Le bronzage

bronzage.jpg

 

Le homard

Crème solaire, parasol, paréo, combi de plongée, rien n’y fait, vous brûlez. Malgré l’indice 150 (si, si, vous en êtes sûr) de votre crème solaire vous voilà transformé en écrevisse sans préambule. Pour les plus chanceux d’entre vous, bande de mollusques, vous en ressortirez bronzés. Pour les autres, cette période de souffrance se soldera par un échec total et le retour à votre teinte plancton habituelle. Votre salut : la Biafine.

 

Le rôti

Ficelé.e dans votre bikini ou votre slip kangourou (ceci est un jugement de valeur) vous vous dorez la pilule sur la plage. Tartiné.e de monoï, vous luisez au soleil et aveuglez tous les bronzeurs, surfeurs, et vendeurs de la plage. Tel une sardine à l’huile d’olive passée au barbecue, vous surveillez votre cuisson en changeant de face d’exposition. Veillez à ne pas vous oublier, au risque de frire dans votre propre huile (de bronzage). Votre salut : le parasol.

 

L’anglais.e

Tel nos amis touristes d’Outre-Manche vos bras et vos cuisses portent les stigmates de vos choix de vie peu judicieux. Résultat de votre tentative pitoyable (mais salutaire) de sortir de chez vous et de voir des gens, vous arborez de charmantes démarcations dont vous ne vous débarrasserez pas d’ici la fin de l’été, et ce malgré toutes vos tentatives. Votre salut : passez de l’autre côté de la Manche et fondez-vous dans la masse.

 

La vache

A cause d’une application foireuse de crème solaire vous vous retrouvez tacheté.e d’empreintes digitales façon Marguerite 2.0. Vous passerez en effet votre été dans le pré à regarder le train de l’amour d’été/du coup d’un soir vous passer sous le nez en ruminant. Votre salut : la PLS.

 

Le trou

Vous aviez tout planifié : crème solaire, monoï, alternance bronzage-baignade, vous étiez paré.e à toute éventualité. Selon vos prédictions vous auriez dû être parfaitement doré.e, mais ce jean troué vient de vous humilier de la pire manière. Tombés en disgrâce, vos genoux viennent de ruiner vos sorties plage pour le reste de l’été. Votre salut : rester éloigné.e des tropéziennes.

 

Le caramel

Doré à souhait, parfaitement huilé, votre bronzage fait saliver. Goal ultime de l’été, vous refusez pourtant de confier votre secret. En même temps vous passez vos aprem’ ensoleillées sur votre balcon à vous bronzer le double menton à la feuille d’alu tel le kéké/la cagole que vous êtes. Votre salut : trouver un but à votre existence.

 

Le Trump

L’autobronzant et les UV sont vos amis de l’été, et ça se voit. Sensé vous donner un teint délicieusement hâlé, vous vous retrouvez maintenant couleur zlabia et ressemblez à un (mauvais) sosie du Président américain. Votre salut : le repli stratégique.

 

 

Inès Amrani

J-1 GALA : Le bonnacon ou l’animal oublié des enluminures fantasques

Dans le monde des créatures magiques et légendaires, où règnent les dragons, les basilics, les phœnix et autres joyeux lurons à la Harry Potter… Voici le bonnacon ! Non, personne ne connaît, hormis les amateurs des bestiaires médiévaux et des enluminures douteuses. Il mérite cependant à être l’une des créatures les plus loufoques !

Bonnacon_Aberdeen

Bestiaire d’Aberdeen

Cet animal au corps de bœuf, à la crinière de cheval et aux cornes recourbées en arrière juste au dessus de son crâne, n’a en soi, rien d’extraordinaire sur son apparence. Il apparaît dans l’Histoire Naturelle de Pline (VIII, XVII, 1) et viendrait de Péonie entre Macédoine et Bulgarie, l’auteur montre son incapacité de combattre ce qui l’a poussé à développer un système de défense tout particulier. Le bonnacon fuit, mais attention, il fuit en projetant une fiente jusqu’à 75 ares soit environ trois mètres* (nouveau record du monde) ! De plus, sa projection a la propriété de s’enflammer sur tout ce qu’elle touche, arbres, lacs, hommes, même votre chaton préféré… Quel est le chasseur qui a eu la brillante idée d’allumer une allumette près d’une flatulence d’un bœuf ?

 

La légende a ensuite été reprise dans les Bestiaires, d’après les sources que donnent Pline et Solin, à une différence près, notre bovidé pétomane viendrait d’Asie. Au Moyen Âge, sa représentation est toujours la même, elle dépeint le moment fatidique où le bonnacon lâche ses excréments sur les chasseurs qui le poursuivent, tentant de se protéger tant bien que mal avec un bouclier. Pourquoi le représenter ainsi ? Il n’y a qu’une unique hypothèse chez Thomas de Cantimpré (Liber de natura rerum, VI, 11) pour qui l’animal représente les bons dignitaires de haut rang de l’Église qui s’infligent une vie d’austérité comme s’ils avaient des cornes du bonnacon qui leur meurtrissaient ses chairs. Tout en l’imposant à ceux qui sont placés sous son autorité, sans autant les blesser, pour montrer leur propre acceptation d’ascèse et d’assurer leur Salut. Cette interprétation est alambiquée, ce cher Thomas a dû un peu forcer sur le vin ou la bière pour ne retenir que la caractéristique la moins gênante…

http___www.lazerhorse.org_wp-content_uploads_2014_09_Bonnacon-Medieval-Monster-surprise-1024x679

Appréciez ce splendide dégradé… et cette tête coupable qui semble dire « ouuuups désolée ça m’a échappé… » !

Une chose est sûre, le bonnacon serait parfait pour revenir sur le devant de la scène dans le monde fantastique des bizarreries médiatiques d’un griffon ou d’une manticore aussi agréables à voir que la facture de votre dernière soirée. Un peu d’humour fait du bien.

