Les claquettes-chaussettes en marche !

claquettes-chaussettes

Depuis le début du mois de juin une nouvelle tendance a fait son apparition : les claquettes-chaussettes. Après une rapide étude effectuée à la BPI le week-end du 17-18 juin, le taux d’adolescent en portant était environ de 99%. Alors que tout le monde pensait que cette mode était l’apanage des allemands en vacances, les lycéens, probablement dans un moment de faiblesse à cause des révisions du bac, se sont emparés de cette tendance…

Why not …? 😏 #claquetteschaussettes

Une publication partagée par Arthur Bransol (@arthurbsl) le

 

« Même en claquettes on est bien sappé »

En France, c’est le rappeur Alrima qui l’a popularisé en sortant une chanson très sobrement intitulé « claquettes-chaussettes ». Le refrain où il chante « j’suis en claquettes-chaussettes / c claquettes-chaussettes / claquettes-chaussettes / tu connais c’est la tess » a apparement parlé à plus d’un lycéen car le phénomène est vite devenu viral… A tel point qu’il a même lancé un défi aux lycéens de venir habiller en claquettes-chaussettes le 14 juin, ainsi le hashtag #ClaquettesChaussettesChallenge a fait son apparition (taper cela sur google est à vos risques et périls).

 

« Touche à mon pain, gros tu verras » 

Mais ce look ne vient pas de nulle part, comme tout phénomène un peu moche, il est apparu  aux États-Unis. Là-bas, les claquettes-chaussettes sont surtout portées par les Afro-Américains, ce look est souvent assimilé aux « ghettos ». Konbini a enquêté sur cette origine afro-américaine, et c’est sur un forum qu’ils aurait trouvé la réponse. Dans un topic très simplement intitulé « Why Are Black Males Afraid to Wear Sandals » un jeune explique : « Je suis un Afro-Américain et j’adore porter des sandales. Pas les claquettes avec des chaussettes, mais des tongs sans chaussettes avec mes pieds visibles et bien pédicurés. De l’âge de 14 à l’âge de 15 ans, je n’en ai pas porté car on m’a dit que ‘nous’ ne devions pas exposer nos orteils, bien que d’autres filles et garçons d’autres groupes ethniques puissent le faire. Je crois que l’aversion des hommes noirs à porter des sandales vient du temps de l’esclavage, c’était un symbole de statut. Les hommes qui travaillaient dans aux champs et qui avaient le statut social le plus bas étaient pieds nus. » Si la French Manucure a l’air d’être une composante essentielle de ce look, il est intéressant de voir que les claquettes-chaussettes seraient en fait soumises aux traditions sociales d’une époque révolue : l’esclavagisme. Porter des claquettes, ou tongs dans ce cas-là, sans chaussettes devient alors une revendication sociale, une manière de porter ses origines.

 

« Claquettes chaussettes T-Max » 

Comme tout phénomène de mode les claquettes-chaussettes furent reprises par les marques : en 2014 Adidas a lancé une campagne nommé #socksnslides en collaboration avec le photographe Michael Mayren. Il a shooté des gens posant en claquettes-chaussettes Adidas. Difficile de trouver l’origine « ghettos » du phénomène : jeunes hipsters caucasiens posent dans des intérieurs dont la déco semble tout droit sortie de Urban Outffters. Adidas s’est emparé de cette mode pour une raison particulière : l’une des règles d’or du port des claquettes-chaussettes est que les claquettes doivent être griffées. Comme le relève Konbini, une définition d’Urban Dictionary explique que « la seule fois où tu verras un gangster porter des sandales pendant l’été, il en portera avec des chaussettes blanches et des claquettes Adidas, Jordan ou Nike »

 

Cette mode présente un point intéressant : elle est majoritairement masculine. Les phénomènes de mode masculins, aussi viraux, sont assez rares pour être soulignés. L’équivalent féminin du claquettes-chaussettes est probablement le combo escarpins-chaussettes. Cette tendance n’a jamais vraiment émergé, elle est restée au stade des photos de mode, et malgré le fait que Kylie Jenner en ait porté sur le tapis rouge, personne n’a vraiment suivi le mouvement…

 

« Quand j’y mettais ma sueur » 

Mais alors que penser de cette tendance ? Si certains seraient tentés de la définir comme « la quintessence de l’abandon de la démarcation vêtement / sous-vêtement » et d’ajouter que « l’on a pas fait mieux depuis la robe de Madonna par Jean-Paul Gaultier * », force est de constater qu’ils ont tort. Les claquettes-chaussettes restent un FFP. Malgré l’explosion du sportwear, les claquettes restent principalement des chaussures de piscine, un peu crade, qu’on porte pour éviter d’avoir des verrues… Pas très sexy en somme. En plus d’être une attaque visuelle les claquettes-chaussettes sont aussi une attaque olfactive : imaginez un peu l’état dans lequel se trouvent vos pieds après une journée de claquettes-chaussettes en pleine canicule ? Faut-il privilégier le pratique à l’esthétique et l’hygiénique ? La réponse est non, sinon on aurait validé le port du legging il y a longtemps.

 

* Bastien Hermouette, expert ès FFP

Interview de Paul Perrin

Paul Perrin est actuellement conservateur des peintures au musée d’Orsay, et ce depuis juillet 2014. Il a été plusieurs fois stagiaire dans des musées, en France, mais aussi à l’étranger comme à New York ou Chicago. Il a également été guide-conférencier au château de Versailles, ainsi que chargé de TDO à l’École du Louvre dans le domaine du XIXe siècle.

