Louvr’Boîte Hors Série Révisions / Gala / Eté 2018

J-2 : la tant attendue surprise !

Plus que deux jours avant le Gala de l’Ecole du Louvre 2018 sur le thème des Routes de la Soie. Votre dévoué Louvr’Boîte vous a préparé un extraordinaire numéro Hors-Série Révisions / Gala / Eté 2018 pour l’occasion !

En effet, suite à des problèmes d’impression dont nous nous excusons sincèrement, le numéro n’a pas pu être imprimé en temps et en heure et ne pourra même pas être imprimé du tout…

Pour nous faire pardonner, nous vous offrons la version numérique de ce numéro exceptionnel ! Retrouvez aussi en exclusivité sur le même site L’INTÉGRALITÉ de nos numéros depuis la fondation du journal en 2009. 45 numéros, 7 hors-série, de quoi remplir votre été en vous perdant dans les archives de votre magazine adoré 

 

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Passion Lumière : la Route de la Soie en films

Bon. Vous voulez vous préparer pour le Gala, mais à part essayer une énième fois votre costume de lumière et procrastiner pour ne pas réviser vos oraux de spé vous ne savez pas quoi faire ? Vous avez envie de voyager mais votre budget ne vous permet même pas d’aller au delà de Melun ? Courrez chez votre loueur de cassettes VHS et mettez-vous dans l’ambiance avec ces quelques chefs-d’oeuvres (ou pas, voire absolument pas) du cinéma et des séries ; les pays de la Route de la Soie s’offrent à vous à travers toutes les époques.

  • Départ en Occident : Netflix (ou Pirate Bay, selon votre porte-monnaie et votre audace contre Hadopi) vous propose la série Marco-Polo (2014), vingt épisodes de cinquante minutes pour assouvir votre désir d’aventures dans un univers où dominent cupidité, trahison, intrigues sexuelles et rivalités. Je tiens à préciser que dans la série, Marco Polo apprend le Kung Fu après d’un maître chinois.
  • Venise : Puisqu’il fallait à cette liste sa dose de comédie romantique fondante, Dangerous Beauty (La Courtisane en VF, 1998) devrait satisfaire vos envies de vie de cour, de conflits et d’amour dégoulinant de drame, le tout dans la Venise du XVIe siècle.
  • Terre Sainte : Kingdom of Heaven (2005), Orlando Bloom en forgeron bâtard d’un grand seigneur qui part pour la Terre Sainte défendre Jérusalem contre Saladin, c’est un grand oui.
  • Perse : Prince Of Persia : les Sables du Temps (2010). Une énorme daube – pire que les autres qui se sont glissées dans cette liste. En fait vous feriez mieux de jouer au jeu vidéo dont est tiré le film, mais bon, je tiens une rubrique cinéma, je dois m’en tenir à vous conseiller des films.

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  • Iran : Persepolis (2007), film d’animation, récit autobiographique de Marjane Satrapi qui vous transportera dans le Téhéran des années 80.

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  • Inde : Devdas (2002), incroyable comédie romantique musicale bollywoodienne avec Shah Rukh Khan dans le rôle titre (cet acteur est un dieu vivant en Inde). L’histoire du film se passe au début du XXe siècle et raconte l’amour impossible entre deux personnes appartenant à deux milieux différents, un Roméo et Juliette raconté par Thierry Zéphir.
  • Chine : La Légende du Scorpion Noir (2008), se déroule au Xe siècle et raconte la vengeance de la femme et du fils de l’empereur de Chine, lâchement assassiné par son frère.
  • Corée : Si vous avez loupé Mademoiselle (2016) par Park Chan-Wook, rattrapez-vous tout de suite. Le film est incroyable, les images sont belles à en pleurer, et l’histoire vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière minute. Quel film mater avant le Gala (1)
  • Japon : Le Château de l’Araignée (1976) chef-d’œuvre d’Akira Kurosawa, ce film est une adaptation dans le Japon médiéval du MacBeth de Shakespeare.

Yvine BRIOLAY

La rédaction décline toute responsabilité en cas d’ennui devant un film de merde. 

