La PETITE apARTé scientifique – Que reste-t-il de Jeanne d’Arc ? Ou la carbonisation du bois au secours de l’archéologie

Jeanne d’Arc au bûcher

Jeanne d’Arc au bûcher Hermann Anton Stilke 1843 Huile sur toile Saint-Pétersbourg, Musée de l’Ermitage

Nous y voilà pour le premier bonus de l’apARTé scientifique -petite larme d’émotion … Billy ! Ouvre le champagne !- qui aura pour sujet la carbonisation ou pyrolyse -range ton Pokédex, ce n’est pas l’évolution d’Evoli ! Et puis tu l’as surnommé Rainer en plus ! (petite blague pour les joueurs de PokemonGo)- du bois. Car en effet ce sujet, en marge de celui traité dans l’apARTé scientifique officielle du numéro Ardent, nous intéresse particulièrement en archéologie où certains sites très anciens comme celui de Mureybet -de 9 500 à 8 300 avant Jules César si tu te souviens des cours d’Ariane Thomas … enfin je crois …- nous sont restés justement car certains bâtiments, avec des armatures en bois par exemple, ont brûlés et ne se sont donc pas décomposés. Petite étude de ce phénomène passionnant -si si, je vous jure !

 

Tout d’abord, faisons un petit point sur la composition du bois, parce qu’il est complexe le bougre ! Donc dans du bois vous avez : des « extraits » (résines, tanins, pigments, …) entre 4 à 15 %, de la lignine entre 18 et 35 %, de l’holocellulose (cellulose et hémicelluloses) entre 40 et 60 % et des « cendres » (oxydes de Ca, K, Na, Mg, Si, Fe, P, …) pour environ 1 %.

Du calme Billy du calme ! On va voir les choses dans l’ordre ! Concentrons nous sur les trois principaux composant du bois : lignine, cellulose et hémicellulose. Je pourrais me lancer dans une explication compliquée avec plein de noms en -ose et en -ane mais en bref, c’est du carbone (C), de l’oxygène (O) et de l’hydrogène (H). Je donne les formules semi-développées pour les courageux et les fous (dont je fais partie –#chemicalorgasm !  :

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Ainsi, on peut considérer que la composition moyenne chimique du bois est : CH1,44O0,66. J’avoue, ça ne va pas nous servir des masses -molaires ! … Rigole Billy !- mais j’aime avoir une belle formule propre. Car en effet, le bois étant composé de divers éléments, chacun réagit indépendamment à la pyrolyse ! Alors allons-y !

 

La pyrolyse (on ne parle pas ici de combustion, qui est en fait une pyrolyse suivie de la combustion des gaz formés) est un procédé de transformation de solides en gaz divers par leurs décomposition. En clair ce n’est pas un bête changement d’état comme pour l’eau par exemple, la molécule est séparée en plusieurs plus petites qui sont plus stables à une température donnée, souvent sous forme gazeuse. Je me contenterai ici de la pyrolyse lente, pour laquelle j’ai beaucoup plus d’informations -oui, ça veut dire qu’il en existe une rapide, t’es un p’tit génie toi !- et parce que c’est ce qu’il se passe en général lors d’un feu de bois.

 

De ce fait, lors d’une pyrolyse, on observe une déshydratation du bois aux alentours de 100 °C. Puis a lieu un dégagement de dioxyde de carbone (CO2), d’eau (H2O) et d’acide acétique (CH3COOH) entre 100 et 250 °C. Ensuite, de 250 à 500 °C a lieu un dégagement gazeux rapide de monoxyde de carbone (CO), de dihydrogène (H2) (qui se lie directement au dioxygène (O2) de l’air pour former de l’eau) et de méthane (CH4) et la formation de goudrons. Enfin, quand la température dépasse les 500 °C se forme une formation de charbon de bois (composé de carbone et de quelques composés minéraux), ce qui nous intéresse tout particulièrement !

 

Tous les mécanismes ne sont pas encore connus mais pour étudier tout ceci de façon plus précise, voici quelques explications.

