Interview exclusive d’Anaïs Ripoll, auteure du roman « Le Secret de l’École du Louvre »

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La rédaction a rencontré Anaïs Ripoll, ancienne élève de l’École, qui a publié début 2019 un roman directement inspiré de ce cadre d’études : quatre étudiantes de l’EDL mènent leur enquête pour retrouver un tableau volé au Louvre ! Et l’équipe administrative et pédagogique de l’École ne semble pas étrangère à cette affaire…
Nous avons donc sauté sur cette belle occasion, pour vous faire découvrir l’auteure et son œuvre à travers cette interview. Nous tenons à la remercier sincèrement et sommes honorées de pouvoir partager cela avec tous les élèves. En espérant que cela vous plaise, et vous donne envie de vous plonger dans son roman !

 

Louvr’Boîte : Bonjour !
Anaïs Ripoll : Bonjour à vous !

 

Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter rapidement ?


A.R. : Je m’appelle Anaïs Ripoll, j’ai 32 ans, et je suis originaire du Vaucluse, près de Carpentras. Je suis arrivée à l’École du Louvre à 19 ans, c’était en 2006 : ça passe très vite ! J’ai fait le Premier Cycle et je suivais les cours de spécialité Art du XXème siècle. J’ai rencontré à l’Ecole des super copines, que j’ai toujours. Le Da Vinci Code était sorti peu de temps avant, ça avait fait un carton et il y avait un fort engouement et on jouait beaucoup là-dessus au niveau du Louvre, des touristes. Moi, j’arrivais de province, je ne savais même pas prendre le métro, et je me suis retrouvée propulsée à l’Ecole du Louvre, à Paris. C’est là que j’ai commencé à imaginer, d’abord par plaisir, une parodie du Da Vinci CodeAprès l’École, j’ai fait un Master marché de l’art à l’ICART (Institut supérieur des carrières artistiques) à Paris, durant lequel j’ai réalisé mon mémoire sur le trafic des objets d’art. Vous verrez que ça a un rapport avec le roman … Ensuite, j’ai fait ma licence de droit à la Sorbonne, par correspondance. Et à côté je faisais des stages en salle des ventes, à Drouot.  J’ai donc passé 7 ans à Paris et j’ai fini par rentrer dans le Sud au terme de cela, et aujourd’hui je suis commissaire-priseur à Toulouse.

 

Votre métier est donc bien commissaire-priseur, vous n’êtes pas du tout romancière de métier et vous n’avez, pour l’instant, sorti que ce roman : quel est la genèse de ce projet ?


A.R. : C’est un livre qui représente vraiment mes années à Paris, auxquelles je suis très attachée, qui a au départ été écrit pour mes copines. L’idée étant d’immortaliser tous nos délires, les garçons sur lesquels on craquait un peu, les profs, les surnoms qu’on leur donnait, et puis se souvenir des cours. Vous verrez, il y a toute l’angoisse de découvrir les cours sur la préhistoire, le côté génial de découvrir les TDOs… Je l’ai d’abord fait pour elles. Ensuite c’est devenu un peu mon secret à moi, c’est-à-dire qu’il a dormi dans mon ordinateur pendant des années, et de temps en temps quand j’avais un coup de nostalgie je le reprenais. Et puis, finalement, je me suis prise à mon propre jeu.
Au départ, c’était une parodie du Da Vinci Code, avec un tableau qui disparaît, puis je l’ai vraiment peaufiné. J’ai décidé d’approfondir l’intrigue, et si j’ai choisi mon sujet de mémoire sur le trafic des objets d’art, c’était aussi pour enrichir le roman. Donc j’ai enrichi avec des anecdotes historiques, des données sur la question du vol des objets d’art. Et puis voilà, après 10 ans, j’ai décidé qu’il avait assez dormi dans mon ordinateur, et je voulais vraiment rendre hommage à ces années-là, à mes copines, qui ont été hyper contentes d’être replongées dans ces années. C’est comme ça que ça s’est fait !

 

Très bien ! Vous gardez donc un bon souvenir de vos années à l’École ? Peut-on même parler de nostalgie ?