 

* pour d’autre il s’agirait de 600 mètres, mais ne vous fiez pas à Wikipédia, sinon ce serait une bête de compétition qui concurrencerait les snipers

 

Déborah Philippe

J-3 GALA : Top 5 des fantômes du patrimoine parisien

Même si juin n’est pas le mois où l’on fête Halloween, il y a toujours des lieux où rôdent des spectres fascinants dans le Paris que nous aimons tendrement pour son patrimoine incroyable et ce, toute l’année ! N’avez-vous jamais ressenti des moments d’angoisse dans les couloirs du passé que nous arpentons pour découvrir de nouvelles merveilles, armés de notre carte d’étudiant de l’EDL ? Un  murmure dans une langue étrangère, le cœur battant, sensible aux moindres mouvements autour de vous ? C’est que l’on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre, dans ces somptueux lieux qui nous captivent autant qu’ils nous impressionnent… et parfois on peut craindre de tomber en pleine cérémonie de secte au chant tamoul comme dans Eyes Wide Shut de Kubrick ! Âmes sensibles, s’abstenir pour ce top 5 des fantômes du patrimoine parisien !

 

NUMÉRO 5 – LE MEURTRE DU MÉTRO

 

Alors que la voiture de première classe s’arrête station Porte-Dorée sur la ligne 8 dans le https___hansdejongfotografie.files.wordpress.com_2014_04_toureauxdetectuve12ème arrondissement, les six nouveaux passagers montant à bord découvre une belle femme rousse qui semble être assoupie. Alors que celle-ci se balance doucement, elle glisse peu à peu au sol et un médecin parmi eux craint le malaise de celle-ci. En l’assistant, il découvre alors un couteau Laguiole planté dans son cou et une mare de sang à ses pieds. La chose choque, d’autant plus qu’à l’ouverture des portes, la jeune femme était seule dans la voiture ! Le ticket de la victime, qui se nomme Laetitia Toureaux, a été poinçonné à la station précédente où elle était seule à être montée. Où est donc passé le meurtrier ? La presse s’empare du fait divers et Paris-Soir révèle ainsi qu’elle serait une espionne au service des Italiens chez qui elle est née. Vingt-cinq ans plus tard, en 1962, une lettre parvient à la police où un homme se disant médecin, affirme être l’assassin de la jeune femme qui l’avait éconduit alors qu’il était amoureux d’elle. Comment a-t-il pu s’échapper ? Il avoue avoir utilisé une “clé de pompier” pour passer d’une rame à l’autre pendant que le métro était en marche entre les deux stations. Mystère résolu alors, bien que d’après certains usagers du métro, un long frisson les parcourt encore à la station Porte-Dorée avec ce sentiment étrange que quelqu’un les observe lourdement… 

gettyimages-106751856-612x612

 

NUMÉRO 4 – PHILIBERT ASPAIRT DANS LES CATACOMBES

Stèle_Philibert_Aspairt_021103

Qu’il est dur, lorsque l’on n’a pas l’aide d’une Ariane, de sortir d’un véritable labyrinthe souterrain ! Certains le savent bien comme Philibert Aspairt, portier du Val de Grâce. En empruntant un escalier qui se trouve dans la cour du couvent, l’homme s’aventure dans un dédale dont il ne reviendra jamais. Porté disparu et retrouvé seulement onze plus tard, il est identifié en 1804 grâce aux clés du Val de Grâce qu’il portait à sa ceinture. Il est depuis enterré sur place et une stèle érigée sur place indique ainsi : « À la mémoire de Philibert Aspairt perdu dans cette carrière le III (3) Novbre MDCCXCIII (1793) retrouvé onze ans après et inhumé en la même place le XXX (30) Avril MDCCCIV (1804) ». La stèle est aujourd’hui encore visible dans le Grand Réseau Sud, sous la rue Henri Barbusse, à proximité du boulevard Saint-Michel. Certain disent d’ailleurs encore croiser son fantôme errant dans les catacombes à la recherche de la sortie… Avis aux promeneurs nocturnes !

800px-Phiphi-acte-de-décès

 

NUMÉRO 3 – LE FANTÔME DE L’OPÉRA

https___i.pinimg.com_originals_6f_1f_fb_6f1ffb3b125ad41e5d17cfd02d4f1ffb.jpg

À l’opéra Garnier, qui n’a jamais entendu parler de la fameuse loge n°5 réservée au fantôme de l’opéra ? En effet, les directeurs de l’Opéra se voient réclamer 20 000 francs par mois de la part d’un certain « Fantôme de l’Opéra » qui exige que cette loge lui soit réservée. Mais qui cache derrière cette diaphane identité ? Le 28 octobre 1873, le conservatoire de la rue Peletier est en flammes. Ernest, jeune pianiste prodige, parvient à s’échapper de l’incendie bien que son visage est à moitié brûlé au troisième degré. Aquarelle d'André Castaigne illustrant la première édition américaine du roman (1911).jpgComble de malheur, sa fiancée ballerine du même conservatoire, succombe dans l’âtre de feu. Éploré, il se cache dans les souterrains de l’opéra Garnier en pleine construction où il pleure jusqu’à sa mort son amour perdu. Son cadavre n’est jamais retrouvé, sans doute confondu avec les corps des communards. En 1910, Gaston Leroux s’approprie cette histoire en la liant à d’étranges événements liés à la célèbre institution. Le grand lustre de la salle se serait décroché pendant une représentation du Faust de Gounod, tuant ainsi le spectateur assis à la place 13. Un machiniste est retrouvé un jour pendu, une danseuse décède en tombant d’une galerie. Un chat noir meurt accidentellement sur l’estrade conduisant à la scène, etc. De quoi inspirer le grand écrivain pour ses fameux personnages Christine Daaé, Erik ou encore le vicomte de Chagny !

 

0284dcd7632ff98b35fab1a831014.jpg

 

NUMÉRO 2 – BELPHÉGOR AU LOUVRE

https___i.ytimg.com_vi_09g4JfzY9hw_hqdefault.jpg

Tous les Édléiens doivent au moins voir un jour le film Belphégor, le fantôme du Louvre, dans leur vie ! En voici le synopsis : « Dans le Paris de l’an 2000, une momie aux pouvoirs maléfiques donne naissance à un fantôme nommé Belphégor, dieu des Ammonites. Celui-ci, à la nuit tombée, hante le musée du Louvre, dont la Pyramide de Peï est devenue le symbole universel. Tour à tour effrayant ou humain, ce fantôme a toutes les audaces et 7v7AyrW6HD9YTPkcXSuMEiyoOPZ.jpgsemble invincible.Un gardien est retrouvé mort aux pieds de sa statue. Martin, un électricien, mène alors l’enquête. Mais il est bientôt harcelé par des lettres signées de la main du fantôme… ». Et dans ces fameuses lettres justement, des symboles vont mener tout droit les héros à l’École du Louvre pour continuer l’enquête… Bien sûr, ce n’est qu’un film mais il n’empêche qu’on aime bien espérer que la momie du Louvre elle ne se réveille jamais… Quoique…

Les petits nouveaux, bon courage pour vos TDO d’Archéologie égyptienne !