Avant cela, il est passé par les deux premiers cycles de l’École du Louvre et par le concours de l’INP. Il apparaît comme un conservateur assez jeune (de 30 ans) et moderne dans les médias et sur les réseaux sociaux.


Son parcours :

Tristan Fourmy : Pour commencer, qu’avez-vous fait avant l’École du Louvre ? 

Paul Perrin : J’ai déménagé plusieurs fois quand j’étais jeune. J’ai été au lycée Le Corbusier à Poissy, et ai passé un bac Littéraire option art plastique.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de suivre vos études dans l’histoire de l’art ?

Depuis longtemps je voulais travailler dans le domaine des films d’animation, de la bande dessinée ou de l’illustration, je m’étais inscrit dans une classe prépa après le bac pour passer le concours de l’école des Gobelins. J’ai découvert l’histoire de l’art assez tard, grâce à  un excellent professeur d’art plastique, et ai décidé seulement en terminale de poursuivre dans ce domaine, non pas faire mais apprendre et comprendre. J’ai passé le test probatoire de l’école du Louvre et, comme je l’ai eu, j’ai renoncé à la classe préparatoire !

Pourquoi avez-vous fait une licence d’histoire ?

Quand je suis rentré à l’école, la direction des études insistait beaucoup pour que nous fassions des doubles cursus, en histoire, lettres, droit, etc. qui nous permettrait de compléter notre formation. J’ai choisi l’histoire et me suis inscrit en Licence à Nanterre, par correspondance. Je pense que cela m’a aidé ensuite à préparer le concours de l’INP puisque ça m’a permis d’étoffer ma culture générale et d’approfondir certains sujets. Les cours de méthodologie et d’historiographie m’ont particulièrement intéressés et permis de réfléchir à la discipline historique en tant que tel, vision que l’on n’avait pas alors en premier cycle à l’école.

Que vous ont apporté vos stages aux Etats-Unis ? 

J’avais déjà fait plusieurs stages l’été dans des musées français (et notamment au musée d’Orsay), mais je savais qu’une expérience à l’étranger, et notamment aux Etats-Unis ou le système muséal est très différent du notre, serait un vrai enseignement et un atout pour le concours. A la Frick Collection j’ai pu observer la vie d’un musée privée de plus petite échelle, et particulier puisque pluridisciplinaire et lié à la personnalité d’un grand collectionneur, Henri Clay Frick (1849-1919). J’ai participé là-bas à des recherches autour de Chardin et de la peinture française du XVIIIe siècle, qui n’est pas ma spécialité. A l’INP, pour le stage obligatoire à l’étranger, j’ai choisi l’Art Institute of Chicago, une des plus belles collections de peintures impressionnistes et post-impressionnistes au monde, mon domaine cette fois ! Ces expériences m’ont permis de mettre en perspective le système français, ses atouts et ses limites, d’améliorer mon anglais et de rencontrer des professionnels anglo-saxons.

Où vous voyez vous dans dix ans ?

En réalité, je ne pensais pas tout commencer ma carrière au musée d’Orsay, j’imaginais plutôt la terminer de cette façon ! La richesse des collections est telle, les projets que mène le musée si intéressant – et moi-même j’ai quelques idées – que je ne sais quand j’en aurai fait le tour. Dix ans peut-être ? Le temps est en tout cas révolu des conservateurs faisant toute leur carrière dans le même établissement. Il faut du renouveau dans les musées, il faut savoir passer la main quand on a dit ce que l’on avait à dire et chercher ailleurs l’inspiration. Il y a de magnifiques musées en région – institutions qui offrent aussi parfois des postes avec plus de responsabilités – et à l’étranger bien sûr.


Par rapport à l’école :

Pourquoi avoir fait l’École du Louvre et pas la Sorbonne ?

Eh bien… pour mes parents qui n’étaient pas tout à fait rassurés de me voir me lancer dans des études d’histoire de l’art, c’était l’École du Louvre ou rien. L’enseignement de l’école m’a ensuite réellement plu : un enseignement quasi-exhaustif de l’histoire de l’art mondiale (quel bonheur pour les esprits curieux !), l’incroyable quantité d’objets que l’on y voit (on s’y constitue une merveilleuse banque d’images perso), et évidemment pour l’observation directe des œuvres lors des cours de TD. La spécialisation dès la première année – dans mon cas en « Histoire de l’art du XIXe et début du XXe siècle » – est une chance et un vrai atout pour la suite.

Un souvenir marquant de l’école ?

Difficile à dire… Le site lui-même, absolument magique. Les TDO étaient les cours que je préférais, prendre son temps pour regarder les œuvres… Le plus agréable était sans doute de retrouver mes amis pour refaire tranquillement entre nous ces TD, discuter et regarder ensemble les œuvres.

Avez-vous-aimé être chargé de TDO ?

Oui vraiment. Ce fut un moyen pour moi non seulement de mieux connaître encore les collections des musées où j’enseignais (Orsay, Petit Palais, Rodin) – et en ce sens cela prépare au concours de l’INP – mais aussi de réfléchir à la transmission de ces connaissances. Enseigner me plaît, et particulièrement avec les œuvres sous la main ! Ce n’est pas si facile de comprendre un tableau, une sculpture, de l’analyser, de comprendre la manière dont il est fait, les intentions de son auteur, etc. tout cela s’apprend. Comme élève, j’ai eu des chargés de TDO qui passaient des heures à dicter sans vraiment montrer un seul objet, donc j’ai essayé de mettre l’accent sur l’analyse plastique des œuvres.