Les lignines se décomposent tout d’abord en fragments aromatiques (vanilline, syringaldéhyde, phénols et crésols) :

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Puis ces produits aromatiques se décomposent ensuite, au fur et à mesure que la température monte, en méthanol (CH3OH). Enfin, à plus haute température, la lignine est en grande partie à l’origine du charbon de bois.

Les hémicelluloses se décomposent en furfural, furanne, acide acétique et aldéhydes divers, comme le formaldéhyde :

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Pour le cas de la cellulose, on assiste à une hydrolyse interne (adjonction d’eau) et une déshydratation conduisant à un produit primaire qui est le lévoglucosane. Stable jusqu’à environ 210 °C, il se décompose à partir de 270 °C pour donner de l’eau, des acides formique et acétique et des phénols :

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Au-delà de 500 °C une partie des grosses molécules se recondensent pour s’agréger dans le charbon de bois qui provient principalement de la lignine. Les plus petites molécules, en se décomposant à partir de 250 °C, sont responsables quand à elles des différents  gaz formés :

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Ouf ! Nous voilà enfin avec notre charbon de bois ! Voilà la clé de l’éternité pour notre bois, qu’il s’agisse de la charpente d’une maison néolithique ou des piliers d’un temple assyrien ! En effet, cette carbonisation empêche totalement la décomposition. Pour expliciter un peu tout ça : la décomposition ou putréfaction du bois est conduite par divers insectes xylophages, champignons et bactéries qui, en ingérant et digérant le bois (matière organique), le réduisent peu à peu en matière inorganique. Ils le minéralisent ! Pour entrer dans les détails, ils brisent les liaisons des molécules organiques et en tirent de l’énergie, mais cela ne fonctionne que jusqu’à la minéralisation complète, car alors les liaisons ne sont plus aussi fragiles. Ainsi, avec notre charbon de bois composé essentiellement de carbone, plus de décomposition, car ses agents, ne pouvant plus en tirer d’énergie, ne sont plus intéressés !

 

Une carbonisation superficielle du bois est d’ailleurs régulièrement utilisée pour le protéger des outrages du temps. C’est le cas pour la plupart des constructions anciennes imposantes, comme les églises, qui reposent sur des pieux ayant subi une carbonisation. Elle a aussi été utilisée pour traiter le bois de marine d’après les proposition de Henri Cochon de Lapparent (1807-1884), citant entre autres la longévité exceptionnelle du HMS Royal William de 1719 dont les bois auraient été carbonisés. Ainsi les charpentes étaient carbonisées avec de la paille ou des fagots enflammés et certaines pièce de membrure isolée, par de petit feux de copeaux. On  suggérait aussi de leur appliquer du gaz d’éclairage au chalumeau. Comme les bateaux, des traverses de chemin de fer seront traitées par cette méthode. Pour ce qui est de l’architecture, on observe aussi cette méthode au Japon, dans la technique traditionnelle du yakisugi ou shō sugi ban. En archéologie enfin, on retrouve régulièrement du charbon de bois sur les sites. Il peut alors servir autant à mieux comprendre la nature des vestiges en question par 

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sa forme qu’à les dater par carbone 14 (pratique quand on a un truc composé exclusivement … de carbone !). L’étude de ce charbon de bois se nomme anthracologie.

Voilà voilà ! Et en espérant que le soleil estival ne vous carbonise pas, toute l’équipe de l’ApARTé scientifique (Billy et moi) vous souhaite de bonnes vacances !

 

Raphaël Vaubourdolle

 

 

 

 

L’ApARTé scientifique – Les argiles les plus chaudes de ta région ou étude des transformations des matériaux soumis aux fortes températures

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Juin 2019. La canicule s’étend comme une chape de plomb brûlante sur la France. La moindre goutte d’eau vous paraît plus désirable que n’importe quel Marcellus ou torse de Milet. Vous portez à votre bouche une bouteille pour hydrater votre muqueuse qui vous semble plus sèche encore que le désert d’Atacama, à l’argile craquelée. Mais une question arrête votre geste : mais comment se fait-il que l’argile devienne imperméable après cuisson quand moi je peux me réhydrater à loisir ? -oui, vous êtes tarés, du moins moi je le suis et je me rassure en vous imaginant comme tel. Mais plus encore, quels sont donc les mécanismes de transformation des matériaux soumis à de fortes températures ? Nous nous contenterons des matériaux inorganiques parce que quand ça brûle … ça brûle quoi -mais ça serait parfait pour un petit bonus de l’été. Alors prend une bière Billy -1 litre et demi selon FR3, #seventies- et embarquons pour les magnifiques rivages de la physico-chimie !