Capture.PNG

 

NUMÉRO 1 – LES FANTÔMES DU PÈRE LACHAISE

Grave_Allen_Kardec.jpg

S’il y a bien UN lieu à Paris qu’il faut visiter pour ses fantômes, c’est bien le cimetière du Père Lachaise qui compte au moins un million de morts enterrés en son sein ! Des messes sataniques clandestines s’y dérouleraient mais ce qui est certain c’est qu’il y a déjà des visiteurs que l’on peut croiser aujourd’hui psalmodiant des mots étranges devant la tombe d’Allen Kardec, père du spiritisme. D’illustres fantômes peuplent les rues de ce curieux village silencieux ouvert en 1804. Balzac, Molière, Chopin, Wilde, Ernst, Morrison, Piaf, Héloïse et Abélard. Je n’ai jamais eu d’affinité pour le monde mortuaire mais pour l’avoir visité une fois en novembre en compagnie d’un être cher, il y avait là une somptueuse douceur triste, un air nostalgique et rêveur, une tendresse muette qui lient ses tombes les unes et autres. Les pierres murmurent le nom des défunts mais la beauté des monuments funéraires et l’honneur d’être en présence de ces êtres immortels subliment de manière onirique cette irréelle, profonde et sereine rencontre… au point de nourrir une curieuse imagination chez certains. Je vous laisse le plaisir de découvrir cette jolie bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=iTwlga6hoY4

 

Laureen Gressé-Denois

J-5 GALA : Le follow-up de vos personnalités mythiques préférées !

  • Le mec qui s’est enfermé avec l’Aphrodite de Cnide.

320px-Cnidus_Aphrodite_Altemps_Inv8619

PEGI 18 !

  • Déesse Lama.

 

louvre-panneaux-briques-moulees.jpg

Déesse de protection dans le monde mésopotamien, elle était déjà secondaire pendant l’Antiquité. Alors bon, on la mettait ça et là pour se protéger quoi. Entre Gudéa et les Amorites de Mari tout le monde la représente parce que bon on va pas se mentir c’est pratique une déesse qui protège.

Mais que devient-elle après toutes ces années ? C’est pas trop ça pour notre petite déesse lama. Un peu oubliée de tous, seuls quelques Édliens aguerris se souviennent d’elle pendant les examens. Ces derniers sont le moment que choisissent certains pour honorer Ganesha pour s’assurer la réussite, alors la déesse Lama est encore délaissée. Pourtant, la protection contre les mauvaises notes telles de mauvais esprits ça peut être pratique. Alors cette année faites un geste et pensez à la déesse Lama !

  • Ningirsu.

louvre-kudurru-meli-shipak-commemorant.jpg

Ningirsu pendant la 1ère et la 2nde dynastie de Lagash c’était THE dieu mais bon rapidement tombé dans l’oubli, on le retrouve sur le kudurru de Méli-Shipak II sous la forme d’une charrue. Oui, LE dieu de la stèle des vautours n’est plus qu’une charrue. Alors certes une charrue c’est bien pratique mais bon quand on était dieu tutélaire c’est pas la meilleure des évolutions de carrière.

  • Boddhisattva Maitreya.

https___i.pinimg.com_736x_e7_c8_cc_e7c8cc6fc2a60429d9c4f4d672b688b8.jpg

Le boddhisattva Maitreya est le Bouddha du futur. Autant tuer le suspense tout de suite, il attend toujours.

  • Le gars qui a décidé d’ouvrir les portes de Troie au cheval des Grecs

http___media.zoom-cinema.fr_photos_1480__thumbs_cheval-de-troie_jpg_500x630_q95.jpg

Spoiler alert : « le mec est dead » comme dirait une chère amie. Il est actuellement aux Enfers avec tous les autres Troyens, ils rejettent toute la faute sur lui, c’est un peu le bouc émissaire de la bande mais il persiste à dire qu’il a seulement suivi les ordres. Après tout c’est plus facile de blâmer une seule personne alors que la cité entière n’a pas voulu écouter Laocoon (bon ok, les dieux ne voulaient pas que les Troyens l’écoutent on sait bien) et Cassandre. On peut donc souvent le trouver seul, ou bien accompagné, sous un arbre en train de rager aux Enfers.

  • Tarpeia

https___upload.wikimedia.org_wikipedia_commons_4_40_Tarpeia_coins.jpg

Pour le bon déroulement, on va dire que les Enfers des Romains et des Grecs sont les mêmes (après tout, c’est le même panthéon, juste pas les mêmes noms). En fonction de la fin que vous choisissez (je spoile à nouveau, écrasée sous les boucliers des Sabins ou jetée du haut d’une roche), Tarpeia est toujours morte et aux Enfers, rejetée aussi par les Romains qui la maudissent d’avoir ouvert les portes de la cité (l’histoire se répète quand même un peu). La légende dit qu’elle a maintenant la phobie des boucliers mais qu’elle a rencontré un mec bien qui est souvent assis sous un arbre, en train de pester contre les dieux et les Grecs.

  • La marquise de Dai

http___theswedishparrot.com_swedish_wp-content_uploads_2012_01_marquise-de-Dai.jpg

Ils sont un peu tous morts je suis désolée pour vous, mais elle c’est un peu particulier puisqu’elle était posée au calme dans ses cercueils, ses tissus et son liquide (un peu bizarre) de conservation. Elle est restée inhumée plus de 2 000 ans sans dérangement mais on l’a dérangée au siècle dernier et depuis, la chose que les étudiants en histoire de l’art retiennent le plus souvent c’est qu’elle est morte en s’étouffant avec une peau de melon. Elle m’a donc demandé de faire passer un message au public, qui dit qu’elle était une personne importante à la cour de son époque et qu’elle peut donc envoyer tous les fantômes et cadavres des armées à vos trousses, mais aussi qu’il faut qu’on s’intéresse à tout son mobilier (très beau et varié, on connaît bien la bannière) et à son état physique très remarquable avant cette mort un peu stupide.