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Interview de Muséonaute

Si vous ne la connaissez pas encore, courez devant votre ordinateur, connectez-vous sur la Toile, et regardez les vidéos de la chaine Muséonaute. Chloé et Guillaume sont deux étudiants de l’Ecole du Louvre récemment lancés dans la grande aventure Youtube. Ils ont accepté de répondre à nos questions, sans jamais se départir de leur humour et de leur bonne humeur.

Bonjour Muséonaute !
Guillaume : Bonjour !
Chloé : Bonjour !

Avant de commencer avec des questions un peu difficiles qui risquent de vous mettre dans l’embarras, pourriez vous-vous présenter, me dire qui vous êtes ?
C : Vas y Guillaume, commence.
G : Non non non vas y toi.
C : Honneur à toi.
G : Moi je sais pas me présenter [chloé rit].
C : Ça commence déjà très très bien !
G : Moi c’est Guillaume.
C : Bonjour Guillaume, bienvenue aux alcooliques anonymes.
G : J’ai arrêté de boire depuis 3 ans… depuis trois heures plutôt… Donc je suis en troisième année à l’Ecole du Louvre. Je suis en spécialité XIXe et XXe siècle, donc j’ai deux spécialités. Quoi d’autre dans la vie ? Je fais des vidéos sur Youtube. J’ai fait une année d’anglais, fac tranquillou, pour me mettre bien. Voilà à toi Chloé.
C : ALORS bah moi c’est Chloé je suis aussi en spécialité XIXe…
G : Enfin t’as fini.
C : Oui j’ai fini. J’étais en spécialité XIXe mais je suis toujours en troisième année parce que j’ai eu la chance et le bonheur extrêmes de redoubler. Je suis arrivée à l’école directement en sortant du bac parce que la licence d’anglais… c’est pour les nuls !
G : Grave mais totalement, j’assume !
C : Voilà, et je fais des vidéos sur l’internet.
G : L’internet mon-dial-euh.
C : C’est ça.

Maintenant que tout le monde se connait bien, parlons de la manière dont se déroulent vos émissions, Muséonaute. Tout d’abord, comment se passent vos enregistrements et quel matériel utilisez-vous ?
G : Au niveau du tournage on écrit déjà, c’est de longueur variable, ensuite on se fixe une date pour tourner, et ça dure quoi..?
C : Trois, quatre heures.
G : Oui, trois heures de tournage un truc comme ça… pour dix minutes de vidéo.
C : Après, pour le matériel on a un vieil appareil photo Lumix à moi qui est vieux et pas efficace…
G : … Qui fait le taf.
C : … Oui, il fait à peu près le taf.
G : On a aussi investi dans un micro ZOOM H2N et qui fait très bien son taf aussi
C : En fait, quand on a commencé on a regardé les vidéos de notre ami TomSka, un youtuber anglais qui parle de l’importance du son par rapport à l’image. Il fait une vidéo où il donne des conseils à ceux qui veulent se lancer sur Youtube et il explique que, quitte à investir dans quelque chose, il vaut mieux avoir un bon son qu’une bonne image. Du coup on tourne avec un appareil photo nul mais on a investi d’office dans l’enregistreur portable parce qu’on ne voulait pas que ce soit désagréable et horrible.
G : Du coup on tourne et on fait des prises, on fait des plans, on fait des prises, on refait des prises. [rires] Puis on commence le montage et c’est la joie.

De quelle vidéo parliez-vous tout à l’heure ?
C : La vidéo c’est How to Youtube, une sorte de tuto géant où il parle de plein d’aspects différents, visuels, la technique, la comm’, c’est un peu une mine d’infos. On avait aussi regardé la vidéo d’Antoine Daniel  : 20 conseils pour youtubers, qui s’inspire en partie de la vidéo de TomSka, et c’est un peu un complément. On avait pris des notes et essayé de réfléchir à partir de ça.
G : Après chaque youtuber a aussi sa vision de quels bons côtés il faut avoir dans ses vidéos. Donc on a aussi fait le tri. On insiste beaucoup sur certains aspects et d’autres beaucoup moins. C’est dur de tout faire aussi.

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Le Salon d’automne, 113 ans d’histoire et quatre points clés

Dans quelques jours s’ouvre l’édition 2016 du Salon d’automne, sur les Champs-Élysées. L’occasion de découvrir un des trois salons historiques toujours en activité, à l’esthétique contemporaine assumée. En voici quatre points clés :

• 1903, quand tout a commencé

En 1903, c’est un peu « l’avant-garde avant les avant-gardes » qui se réunit pour créer le Salon d’automne. Frantz Jourdain et Hector Guimard (architectes), George Desvallières, Édouard Vuillard et Félix Vallotton (peintres) et Eugène Carrière (sculpteur) donnent le ton : ce salon sera celui de la « fraternité des arts ». La suite de l’histoire, tout le monde se doit de la connaître… (spoiler : Matisse, Derain et leurs compères font scandale dans la salle 7 à cause de leurs peintures disposées autour de sculptures néo-florentines, menant à une « orgie de couleurs » dans « la cage aux fauves »)

Pour un résumé plus complet de l’histoire du Salon, nous vous invitons à lire un article publié par Valentine Chartrin dans notre numéro Criminalité(s) (septembre 2015).

