post Facebook pour parler de nous rapidement, mais on n’a pas pris le temps d’entrer plus dans les détails.

Comment est-ce que vous considérez Youtube en termes de médiation ? Est-ce la meilleure solution que vous avez trouvée pour partager des connaissances et votre passion pour l’histoire de l’art, ou un deuxième choix ?
C : Ce n’est pas un deuxième choix du tout, pour moi en tout cas. Je regarde un peu de vulgarisation scientifique sur Youtube…
G : Moi j’en regarde beaucoup ! [rires]
C : … Et Guillaume en regarde beaucoup. C’est vrai que c’est une plateforme assez cool pour partager des connaissances autrement. En Sciences, en Histoire, en Physique, en Maths, en Français…
G : Il y a de tout. Tu peux vraiment trouver de tout.
C : Ça va jusqu’au code informatique. Mais quand on a eu l’idée, on avait l’impression qu’il n’y avait pas beaucoup d’Histoire de l’art.
G : Ou alors qu’il n’y en avait mais qui ne correspondaient pas à la manière dont on avait envie de présenter le sujet. Par exemple on connaissait NaRT, parce que c’est LA youtubeuse art, et on s’est dit qu’on voulait présenter autre chose. Après, sur Youtube, ce qui est bien c’est que c’est assez libre. Il n’y a pas de deadline. Il y a un public qui peut regarder ou pas, qui peut commenter, partager. Je pense qu’au niveau du partage, c’est l’outil le plus approprié.
C : Ça offre une grande liberté de ton aussi. Ce qu’on fait, on ne pourrait pas le faire pour un musée. C’est un ton qui n’irait pas. Sur Youtube, personne ne nous dit « il ne faut pas parler des choses de cette manière là » ou « il ne faut pas être trop dans l’humour ».
G : Chacun trouve son ton. Nous on le cherche encore, on a encore des trucs à trouver, même si on a déjà des idées de ce qu’on veut faire. La vulgarisation sur Youtube est de plus en plus attractive. De plus en plus de chaines se lancent, pas forcément dans la vulgarisation, mais le nombre de chaines Youtube avec du contenu intéressant, il y en a des dizaines et des dizaines. J’en découvre tous les jours et c’est compliqué de suivre.

Quelle est votre vision de la culture à travers les médias aujourd’hui ? Pensez vous que votre émission fait partie de ce grand mouvement de vulgarisation  ?
G : C’est de la vulgarisation de l’art, mais pas dans le mauvais sens du terme !
C : C’est peut-être la seule contrainte du format Youtube. Ce n’est pas un format qui se prête à une vidéo d’une heure et demie sur un sujet précis et détaillé. Là ce ne serait plus de la vulgarisation. Certains le font, comme SOS Art, une autre chaine qui prend les sujets et les aborde vraiment en profondeur. T’as des contenus de quatre heures sur des thèmes précis et c’est assez impressionnant.
G : Mais c’est plus sur des concepts de l’art.
C : Après ce n’était pas forcément ce qui nous attirait.
G : Après, pour les médias, il y a des blogs qui en font, des sites, les musées aussi, qui en font plus ou moins. Je pense que Youtube apporte autre chose parce que nous sommes des vraies personnes, on n’est pas une institution, on fait selon notre ton, nos envies, on se fait plaisir et ce n’est pas un travail. Bien sûr il y a du travail derrière mais euh… C’était quoi la question déjà ? [rires]
C : Il part en roue libre !

Quelle est votre vision de la culture à travers les médias ?
G : Tous les médias ?

Evidemment, il y a la diffusion de la culture à travers la presse, mais ça fait longtemps. Parlons plutôt des nouveaux médias comme la télévision et les émissions culturelles, mais aussi internet les réseaux sociaux.
C : Je pense qu’il y a plein de choses qui se font surtout en terme de numérique. Ca se développe vraiment et c’est hyper intéressant.
G : Cela dit ce n’est pas assez valorisé.
C : Quand on voit les politiques numériques des grands musées, on se rend compte que ça va mettre des années avant de bouger et c’est dommage parce que c’est maintenant qu’il faudrait agir.
G : Il y a plein de contenus intéressants et je pense n‘en avoir vu que 10% pour ce qui est de la diffusion de la culture, en tout cas dans les nouveaux médias. Ce qui pose problème, enfin ce n’est pas vraiment problème, mais tout le monde y a accès et peut poster ce qu’il veut. On peut être perdu, mais tout le monde peut trouver son bonheur aussi. Il suffit de chercher un peu. Je pense que les gens n’ont pas envie de chercher. Ils vont rester sur leurs émissions de radio sur France Culture ou France Inter, sur Des racines et des ailes, etc. on ne les blâme pas, mais il y a tant de choses à découvrir.
C : C’est beau.