  • La main gauche de la Victoire de Samothrace

http___cdn-parismatch.ladmedia.fr_var_news_storage_images_paris-match_culture_art_la-nouvelle-victoire-de-samothrace-573289_5452063-1-fre-FR_La-nouvelle-Victoire-de-Samothrace

La légende dit qu’elle existe toujours, soit à Samothrace et que c’est pour ça que L. Laugier retourne souvent là-bas pour la retrouver, soit en morceaux dans les réserves du Louvre et qu’elle attend seulement un édlien courageux et passionné pour la reconstituer et lui redonner sa place parce qu’elle en a marre d’être seule. Le bruit court qu’elle monte une coalition avec les deux bras et la tête de la Victoire pour être reconnue à sa juste valeur.

 

 

Tyfenn Le Roux et Salomé Legrand

J-6 GALA : Le monstre du Loch Ness : pourquoi les mythes ?

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer cet article en évoquant un rêve d’enfant : rencontrer le monstre du Loch Ness. Quand j’en ai entendu parler pour la première fois, je devais avoir environ huit ans. Prenons en compte le fait que j’étais fascinée par les dinosaures et que déterrer des squelettes de grosses bêtes me faisait rêver (on se demande pourquoi j’ai atterri à l’École du Louvre). Imaginez un peu le tourbillon d’idées, d’émotions et le rêve de gosse que voir cette espèce de gros dinosaure marin représentait pour la gamine que j’étais.

Cette histoire était toujours dans un petit coin de ma tête. J’avais envie d’aller en Écosse juste pour voir le lac et apercevoir le monstre. Puis, au bout de quelques années, j’ai appris qu’il ne s’agissait que d’un canular (du moins à la base) et que de nombreuses études avaient été réalisées dans le but de réfuter les « preuves » avancées par les personnes affirmant avoir vu le monstre. Déception totale. Mon petit rêve de rencontrer une créature aussi fabuleuse s’effondrait doucement et silencieusement.

https___o.aolcdn.com_images_dims3_GLOB_legacy_thumbnail_1200x630_format_jpg_quality_85_http__i.huffpost.com_gen_2859438_images_n-MONSTRE-DU-LOCH-NESS-628x314

En apprenant le thème du Gala de cette année (comme tout le monde, en novembre en janvier), la première image qui s’est imposée dans mon esprit, ça n’était pas une image de dieu ou de monde mythologique. La première chose qui m’est passée par la tête, c’est le monstre du Loch Ness. En y réfléchissant, je me suis rendu compte que cette grosse bête (que j’imagine globalement comme une baleine à long cou avec une tête de diplodocus) occupait une place assez importante dans mon imaginaire, et je ne pense pas être la seule dans cette situation. Car même si les mythes nous font rêver et alimentent notre imaginaire depuis toujours, ils ont tout de même été créés par les hommes. Pourquoi ? Pourquoi avoir créé quelque chose qui ne résiste pas à l’épreuve de la science ?

 

On peut se pencher sur ce que racontent les mythes (rassurez-vous, je n’ai pas la prétention de donner ici toutes les clés de compréhension d’un sujet qui mériterait des volumes entiers) afin de les comprendre. Dans son ouvrage sur la Psychanalyse des contes de fée, Bruno Bettelheim analysait la différence entre le mythe et le conte, mettait en avant le fait que le mythe comportait toujours une dimension qui nous dépasse. Pour prendre l’exemple des mythes grecs, ils concernent en grande partie les divinités auxquelles il arrive des aventures plus rocambolesques que la coupe de cheveux de Ludovic Laugier. Un mythe, c’est une histoire qui, d’une certaine façon, nous dépasse, qu’on ne pourra jamais atteindre et qui restera hors de portée. C’est de l’ordre de l’inatteignable, plus haut que le swag de Beyoncé et du Président du BDE réunis. Bref, vous voyez le genre.

 

Mais dis donc Jamy, pourquoi créer de telles histoires ? On peut imaginer plusieurs raisons dont l’une d’elles serait que ça nous pousse à chercher plus loin que ce que l’on connaît. Pour rester avec le monstre du Loch Ness, le mythe nous pousse à examiner les frontières de notre monde et de nos connaissances pour voir si ce que l’on connaît correspond à la réalité que l’on pourrait imaginer. En d’autres termes, on peut se demander si le mythe pourrait devenir réalité ou s’il resterait si mythique qu’il en a l’air. Dans le cas de Nessie, des études ont démontré qu’un monstre ne pouvait techniquement pas vivre dans le Loch Ness à cause de sa taille trop importante (donc là, c’est bien la taille qui compte).

 

Et pourtant, une petite partie de moi a toujours envie d’aller en Écosse pour aller sur les berges du Loch Ness et essayer d’apercevoir cette bestiole. Même si je sais qu’elle ne peut pas exister, que c’est impossible. Et c’est une autre dimensions du mythe qu’il est important de prendre en compte : en plus de nous aider parfois à remettre en question les limites de nos connaissances, il nous donne quelque chose en quoi croire, un rêve fantastique et puissant qui reste présent par son aura d’improbabilité et de questionnement qu’il suscite en nous.

 

Alors voilà, un jour, j’irai en Écosse pour voir que le monstre du Loch Ness n’existe pas et qu’il est juste une créature qui m’accompagne mentalement depuis tout ce temps. Et peut-être pour quelques années encore.

 

Viena

 

monstre-du-loch-ness

J- 9 GALA : Licornes, pandas, dahuts, mammouths et autres olgoï-khorkhoïs

Normalement là vous vous posez une question simple : mais c’est quoi ce titre, il a bu ou quoi ? Alors déjà oui, bien sûr ! Et ensuite vous allez voir que tout ceci est parfaitement LOGIQUE -Billy il m’a dit que oui donc c’est vrai ! Et puis vous êtes des méchants d’abord, voilà !