A.R. : Oui, oui. Je pense que ça reste une école et un cursus qui sont vraiment uniques, c’est une très très grande chance de faire l’École du Louvre. J’ai parlé à beaucoup de gens qui ont fait le cursus Histoire de l’Art mais à la fac, et qui sont envieux. Ça reste des années très insouciantes et j’ai vraiment voulu garder ça dans l’histoire : les héroïnes ont 20 ans et donc des préoccupations de leur âge (rires). Quelquefois, elles sont un peu naïves, innocentes, fofolles et ont parfois du mal à se concentrer sur l’enquête parce qu’il y a des histoires de garçons, etc. J’ai essayé de garder cette fraîcheur que j’avais quand j’avais 20 ans, à l’École du Louvre.

 

Pour ce qui est du roman en lui-même : il s’agit d’une fiction, mais elle est donc directement inspirée de lieux réels, de professeurs que vous avez eus, de vos amis etc. ?


A.R. : Oui, tout à fait. C’est une base réelle, allant des professeurs, en passant par les personnes du pôle pédagogique, et jusqu’à la directrice de l’époque elle-même, dont j’ai changé le nom. J’ai changé les noms de tous les personnages réels, mais ils sont reconnaissables quand même, avec les descriptifs et même les noms ressemblants. Donc c’est vraiment inspiré de personnages réels mais toute l’intrigue, elle, est totalement inventée. Il n’y a jamais eu de vol de Raphaël au Louvre, du moins, je ne pense pas (rires), et je ne veux pas spoiler mais en tout cas, les héroïnes vont déceler quelque chose de pas très net qui se trame au niveau de l’équipe pédagogique de l’École du Louvre…

 

Vous évoquez l’intrigue du roman : elle part d’un vol de tableau de Raphaël au Louvre, qui entraîne une enquête menée par les quatre héroïnes, élèves à l’École du Louvre, c’est bien cela ?


A.R. : En fait, elles ont cours dans le Louvre, et à ce moment-là elles assistent à un casse absolument spectaculaire, où un tableau est volé sous leurs yeux. À la fois traumatisées et fascinées par ce qu’elles ont vécu, elles décident de mener une enquête parallèle à celle de la police. Elles commencent alors à farfouiller, à fouiner, et mettent le nez dans des choses qui les dépassent, qui sont d’une dimension vraiment plus grave que ce qu’elles pensaient. Elles se retrouvent prises dans un engrenage, puisqu’elles dépassent les limites, elles cambriolent le directeur, reçoivent des lettres anonymes de menaces…elles ne s’en sortent plus, et ça devient une course contre la montre pour démanteler cette histoire avant d’être prises au piège.

 

Vous avez dit que ce projet avait dormi dans un ordinateur pendant des années. Quand vous avez pris la décision de vraiment en venir à bout et de publier ce roman, êtes vous revenue sur les lieux en question pour vous en (ré)imprégner ?


A.R. : Comme je suis restée sept ans à Paris mais seulement trois ans à l’École du Louvre, j’y suis retournée régulièrement, effectivement. J’ai passé beaucoup de dimanches à flâner au Louvre, me suis vraiment imprégnée de ça durant toutes mes années parisiennes. Ensuite, je l’ai terminé de mémoire, quand j’étais à Cannes, dans le Sud.
Et tout cas, dans un second temps, mon rêve ULTIME aujourd’hui serait d’organiser une dédicace dans le hall de l’École, ça serait extra ! Au moment de l’écriture, je n’aurais jamais pensé le publier, ça restait vraiment un projet personnel et top secret, et puis je me suis dit : « allez, on n’a qu’une vie, soyons fous ». Donc ça serait fou de réaliser ça.
En plus, je n’ai même pas cherché d’éditeur, je voulais le sortir pour le plaisir. Donc je l’ai mis en ligne sur Amazon, où vous pouvez créer votre livre en ligne. J’ai créé une page Facebook pour inviter mes amis, et j’ai balancé le lien, en disant « eh bah voilà, surprise, j’ai écrit un roman, je ne l’ai jamais dit à personne, donc si ça vous intéresse, allez jeter un œil ». Et en fait ça a créé une espèce de mini buzz, parce que j’en n’avais jamais parlé. Les gens m’ont dit « mais t’as ça depuis 10 ans, t’es sérieuse ? », et tout le monde a relayé. Donc j’ai eu la presse locale (de chez moi) qui m’a interviewée, je suis passée à la radio, j’ai fait ma première séance dédicace à la Galerie Polka, une galerie photo très connue dans le Marais. Tout est allé très vite après ça et il y a eu vraiment un engouement au moment de la sortie, alors que je n’avais pas du tout envisagé ça. Comme je vous l’ai dit, il n’y avait pas de volonté professionnelle, de chercher un éditeur ou quoi que ce soit, mais par la suite, vu le mini-succès que ça a eu, je me suis dit : « allez, on continue la promo et on va au bout du bout du délire ».