 

Les animaux héraldiques, ou comment devenir aussi connu que le loup blanc…

         

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Blason de la ville de Tivoli

            Ah les blasons, leurs couleurs, leurs formes, leurs symboles… Tout un univers crypté qui nous fait placer notre deerstalker de Sherlock Holmes sur la tête, surtout quand les guides, trop pressés par le millier de superbes choses à dire, ne prennent pas le temps de nous éclairer sur leur lecture ! Et pourtant rien de plus simple, c’est un jeu d’enfant ! À l’époque de son apparition dans la famille qu’il représente comme aujourd’hui, nous sommes tous capables de les « lire ». En effet, comme un rébus, le blason ne demande pas une grande connaissance particulière : il suffit de se laisser porter par ce qu’il nous évoque instinctivement comme caractéristique pour tel ou tel meuble… Non, ne prenez pas peur, ne passez pas à l’article suivant même si le premier mot technique vient d’apparaître ! Un « meuble », de manière générale, désigne tout élément placé sur un blason en-dehors de sa composition géométrique ou de sa couleur. Il n’y a pas de règles pour le choisir : le propriétaire du futur blason décide du ou des sujet.s y figurant selon l’image qu’il veut donner de lui aux autres. En effet, le blason est fait pour reconnaître facilement les différentes familles selon leur réputation ou la vision qu’elles voulaient bien donner d’elles. Il est fait pour être vu, de près comme de loin. Le choix peut être esthétique (pour la beauté d’un meuble par exemple) ou être « parlant », c’est-à-dire qu’il fait coïncider le meuble avec le nom de la famille ou de l’entité. Par exemple, le blason de la ville de Bois-Colombes est pourvu d’un arbre pour signifier le « bois » et trois oiseaux pour figurer les « colombes ». D’autres choisissent encore un meuble qui symbolise leur personnalité. En effet, on attribue souvent aux humains ou aux animaux des qualités et des défauts : bien évidemment, le propriétaire choisira un meuble qui le met plus souvent en valeur qu’il ne le dessert ! Et c’est là que nos petites bêtes interviennent ! À chacune son caractère, son don ou son attribut !

 

            Dans la famille de l’oisellerie, je demande par exemple l’aigle, symbole de souveraineté ! Chouchou de nombreux blasons, il laisse pourtant souvent sa place à d’autres amis volatiles, allant des rapaces jusqu’aux animaux de basse-cour. Un seigneur plein de sagesse et de prudence penchera pour le hibou. S’il préfère montrer son hospitalité, alors la corneille est son oiseau. Quant au coq (et oui chers compatriotes, vous l’aurez sans doute deviné !), il représente le courage et la fierté ! D’autres créatures à plumes sont d’autant plus intéressantes pour leur subtilité. Prenons la merlette. Souvent représentée sans patte ni bec, elle incarne une blessure reçue sur le champ de bataille. Ainsi, sur le blason de Cosne-sur-Loire, trois merlettes de ce type sont figurées : la ville ayant été un carrefour important de conflits durant la guerre de Cent Ans et celle de Religions, cela explique sûrement leur présence. Si la merlette a en revanche un bec rouge, elle indique plutôt un ennemi majeur qui a été tué. Autre oiseau récurrent, le pélican. Associé à la piété, à l’amour du prochain et à la renaissance, il est souvent utilisé sur des blasons de l’Église chrétienne, voire cousu sur des vêtements ecclésiastiques !

            Passons aux quatre pattes… qui parfois viennent de très loin et sont pourtant représentés sur nos blasons occidentaux médiévaux ! Le lion en est l’exemple le plus rugissant de vérité : reconnu pour sa force et sa bravoure, il est un excellent moyen pour démontrer sa puissance au combat et sa vaillance. On retrouve parfois d’autres mammifères plus étonnants… Dans le Bade-Wurtemberg, deux petits hérissons symbolisent le courage et l’endurance des habitants du village d’Igelswies – « Der Igel » signifiant d’ailleurs « le hérisson » en allemand. Au Danemark, dans le village de Nanortalik, trois ours polaires féroces représentent le courage, la force et la bravoure de ces Danois. D’autres animaux sont mieux connus de notre quotidien, comme cet adorable petit félin jouant avec sa pelote à Chalaines, dans la Meuse, symbole de liberté et d’indépendance, ou encore ce fier canidé de Wintzenheim, en Alsace, représentant à l’inverse l’obéissance et la fidélité.