 

À vrai dire, dans cet article on va parler de cryptozoologie, c’est-à-dire l’étude des animaux dont on pense qu’ils n’existent pas mais que peut-être qu’en fait qu’ils existent… FARPAITEMENT ! Pour vous expliquer cela : il s’agit d’une pseudo-science qui vise à réunir (pour ses membres sérieux) les témoignages de populations indigènes ou d’explorateurs portant sur de grands animaux (plus gros qu’une poule d’eau… pourquoi pas…) non-reconnus par la zoologie actuelle. Donc en soi, il s’agit d’une véritable démarche scientifique, seulement on ne connaît ces animaux que par les témoignages humains. En fait, la cryptozoologie se base sur une négation du dogme de l’omniscience, commun en science, qui consiste à penser (souvent inconsciemment) que tout ce qui n’a pas été découvert par la science n’existe pas, ce qui se trouve être, bien entendu faux. Pour preuve de cette dernière affirmation : au début du XXe siècle, les physiciens annonçaient que la physique n’avait plus rien à découvrir, puis Einstein (entre autres) est arrivé… –sheh ! Cela est d’autant plus compréhensible en zoologie que l’homme n’a pas encore exploré toute la planète et que de nombreux sites restent encore quasi voire totalement vierges de présence humaine. En ce cas, comment affirmer que l’on a connaissance de tous les grands animaux qui peuplent notre planète ? Pour ce qui est de la question des sources, la plupart des espèces étaient connues des indigènes, parfois en tant que simples légendes, avant notre science occidentale, alors pourquoi leurs témoignages ne devraient-ils pas être pris au sérieux ?

 

On retrouve assez peu de représentations de cryptides dans l’art. Bien sûr on connaît les différents protomes, statues et dessins de griffons apotropaïques antiques. Les bestiaires de la fin de l’Antiquité et du Moyen-Âge comme le Physiologos (et ses dragons, phénix, cynocéphales, sirènes ou autres licornes) sont aussi autant de supports aux représentations en enluminures de ces animaux. Les licornes pasted image 4.pngjustement ! Il s’agit sans doute du cryptide le plus mainstream ever, alors je vous le dis tout de suite les amis, il n’existe aucun cheval à corne pétant des arcs-en-ciel dans notre dimension. Même les cryptozoologues n’y croient pas, c’est dire ! Pour autant, on la considérait au Moyen-Âge comme aussi réelle que les biches et les chamois, au même titre que les cryptides précédemment cités d’ailleurs. Rapidement devenu un symbole chrétien de pureté voire de l’Annonciation –même si on ne m’enlèvera pas de l’esprit qu’il s’agit d’abord d’un symbole pénien très apprécié de tous les bons cryptozoophiles (si si, ça existe)–, on la retrouve dans quelques œuvres monumentales telles que la tapisserie de la Dame à la Licorne. Enfin, on pourrait aborder le sujet épineux du dahut, un cryptide purement français –cocorico ! Moi ? Chaunnameduvin ? Noooon !–, et plus précisément alpin, dont on retrouve des exemples jusque dans les plus grandes œuvres néoclassiques comme le Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard de Jacques-Louis David –juré sans trucage ! Il s’agit en fait d’une sorte de chamois à tête et oreilles de Saint-bernard et à queue de vache –calme-toi Pasiphaé ! J’ai dit de vache !– qui a pour particularité d’avoir les pattes plus courtes d’un côté que de l’autre et ne peut donc tourner autour des montagnes que dans un sens. Mouais, nos cryptides manquent quand même un peu de classe…

 

Mais plus sérieusement, plus on se rapproche de la véritable cryptozoologie, plus on ne peut qu’en admirer le manque de représentations dans l’art classique. En effet, la plupart des cryptides sont moins sexys que les centaures ou les sirènes –bien que la queue de poisson me bloque un peu, mais je m’égare…– et sont donc moins connus et peints. Outre en effet les hominidés type yéti (qui pourrait d’ailleurs très pasted image 3.pngbien être un ours), sasquatch ou homme sauvage d’Asie, qui soulèvent un grand intérêt du fait de leur apparente proximité avec notre espèce, la plupart des sujets d’étude des cryptozoologues sont aussi palpitants que des félins aquatiques, de très gros serpents, des poissons aux formes bizarres ou des éléphants américains : en bref, des animaux existants mais (plus ou moins) légèrement différents. Prenez comme exemple la baleine sans nageoire dorsale de l’Atlantique Nord, l’ahool (une chauve-souris javanaise de 3,80 mètres d’envergure) ou encore l’adjule (ou loup du Sahara)… pas tout à fait des blockbusters cryptozoologiques. Ainsi, à part les spécialistes et les grands curieux, ils ne fascinent pas grand monde et leur intérêt artistique reste donc très faible.

 

Pour autant, il en existe des plus excitants que d’autres. Par exemple la cryptozoologie couvre aussi tous les animaux apparemment disparus qui auraient eu l’audace de survivre à la main vengeresse de l’homme : mégalodons, thylacines, félins à dents de sabre divers, pachydermes et singes préhistoriques, etc. Le cas du mammouth paraît assez sympathique, car ce gentil pachyderme laineux ne serait ainsi pas, d’après les cryptozoologues, tout à fait éteint et vivrait encore dans les taïgas sibériennes. À l’appui ? De nombreux témoignages. Le plus ancien, faisant mention d’un éléphant velu aperçu au-delà de l’Oural par des Cosaques, daterait de 1580, soit avant la découverte du mammouth par les scientifiques occidentaux en 1799. De nombreux autres témoignages ont ensuite fusé tout au long du XXe siècle. Impossible vous dites-vous ? Mais souvenez-vous que la Sibérie représente un territoire immense et très peu peuplé, dans les forêts duquel un pachyderme plus petit qu’un éléphant d’Asie pourrait très bien se cacher. Donc pourquoi pas ?

 

Il existe aussi des cryptides bien pétés et ridicules… comme l’olgoï-khorkhoï du désert de Gobi ! Bon, outre le fait qu’il ait un nom aussi rocambolesque que la naissance de Ganesh –blague d’edlien !– il s’agirait surtout de la créature la plus… minable de toute la création. En fait, il s’agit d’un ver rouge sombre de 60 à 90 pasted image 1.pngcentimètres de long pour vingt de diamètre ressemblant à un intestin de vache, sans yeux ni tête, se tortillant sur le sol. Cet animal n’aurait aucune chance de survivre s’il n’était pas apparemment doté d’une capacité de tuerie assez phénoménale, qui le hisserait au rang des pires saloperies de notre belle Terre derrière Adolf Hitler et ces emmerdeurs de chats. Ainsi, il pourrait tuer un homme, un chameau ou un troupeau d’animaux par simple contact voire à distance, peut-être grâce à des décharges électriques. On cherche donc un Pikachu mongol rouge sang de la forme d’un très gros boudin… Impeccable !