• démocratiser l’accès à l’art le plus contemporain

La promotion de l’art contemporain, ou « l’art du maintenant, tout de suite » est évidemment LA raison d’être du Salon d’automne. Dès ses débuts en 1903, le choix de l’automne — c’est-à-dire une exposition courant novembre — est l’occasion pour les peintres de présenter les productions les plus  actuelles réalisées durant l’été. Depuis, près de 800 artistes sont présentés chaque année, dans des styles qui s’étendent dans des médiums aussi différents que la peinture (figurative ou abstraite), la photographie, la sculpture ou « l’art digital » qui exploite les possibilités offertes par les outils numériques. En plus, l’accès au salon est gratuit.

• un couloir sans discorde

Grand Palais, porte C. Ici se trouvent les bureaux du Salon d’automne… tout comme ceux du Salon des artistes français et du Salon des artistes indépendants. Pour quelqu’un venant de l’École du Louvre (ou ayant un intérêt prononcé pour les débauches et querelles des salons historiques en compétition à la fin du XIXsiècle), la situation prête à sourire. En fait, le calme règne lorsque vous traversez le couloir filant droit vers le bureau automnal. Mieux : venez-y faire un stage, et vous aurez le privilège de déjeuner en compagnie des différents employés des salons, tous très sympathiques…

Astuce « s’il n’en restait qu’une, je serai celle-là » : Le bureau du Salon d’automne possède un modeste (enfin, en occultant le fait que nous soyons inside zeu Grand Palais) mais magnifique balcon donnant sur le Jardin de la Nouvelle-France. Si c’est pas beau.

• un esprit familial

Depuis sa création, le Salon d’automne est géré par des artistes sociétaires qui en assurent le jury, la promotion et la publication d’un catalogue. Ce travail bénévole est complété par un bureau où deux employés s’occupent des inscriptions, du catalogue, du fonctionnement administratif du salon… (et c’est ainsi qu’il y a des possibilités de stage à la clé !)

Finalement, le Salon d’automne est une association où tout le monde se connaît si bien qu’il est impossible de ne pas s’y sentir un peu chez soi. Échanger avec des artistes venus déposer quelque dossier — devrait-on plutôt dire partager quelques mots — est une expérience de stagiaire si intéressante qu’on en oublierait presque pourquoi les conversations se dirigent, au gré des rencontres, entre danses traditionnelles du Cambodge et psychanalyse freudienne…


Salon d’automne 2016salon-automne-2016-affiche
du 13 au 16 octobre sur les Champs-Élysées

Musée urbain en vitrine

 

 

 

 

Je vais pas vous parler de musée… Enfin, presque. Disons que, étant à la fois étudiante en  histoire  de  l’art  et  usagère  de  la  ligne  75  des  bus  parisiens,  je  n’ai  pas  pu  éviter  de remarquer les nouvelles boutiques de prêt-à-porter masculin de luxe ouvertes rue des Archives. Ces  magasins  sont  comme  la plupart des  magasins de  luxe, dans un  style géométrique  et rutilant, avec force miroirs « pour faire dialoguer les espaces ». Dans la vitrine de la marque Fendi, mes yeux se sont arrêtés sur une paire de chaussures qui semblait flotter dans l’air. Au deuxième coup d’œil, je m’aperçois que les chaussures sont en fait maintenues à l’aide d’un « T » de métal fin. Et dans mon jargon quotidien, celui des musées, on appelle ça un socle. Pourquoi mettre une paire de chaussures sur un socle, et non pas simplement sur sa boîte à chaussures comme chez Éram ou bien dans des casiers le long d’un mur comme chez H&M ? C’est ce que je m’en vais vous expliquer.

 

Complicité 

         Premièrement n’oublions pas que c’est le marché de l’art qui alimente le musée en objets. L’institution repose donc aussi sur les flux d’œuvres disponibles à la vente et on ne peut nier le rôle prescripteur du marché dans les redécouvertes d’artistes qui seront les heureux élus mis en avant dans les expositions.

         Les liens entre musées et lieux de commerce ne sont pas si surprenants. Le musée est un lieu d’exhibition du pouvoir : la possession des objets et le luxe de ceux-ci, qu’il vienne de leurs  matières  précieuses  ou  de  leur  provenance  lointaine  montre  la  puissance  du collectionneur privé ou public. En visitant le musée du Louvre, le visiteur est submergé par le nombre des aires géographiques représentées dans les collections qui lui jette au visage la puissance militaire, économique et coloniale que la France a pu avoir ; et ce que la boutique de luxe vend, c’est aussi un objet qui pourra être un signe de pouvoir (d’achat, ici). On pourrait dire que  le  musée  et  la  boutique  sont  tous  deux  partie  prenante  d’une  même  recherche  : l’appropriation de l’objet. La boutique le met en vente, c’est une appropriation par la possession. Le musée, lui, propose quelque chose de plus symbolique, sur le mode du « voir, c’est avoir », le regard remplace le porte-monnaie : l’institution muséale permet l’appropriation par la mise en visibilité d’objets qui bien souvent seraient cachés sans lui.  Les  objets  archéologiques  en  sont  exemplaires,  puisqu’avant  d’être  dans  le  musée,  ils étaient enfouis dans le sol.

 

Ressemblance

         Mais  pourquoi  le  scénographe  de  la  boutique  Fendi  utilise-t-il  des  dispositifs  de présentation récurrents dans les musées ?

musée urbain vitrine fendi

Il me semble que l’effet recherché est celui de la métaphore. Mettre une paire de chaussures sur un socle, c’est convoquer dans la mémoire du potentiel acheteur (si tant est qu’il ait déjà mis les pieds dans un musée) tous les objets qu’il a pu voir sur des socles, et il est fort possible que ces objets aient été de précieux artefacts qui aient suscité en lui de l’admiration. Si un objet sur un socle est un objet qui mérite la légitime valeur que le musée lui confère, le produit exposé de la même façon dans la boutique doit la mériter aussi.