 

Pour faire court, les différents éléments se trouvent sous trois états : solide, liquide et gazeux. La différence entre ces états provient de l’agitation moléculaire. L’agitation moléculaire ? Qu’est-ce à dirre que ceci ?! En fait, les molécules au sein de la matière s’agitent, frissonnent, remuent le derrière sur on ne sait quelle musique atomique -en tout cas ça doit être de la bombe ! … tuez moi. Si elle s’agitent peu, la fête moléculaire est au plus bas. Des liaisons moléculaires, telles de petits groupes de discussion, se forment et la matière se trouve donc à l’état solide. Quand l’ambiance se chauffe un peu, l’agitation moléculaire augmente, elles oublient le blabla, les liaisons sont moins fortes et la matière devient liquide (c’et la fusion). Mais si on augmente encore la température, toutes se mettent à twerker, à swinguer, à zouker à tout va et aux quatre vents, plus aucune liaison ne vient les restreindre. La matière arrive alors dans son état gazeux, c’est la vaporisation.

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Bon, ça c’est la base, mais cela va nous permettre de répondre à la problématique précédemment édictée -oui je te vois, toi au fond qui ne suis pas et c’est INADMISSIBLE, ne pas se préoccuper ainsi de ces ENJEUX MAJEURS ! … pardon- pour pas mal de matériaux mine de rien. C’est ainsi que l’on parvient à modeler la plupart des métaux, voici un petit tableau récapitulatif des points de fusion de quelques uns d’entre eux :

 

Pour ce qui est du verre, il atteint son point de fusion entre 1400 et 1600 °C  selon sa composition (pour information : le verre silicium, qui est le composant principal de la plupart des verres, atteint sont point de fusion à 1 730 °C). Mais il s’agit d’un solide non-cristallin, donc c’est un peu plus compliqué … disons simplement que c’est un peu comme un liquide mais en très très très visqueux. Je vous laisse avec ça, les plus tarés d’entre vous iront se renseigner (notamment sur le transition vitreuse, fascinant …).

 

Mais passons maintenant plus gros du sujet. Et à la réponse à notre question de départ : pourquoi donc l’argile devient-elle imperméable après cuisson ? Réponse simple de la plupart des sites ou livres : “car elle se transforme en matériau céramique de manière irréversible à très haute température”. Mais votre fidèle fou à lier serviteur ne peut pas se contenter d’une telle réponse, il me fallait aller plus loin. Pour cela, quittons la physique pour la chimie, mon sujet de prédilection : âmes sensibles s’abstenir, il va y avoir de la formule chimique ! Etant donné qu’il existe d’innombrables sortes d’argiles, nous nous contenterons de nous préoccuper de la kaolinite, composante de la plupart d’entre elles. 

Premièrement, sachez que la kaolinite (Al2Si2O5(OH)4) est ce que l’on appelle un silicate d’aluminium, soit un composé chimique d’oxyde d’aluminium, ou alumine (Al2O3), et de dioxyde de silicium, ou silice (SiO2). Hors, lors d’une calcination (cuisson), la kaolinite est soumise à plusieurs réactions chimiques se réalisant à certaines températures précises. Ces réactions permettent la formation d’un matériau céramique, moins perméable, en lieu et place de l’argile : c’est la terre cuite.