            Pour que vous puissiez être comme un poisson dans l’eau dans le domaine héraldique, continuons notre safari blasonné avec les animaux aquatiques ! Les poissons justement symbolisent souvent la sagesse, le savoir et la justice. Le barbeau est par exemple le poisson le plus souvent représenté comme sur le blason de Trois-Rivières au Québec. Généralement en position de nage à l’horizontal, ils peuvent aussi se tenir à la verticale, sur leur nageoire caudale, comme les trois chabots sur le blason de la famille Rohan-Chabot ! D’autres qualités sont aussi reconnues aux poissons selon leur espèce : l’esturgeon figure le profit, le mulet le silence, la perche le repos, etc. Pour les animaux marins, on les retrouve surtout pour les villes des côtes comme les ports ou les familles vivant sur les littoraux. Par exemple, la baleine de Biarritz illustre le sens du travail collectif et les dauphins du blason des comtes de Montpensier, leur loyauté, leur bonté et leur vivacité d’esprit.

            Revenons dans les terres et rendons une petite visite aux batraciens et aux reptiles. Animaux souvent délaissés, mal-aimés aujourd’hui, ils n’en restent pas moins des meubles répandus ! Les serpents, ces êtres très discrets, savent bien nous surprendre par leur art du camouflage. Ils représentent ainsi sur les écus la subtilité et la prudence. Les Visconti, célèbre famille italienne, a ainsi adopté ce prédateur pour illustrer leur domination. En effet, leur blason montre un homme ennemi de la maison dévoré par un serpent. Ailleurs, à Épendes, dans le canton suisse de Vaud, deux petites grenouilles ont été adoptées pour rappeler qu’autrefois, des marais entouraient le village. Les lézards sont eux appréciés pour leur symbolique d’amitié loyale et certaines autres espèces de la même famille vont devenir très célèbres… comme la salamandre ! À l’origine véritable animal tacheté de petite taille, elle devient rapidement, grâce à François Ier, une créature de légende, capable de résister aux flammes et qui permet à celui qui la brandit sur son blason de se montrer comme un guerrier intrépide et invincible qu’il faut craindre.

            Dès lors, tout un répertoire d’êtres imaginaires peut être créé sur les armoiries, complétant le règne animal existant. Avec le goût pour ces légendes, les croyances amorcent plus encore dans les esprits un besoin de marquer les pensées grâce aux meubles des blasons. Un griffon aux serres ouvertes, à la gueule béante, aux ailes déployées vient ainsi assaillir l’ennemi invisible avec force et promptitude sur le blason de Riec-le-Belon. En outre, on entend presque siffler, menaçant, un basilic à corps de coq, à la tête et ailes de dragon et à la queue serpentiforme sur celui de Draguignan. Une licorne, symbole de pureté et de chasteté, orne même certaines armoiries, comme celles de Moissey dans le Jura… Ces animaux fantastiques ne se retrouvent pas uniquement sur nos blasons occidentaux : même à des horizons plus lointains, ils y figurent, comme sur le drapeau (héritier d’aujourd’hui de nos armoiries d’antan) du Sud-Vietnam avec son dragon orientalisant !

Désormais, devant un blason, vous ne donnerez plus jamais votre langue à nos petits félins préférés !