L’effet de la mise sur socle sur l’objet est le même dans les deux contextes : la visibilité de l’objet est augmentée et avec elle la surface de désir ; mais aussi l’objet est décontextualisé, c’est-à-dire qu’il est déplacé de son lieu de naissance et d’usage, montré pour lui-même sans qu’aucun indice de son utilisation ne puisse être perçu. Et c’est là que diffèrent les intentions du musée  et  de  la  boutique.  Dans  le  cadre  du  commerce  du  luxe,  la  décontextualisation  est recherchée car elle rend hors du commun l’objet, lui donne son statut de luxe (en tant que chose non nécessaire) et par là justifie le prix qui lui est donné. La chaussure citée plus haut n’est pas juste une chaussure : sur son socle, c’est un objet admirable pour lui-même comme une œuvre d’art dans un musée d’art moderne et contemporain, celui dont le sol est un parquet de bois clair et les murs d’un blanc immaculé et où la présence de texte ne vient pas perturber la vision des chefs-d’œuvre. Les  musées  (de  sciences  et  anthropologie  surtout,  et  d’art  ancien  un  peu)  ont  au contraire un but pédagogique, c’est pourquoi ils se lancent dans une course impossible : ils recherchent désespérément à recréer, à faire sentir au visiteur le contexte de l’objet, son usage, pourtant perdu aux portes de la vénérable institution. Il y a donc une tension au sein de ces musées concernant la présentation des objets, entre visibilité et contextualisation.

         Les modes de présentation des objets sont donc signifiants, celui qui regarde perçoit consciemment ou non le « message » envoyé par de tels dispositifs. Ces techniques, bien que développées en grande partie dans le cadre des musées ont une utilisation en dehors des murs de ces derniers parfois à des fins qui diffèrent de celles pour lesquelles elles ont été créées. Il n’est donc pas nécessaire d’être dans un musée (et de payer cher le droit d’entrée !) pour être confronté aux méthodes de ce dernier. Peut-être est-ce une déformation de la réalité due à mon habitus, mais croyez-moi et tremblez : l’ombre du musée plane partout sur la ville !

Quel film pour quelle matière ?

Puisqu’en septembre, il n’y a pas (encore) beaucoup de cours, voici une liste non-exhaustive de quelques films très sérieux pour préparer votre année ; préparez vos mirettes, vous allez en prendre plein les yeux.

1ère année

films spécialités ecole du louvre bloc 1

Bloc 1

• Archéologie égyptienne : Mission Cléôpatre
« pas de palais, pas de palais »
• Art de l’Inde : Mohenjo Daro
Les films historico-romantiques aux costumes merveilleux : on ADOREUH.
• Archéologie nationale de la préhistoire à l’époque mérovingienne : RRRrrr !!!
« Il va faire tout noir »
• Archéologie orientale : Prince of Persia
Les jeux vidéos sont mieux, mais bon c’est une liste de films alors…


films spécialités ecole du louvre bloc 2

Bloc 2

• Archéologie grecque : L’attaque de la Moussaka Géante
Parce que la moussaka ressemble un peu aux cheveux de L. Laugier.
• Archéologie romaine : Gladiateur
Parce que ça va te manquer les mecs qui se battent à poil dans la poussière. Malheureusement l’équipe de rugby de l’EDL joue habillée…
• Archéologie étrusque : Crime au Cimetière Etrusque
Parce que de toute façon toutes les tombes étrusques sont un peu un crime.
• Archéologie chrétienne : Le Prince d’Egypte
OK ça se passe en Egypte, et OK se sont des hébreux, mais il n’y avait rien d’autre, et puis c’est une scène vétérotestamentaire…
• Arts de la Chine (et du Japon) : Mulan
Pour Mushu, et les Zenmu Shou.

2ème année

films spécialités ecole du louvre moyen age renaissance

Bloc 1

• Art du Moyen Âge : Merlin l’enchanteur
Parce que c’est un peu le Dumbledore de l’époque…
• Art de la Renaissance : Les Borgia
Sexe, alcool et religion, les trois crédo de l’EDL… Non j’déconne, on n’a pas le temps.


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Bloc 2

• Arts de l’Inde : Indiana Jones et le Temple Maudit
On regrette tous l’absence de spé Indiana Jones…
• Arts de l’Islam : Aladdin
« Je vais t’offrir un monde aux 1001 merveilles » … Pléiades.com


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Bloc 3

• Arts précolombiens : Kuzco
Malheureusement on n’apprend pas la recette des gougères aux épinards en cours…
• Arts de la Chine et du Japon : Princesse Mononoké
Parce qu’un chargé de TD un peu trop canon nous l’a conseillé.
• Art de Byzance : Théodora, Impératrice de Byzance
« Si elle avait eu plus de trous elle aurait su comment les combler… »

3ème année

films spécialités ecole du louvre 17 18

Bloc 1

• Art des Temps modernes (XVIIe) : Cyrano de Bergerac
L’une des rédactrice nie toute ressemblance entre son nez et celui du protagoniste principal.
• Art des Temps modernes (XVIIIe) : Marie-Antoinette
Sofia Coppola Fever.


films spécialités ecole du louvre 19 20

Bloc 2

• Art du XIXsiècle : Abraham Lincoln, Chasseur de Vampire
Parce qu’en plus d’interdire la vente d’esclave, il a failli nous éviter Twilight.
• Art du XXsiècle : Le Chien Andalou
C’est Dalì, ça se passe de commentaires.