 

Pour finir, j’aimerais vous conter l’histoire du grand panda de Chine (Ailuropoda melanoleuca taxonomistorgasm ? Taxonomistorgasm !) qui, si vous vous imaginez qu’elle n’a rien à voir avec le sujet, pourrait très bien vous faire réfléchir très fortement sur la question de la cryptozoologie. En 1868, le père Armand David, lazariste basque de son état, s’en va en mission pour la deuxième fois en Chine avec un but d’évangélisation, mais aussi de prospection du vivant pour le Museum d’Histoire Naturelle de Paris. Il décrira ainsi de nombreuses espèces de plantes et d’animaux. En 1869, il découvre dans les piémonts de l’Himalaya une peau blanche et noire et demande à ce qu’on lui ramène l’animal à qui elle appartient. On ne peut lui apporter qu’un jeune panda mort et il fait son rapport au Museum d’Histoire Naturelle mentionnant une nouvelle espèce d’ours asiatique. Les expéditions occidentales s’enchaînent ensuite, telles que celle d’Ernest Henry Wilson en 1908, ou celle de John Weston Brooke, qui en aurait tué un la même année, ou encore celle de  James Huston Edgar, qui en aurait vu un en 1916, etc. En soit, à ce stade, le grand panda est très proche du statut de cryptide, et on ne parvient à en capturer un qu’en 1929, avec l’expédition de Theodore Jr et Kermit Roosevelt, fils du président Roosevelt, de Jack Young, de Herbet Stevens, de Philip Tao et de Suydam Cutting. En bref, un animal de la taille d’un ours a échappé pendant 60 ans à toute une tripotée de scientifiques et de chasseurs aguerris, qui savaient pertinemment où il vivait et étaient assurés de son existence. Au regard de cette histoire, comment ne pas se demander le nombre d’animaux qui nous passent entre les doigts si nous ne faisons que croire qu’ils existent ?

 

Raphaël Vaubourdolle

pasted image 0.png

En tandem : L’archéologie en bulles, quand la BD fait de l’art.

Il y a de ces grands artistes qui ne sont pas assez reconnus dans le monde de l’histoire de l’art et non, malheureusement, nous n’écrivons pas un article pour rendre hommage à l’intermittent du spectacle qui fait s’élever des bulles de savon arc-en-ciel par-dessus l’Arc de Triomphe du Carrousel. Nous avons plutôt décidé de vous parler du lien entre archéologie, histoire de l’art et bande dessinée, comme exploré à travers l’exposition de la Petite Galerie du Louvre, jusqu’au 1er juillet 2019, intitulée « L’archéologie en Bulles ».

             Aussi décalé que ce binôme puisse paraître – archéologie et BD – cette association est en réalité très pertinente. L’exposition, répartie en cinq thématiques, propose d’approfondir le lien entre « artistes et archéologues » – d’où le nom de la première partie – d’une part par la corrélation entre les méthodes, car les deux domaines [ATTENTION SPOIL] ont recours à la pratique du dessin. Même avant la naissance de la discipline scientifique, les amateurs et voyageurs s’équipaient impérativement (entre autres) de carnets de dessins, afin de croquer tous les vestiges, œuvres et objets qu’ils voyaient, pour la mémoire et pour la diffusion. D’autre part, la relation entre artistes et archéologues est étudiée avec humour à travers la vision de l’archéologue dans les bandes dessinées : on les connaît toutes, ces figures d’explorateurs, aventuriers et détectives qui ne s’éloignent de la réalité que par leurs fantastiques aventures. Mais les artistes et les archéologues mènent alors dans ces épopées les mêmes objectifs de résolution d’énigmes posées par l’histoire. Cette partie fait bien sûr appel à des paysages de l’Egypte, notamment rendue célèbre par la fameuse expédition napoléonienne de 1798 à 1801, qui sont souvent associés à de sombres mystères.

             La sibylline Egypte n’est pas en reste de toute l’exposition. Elle permet au visiteur d’aborder la seconde partie sur les trésors archéologiques. Il est d’ailleurs accueilli par le portrait de Jean-François Champollion (Léon Cogniet, 1831) en couleurs chaudes, histoire de nous faire entrer dans l’ambiance désertique des fouilles. Le terme de « trésor », exploré par le second thème, revêt différentes formes en archéologie, réunies autour de l’idée de la découverte de quelque chose qui a été enfoui dans le sol, volontairement, d’objets plus ou moins précieux selon leurs matériaux ou leurs significations d’alors (comme des dépôts votifs, de fondation d’un sanctuaire etc.). Comme pour la première section, on complète cette vision de l’archéologie, ou de l’archéologue, par le prisme de la BD qui voit bien souvent dans ces découvreurs, ou ces « inventeurs » selon le terme employé en archéologie, des figures héroïques en quête de ces trésors devenus éminemment exceptionnels, la plupart du temps mis en scène de manière extraordinaire à vous donner envie de devenir archéologue. En évitant souvent la partie poussière, terre sous les ongles, restes de vaisselle en terre-cuite et tutti quanti. L’exposition n’oublie évidemment pas de mentionner les trésors sous-marins, dont les méthodes et les moyens de recherches s’étoffent de plus en plus depuis quelques décennies, illustrés par la statue en bronze d’Apollon découverte en 1832 au large de Piombino (Italie) qui appartient aux collections du musée du Louvre.

             Les collections du musée du Louvre sont d’ailleurs une sorte de fil conducteur dans la Petite Galerie, car les objets archéologiques qui illustrent le propos de l’exposition sont sortis de leurs salles. On en voit beaucoup dans la troisième section intitulée « Classer pour comprendre ». Celle-ci est plus centrée sur les méthodes de l’archéologie en nous montrant par exemple, dans une large et longue vitrine, de petits objets alignés sur des crochets, selon leur positionnement théorique dans une coupe stratigraphique, dans une sorte de reconstitution d’un sol de fouilles. Le bédéiste, bien qu’évoluant dans un univers souvent inventé, s’emploie la plupart du temps à recomposer ces strates du temps lui aussi, à faire des typologies d’objets à travers ses planches et à équiper ses héros de tous les ustensiles nécessaires.