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Crédits visuels par ordre alphabétique via Wikimedia Commons:
  • Blason de Biarritz – Creative Commons dessin fait par SanchoPanzaXXI
  • Blason de Bois-Colombes – Creative Commons dessin fait par Spedona
  • Blason de Chalaines – Creative Commons dessin fait par Chatsam
  • Blason des comtes de Montpensier- Creative Commons dessin fait par Odejea
  • Blason de Cosne-sur-Loire – Domaine public
  • Blason de Draguignan- Creative Commons dessin fait par Greudin
  • Blason d’Épendes- Creative Commons dessin fait par Xens
  • Blason d’Igelswies- Domaine public
  • Blason de Moissey – Creative Commons dessin fait par Chatsam
  • Blason de Nanortalik – Creative Commons dessin fait par ChristianBier
  • Blason de Riec-sur-Belon- Creative Commons dessin fait par Frédéric Michel
  • Blason de Rohan-Chabot – Creative Commons dessin fait par Odejea
  • Blason du Sud-Vietnam – Domaine public
  • Blason de Tivoli – Creative Commons dessin fait par LPLT
  • Blason de Trois-Rivières – Creative Commons dessin fait par Ssire
  • Blason de la famille Visconti – Domaine public
  • Blason de Wintzenheim- Domaine public

Anne Millot a le nez dans le vent

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Audace de l’Amour, inspiré de Cléopâtre
Faïence modelée et à la plaque, émaillée, bois 42 x 40 x 6 cm, 2016

Anne Millot est une artiste céramiste française dont la production artistique se concentre exclusivement sur la création de nez. Sujet insolite, dont l’intérêt fut longtemps négligé par les contributeurs de la culture visuelle, celui-ci est pourtant passionnant d’un point de vue historique et regorge de potentiel créatif. Isolés de leur visage, les nez de Pinocchio ou de Cyrano sont immédiatement reconnaissables et en disent long sur la personnalité de leur propriétaire respectif. De même, ce ne sont pas leurs yeux de biche ou leurs lèvres pulpeuses mais leur nez parfait qui ont permis à Néfertiti et à Cléopâtre de rentrer dans les canons de beauté de leur époque. En d’autres termes, le nez tient une place d’exception dans l’imaginaire collectif malgré le fait que nous ayons tendance à le déprécier… d’où la raison pour laquelle Anne Millot s’y intéresse tant !

À l’origine, cette passion des plus surprenantes provient des études d’anatomie de l’artiste. Le nez étant placé au beau milieu de la toile vierge qu’est notre visage, c’est lui que l’on devrait admirer en premier, mais que l’on ignore souvent au détriment des yeux ou de la bouche. Pourtant, chaque nez offre un paysage coloré à celui qui s’y intéresse, tel que le démontre le nez aquilin d’une actrice de cinéma ou le nez fracturé d’un joueur de rugby.

Sans vouloir révéler tous ses secrets de création, Anne admet prendre comme point de départ la photographie, à la fois de face et de profil. Ce n’est qu’après un travail méticuleux d’observation qu’une caractéristique principale se manifeste et devient le fil conducteur de l’œuvre. Vient ensuite le choix de la terre, c’est-à-dire le grès, la faïence, ou encore la porcelaine, ainsi que le travail de modelage. Il faut ensuite s’armer de patience pour la phase de séchage et de ponçage, étape nécessaire avant la cuisson.

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Holistiquement vôtre, inspiré de Jung, Nietzsche, Freud
Grès sigillé, cuisson primitive, patine, bois 35 x 79 x 8 cm, 2017

Audacieuse, Anne ne cesse d’expérimenter avec sa pratique et d’incorporer de nouveaux éléments à ses sculptures. De fait, sa carrière se distingue par de nombreuses périodes : celle de la terre, du verre, ou encore de la sculpture sur bois. L’une de ses dernières créations, une sculpture de nez en verre rétroéclairé sur bois, permet l’harmonie des couleurs et des matières ainsi qu’une modernité déconcertante. Aujourd’hui, la carrière d’Anne s’apprête à prendre un nouveau tournant grâce à son intérêt grandissant pour l’art cinétique. En effet, en juin 2017, l’artiste produit « La Carmilla », sa toute première sculpture mobile. Inspirée du premier roman fantastique sur le thème des vampires de l’auteur irlandais Joseph Sheridan Le Fanu, la sculpture en question présente deux nez mécaniques qui, dans leur rotation, se transforment en canines… et réservent une petite surprise à ceux qui l’actionnent !