La première réaction a lieu, à pression atmosphérique, aux environs de 550 °C, c’est la déshydroxylation. En soit, il s’agit de la séparation de groupes hydroxyles (OH) d’un composé chimique par l’adjonction d’hydrogène (H), ce qui donne un composé instable et de l’eau (H2O). Le composé ici formé est un type de métakaolin –Métakaolin. Pokémon de type silicate d’aluminium anhydre (sans eau liée à lui). Existe sous plusieurs formes– (Al2Si2O5). En formule chimique simplifiée (car je ne représente que ce qui m’intéresse ici) ça donne ça :

 

Al2Si2O5(OH)4 → Al2Si2O5

 

Ensuite commence le plus gros de la composition chimique. C’est ainsi qu’à 980 °C le métakaolin, réagissant avec du dioxygène (O2) présent dans l’air, se scinde en alumine (Al2O3), en un type de spinelle –Spinelle. Pokémon de type PUTAIN DE COMPLEXE. Ne vaut pas la peine d’aller plus loin– (Al2O3 , 3 SiO2) et en silice amorphe (SiO2). Je vous remet une formule chimique, une bien complète celle-ci :

 

3 Al2Si2O5 + 6 O2 → Al2O3 + 2 Al2O3 , 3 SiO2 + 3 SiO2

 

Enfin, à 1 150 °C, l’alumine et le spinelle réagisse ensemble pour former de la mullite, un autre silicate d’aluminium, (Al2O3 , 2 SiO2) et de nouveau de la silice amorphe selon la formule suivante :

 

Al2O3 + 2 Al2O3 , 3 SiO2 → 3 Al2O3 , 2 SiO2 + SiO2

 

Et c’est tout. On s’arrête là. Car en effet les cristaux de mullite ainsi formés rendent la structure bien plus imperméable. La mullite étant stable à toutes les température à pression atmosphérique, cette réaction est irréversible et l’argile utilisée ne sera plus jamais la même.

 

Ah ! Ça fait du bien de répondre de manière satisfaisante à une question qui, si elle ne paraît pas très complexe, représente un vrai casse-tête si on s’y penche un peu. Mais je ne pense pas avoir encore fait le tour de la question. C’est pourquoi je vais sans doute vous proposer un certain nombre de petits bonus estivaux, pour le plus grand plaisir de mon esprit malade et des quelques irréductibles lecteurs qui, en pleines vacances, continuent à lire notre grand et magnifique Louvr’Boîte.

 

Raphaël Vaubourdolle

 

Le bronzage

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Le homard

Crème solaire, parasol, paréo, combi de plongée, rien n’y fait, vous brûlez. Malgré l’indice 150 (si, si, vous en êtes sûr) de votre crème solaire vous voilà transformé en écrevisse sans préambule. Pour les plus chanceux d’entre vous, bande de mollusques, vous en ressortirez bronzés. Pour les autres, cette période de souffrance se soldera par un échec total et le retour à votre teinte plancton habituelle. Votre salut : la Biafine.

 

Le rôti

Ficelé.e dans votre bikini ou votre slip kangourou (ceci est un jugement de valeur) vous vous dorez la pilule sur la plage. Tartiné.e de monoï, vous luisez au soleil et aveuglez tous les bronzeurs, surfeurs, et vendeurs de la plage. Tel une sardine à l’huile d’olive passée au barbecue, vous surveillez votre cuisson en changeant de face d’exposition. Veillez à ne pas vous oublier, au risque de frire dans votre propre huile (de bronzage). Votre salut : le parasol.

 

L’anglais.e

Tel nos amis touristes d’Outre-Manche vos bras et vos cuisses portent les stigmates de vos choix de vie peu judicieux. Résultat de votre tentative pitoyable (mais salutaire) de sortir de chez vous et de voir des gens, vous arborez de charmantes démarcations dont vous ne vous débarrasserez pas d’ici la fin de l’été, et ce malgré toutes vos tentatives. Votre salut : passez de l’autre côté de la Manche et fondez-vous dans la masse.

 

La vache

A cause d’une application foireuse de crème solaire vous vous retrouvez tacheté.e d’empreintes digitales façon Marguerite 2.0. Vous passerez en effet votre été dans le pré à regarder le train de l’amour d’été/du coup d’un soir vous passer sous le nez en ruminant. Votre salut : la PLS.