             Le petit circuit nous emmène ensuite du côté de l’interprétation et du rêve, dans la section « Interpréter et Rêver », qui sont, somme toute, des caractéristiques communes aux deux domaines. Après les fouilles, l’archéologue doit interpréter ses découvertes pour pouvoir en faire une publication et, si l’objet a été trouvé en dehors de son contexte archéologique, comme cela s’est souvent produit au cours du XIXe siècle, l’archéologue doit mener une étude qui lui permettra de développer des hypothèses. Le bédéiste, quant à lui, se sert aussi bien de données réelles qu’imaginaires, car contrairement à l’archéologue, il peut s’intéresser à des sites historiques, les reproduire ou bien en inventer de nouveaux, « innover » sur les fondements historiques des recherches scientifiques. C’est ce que j’ai aimé dans la dernière séquence, « Quand la bande dessinée imagine », où l’on y confronte notamment ce célèbre tableau de Hubert Robert, Vue imaginaire de la Grande galerie en ruines, (1796) avec une planche de Nicolas de Crécy tirée de sa BD intitulée Période glaciaire, (Futuropolis et Musée du Louvre, 2005) comme le clou du spectacle. L’un imagine le Louvre de la fin du XVIIIe siècle en ruines, évoquant son ancienne fonction de musée où un copieur tente encore  d’apprendre des œuvres du passé et où d’autres tentent de se réchauffer autour d’un braséro. Tandis que le second imagine un Palais du Louvre plus proche du XXIe siècle, enseveli sous des mètres de neige, où des aventuriers incultes malgré eux tentent de sonder ces siècles de passé (tout en pensant qu’il s’agit d’une seule et même civilisation à un temps donné) avant qu’ils ne disparaissent totalement.

             Si vous êtes encore mitigés à l’idée d’aller voir cette exposition, vous serez entièrement convaincus par le coin lecture de la Petite Galerie, installé au milieu de la dernière salle, qui permet à qui veut de se servir dans les bandes dessinées installées dans une petite étagère entièrement à la disposition des visiteurs. Vous y trouverez la plupart des BD évoquées le long du parcours, ainsi que d’autres, et vous aurez la joie d’admirer les sourire et les visages joyeux de tout âges, que tous ces gens qui se plongent dans une lecture passionnante en plein musée arborent, tout en oubliant qu’il y a un crâne exposé dans la vitrine d’en face.

Lise Thiérion

Illu Archéo BD 2.jpgLa Bande dessinée fait son entrée au musée

(NB Les BD citées ne sont pas toutes présentées dans l’exposition).

Une fois cette balade dans la Petite Galerie bien en tête, attardons-nous davantage dans ce coin bibliothèque et même plus particulièrement sur la rencontre (pas si nouvelle qu’on pourrait le penser) entre les trois premiers arts (pour ceux qui ne connaissent pas bien la classification : architecture, sculpture et arts visuels) et le neuvième, la bande dessinée.

Cette association quand on y pense paraît bien naturelle. Associer les arts anciens et poussiéreux des musées à celui nettement plus actuel et accessible de la Bande dessinée ouvre une nouvelle palette de possibilités. Bien sûr nombre d’entre nous pourront crier à l’irréalisme constant qu’on peut voir dans une grande partie de ces ouvrages. Mais soyons indulgent et penchons-nous sur la qualité ou non de ces histoires dont certaines sont mises à l’honneur au Louvre cette année.

           L’histoire d’amour entre le Louvre et la BD remonte à quelques années déjà. Depuis 2006, le musée s’est associé avec la maison d’édition Futuropolis pour donner chaque année carte blanche à un auteur de BD (bédéiste pour les intimes) afin qu’il produise un ouvrage en rapport avec le Louvre. De grands noms y ont participé : on peut notamment citer feu Jirô Taniguchi, grand maître du manga qui a réalisé Les Gardiens du Louvre (ed. Futuropolis) en 2014. Ce genre de partenariat n’est pas uniquement propre au musée du Louvre puisque le musée d’Orsay possède aussi sa collection avec Futuropolis (n’ayant pour l’instant que deux ouvrages à son catalogue), dont le fabuleux et irrésistible Moderne Olympia (ed. Futuropolis, 2014) de Catherine Meurisse qui raconte les déboires de l’actrice Olympia dans l’industrie d’Orsay n’ayant que des rôles X sur son CV et dont sa principale rivale n’est autre que Vénus, star du tableau de Cabanel.

           La Bande dessinée réinvente l’art et les musées pour montrer un aspect différent de ce qu’on peut expérimenter lorsqu’on est simple visiteur.

           Dans un premier temps elle sert à raconter les histoires perdues de tous ces objets qui restent inertes dans les salles. Évidemment, quelques périodes semblent plus propices à la réécriture que d’autres. C’est la raison pour laquelle on a de nombreuses histoires qui prennent place au temps des Pharaons comme Papyrus (ed. Dupuis, depuis 1974, 35 tomes) de Lucien de Gieter qui raconte les aventures du héros éponyme, protecteur et ami de la fille du Pharaon. L’occasion de représenter énormément de statues, temples et tombeaux dans un univers rempli de hiéroglyphes. Mais l’Égypte ancienne n’est pas la seule époque privilégiée : l’Antiquité romaine connaît également son heure de gloire avec Alix (ed. Casterman, depuis 1965, 37 tomes) de Jacques Martin, citoyen romain et aventurier au service de César. N’oublions pas non plus dans Astérix (grands absents de l’exposition par ailleurs), les irréductibles Gaulois qui font trembler ce même César. Plus rares existent aussi des ouvrages qui tentent de remonter encore plus loin dans le temps comme l’iconique Rahan (ed. Hachettes, depuis 1969) de Roger Lécureux et André Chéret ou plus récent, Silex and the city, (ed. Dargaud, depuis 2009, 7 tomes) de Jul qui réécrit la Préhistoire avec humour et anachronismes, tout en s’inspirant d’objets tels que les Vénus sculptées. Ce qui explique probablement la présence d’une certaine Diane de Brassempouy, top modèle, dont la ressemblance est assez frappante avec la dame du même nom.