 

Ça a l’air d’être le cas, mais n’avez-vous eu que des bons retours après la publication ?


A.R. : Oui ! Et je suis contente parce que je commence à avoir des partenaires super importants. Bon, évidemment, le partenaire suprême c’est l’École du Louvre, puisque le public est très ciblé étudiants en Histoire de l’Art. Donc avoir un article dans le Louvr’boîte, c’est juste génial car il y a beaucoup d’étudiants au Louvre. Je vais aussi avoir un article dans la Gazette Drouot, qui est l’hebdomadaire des ventes aux enchères auquel tous les commissaires-priseurs sont abonnés. Ça vient de tomber et j’aurai bientôt l’article : là c’est un très gros partenaire. Effectivement, petit à petit, j’ai vraiment des gens qui me tendent la main et qui s’enthousiasment.

 

Le fait d’avoir un article dans la Gazette Drouot, pensez-vous que ça peut vous donner aussi plus de visibilité dans votre métier même de commissaire-priseur ?


A.R. : Non, je ne pense pas, enfin peut être qu’il y aura des curieux qui vont acheter le livre, mais ça ne va pas me rapporter de nouveaux clients. En revanche c’est un tout petit milieu, effectivement, on se connaît tous, et je pense que ceux qui me connaissent, qui m’ont connue ou qui m’ont eue comme stagiaire seront vraiment amusés ou émus, en se disant : « c’est chouette, Anaïs a écrit un roman ». Voilà, je pense que c’est plus une question d’amuser et de faire plaisir, je ne pense pas que ça puisse me ramener une clientèle. 

 

Tout cet engouement vous a-t-il donné envie de continuer l’aventure, d’écrire une nouvelle fois ? Une suite, peut-être ?


A.R. : Effectivement, tous ceux qui l’ont lu m’ont demandé la suite (rires), tous m’ont dit que les personnages étaient très attachants, et pourquoi cela ? Je pense que c’est parce qu’ils sont réels, justement, inspirés d’anecdotes réelles, de gens géniaux et donc ce côté authentique a vraiment touché les gens. Malheureusement, et encore une fois sans spoiler, vous verrez que l’histoire n’appelle pas forcément à une suite, donc il n’y aura pas de tome 2. Par contre, oui, ça m’a donné envie d’écrire ! Ça ne sera pas sur les années parisiennes, parce que je pense qu’on n’écrit bien que quand on est immergé dans quelque chose, et c’est vraiment quelque chose que j’ai écrit au jour le jour, dans le tourbillon École du Louvre, parce que j’étais au cœur des cours, au cœur de ces gens, au cœur de l’intrigue, finalement. Donc si j’écris un autre roman, ça ne sera pas dans ce contexte-là. Je pensais plutôt faire un projet de saga familiale, un peu à la Marcel Pagnol, quelque chose de plus proche, plus personnel, au niveau de la famille, et en rapport avec le Sud.

 

Du coup, tout cela vous a quand même attirée vers l’écriture…


A.R. : Oui, vraiment. J’ai toujours eu des facilités au niveau de l’écriture, que ce soit en cours ou autres. On me donnait toujours les communiqués de presse, les mails, etc. J’ai toujours été à l’aise à l’écrit, et c’est vrai que quand on commence à écrire, on devient vite accro et on a envie de continuer !