 

Le trou

Vous aviez tout planifié : crème solaire, monoï, alternance bronzage-baignade, vous étiez paré.e à toute éventualité. Selon vos prédictions vous auriez dû être parfaitement doré.e, mais ce jean troué vient de vous humilier de la pire manière. Tombés en disgrâce, vos genoux viennent de ruiner vos sorties plage pour le reste de l’été. Votre salut : rester éloigné.e des tropéziennes.

 

Le caramel

Doré à souhait, parfaitement huilé, votre bronzage fait saliver. Goal ultime de l’été, vous refusez pourtant de confier votre secret. En même temps vous passez vos aprem’ ensoleillées sur votre balcon à vous bronzer le double menton à la feuille d’alu tel le kéké/la cagole que vous êtes. Votre salut : trouver un but à votre existence.

 

Le Trump

L’autobronzant et les UV sont vos amis de l’été, et ça se voit. Sensé vous donner un teint délicieusement hâlé, vous vous retrouvez maintenant couleur zlabia et ressemblez à un (mauvais) sosie du Président américain. Votre salut : le repli stratégique.

 

 

Inès Amrani

J-1 GALA : Le bonnacon ou l’animal oublié des enluminures fantasques

Dans le monde des créatures magiques et légendaires, où règnent les dragons, les basilics, les phœnix et autres joyeux lurons à la Harry Potter… Voici le bonnacon ! Non, personne ne connaît, hormis les amateurs des bestiaires médiévaux et des enluminures douteuses. Il mérite cependant à être l’une des créatures les plus loufoques !

Bonnacon_Aberdeen

Bestiaire d’Aberdeen

Cet animal au corps de bœuf, à la crinière de cheval et aux cornes recourbées en arrière juste au dessus de son crâne, n’a en soi, rien d’extraordinaire sur son apparence. Il apparaît dans l’Histoire Naturelle de Pline (VIII, XVII, 1) et viendrait de Péonie entre Macédoine et Bulgarie, l’auteur montre son incapacité de combattre ce qui l’a poussé à développer un système de défense tout particulier. Le bonnacon fuit, mais attention, il fuit en projetant une fiente jusqu’à 75 ares soit environ trois mètres* (nouveau record du monde) ! De plus, sa projection a la propriété de s’enflammer sur tout ce qu’elle touche, arbres, lacs, hommes, même votre chaton préféré… Quel est le chasseur qui a eu la brillante idée d’allumer une allumette près d’une flatulence d’un bœuf ?

 

La légende a ensuite été reprise dans les Bestiaires, d’après les sources que donnent Pline et Solin, à une différence près, notre bovidé pétomane viendrait d’Asie. Au Moyen Âge, sa représentation est toujours la même, elle dépeint le moment fatidique où le bonnacon lâche ses excréments sur les chasseurs qui le poursuivent, tentant de se protéger tant bien que mal avec un bouclier. Pourquoi le représenter ainsi ? Il n’y a qu’une unique hypothèse chez Thomas de Cantimpré (Liber de natura rerum, VI, 11) pour qui l’animal représente les bons dignitaires de haut rang de l’Église qui s’infligent une vie d’austérité comme s’ils avaient des cornes du bonnacon qui leur meurtrissaient ses chairs. Tout en l’imposant à ceux qui sont placés sous son autorité, sans autant les blesser, pour montrer leur propre acceptation d’ascèse et d’assurer leur Salut. Cette interprétation est alambiquée, ce cher Thomas a dû un peu forcer sur le vin ou la bière pour ne retenir que la caractéristique la moins gênante…

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Appréciez ce splendide dégradé… et cette tête coupable qui semble dire « ouuuups désolée ça m’a échappé… » !

Une chose est sûre, le bonnacon serait parfait pour revenir sur le devant de la scène dans le monde fantastique des bizarreries médiatiques d’un griffon ou d’une manticore aussi agréables à voir que la facture de votre dernière soirée. Un peu d’humour fait du bien.

 

* pour d’autre il s’agirait de 600 mètres, mais ne vous fiez pas à Wikipédia, sinon ce serait une bête de compétition qui concurrencerait les snipers

 

Déborah Philippe

DON’T GO BREAKING MY EARTH !