Quelques mois plus tard, c’est la consécration pour Anne dont la première sculpture mobile lui permet de recevoir le prix d’honneur lors du Concours International de Céramique produit par le Vallauris Institute of Art et organisé par le Musée Terra Rossa de Salernes. Aujourd’hui, ses sculptures ont beaucoup voyagé, ayant été exposées à Paris, Cannes, Lausanne, et même à Londres, dans le cadre d’expositions individuelles et collectives. En effet, celles-ci ne cessent d’attirer la curiosité de parfumeurs, de viticulteurs, de collectionneurs, et d’amateurs d’art qui sont de plus en plus nombreux à pointer le bout de leur nez aux expositions d’une artiste passionnée et passionnante…  au nez dans le vent !

 

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La Marianne, inspiré de Brigitte Bardot
Faïence modelée et à la plaque, émaillée 19 x 17 x 3,5 cm, 2016

Découvrez les dernières créations d’Anne Millot sous la verrière du Grand Palais lors de la prochaine édition du festival Art Capital : le Salon des Artistes Indépendants, qui aura lieu du 13 au 19 février 2018 de 11h à 20h. Pour contacter l’artiste, rendez-vous sur www.anne-millot.com

Louis Denizet

Les claquettes-chaussettes en marche !

claquettes-chaussettes

Depuis le début du mois de juin une nouvelle tendance a fait son apparition : les claquettes-chaussettes. Après une rapide étude effectuée à la BPI le week-end du 17-18 juin, le taux d’adolescent en portant était environ de 99%. Alors que tout le monde pensait que cette mode était l’apanage des allemands en vacances, les lycéens, probablement dans un moment de faiblesse à cause des révisions du bac, se sont emparés de cette tendance…

Why not …? 😏 #claquetteschaussettes

Une publication partagée par Arthur Bransol (@arthurbsl) le

 

« Même en claquettes on est bien sappé »

En France, c’est le rappeur Alrima qui l’a popularisé en sortant une chanson très sobrement intitulé « claquettes-chaussettes ». Le refrain où il chante « j’suis en claquettes-chaussettes / c claquettes-chaussettes / claquettes-chaussettes / tu connais c’est la tess » a apparement parlé à plus d’un lycéen car le phénomène est vite devenu viral… A tel point qu’il a même lancé un défi aux lycéens de venir habiller en claquettes-chaussettes le 14 juin, ainsi le hashtag #ClaquettesChaussettesChallenge a fait son apparition (taper cela sur google est à vos risques et périls).

 

« Touche à mon pain, gros tu verras » 

Mais ce look ne vient pas de nulle part, comme tout phénomène un peu moche, il est apparu  aux États-Unis. Là-bas, les claquettes-chaussettes sont surtout portées par les Afro-Américains, ce look est souvent assimilé aux « ghettos ». Konbini a enquêté sur cette origine afro-américaine, et c’est sur un forum qu’ils aurait trouvé la réponse. Dans un topic très simplement intitulé « Why Are Black Males Afraid to Wear Sandals » un jeune explique : « Je suis un Afro-Américain et j’adore porter des sandales. Pas les claquettes avec des chaussettes, mais des tongs sans chaussettes avec mes pieds visibles et bien pédicurés. De l’âge de 14 à l’âge de 15 ans, je n’en ai pas porté car on m’a dit que ‘nous’ ne devions pas exposer nos orteils, bien que d’autres filles et garçons d’autres groupes ethniques puissent le faire. Je crois que l’aversion des hommes noirs à porter des sandales vient du temps de l’esclavage, c’était un symbole de statut. Les hommes qui travaillaient dans aux champs et qui avaient le statut social le plus bas étaient pieds nus. » Si la French Manucure a l’air d’être une composante essentielle de ce look, il est intéressant de voir que les claquettes-chaussettes seraient en fait soumises aux traditions sociales d’une époque révolue : l’esclavagisme. Porter des claquettes, ou tongs dans ce cas-là, sans chaussettes devient alors une revendication sociale, une manière de porter ses origines.