films spécialités ecole du louvre ATP

Bloc 3

• Art populaire français : Germinal
Le seul moment où on étudie les pauvres à l’EDL.
• Arts d’Afrique : Kirikou
Il n’est pas grand, mais il est vaillant.
• Arts d’Océanie : Lilo et Stitch
C’est en Amérique, mais bon quitte à être paumé dans l’océan avec des fleurs…

Autres

films spécialités ecole du louvre

• Iconographie : Hercule
Parce que des petites figures noires qui chantent, c’est quand même plus marrant que le vrai cours…
• Travaux Dirigés devant les Oeuvres : La Nuit au Musée
Pour toutes les nocturnes que tu vas passer au Louvre.
• Histoire des Collections : Belphégor
Toujours moins chiant que le vrai cours…
• Techniques de création :
Les rédactrices se refusent à traiter le sujet.

Yvine Briolay & Elise Poirey, sur une idée originale d’Alexia le Bris.

#cahierdevacances : top 5 des lieux culturels incontournables à Lisbonne

Une semaine à Lisbonne n’est pas de trop (loin s’en faut !) pour apprécier l’importante offre culturelle proposée par la ville : entre lieux inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, musées nationaux ou fondations de collectionneurs avisés, le choix en ferait tourner en bourrique n’importe quel muséophile averti.

N. B. : Ce top des musées de Lisbonne aurait tout aussi bien pu s’intituler « comment trouver la force de vivre par 40°C à l’ombre ». Je dois aussi vous confier que la carte de l’École du Louvre ne nous donne droit à aucune gratuité dans les musées payants, ce qui est bien triste.

5. Le Museo nacional de arte antiga

3€ (tarif étudiant), gratuité ICOM et premier dimanche du mois • museudearteantiga.pt

Le musée national portugais pour ce qui est des peintures et sculptures européennes allant du Moyen Âge au XIXsiècle, aux côtés de collections d’arts asiatiques et de céramiques portugaises. La collection de peintures reste modeste mais est magnifiée dans ce musée somme toute charmant : les salles en enfilade se succèdent dans un parcours ni trop court (ce qui est hélas bien trop souvent le cas, cf. n°4), ni trop long. On passera volontiers les imposants services de céramique de la Renaissance portugaise et les lustres métalliques islamiques pour s’attarder sur les paravents japonais et les objets précieux rapportés par les missionnaires jésuites.

Pourquoi c’est mieux à Lisbonne : le jardin-cafétéria avec vue sur le Tage et le pont du 25-avril est à considérer absolument comme une étape de la visite.

museo nacional arte antiga lisbonne jardin

4. Le Convento do carmo ou Museu arqueológico do carmo

2,50€ (tarif étudiant) • museuarqueologicodocarmo.pt

Au sein des ruines du couvent des carmes de Lisbonne se trouve un petit musée archéologique. Clairement, il ne faut y aller que pour le lieu : le musée ne prend place que dans les quatre petites chapelles de l’ancienne église avec des collections tout juste acceptables pour définir le musée comme « archéologique ». Dans cette nef à ciel ouvert (l’édifice ayant été détruit suite au grand tremblement de terre de 1755 qui a secoué la ville pendant neuf minutes), l’expérience est totale. Les quelques croisées d’ogives remontées ou subsistantes fendent le ciel et font prendre réellement conscience de la maîtrise de cette architecture gothique.

Pourquoi c’est mieux à Lisbonne : pour être honnête, il s’agit de quelque chose à faire comme de prendre un des plus beaux détours de France. Pour le reste, il y a Jumièges.

couvent carmes lisbonne reuines musee archeologique

3. Le Palácio e Quinta da Regaleira

4€ (tarif étudiant) • regaleira.pt

Le site le plus touristique de ce top. Situé à Sintra, il vous faudra prendre un train depuis la gare de Rossio : le périple ne réside pas dans le trajet mais bien dans la foule de touristes – que nous sommes – qui se masse à la gare pour acheter des tickets. Une fois arrivés à Sintra, le choix est on ne peut plus conséquent : palais national classé Unesco, forteresse Maure… Ce qui nous intéresse dans le palais-jardin de la Regaleira, c’est sa folie. Le domaine est aménagé et construit au début du XXe siècle par l’architecte Luigi Manini pour un millionaire, dans un style éclectique qui mélange style gothique, renaissant ou manuélin. Un « palais » principal (la résidence du millionnaire) se visite entièrement, entouré d’un immense jardin-attraction, où les points de vue imitant ziggourat ou temple antiques sont reliés à des souterrains qui s’entrecoupent les uns les autres.

Pourquoi c’est mieux dans la région de Lisbonne : Par une chaude journée d’été, l’omniprésence de chutes d’eau et de fontaines à l’ombre des différentes essences d’arbres plus ou moins exotiques est très agréable. Par contre, le grand espace ne vous fera pas oublier la foule, qui donne immanquablement l’impression de se trouver dans une sorte de Disneyland meringué.

palais quinta da regaleira sintra belvedere

2. Le Centro cultural de Belém

GRATUIT !!!!! • ccb.pt

Pour les deux dernières adresses, il faudra encore sortir du centre de Lisbonne pour se rendre à Belém depuis la gare de Cais do Sodré, et faire face à la même affluence. Contrairement aux monuments Unesco de la ville (il paraîtrait que le couvent des hiéronymites me soit resté en travers de la gorge), le centre culturel de Belém est gratuit pour tous. Le musée d’art moderne en son sein propose une très bonne collection retraçant l’art moderne (1900-1960) et l’art contemporain (1960-2016) sur deux niveaux. L’on pourrait penser qu’il s’agit du Centre Georges Pompidou à la sauce portugaise ; dans ce cas, la version portugaise est définitivement meilleure : gratuité, grand espace d’exposition, histoire de l’art contemporain retracée par mouvements et grands noms. Les rageuxxx diront certainement que la vision parisienne nous dévoile des figures plus méconnues, et ils auraient peut-être raison. Qu’à cela ne tienne, il s’agit de quelque chose à faire a-bso-lu-ment.

