Interview exclusive d’Anaïs Ripoll, auteure du roman « Le Secret de l’École du Louvre »

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La rédaction a rencontré Anaïs Ripoll, ancienne élève de l’École, qui a publié début 2019 un roman directement inspiré de ce cadre d’études : quatre étudiantes de l’EDL mènent leur enquête pour retrouver un tableau volé au Louvre ! Et l’équipe administrative et pédagogique de l’École ne semble pas étrangère à cette affaire…
Nous avons donc sauté sur cette belle occasion, pour vous faire découvrir l’auteure et son œuvre à travers cette interview. Nous tenons à la remercier sincèrement et sommes honorées de pouvoir partager cela avec tous les élèves. En espérant que cela vous plaise, et vous donne envie de vous plonger dans son roman !

 

Louvr’Boîte : Bonjour !
Anaïs Ripoll : Bonjour à vous !

 

Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter rapidement ?


A.R. : Je m’appelle Anaïs Ripoll, j’ai 32 ans, et je suis originaire du Vaucluse, près de Carpentras. Je suis arrivée à l’École du Louvre à 19 ans, c’était en 2006 : ça passe très vite ! J’ai fait le Premier Cycle et je suivais les cours de spécialité Art du XXème siècle. J’ai rencontré à l’Ecole des super copines, que j’ai toujours. Le Da Vinci Code était sorti peu de temps avant, ça avait fait un carton et il y avait un fort engouement et on jouait beaucoup là-dessus au niveau du Louvre, des touristes. Moi, j’arrivais de province, je ne savais même pas prendre le métro, et je me suis retrouvée propulsée à l’Ecole du Louvre, à Paris. C’est là que j’ai commencé à imaginer, d’abord par plaisir, une parodie du Da Vinci CodeAprès l’École, j’ai fait un Master marché de l’art à l’ICART (Institut supérieur des carrières artistiques) à Paris, durant lequel j’ai réalisé mon mémoire sur le trafic des objets d’art. Vous verrez que ça a un rapport avec le roman … Ensuite, j’ai fait ma licence de droit à la Sorbonne, par correspondance. Et à côté je faisais des stages en salle des ventes, à Drouot.  J’ai donc passé 7 ans à Paris et j’ai fini par rentrer dans le Sud au terme de cela, et aujourd’hui je suis commissaire-priseur à Toulouse.

 

Votre métier est donc bien commissaire-priseur, vous n’êtes pas du tout romancière de métier et vous n’avez, pour l’instant, sorti que ce roman : quel est la genèse de ce projet ?


A.R. : C’est un livre qui représente vraiment mes années à Paris, auxquelles je suis très attachée, qui a au départ été écrit pour mes copines. L’idée étant d’immortaliser tous nos délires, les garçons sur lesquels on craquait un peu, les profs, les surnoms qu’on leur donnait, et puis se souvenir des cours. Vous verrez, il y a toute l’angoisse de découvrir les cours sur la préhistoire, le côté génial de découvrir les TDOs… Je l’ai d’abord fait pour elles. Ensuite c’est devenu un peu mon secret à moi, c’est-à-dire qu’il a dormi dans mon ordinateur pendant des années, et de temps en temps quand j’avais un coup de nostalgie je le reprenais. Et puis, finalement, je me suis prise à mon propre jeu.
Au départ, c’était une parodie du Da Vinci Code, avec un tableau qui disparaît, puis je l’ai vraiment peaufiné. J’ai décidé d’approfondir l’intrigue, et si j’ai choisi mon sujet de mémoire sur le trafic des objets d’art, c’était aussi pour enrichir le roman. Donc j’ai enrichi avec des anecdotes historiques, des données sur la question du vol des objets d’art. Et puis voilà, après 10 ans, j’ai décidé qu’il avait assez dormi dans mon ordinateur, et je voulais vraiment rendre hommage à ces années-là, à mes copines, qui ont été hyper contentes d’être replongées dans ces années. C’est comme ça que ça s’est fait !

 

Très bien ! Vous gardez donc un bon souvenir de vos années à l’École ? Peut-on même parler de nostalgie ?


A.R. : Oui, oui. Je pense que ça reste une école et un cursus qui sont vraiment uniques, c’est une très très grande chance de faire l’École du Louvre. J’ai parlé à beaucoup de gens qui ont fait le cursus Histoire de l’Art mais à la fac, et qui sont envieux. Ça reste des années très insouciantes et j’ai vraiment voulu garder ça dans l’histoire : les héroïnes ont 20 ans et donc des préoccupations de leur âge (rires). Quelquefois, elles sont un peu naïves, innocentes, fofolles et ont parfois du mal à se concentrer sur l’enquête parce qu’il y a des histoires de garçons, etc. J’ai essayé de garder cette fraîcheur que j’avais quand j’avais 20 ans, à l’École du Louvre.