Parlons un peu argent, est ce que vos vidéos vous coûtent cher et auriez vous envie de gagner de l’argent avec ?
C : Là actuellement on gagnerait 3,5€ chacun si on monétisait nos vidéos. On ne rémunère pas nos vidéos sur Youtube. On n’a pas envie et comme Guillaume le dit ce n’est pas un travail, c’est un loisir. Le but n’est pas de gagner des sous avec.
G : La seule chose qu’on a payé c’est le micro. C’est un investissement, peut-être qu’on le rentabilisera un jour, mais pour l’instant il n’est pas question d’argent.
C : Comme on est encore en train de chercher notre ton et notre public, on est encore tous jeunes et fragiles, on n’est pas du tout finis. Je trouverais ça malhonnête de lancer un Tipeee pour nous faire rembourser notre micro ou quelque chose du genre.
G : Pour être rémunéré par Youtube, c’est très dur de passer par la monétisation. En soi ça ne gagne pas. Même les gros youtubeurs gagnent 50 euros par mois. Ce qui marche c’est le friendraising et le crowdfunding. Tipeee par exemple est un site de financement participatif.
C : De plus en plus de youtubers préfèrent cette solution à mettre des pubs avant leurs vidéos, pendant leurs vidéos, autour de leurs vidéos. Ça peut être hyper invasif donc ils préfèrent reposer sur ce site là, parce que ça permet de donner la somme qu’on veut.
G : Au niveau de la rémunération il y a toujours les networks mais c’est déconseillé.
C : … Je ne vois pas du tout ce que c’est et je crois qu’on s’en fout.
G : Ouiii mais vaut mieux pas que tu le saches. [rires]

Est-ce que les vidéos et le fait de faire du montage ont développé des vocations et des idées professionnelles ?
C : Ce sont définitivement des skills que je peux mettre dans mon CV maintenant. « Coucou je maitrise Adobe Premiere Pro », je ne sais pas à quoi ça va me servir mais voilà !
G : Moi je ne vais pas le mettre encore mais je le ferai sûrement un jour. Je n’ai pas particulièrement vocation à faire de la médiation. Après ça m’apporte beaucoup de choses, notamment au niveau de la réflexion, du travail que je mets dedans, etc. C’est un plus en fait, mais je pense que ce n’est pas quelque chose qui va me servir pour ma carrière.
C : Moi c’est plutôt le contraire. Je me suis lancée là-dedans parce que j’ai vocation à faire de la médiation culturelle. Après c’est une position un peu étrange car j’adorerais être amenée à réfléchir sur ce média là, la vidéo, qui offre plein de possibilités. D’un autre côté je suis en stage au musée du Louvre, où je vois à quel point c’est compliqué d’avoir des initiatives et de faire avancer les choses, à quel point on est englué. Ces nouveaux moyens de médiation sont tellement dévalorisés et dépréciés. Ce serait génial de pouvoir faire ça pour des musées en tant que métier mais ce serait sans doute très très compliqué.
G : Mais je pense que ça va bouger au bout d’un moment. Les musées sont tout de même de plus en plus présents sur les réseaux. Après t’as l’exemple des musées américains. C’est pas pareil quoi.
C : On n’est pas aux states ici !
G : Oui bah peut-être qu’au niveau des musées on devrait.

En ultime question, pourriez-vous donner des conseils à quelqu’un qui voudrait se lancer dans la même aventure que vous ?
G : Se faire plaisir. C’est le point principal, il ne faut pas se prendre la tête. Si tu te prends la tête ça ne sert à rien. A part si tu veux y consacrer ta vie…
C : Mais même si tu veux y consacrer ta vie.
G : Ouais. Faut pas s’imposer des trucs. Après au niveau technique, comme on l’a dit : le son. La suite arrive au fur et à mesure, au niveau du ton, du montage, de la vidéo…
C : Je pense qu’il faut s’amuser et se sentir libre. Le principe de Youtube est que tous les formats peuvent marcher et toutes les idées aussi. Il faut se donner à fond, se sentir libre et prendre plaisir. C’est le plus important. Et nous on essaie de s’en rappeler quand on est au bout d’une semaine de montage et qu’on galère !
G : Qu’on a envie d’ex-plo-ser l’ordinateur. On se dit « On fait ça pour se faire plaisir. »

Pour se dire au revoir, donnez moi un mot chacun, qui vous fait plaisir.
C : Callipyge
G : J’en ai aucun !
C : Fais mieux que ça maintenant !
G : Crapahutage.
C : Tu rajouterais quel mot à la phrase ?
Constitutionnel !
G : Combo !

Merci !
C : Bye Bye !


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Margaux Ruaud

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