Pourquoi c’est mieux à Lisbonne : Parce que le bâtiment de Vittorio Gregotti et Manuel Salgado prend beaucoup trop bien la lumière du mois d’août.

centro cultural de belem lisbonne

1. Le maat ou Museu de Arte, Arquitetura e Tecnologia

2,50€ (tarif étudiant) • maat.pt

La star of the stars. Défini de manière bof bof dans le guide du Routard comme « le musée de l’électricité », son nom égyptisant ferait rêver n’importe quel élève de l’École du Louvre. Dans une ancienne centrale électrique en brique du début du XXe siècle, la fondation EDP (comme dans électricité du Portugal, on s’en doutera) propose des expositions temporaires de qualité. J’y ai retrouvé Lightopia, propos sur le design électrique qui était déjà passée par la fondation EDF (Que la lumière soit !) en 2014 ; découvert un festival de vidéo au sein de la salle des machines de la centrale, 100% bien huilée. La centrale apporte bien entendu une somme non négligeable de plaisir à la visite, complétée par de petites expériences jouables rondement menées qui semblent surgies, au choix, du Palais de la Découverte ou d’un épisode de C’est pas sorcier !. En plus, c’est peu fréquenté.

Pourquoi c’est mieux à Lisbonne : Parce que le bâtiment, la vue sur le Tage et le pont du 25-avril.

maat belem lisbonne

Inclassable : La Fundação Calouste Gulbenkian

5€ (tarif étudiant) • gulbenkian.pt

Tellement mieux que la Fondation Louis Vuitton. Excentrée mais vraiment chouette, aux collections de grande qualité. Mes éloges sont nombreuses concernant le bâtiment, intérieur-extérieur, et autant pour le jardin habité par des canards et autres tortues. Bref, c’est un sans fautes. Par contre, la collection moderne-contemporaine peine à envoyer autant d’étoiles dans les yeux.

Pourquoi c’est mieux à Lisbonne : Parce que c’est à Lisbonne.

fondation calouste gulbenkian lisbonne jardin

Le burkini, ou comment les gens n’ont plus la liberté de s’habiller comme ils le souhaitent

Au cœur de plusieurs polémiques cet été, le burkini rencontre de nombreux détracteurs. D’abord par l’annulation de la « journée burkini » au Speedwater Park, à proximité de Marseille, puis par des arrêtés municipaux successifs à Cannes et Sisco (Corse) interdisant le port de vêtements religieux sur la plage. Ceux-ci ont toujours les mêmes arguments que pour le niqab, le voile, la burka : la liberté de la femme, la laïcité. Pourtant, on peut remarquer de nouveaux arguments pointer le bout de leur nez : l’hygiène et le trouble de l’ordre public.

Inventé en 2004 par Aheda Zanetti, une Australienne, cette tenue a pour but premier d’être confortable et pratique pour les femmes sportives et pudiques, tout comme le hijood (contraction de hijad et hood), dont elle a aussi déposé le brevet. Elle invente le mot burkini pour décrire sa tenue « Je me suis dit : notre tenue de bain est plus légère qu’une burqa et elle a deux pièces comme un bikini, alors je l’ai appelée burkini. C’est juste un mot que j’ai inventé pour nommer mon produit ». Très vite le burkini connait un grand succès. Selon Aheda Zanetti, « plus de 500 000 tenues » ont été écoulées en une douzaine d’années. En effet, la mode islamique connait un grand succès, si bien que des marques, qui ne sont pas spécialisées dans cela à la base, ont commencé à commercialiser des tenues, comme Marks & Spencer qui a sorti un burkini.

Théoriquement le burkini n’est en aucun cas contraire à la loi. En effet, il laisse le visage découvert, et ne s’oppose donc pas à la loi de 2010 qui prohibe la dissimulation du visage dans l’espace public. Il est donc, techniquement, interdit de l’interdire. Pourtant, le tribunal administratif de Nice a donné raison au maire de Cannes et a rejeté le recours du Collectif contre l’islamophobie en France et de trois particuliers. Finalement, cette polémique est révélatrice du climat de peur qui pèse sur la France après les attentats.

Non, interdire le burkini n’est pas une garantie de laïcité. Celle-ci étant l’acceptation et la libre pratique de toutes les religions, mais surtout « l’impartialité ou la neutralité de l’État à l’égard des confessions religieuses ». Ne pas respecter les principes d’une religion en ne permettant pas à ses fidèles de la pratiquer correctement est donc l’opposé même de la laïcité.

Non, interdire le burkini n’est pas une garantie d’hygiène : est-ce vraiment la peine d’expliquer pourquoi ?

Non, interdire le burkini n’est pas une garantie de non-troubles à l’ordre public. C’est juste révélateur d’amalgames : les musulmans ne sont pas Daech. Et Daech n’est pas la religion musulmane. De plus, le burkini ne respecte même pas les principes de Daech car il ne couvre pas le visage. Alors quand le maire de Cannes explique qu’il s’agit de « tenues ostentatoires qui font référence à une allégeance à des mouvements terroristes qui nous font la guerre », il se met le doigt dans l’œil.