 

Pour ce qui est du roman en lui-même : il s’agit d’une fiction, mais elle est donc directement inspirée de lieux réels, de professeurs que vous avez eus, de vos amis etc. ?


A.R. : Oui, tout à fait. C’est une base réelle, allant des professeurs, en passant par les personnes du pôle pédagogique, et jusqu’à la directrice de l’époque elle-même, dont j’ai changé le nom. J’ai changé les noms de tous les personnages réels, mais ils sont reconnaissables quand même, avec les descriptifs et même les noms ressemblants. Donc c’est vraiment inspiré de personnages réels mais toute l’intrigue, elle, est totalement inventée. Il n’y a jamais eu de vol de Raphaël au Louvre, du moins, je ne pense pas (rires), et je ne veux pas spoiler mais en tout cas, les héroïnes vont déceler quelque chose de pas très net qui se trame au niveau de l’équipe pédagogique de l’École du Louvre…

 

Vous évoquez l’intrigue du roman : elle part d’un vol de tableau de Raphaël au Louvre, qui entraîne une enquête menée par les quatre héroïnes, élèves à l’École du Louvre, c’est bien cela ?


A.R. : En fait, elles ont cours dans le Louvre, et à ce moment-là elles assistent à un casse absolument spectaculaire, où un tableau est volé sous leurs yeux. À la fois traumatisées et fascinées par ce qu’elles ont vécu, elles décident de mener une enquête parallèle à celle de la police. Elles commencent alors à farfouiller, à fouiner, et mettent le nez dans des choses qui les dépassent, qui sont d’une dimension vraiment plus grave que ce qu’elles pensaient. Elles se retrouvent prises dans un engrenage, puisqu’elles dépassent les limites, elles cambriolent le directeur, reçoivent des lettres anonymes de menaces…elles ne s’en sortent plus, et ça devient une course contre la montre pour démanteler cette histoire avant d’être prises au piège.

 

Vous avez dit que ce projet avait dormi dans un ordinateur pendant des années. Quand vous avez pris la décision de vraiment en venir à bout et de publier ce roman, êtes vous revenue sur les lieux en question pour vous en (ré)imprégner ?


A.R. : Comme je suis restée sept ans à Paris mais seulement trois ans à l’École du Louvre, j’y suis retournée régulièrement, effectivement. J’ai passé beaucoup de dimanches à flâner au Louvre, me suis vraiment imprégnée de ça durant toutes mes années parisiennes. Ensuite, je l’ai terminé de mémoire, quand j’étais à Cannes, dans le Sud.
Et tout cas, dans un second temps, mon rêve ULTIME aujourd’hui serait d’organiser une dédicace dans le hall de l’École, ça serait extra ! Au moment de l’écriture, je n’aurais jamais pensé le publier, ça restait vraiment un projet personnel et top secret, et puis je me suis dit : « allez, on n’a qu’une vie, soyons fous ». Donc ça serait fou de réaliser ça.
En plus, je n’ai même pas cherché d’éditeur, je voulais le sortir pour le plaisir. Donc je l’ai mis en ligne sur Amazon, où vous pouvez créer votre livre en ligne. J’ai créé une page Facebook pour inviter mes amis, et j’ai balancé le lien, en disant « eh bah voilà, surprise, j’ai écrit un roman, je ne l’ai jamais dit à personne, donc si ça vous intéresse, allez jeter un œil ». Et en fait ça a créé une espèce de mini buzz, parce que j’en n’avais jamais parlé. Les gens m’ont dit « mais t’as ça depuis 10 ans, t’es sérieuse ? », et tout le monde a relayé. Donc j’ai eu la presse locale (de chez moi) qui m’a interviewée, je suis passée à la radio, j’ai fait ma première séance dédicace à la Galerie Polka, une galerie photo très connue dans le Marais. Tout est allé très vite après ça et il y a eu vraiment un engouement au moment de la sortie, alors que je n’avais pas du tout envisagé ça. Comme je vous l’ai dit, il n’y avait pas de volonté professionnelle, de chercher un éditeur ou quoi que ce soit, mais par la suite, vu le mini-succès que ça a eu, je me suis dit : « allez, on continue la promo et on va au bout du bout du délire ».