 

« Claquettes chaussettes T-Max » 

Comme tout phénomène de mode les claquettes-chaussettes furent reprises par les marques : en 2014 Adidas a lancé une campagne nommé #socksnslides en collaboration avec le photographe Michael Mayren. Il a shooté des gens posant en claquettes-chaussettes Adidas. Difficile de trouver l’origine « ghettos » du phénomène : jeunes hipsters caucasiens posent dans des intérieurs dont la déco semble tout droit sortie de Urban Outffters. Adidas s’est emparé de cette mode pour une raison particulière : l’une des règles d’or du port des claquettes-chaussettes est que les claquettes doivent être griffées. Comme le relève Konbini, une définition d’Urban Dictionary explique que « la seule fois où tu verras un gangster porter des sandales pendant l’été, il en portera avec des chaussettes blanches et des claquettes Adidas, Jordan ou Nike »

 

Cette mode présente un point intéressant : elle est majoritairement masculine. Les phénomènes de mode masculins, aussi viraux, sont assez rares pour être soulignés. L’équivalent féminin du claquettes-chaussettes est probablement le combo escarpins-chaussettes. Cette tendance n’a jamais vraiment émergé, elle est restée au stade des photos de mode, et malgré le fait que Kylie Jenner en ait porté sur le tapis rouge, personne n’a vraiment suivi le mouvement…

 

« Quand j’y mettais ma sueur » 

Mais alors que penser de cette tendance ? Si certains seraient tentés de la définir comme « la quintessence de l’abandon de la démarcation vêtement / sous-vêtement » et d’ajouter que « l’on a pas fait mieux depuis la robe de Madonna par Jean-Paul Gaultier * », force est de constater qu’ils ont tort. Les claquettes-chaussettes restent un FFP. Malgré l’explosion du sportwear, les claquettes restent principalement des chaussures de piscine, un peu crade, qu’on porte pour éviter d’avoir des verrues… Pas très sexy en somme. En plus d’être une attaque visuelle les claquettes-chaussettes sont aussi une attaque olfactive : imaginez un peu l’état dans lequel se trouvent vos pieds après une journée de claquettes-chaussettes en pleine canicule ? Faut-il privilégier le pratique à l’esthétique et l’hygiénique ? La réponse est non, sinon on aurait validé le port du legging il y a longtemps.

 

* Bastien Hermouette, expert ès FFP

Interview de Paul Perrin

Paul Perrin est actuellement conservateur des peintures au musée d’Orsay, et ce depuis juillet 2014. Il a été plusieurs fois stagiaire dans des musées, en France, mais aussi à l’étranger comme à New York ou Chicago. Il a également été guide-conférencier au château de Versailles, ainsi que chargé de TDO à l’École du Louvre dans le domaine du XIXe siècle.

Avant cela, il est passé par les deux premiers cycles de l’École du Louvre et par le concours de l’INP. Il apparaît comme un conservateur assez jeune (de 30 ans) et moderne dans les médias et sur les réseaux sociaux.


Son parcours :

Tristan Fourmy : Pour commencer, qu’avez-vous fait avant l’École du Louvre ? 

Paul Perrin : J’ai déménagé plusieurs fois quand j’étais jeune. J’ai été au lycée Le Corbusier à Poissy, et ai passé un bac Littéraire option art plastique.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de suivre vos études dans l’histoire de l’art ?

Depuis longtemps je voulais travailler dans le domaine des films d’animation, de la bande dessinée ou de l’illustration, je m’étais inscrit dans une classe prépa après le bac pour passer le concours de l’école des Gobelins. J’ai découvert l’histoire de l’art assez tard, grâce à  un excellent professeur d’art plastique, et ai décidé seulement en terminale de poursuivre dans ce domaine, non pas faire mais apprendre et comprendre. J’ai passé le test probatoire de l’école du Louvre et, comme je l’ai eu, j’ai renoncé à la classe préparatoire !

Pourquoi avez-vous fait une licence d’histoire ?