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Quand Anne Millot montre le bout de son nez…

Découverte tout récemment par notre lecteur Louis Denizet lors d’un festival d’art, la sculptrice Anne Millot et sa production de charmants nez en céramique se dévoilent dans cet article-coup de cœur bien curieux.

Si vous ne la connaissez pas encore, il est temps de découvrir Anne Millot, céramiste française dont la production artistique se concentre sur la création de nez. En effet, tout comme l’artiste américaine Margaret Keane et son obsession pour les yeux surdimensionnés, Anne ne produit que des nez, réalistes ou surréalistes, parfaits ou imparfaits, chacun doté d’une personnalité bien particulière.

Curieux sujet, me direz-vous, pourtant le nez représente une partie intégrale de l’aspect physique et de la personnalité de chaque être humain. Au travers des siècles, il fait couler beaucoup d’encre dans le milieu littéraire et théâtral, mais reste un sujet largement inexploré dans le domaine artistique. Le nez le plus envié est certainement celui de Cléopâtre, qui aurait changé toute la face de la terre s’il eût été plus court selon Blaise Pascal, tandis que le nez le plus audacieux est certainement celui de Cyrano de Bergerac, sujet de toute une tirade rédigée par Edmond Rostand. Anne, quant à elle, s’intéresse aux nez de parfumeurs, aux nez légendaires, aux nez mythiques, ou encore aux nez de personnages imaginaires…

Pierre BERNARD BRM (1)

Anne Millot, Pierre Bernard

Felix LE BOURHIS BRM

Anne Millot, Félix Le Bourhis

D’où vient cette passion des plus étonnantes ? D’après Anne, c’est en sculptant des visages et des nez qu’elle s’est rendue compte que la forme qu’elle leur donnait était capable de déterminer la personnalité de ses sculptures. En d’autres termes, le nez s’est imposé à elle comme un organe d’une importance non négligeable, mais bien souvent mal aimé et peu valorisé.

Le nez étant placé au beau milieu du visage, c’est lui que l’on voit en premier, mais pas que l’on regarde avec attention. En effet, pour entrer en communication avec autrui, les yeux et la bouche sont privilégiés. Pourtant, le nez est une marque déterminante de la personne avec qui l’on s’entretient. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui Anne ne sculpte que des nez, isolés de leur habitat naturel, le visage.

Pour créer ses sculptures, Anne part toujours de photographies de visages de face et de profil. Elle regarde attentivement le nez de ses modèles et cherche une caractéristique majeure. Lorsque celle-ci se manifeste, l’artiste se met au travail et choisit la terre : de la faïence pour les petits formats, de la terre chamottée ou du grès pour les grands formats, et parfois de la porcelaine. Ensuite commence le travail de modelage. Après quelques jours de séchage et une séance de ponçage, la sculpture est enfournée.

L’émaillage est l’étape qui permet aux sculptures d’être dotées d’une vraie personnalité. L’artiste aime faire correspondre les tons des émaux aux personnages dont elle s’est inspirée. Cette étape requiert beaucoup de concentration, de patience, mais également d’audace. En effet, le résultat n’est perceptible qu’au bout d’un deuxième cycle de cuisson.

Enfin arrive l’étape de la mise-en-scène, par la conception et la fabrication d’encadrements en bois ou en métal, ainsi que les finitions ultimes. La création de chaque nez prend toujours trois semaines au minimum !

En plus de présenter ses œuvres dans le cadre de nombreuses expositions, de galeries, et de festivals, les créations contemporaines d’Anne ont été exposées dans des domaines viticoles et chez des parfumeurs. Celles-ci ne cessent d’intéresser et de surprendre de plus en plus d’artistes, d’artisans, d’amateurs, et de collectionneurs. Vous pourrez les retrouver lors de la neuvième édition du Festival Céramique du Village Mouffetard, rue des Bazeilles et rue Censier, dans le 5ème arrondissement de Paris, le 4 et 5 Juin prochain… alors n’hésitez pas à y pointer le bout de votre nez !

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Anne Millot, Spanish Hunk (inspiré de Javier Bardem)


Plus d’informations :

Anne Millot

Festival Céramique des 4 et 5 juin 2016

JOSY ou rewatch de l’ange gardien

S04EP01 – Une famille pour Noël – 1999

Mise en bouche

Quoi de plus normal que de prendre le train Tours-Austerlitz pour Noël ? Notre Joséphine est sur le point d’entamer une nouvelle mission. Les premières scènes donnent le ton : cet épisode « vieux de la vieille » (notez : il est bien de 1999 et mérite par conséquent son statut d’authentique) démarre sur les chapeaux de roue et surtout par la filature d’une famille précédemment rencontrée sur un quai de la gare. Ce premier émerveillement est à mettre en parallèle avec une passion personnelle pour Sophie Calle : Josy y frôle l’underground et se pare de mystère. Qui est le véritable client de l’ange ? Voici le pitch fourni par notre cher Wikipédia : « Joséphine vient en aide à Sandrine, une adolescente qui vient passer noël avec son petit frère Julien chez son père Martin. Seulement, Martin vit avec un homme. » Seulement, voilà, le taxi driver se révèle être homophobe et manque de renverser Thierry, le compagnon de Martin, au moment de l’arrivée de Joséphine. À elle de remarquer que « si je lui ai sauvé la vie à lui c’est qu’il doit être important dans l’histoire », ce qui fait absolument passer cet épisode du statut d’authentique certain à celui d’authentique méta.

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