 

Ça a l’air d’être le cas, mais n’avez-vous eu que des bons retours après la publication ?


A.R. : Oui ! Et je suis contente parce que je commence à avoir des partenaires super importants. Bon, évidemment, le partenaire suprême c’est l’École du Louvre, puisque le public est très ciblé étudiants en Histoire de l’Art. Donc avoir un article dans le Louvr’boîte, c’est juste génial car il y a beaucoup d’étudiants au Louvre. Je vais aussi avoir un article dans la Gazette Drouot, qui est l’hebdomadaire des ventes aux enchères auquel tous les commissaires-priseurs sont abonnés. Ça vient de tomber et j’aurai bientôt l’article : là c’est un très gros partenaire. Effectivement, petit à petit, j’ai vraiment des gens qui me tendent la main et qui s’enthousiasment.

 

Le fait d’avoir un article dans la Gazette Drouot, pensez-vous que ça peut vous donner aussi plus de visibilité dans votre métier même de commissaire-priseur ?


A.R. : Non, je ne pense pas, enfin peut être qu’il y aura des curieux qui vont acheter le livre, mais ça ne va pas me rapporter de nouveaux clients. En revanche c’est un tout petit milieu, effectivement, on se connaît tous, et je pense que ceux qui me connaissent, qui m’ont connue ou qui m’ont eue comme stagiaire seront vraiment amusés ou émus, en se disant : « c’est chouette, Anaïs a écrit un roman ». Voilà, je pense que c’est plus une question d’amuser et de faire plaisir, je ne pense pas que ça puisse me ramener une clientèle. 

 

Tout cet engouement vous a-t-il donné envie de continuer l’aventure, d’écrire une nouvelle fois ? Une suite, peut-être ?


A.R. : Effectivement, tous ceux qui l’ont lu m’ont demandé la suite (rires), tous m’ont dit que les personnages étaient très attachants, et pourquoi cela ? Je pense que c’est parce qu’ils sont réels, justement, inspirés d’anecdotes réelles, de gens géniaux et donc ce côté authentique a vraiment touché les gens. Malheureusement, et encore une fois sans spoiler, vous verrez que l’histoire n’appelle pas forcément à une suite, donc il n’y aura pas de tome 2. Par contre, oui, ça m’a donné envie d’écrire ! Ça ne sera pas sur les années parisiennes, parce que je pense qu’on n’écrit bien que quand on est immergé dans quelque chose, et c’est vraiment quelque chose que j’ai écrit au jour le jour, dans le tourbillon École du Louvre, parce que j’étais au cœur des cours, au cœur de ces gens, au cœur de l’intrigue, finalement. Donc si j’écris un autre roman, ça ne sera pas dans ce contexte-là. Je pensais plutôt faire un projet de saga familiale, un peu à la Marcel Pagnol, quelque chose de plus proche, plus personnel, au niveau de la famille, et en rapport avec le Sud.

 

Du coup, tout cela vous a quand même attirée vers l’écriture…


A.R. : Oui, vraiment. J’ai toujours eu des facilités au niveau de l’écriture, que ce soit en cours ou autres. On me donnait toujours les communiqués de presse, les mails, etc. J’ai toujours été à l’aise à l’écrit, et c’est vrai que quand on commence à écrire, on devient vite accro et on a envie de continuer !

 

Qu’est-ce qu’on pourrait vous souhaiter pour la suite, et pour continuer à faire vivre ce roman ?

A.R. : Comme je vous l’ai dit, ce qui serait super c’est que si, à la suite de votre article, les gens de l’Ecole du Louvre sont intéressés et curieux et que le BDE aussi trouvait l’article chouette, ce qui serait génial c’est qu’on demande l’autorisation à l’Ecole de mettre un petit bureau et d’organiser un moment de partage, pour que la boucle soit bouclée. C’est une aventure impensable pour moi, ça serait super. Voilà le mieux que l’on puisse me souhaiter !

 

LB : Merci beaucoup pour vos réponses. En tout cas, je crois qu’à la rédaction, on a tous très envie de lire ce roman !
A.R. : Merci à vous, et à bientôt j’espère !

 

Interview menée de concert par Inès Amrani et Jeanne Spriet pour le compte du Louvr’Boîte

 

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Il est possible de se procurer le roman Le secret de l’École du Louvre en :
– le commandant sur Amazon
– le commandant sur la Fnac / Cultura 
– le commandant chez n’importe quel libraire (si l’on veut faire vivre plutôt les petits libraires !)

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