Nous l’avons tous vue, que ce soit par les partages sur les réseaux sociaux ou par le mail de Claire Barbillon, cette tribune du 13 mars 2019 dans Libération « Climat : après nous, pas de déluge », par le Réseau étudiant pour un patrimoine bleu – Margot Rousset, Gabrielle Carron et Romane Gorce, qui incitait tous les élèves en histoire de l’art et archéologie à aller manifester pour le climat lors de la marche des étudiants qui s’est déroulée vendredi 15 mars.

Pourtant, ce que nous voyons sur les grands médias, tels que FranceInfo et Le Monde par exemple, ce sont des articles et des images des incendies et des violences qui se sont déroulés en marge des cortèges, particulièrement lors de la marche du samedi 16 mars, où l’action des Gilets Jaunes rejoignait celle de la lutte pour le climat. Lorsque les marches pour le climat sont évoquées, c’est pour nous faire part de la panoplie des pancartes toutes aussi percutantes et humoristiques les unes que les autres, dans un diaporama bon enfant, ou quelques chiffres en titre d’un article.

Loin de vouloir casser du sucre sur le dos de tout le monde, ce que je voudrais, dans cet article, c’est vous raconter un peu comment cela s’est passé. Tout d’abord, il y a eu la manifestation de vendredi, une marche spéciale pour les étudiants. Une grève générale internationale et, d’abord, scolaire initiée par Greta Thunberg, une jeune suédoise de 16 ans. On a beau critiquer les 2000, cette femme qui avait commencé à faire la grève scolaire aux mois d’août et septembre 2018 devant le parlement suédois pour remuer les élections législatives, est devenue, comme nous le savons, l’icône des jeunes engagés pour la sauvegarde de la planète souhaitant que les dirigeants prennent des actions concrètes et immédiates pour empêcher le réchauffement climatique. Parce que nous, étudiants, jeunesse mondiale, nous avons besoin que ceux qui sont en charge de notre avenir voient plus loin que le bout de leur nez, qu’ils prévoient au-delà de leur quinquennat et qu’on prenne, une bonne fois pour toutes, la vie au sérieux.

De cette façon, à Paris, les étudiants se sont rejoints à 13h au Panthéon, afin de marcher ensemble pour réveiller les consciences endormies par leur désir de profit. Afin de faire entendre que la planète n’est pas un emballage que l’on jette après usage et que, surtout, il n’y en n’a pas d’autre (non, vraiment, même si des milliers d’exoplanètes ont été trouvées, nous n’avons pas les moyens de les atteindre avec notre technologie actuelle et il est très peu probable qu’on y arrive un jour, tout simplement aussi parce qu’il faudrait plus d’une vie pour les rejoindre : donc pour nous c’est déjà cuit et non, on n’a pas encore réussi à réveiller quelqu’un d’une cryogénie), le cortège s’est déplacé de Panthéon à Montparnasse, pour enfin rejoindre les Invalides ; en prenant soin d’éviter le Palais du Luxembourg, siège du Sénat français.

En exclusivité, le ressenti de Déborah Philippe, membre du Louvr’Boîte qui a participé à la marche des étudiants le vendredi 15 :

L.T. : “Qu’est-ce que ça fait de participer à une marche d’étudiants ?”

D.P. : “On a l’impression d’appartenir à un groupe uni pour une cause importante… Même si ce n’est pas quelque chose dont on a l’habitude, je conseille fortement d’y participer au moins une fois. Ce sont les petites choses qui forment les grandes !”

L.T. : “Comment l’après-midi s’est-elle déroulée ?”

D.P. : “Tout a commencé au Panthéon avec des « Et 1, et 2, et 3 degrés, c’est un crime contre l’humanité ! » pendant trois quarts d’heure (oui, les étudiants de l’école étaient trèèès en retard), slogan qui va rythmer toute la marche avec une joyeuse fanfare de cuivres, en passant par Montparnasse avant de se terminer aux Invalides”.

L.T. : “As-tu eu l’impression que les élèves d’histoire de l’art et d’archéologie avaient leur place au sein de cette marche / ont-ils été particulièrement visibles ?”