 

Qu’est-ce qu’on pourrait vous souhaiter pour la suite, et pour continuer à faire vivre ce roman ?

A.R. : Comme je vous l’ai dit, ce qui serait super c’est que si, à la suite de votre article, les gens de l’Ecole du Louvre sont intéressés et curieux et que le BDE aussi trouvait l’article chouette, ce qui serait génial c’est qu’on demande l’autorisation à l’Ecole de mettre un petit bureau et d’organiser un moment de partage, pour que la boucle soit bouclée. C’est une aventure impensable pour moi, ça serait super. Voilà le mieux que l’on puisse me souhaiter !

 

LB : Merci beaucoup pour vos réponses. En tout cas, je crois qu’à la rédaction, on a tous très envie de lire ce roman !
A.R. : Merci à vous, et à bientôt j’espère !

 

Interview menée de concert par Inès Amrani et Jeanne Spriet pour le compte du Louvr’Boîte

 

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Il est possible de se procurer le roman Le secret de l’École du Louvre en :
– le commandant sur Amazon
– le commandant sur la Fnac / Cultura 
– le commandant chez n’importe quel libraire (si l’on veut faire vivre plutôt les petits libraires !)

Retrouvez aussi Anaïs Ripoll sur sa page Facebook : 

 

Interview – Boy Racer : Un projet musical en pleine croissance dirigé par Gautier Roques, représentant de l’électro-pop parisienne

 

Boy Racer

© Nine David

Ce 22 novembre, l’équipe du Louvr’Boîte a rencontré Gautier Roques, artiste à l’origine du projet Boy Racer.

 

  • Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter simplement, en quelques mots ?

Boy Racer est un projet solo, de pop (pour rester large, le terme de « pop » voulant à la fois tout et rien dire), où je compose et j’écris. Je fais souvent chanter des filles sur mes morceaux pour y ajouter un petit truc en plus, car j’aime beaucoup les voix féminines. Le projet total est assez difficile à décrire en quelques mots, mais le meilleur résumé est sûrement de dire que c’est de la musique pop, avec des filles.

 

  • Pourquoi le nom Boy Racer ?

J’ai trouvé ce nom à l’époque où je voulais me lancer dans la musique en solo. J’étais en concours blanc de philo en hypokhâgne quand j’ai eu la révélation. Il y a un morceau du groupe Metronomy dont le titre est « Boy racers » : j’ai donc repris ce nom, en le mettant au singulier, pour mon projet.

 

  • Travaillez-vous seul ou en groupe, en ce qui concerne la composition, l’écriture, puis sur scène ?

Je fais vraiment tout tout seul en amont en termes de composition, mais je travaille parfois avec les filles pour l’écriture des textes. Ensuite, pour le live, j’arrange le maximum auparavant mais les autres musiciens avec qui je joue (batteur, claviériste entre autres) sont tous des supers musiciens, et ont de meilleures idées que moi en ce qui concerne leurs instruments respectifs.
Tout prend ensuite bien forme en répétition, et pendant le live nous sommes cinq sur scène.

 

  • Depuis quand pratiquez-vous la musique concrètement ?

Personnellement, je pratique la musique depuis très longtemps : j’ai commencé vers mes quatre ou cinq ans, en pianotant un peu sur les instruments de mes parents, puis je me suis mis au violon pendant un an. Ensuite je me suis mis à la basse, qui est l’instrument que je pratique principalement depuis douze ou treize ans maintenant.
J’ai aussi commencé à composer assez jeune, j’aimais déjà bien ça, et c’est toujours ce qui m’intéresse le plus : je faisais des petits morceaux sur GarageBand sur l’IPad, vers la fin de collège-début lycée.
C’est après ça que c’est devenu plus sérieux, j’ai fait partie de plusieurs groupes où je n’avais plus vraiment mon mot à dire. C’est ce qui m’a alors poussé à faire des musiques tout seul car je voulais pouvoir faire ce que je voulais. Je porte ce projet solo depuis deux ans maintenant.