Quand je suis rentré à l’école, la direction des études insistait beaucoup pour que nous fassions des doubles cursus, en histoire, lettres, droit, etc. qui nous permettrait de compléter notre formation. J’ai choisi l’histoire et me suis inscrit en Licence à Nanterre, par correspondance. Je pense que cela m’a aidé ensuite à préparer le concours de l’INP puisque ça m’a permis d’étoffer ma culture générale et d’approfondir certains sujets. Les cours de méthodologie et d’historiographie m’ont particulièrement intéressés et permis de réfléchir à la discipline historique en tant que tel, vision que l’on n’avait pas alors en premier cycle à l’école.

Que vous ont apporté vos stages aux Etats-Unis ? 

J’avais déjà fait plusieurs stages l’été dans des musées français (et notamment au musée d’Orsay), mais je savais qu’une expérience à l’étranger, et notamment aux Etats-Unis ou le système muséal est très différent du notre, serait un vrai enseignement et un atout pour le concours. A la Frick Collection j’ai pu observer la vie d’un musée privée de plus petite échelle, et particulier puisque pluridisciplinaire et lié à la personnalité d’un grand collectionneur, Henri Clay Frick (1849-1919). J’ai participé là-bas à des recherches autour de Chardin et de la peinture française du XVIIIe siècle, qui n’est pas ma spécialité. A l’INP, pour le stage obligatoire à l’étranger, j’ai choisi l’Art Institute of Chicago, une des plus belles collections de peintures impressionnistes et post-impressionnistes au monde, mon domaine cette fois ! Ces expériences m’ont permis de mettre en perspective le système français, ses atouts et ses limites, d’améliorer mon anglais et de rencontrer des professionnels anglo-saxons.

Où vous voyez vous dans dix ans ?

En réalité, je ne pensais pas tout commencer ma carrière au musée d’Orsay, j’imaginais plutôt la terminer de cette façon ! La richesse des collections est telle, les projets que mène le musée si intéressant – et moi-même j’ai quelques idées – que je ne sais quand j’en aurai fait le tour. Dix ans peut-être ? Le temps est en tout cas révolu des conservateurs faisant toute leur carrière dans le même établissement. Il faut du renouveau dans les musées, il faut savoir passer la main quand on a dit ce que l’on avait à dire et chercher ailleurs l’inspiration. Il y a de magnifiques musées en région – institutions qui offrent aussi parfois des postes avec plus de responsabilités – et à l’étranger bien sûr.


Par rapport à l’école :

Pourquoi avoir fait l’École du Louvre et pas la Sorbonne ?

Eh bien… pour mes parents qui n’étaient pas tout à fait rassurés de me voir me lancer dans des études d’histoire de l’art, c’était l’École du Louvre ou rien. L’enseignement de l’école m’a ensuite réellement plu : un enseignement quasi-exhaustif de l’histoire de l’art mondiale (quel bonheur pour les esprits curieux !), l’incroyable quantité d’objets que l’on y voit (on s’y constitue une merveilleuse banque d’images perso), et évidemment pour l’observation directe des œuvres lors des cours de TD. La spécialisation dès la première année – dans mon cas en « Histoire de l’art du XIXe et début du XXe siècle » – est une chance et un vrai atout pour la suite.

Un souvenir marquant de l’école ?

Difficile à dire… Le site lui-même, absolument magique. Les TDO étaient les cours que je préférais, prendre son temps pour regarder les œuvres… Le plus agréable était sans doute de retrouver mes amis pour refaire tranquillement entre nous ces TD, discuter et regarder ensemble les œuvres.

Avez-vous-aimé être chargé de TDO ?

Oui vraiment. Ce fut un moyen pour moi non seulement de mieux connaître encore les collections des musées où j’enseignais (Orsay, Petit Palais, Rodin) – et en ce sens cela prépare au concours de l’INP – mais aussi de réfléchir à la transmission de ces connaissances. Enseigner me plaît, et particulièrement avec les œuvres sous la main ! Ce n’est pas si facile de comprendre un tableau, une sculpture, de l’analyser, de comprendre la manière dont il est fait, les intentions de son auteur, etc. tout cela s’apprend. Comme élève, j’ai eu des chargés de TDO qui passaient des heures à dicter sans vraiment montrer un seul objet, donc j’ai essayé de mettre l’accent sur l’analyse plastique des œuvres.

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