D.P. : “Évidemment qu’ils ont leur place dans cette marche ! Tout le monde est concerné. Malheureusement il n’y avait qu’une poignée d’étudiants de l’EDL, environ une vingtaine… Très vite dispersée.”

L.T. : “Y a-t-il eu des discours à la fin de la manifestation ?”

D.P. : “Malheureusement, non.”

L.T. : “Quelle sera la prochaine action des étudiants pour le climat ?”

D.P. : “Chaque vendredi, on attend du monde !”

L.T. : “Quelle a été la pancarte/la punchline qui t’a le plus marquée ?”

D.P. : “Une pancarte assez triste sur Ariel, la petite sirène, étouffée par le plastique (âmes sensibles s’abstenir). Quant à la punchline, rien de mieux que le fameux « J’ai pas la thune pour aller vivre sur la lune ».

Concernant la marche de samedi : la tension planait au-dessus de nos têtes. Bien que la marche soit, somme toute, agréable et joyeuse, comme plusieurs de vos camarades du Louvr’Boîte l’ont ressenti, je ne cessais, personnellement, de me faire harceler de notifications FranceInfo sur les incendies des restaurants et boutiques de luxe. Toutefois, il était souvent écrit au dos des Gilets Jaunes « manifestation non violente » et nombreux étaient ceux qui brandissaient leurs écriteaux : « fin du monde, fin du mois, même combat ». Des intervenants des GJ comme on les surnomme, se sont présentés sur la scène, vers 17h sur la Place de la République, afin de rappeler que cette journée, encore une fois, était dédiée à la vie, qu’il s’agisse de la nôtre, de ceux dans le besoin, ou de ceux dont l’État pense encore trop souvent que leur vie ne compte pas, comme l’a rappelé avec émotion la sœur d’Adama Traoré (victime de violences policières en 2016, jugé comme un non-lieu).

Le cortège de ce samedi pour la Marche du Siècle s’est rassemblé entre 14h et 15h Place de l’Opéra et a tracé son chemin jusqu’à la Place de la République. Bien que de nombreuses branches se soient éparpillées dans les rues voisines, c’est à cet endroit que tous se sont rejoints, chantant, dansant, brandissant les punchlines plus ou moins raffinées. « Moi j’y suis arrivée vers 14h. D’abord je suis sortie du métro à Opéra, la rame de métro entière est sortie à cette station. Ensuite, la place était tellement bondée qu’on avait du mal à monter les marches de la bouche de métro », nous rapporte Salomé Moulain, membre du triumvirat du Louvr’Boîte. Malheureusement, ni elle ni moi n’avons pu retrouver les membres de l’EDL partis en crew depuis l’école ; une équipée rassemblée par le club de Mens Sana avait également organisé un atelier de création de pancartes. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne fallait pas être agoraphobe : à République, la foule se rassemblait autour des stands de nourriture, mis en place par les bénévoles des diverses associations organisant la marche et devant la scène où, vers 17h les prises de paroles se sont succédées ; laissant place à des GJ, à des représentants d’associations engagées pour le climat (Les Amis de la Terre), quatre jeunes engagés pour cette marche qui avaient préparé un beau texte sur leurs revendications et les solutions à mettre en place, dont la rhétorique était bien rodée. Enfin, bien sûr, les membres des quatre associations (Notre Affaire à Tous, la Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace France et Oxfam France) qui avaient décidé d’attaquer l’État français en justice face à son inaction pour le climat avec la campagne et la pétition « L’Affaire du siècle », qui ont déposé un « recours en plein contentieux » devant le Tribunal Administratif de Paris en ce mois de mars 2019. Nous avons essayé tant bien que mal de faire un « clap » pour le climat sans s’assommer les uns les autres et de sauter sur place, requinqués par les concerts offerts à la communauté.

          On nous a rappelé que les actions continueraient les prochains vendredis pour la marche des étudiants et qu’une autre grève générale, une « action de désobéissance civile non violente » était prévue pour le 19 avril, sans que l’on sache vraiment ce que cela signifie : il faut remplir un formulaire pour bénéficier de futures informations.