 

  • Votre genre musical est bien particulier. Pourriez-vous le définir assez simplement ?

C’est très difficile de définir un genre, c’est sûrement la question la plus dure pour moi, et pour les artistes en général, d’ailleurs. Ça peut nous mettre dans une case dans laquelle on n’a pas forcément envie d’être. Moi je m’en fiche un peu à vrai dire, on pourrait dire pop, parce que c’est très large encore une fois, voire définir ça comme de l’électro–pop, car il y a le côté très moderne qui est présent. On peut même dire électro-pop française, voire parisienne si on prend en compte le côté très épuré de la musique. Et ça correspond, parce que même si ça reste très restreint comme dénomination, tous les musiciens, même ne venant pas de Paris, y viennent forcément pour y développer leur musique.

 

  • Qu’est-ce qui vous a vraiment poussé à vous lancer en solo ?
    Et comment avez-vous évolué jusqu’à faire ce que vous faites aujourd’hui ?

J’aime bien tout contrôler. Et quand tu fais partie d’un groupe, c’est impossible, tu dois toujours te plier à ce que les autres veulent que tu fasses etc. C’est aussi difficile de se confronter à l’égo des musiciens (des guitaristes par exemple), tu ne peux pas leur demander de modifier ce qu’ils font, ou de jouer moins. Je me suis donc dit : autant se lancer seul. Tu contrôles tout, et c’est tant mieux.
Tu décides de tout, mais sans être trop autoritaire non plus et que les autres n’aient rien à dire, au contraire. Plus j’avance, plus je rencontre des gens qui sont tellement talentueux que tu te tais et tu prêtes attention à ce qu’ils ont à te proposer, et c’est aussi ça qui est vraiment cool. Tu sais que les gens sont meilleurs que toi, donc forcément tu écoutes, et c’est le cas aussi avec des gens qui ne sont pas forcément musiciens.
L’avantage est surtout sur le contrôle de la chose, où tu peux te mettre plus en recul, même si ça reste ton truc. Tu peux mettre cette distance justement parce que tu sais que les gens sont compétents et que tu n’as pas de souci à te faire, et ça peut même t’enlever une part du travail.

 

  • Y-a-t-il eu des obstacles à ce parcours ?

Ben, au début, je faisais de la merde, donc c’est forcément le plus gros obstacle. Maintenant, je trouve que ça se passe plutôt bien. Il n’y a pas eu de gros obstacle, j’arrive à peu près à tenir mes objectifs. Après, aujourd’hui, je pense que le plus gros obstacle auquel je suis confronté c’est de passer du niveau où je fais tout tout seul dans ma chambre, à celui où je vais signer quelque part, avoir une grosse distribution, changer d’échelle. Là, je suis arrivé aux limites du développement du système tout seul, ça commence à bien tourner. Boy Racer a joué mardi aux Étoiles, on a trois dates en décembre, donc c’est trop cool. Mais on en veut toujours plus, on pense à une tournée en France, une tournée européenne, on voit très loin. Je pense qu’à force, le plus gros obstacle dans tout ça, c’est l’argent, forcément, et les contacts, qui peuvent te donner de la visibilité, etc.
Les contraintes que je peux avoir sont surtout pratiques, le jour où tu as des contraintes artistiques c’est là où il faut se remettre en question. Je trouve ça justement bon signe d’avoir ces obstacles-là, qui sont totalement indépendants de moi (même si je pourrais travailler à les diminuer, m’arranger pour gagner plus d’argent et donc avoir plus de moyens par exemple), donc globalement je trouve que j’ai de la chance.

 

  • Quels sont les artistes que vous écoutez le plus, vos influences musicales ?
    Vous intéressez-vous à d’autres artistes appartenant au même genre musical que vous, ou au contraire préférez-vous vous pencher sur autre chose ?

Personnellement, j’écoute vraiment de tout, comme tout le monde. Pour ce qui est de Boy Racer, j’ai vraiment des influences récurrentes, j’en cite souvent trois ou quatre. Il y a Air, Gainsbourg, Metronomy, surtout. Pour voir plus large il y a aussi LCD Soundsystem, même si ça se voit moins dans ma musique. J’ai eu aussi un parcours et un background jazz en conservatoire, ça se ressent plus en live ça pour le coup, où il y a des moments qui sont carrément jazz. Pour l’instant ça se prête moins à la musique en studio, parce que faire du jazz sans rien, sans vraie batterie, c’est moche, donc on verra peut-être plus tard pour le faire.
Après il y a Arcade Fire qui est une grosse inspiration, Pink Floyd forcément parce que j’écoute ça depuis super longtemps, et Sébastien Tellier aussi.

 

  • Un modèle ou mentor dans le domaine ?

Le modèle suprême dans l’écriture, c’est Gainsbourg évidemment, mais il reste inatteignable. J’admire énormément Metronomy pour ce qui est de la composition, et surtout l’album « The English Riviera » qui est, je trouve, parfait. La musique que je veux faire peut vraiment se définir par ça. Parfois, j’ai tendance à faire un peu du copié-collé de ce qu’ils font, c’est un peu dur de s’en détacher. Pareil pour Air, dans le côté électronique avec des vrais instruments, analogique et très planant, (qui se retrouve avec les synthés) et que j’aime beaucoup ajouter dans ma musique.
Il y a les Beatles aussi, pour le fait de pouvoir tout faire, parce qu’ils ont tout fait et eux ils ont tout bien fait. Et là je ne suis pas du tout dans la comparaison, c’est purement un idéal.

 

  • Vous avez parlé de synthé, de batterie, de basse. Quel est l’instrument privilégié dans vos morceaux, et quels sont ceux que vous pratiquez ?

J’essaie de ne rien privilégier, c’est plus mon niveau dans chaque instrument qui fait qu’il sera privilégié par rapport à un autre. C’est sûr que la basse est souvent ce qu’on retient de mes morceaux et dont on me parle le plus, parce que mon niveau en basse est vraiment au-dessus de celui dans les autres instruments desquels je joue. Dans l’idéal, j’aimerais bien jouer de tout et de la même manière, même si j’ai plus d’affinités avec la basse ou les synthés. Le problème avec les synthés c’est aussi que ça vaut extrêmement cher, donc on fait avec ce qu’on a et c’est parfois dur de faire ce qu’on a en tête quand tu vois que celui que tu voudrais avoir vaut 15.000 euros. Donc tu te ravises et tu mets autre chose.
Après ça dépend vraiment de ce que je veux faire comme morceau, ça vient naturellement. Tu commences un truc, tu vois que c’est un peu plus rock, c’est la guitare qui est plus présente. Si tu veux un truc plus électro, là c’est le synthé, et un peu plus groove, c’est la basse. Le seul problème reste la batterie, parce que je n’ai pas de moyens d’enregistrer une vraie batterie, parce que ça vaut très cher, c’est ce qui est le plus mis de côté pour l’instant mais que je compte bien ramener vers le devant plus tard.

 

  • Musique électronique : quel est le processus de fabrication des morceaux ? En live ?
    Comment se passe le processus de création en général ?

Il n’y a pas de processus de création, pas de recette. Il y a des morceaux que tu peux créer en quelques heures seulement, ou bien en six mois. Il n’y a pas d’ordre dans la composition non plus, je ne commence pas forcément par la basse ou autre. Tout dépend de si je trouve une ligne de basse en premier et que je tourne autour ensuite, ou un rythme avec une boîte à rythme et que je commence à créer autour de ça.
Pour le live, c’est différent comme les morceaux sont déjà écrits. On essaye de les penser live, et de penser aussi la contrainte : on n’est que trois musiciens sur scène, il y a aussi les chanteuses dont une des deux qui fait de la clarinette. Mais donc je ne suis pas tout seul dans ma chambre à pouvoir enregistrer et réenregistrer autant de fois que je veux, faire plein de pistes différentes. Il faut vraiment rééquilibrer le truc, et c’est un côté auquel je ne pense pas forcément quand je compose, je ne pense pas forcément à la façon dont ça sonne en live.