          Camarades de classe, professeurs, professionnels, on espère que ces actions vous font prendre conscience de l’ampleur de la crise pour le climat, que nous, étudiants en histoire de l’art et archéologie, nous essayons de connaître et de comprendre les cultures afin, non pas de nous cultiver nous-mêmes, mais de les partager, non seulement avec nos contemporains, mais aussi de les transmettre à nos successeurs sur cette planète : car disons-le « Un et deux et trois degrés / C’est un crime / Contre l’humanité ».

Lise THIÉRION

Notre mère la terre

IMG_7706Quel est le point commun entre un renard, un lapin et une taupe ? En-dehors du fait que ces animaux sont tellement adorables qu’on a envie de les adopter, ils vivent tous, à l’état sauvage, dans des terriers. Ces trous creusés dans la terre qui leur servent de maison. Et ils ne sont pas les seuls à vivre dans le sol : le hérisson s’y abrite pour l’hiver, le ver de terre y creuse des galeries (pas celles dans lesquelles vous pouvez trouver des œuvres d’art contemporain, exceptées celles de Daniel Spoerri), ou encore le lapin et le lièvre qui accouchent de leurs petits à l’abri des prédateurs. Tous ces animaux considèrent donc la terre comme un endroit assez accueillant et chaleureux pour en faire leur lieu de vie et leur refuge en cas de besoin.

Même si les humains ont quitté les cavernes et les abris depuis belle lurette pour finalement aller se nicher dans des appartements parisiens presque aussi petits que des terriers, il est intéressant de noter que ce rapport à la terre est toujours présent dans certaines de nos pratiques. J’en veux pour preuve l’inhumation des corps de nos défunts. En effet, il s’agit là d’un retour à la terre, un retour à la source de la vie et de notre existence. En mettant en terre ces corps, on boucle un cycle de vie qui se termine là où tout avait commencé, comme si l’on rendait à la terre ce qu’elle nous avait donné.

Malheureusement, on n’a que trop bien compris que la terre regorgeait de ressources et de bienfaits dont on peut profiter. Aujourd’hui, exit l’âge d’or où la terre nourricière abritait les êtres vivants et où ceux-ci pouvaient profiter de ses apports au gré de leurs envies. Aujourd’hui, on exploite la terre pour produire toujours plus de nourriture et alimenter une population toujours plus avide et consommatrice. Il suffit de claquer des doigts pour avoir ce que l’on désire. Pire qu’un enfant gâté dont on comble les moindres désirs. Comme un enfant qui tète sa mère jusqu’à l’assécher.

Pourtant, on commence à voir émerger des alternatives, des solutions qui permettraient de réduire cette exploitation. Si on reprend l’exemple de l’inhumation, au lieu d’investir des milliers d’euros dans un cercueil qui, en plus de nécessiter la destruction d’un arbre, va mettre une éternité à se dégrader, on peut maintenant investir dans des cercueils plus écolos (en carton par exemple) ou encore, le top pour un bobo-gaucho-bio-écolo du Ve arrondissement, dans une urne qui permet aux cendres humaines de servir d’engrais à un arbre. Et pour obtenir lesdites cendres de façon moins polluante qu’une crémation classique, on observe de plus en plus de nouvelles idées. Pour n’en citer qu’une, on peut se pencher sur le cas de la résomation : le corps du défunt est plongé dans l’azote liquide à -196°C, ce qui le rend friable. Une table vibrante le transforme ensuite en petites particules qui peuvent être placées dans une urne. Simple, basique, efficace et pas cher.

Alors pourquoi on ne décide pas tous de se faire enterrer pour renaître en arbre ? Pourquoi on n’arrête pas de vouloir toujours plus, toujours plus vite ? Pourquoi on ne mange pas tous bio ? Pourquoi on n’élève pas tous nos poules ? Pour la même raison que celle qui nous pousse à dire à nos parents que c’est à cause d’eux si on est débile (parce qu’ils nous ont refilé leurs gênes) : parce qu’il est bien plus facile de rejeter la faute sur autrui et de dire que comme on est né dans une société de consommation, c’est un modèle qu’on ne peut pas changer. Sauf qu’il va très vite falloir du courage si on veut encore pouvoir dire « je t’aime » à notre terre.

Viena