D’autant plus que je privilégie quand même le côté studio au côté live pour l’instant. Après on s’en sort toujours, comme les mecs sont vraiment calés, ils proposent toujours de faire telle chose ou telle chose, et de simplifier pour que ça puisse passer. Et on a ce côté électronique en live, avec mon synthé, le clavier aussi, le batteur a maintenant un SPD (pad échantillonneur pour enregistrer et sampler les percussions, NDLR) donc on peut mixer batterie et pad.
On garde donc ce côté électro, mais aussi un peu jazz, un peu funk/disco avec la basse qui reste assez présente et le chant rend tout ça pop : c’est un gros mélange de tout ça en live, plus que dans ma musique en studio.

  • Donnez-vous régulièrement des concerts, si oui dans quels lieux en particulier ?

Je commence à vraiment tourner depuis la rentrée. Ma première grosse salle, je l’ai faite cet été, au Hasard Ludique, après j’ai fait L’Alimentation Générale début septembre, le Pop In en octobre, on a fait le P7 (dans le 13e) une semaine après, on a joué aux Étoiles en novembre et on joue à L’International le 12 décembre. Ensuite on jouera donc le 18 décembre au 1999. Et on clôturera l’année au Supersonic le 28 décembre. Et c’est ça qui est super cool, ce ne sont que des salles qui sont top, et il y a ne serait-ce qu’un an, je n’aurais jamais pensé pouvoir jouer là dès maintenant. L’évolution est allée super vite, on s’est mis d’un coup à jouer dans des grosses salles.

 

  • Préférez-vous vous consacrer à la scène ou à l’enregistrement ?

Le live est super bien parce qu’il y a le public, c’est super cool parce qu’on se fait applaudir etc., tu joues avec les gens, il y a une énergie particulière. Ça fait aussi beaucoup de bien à l’ego. Mais mon truc c’est vraiment de composer, j’aime beaucoup ça, galérer et chercher un son pendant super longtemps, bidouiller les boutons, trouver le bon accord qui va au bon endroit, c’est vraiment plus mon truc. Même si je reconnais que le live, c’est trop bien.
En fait, l’idéal c’est vraiment ce cheminement : passer des heures en studio, faire ton morceau, et puis le jouer en live. A la fin de ça, t’es trop content.

 

  • Et justement, quels sont vos projets à venir ? EP, LP, album ?

J’ai un clip qui devrait sortir mi-décembre. Et là j’ai presque fini mon deuxième EP… mais pas de date de sortie officielle pour l’instant, je ne peux rien vous dire. Mais on jouera deux des morceaux de l’EP au concert ! En avant-première, c’est la première fois qu’on les jouera.
L’EP, que j’ai juste fini cette semaine, est vraiment différent du premier. Les Filles et la Mer était vraiment un coup d’essai, et quand je prends du recul maintenant dessus, je me dis qu’il aurait pu être mieux quand même.
C’était il n’y a même pas un an, mais il n’y avait pas les mêmes savoirs dans la composition déjà, et pas les mêmes moyens mis en œuvre. Là j’ai pris beaucoup plus de temps à le faire, et même s’il ne s’agit que de quatre morceaux, il est plus riche. Les thèmes ont changé aussi, bon, ça parle de cul du début à la fin. Il y a bien sûr Gainsbourg dans l’idée, mais c’est plus électro dans le genre (il y a un morceau, on dirait une BO de film de cul des années 70, avec une grosse ligne de basse, le saxophone), enfin c’est à peu près l’idée de cet EP-là. Il arrivera vers début 2019.

 

Par cette interview, le Louvr’boîte souhaite vous faire découvrir les artistes présents lors de la soirée de Noël à laquelle le BDE de l’Ecole du Louvre vous convie.
Merci à Gautier pour sa disponibilité.
Parce qu’il est aussi important de promouvoir, avec cette nouvelle scène française, la culture vivante qui nous entoure. Alors, bonne écoute !

 

Jeanne SPRIET