           Dans une autre optique, la Bande dessinée s’empare parfois du musée comme un lieu de décor pour ses histoires farfelues. C’est notamment le cas pour Les Chats du Louvre (ed. Futuropolis, 2017) de Taiyô Matsumoto où le Louvre serait peuplé par des chats depuis des siècles. Plus réaliste (quoique), Bastien Vivès nous plonge dans le casse du siècle avec La Grande Odalisque, (ed. Dupuis, 2012, 2 tomes) récit dans lequel il met en scène trois jeune femmes décidant de braquer le Louvre (mais aussi le musée d’Orsay et d’autres encore). Ce qui donne lieu à des scènes fascinantes, notamment une hallucinante cascade à moto sur la pyramide du Louvre. Le Musée du Louvre en lui-même n’est pas la seule source d’intérêt, ses visiteurs y participent également. Ainsi dans L’île-Louvre (ed. Futuropolis, 2015) de Florent Chavouet, les visiteurs sont les personnages : leurs commentaires, leurs questionnement et leur comportement est ce qui est le plus savoureusement représenté, pour le plus grand plaisir du lecteur.

           Enfin, l’art, source perpétuelle d’imagination, permet par lui-même de proposer de nouvelles histoires. Ainsi dans Le Cimetière des Cathédrales, (ed. Lombard, 1988) de la série Rork d’Andréas, le héros part à la recherche en Amazonie d’un certain cimetière au fin fond de la forêt qui accueillerait des centaines de vieilles cathédrales envahies par la nature, de quoi faire frissonner un médiéviste. À l’opposé de cette idée de faire revenir le passé, Période Glaciaire (ed. Futuropolis, 2006) de Nicolas de Crécy nous amène dans un futur où des archéologues retrouvent le Louvre sous les glaces et interprètent ce qu’ils y découvrent (un bonnet de l’OM par exemple, marque d’appartenance suprême). Les objets y prennent vie également, appelant leurs redécouvreurs à l’aide. Le Louvre, déjà un lieu d’histoire en lui-même, devenu de nos jours un lieu d’exposition de découvertes, redevient dans ce futur un objet d’étude avec tout ce qu’il renferme dans ses salles enfouies. Les découvertes cherchent perpétuellement à être redécouvertes.

           La Bande dessinée s’empare donc de ce domaine monstre qu’est l’histoire de l’art, la remodèle, se l’approprie et en renvoie une image différente, réinventée. Cette association est peut-être ce qui pourrait permettre aux musées d’atteindre des publics qu’ils n’atteignent pas habituellement, mais cela reste encore à voir.

Salomé Moulain

DON’T GO BREAKING MY EARTH !

Nous l’avons tous vue, que ce soit par les partages sur les réseaux sociaux ou par le mail de Claire Barbillon, cette tribune du 13 mars 2019 dans Libération « Climat : après nous, pas de déluge », par le Réseau étudiant pour un patrimoine bleu – Margot Rousset, Gabrielle Carron et Romane Gorce, qui incitait tous les élèves en histoire de l’art et archéologie à aller manifester pour le climat lors de la marche des étudiants qui s’est déroulée vendredi 15 mars.

Pourtant, ce que nous voyons sur les grands médias, tels que FranceInfo et Le Monde par exemple, ce sont des articles et des images des incendies et des violences qui se sont déroulés en marge des cortèges, particulièrement lors de la marche du samedi 16 mars, où l’action des Gilets Jaunes rejoignait celle de la lutte pour le climat. Lorsque les marches pour le climat sont évoquées, c’est pour nous faire part de la panoplie des pancartes toutes aussi percutantes et humoristiques les unes que les autres, dans un diaporama bon enfant, ou quelques chiffres en titre d’un article.

Loin de vouloir casser du sucre sur le dos de tout le monde, ce que je voudrais, dans cet article, c’est vous raconter un peu comment cela s’est passé. Tout d’abord, il y a eu la manifestation de vendredi, une marche spéciale pour les étudiants. Une grève générale internationale et, d’abord, scolaire initiée par Greta Thunberg, une jeune suédoise de 16 ans. On a beau critiquer les 2000, cette femme qui avait commencé à faire la grève scolaire aux mois d’août et septembre 2018 devant le parlement suédois pour remuer les élections législatives, est devenue, comme nous le savons, l’icône des jeunes engagés pour la sauvegarde de la planète souhaitant que les dirigeants prennent des actions concrètes et immédiates pour empêcher le réchauffement climatique. Parce que nous, étudiants, jeunesse mondiale, nous avons besoin que ceux qui sont en charge de notre avenir voient plus loin que le bout de leur nez, qu’ils prévoient au-delà de leur quinquennat et qu’on prenne, une bonne fois pour toutes, la vie au sérieux.

De cette façon, à Paris, les étudiants se sont rejoints à 13h au Panthéon, afin de marcher ensemble pour réveiller les consciences endormies par leur désir de profit. Afin de faire entendre que la planète n’est pas un emballage que l’on jette après usage et que, surtout, il n’y en n’a pas d’autre (non, vraiment, même si des milliers d’exoplanètes ont été trouvées, nous n’avons pas les moyens de les atteindre avec notre technologie actuelle et il est très peu probable qu’on y arrive un jour, tout simplement aussi parce qu’il faudrait plus d’une vie pour les rejoindre : donc pour nous c’est déjà cuit et non, on n’a pas encore réussi à réveiller quelqu’un d’une cryogénie), le cortège s’est déplacé de Panthéon à Montparnasse, pour enfin rejoindre les Invalides ; en prenant soin d’éviter le Palais du Luxembourg, siège du Sénat français.

En exclusivité, le ressenti de Déborah Philippe, membre du Louvr’Boîte qui a participé à la marche des étudiants le vendredi 15 :

L.T. : “Qu’est-ce que ça fait de participer à une marche d’étudiants ?”

D.P. : “On a l’impression d’appartenir à un groupe uni pour une cause importante… Même si ce n’est pas quelque chose dont on a l’habitude, je conseille fortement d’y participer au moins une fois. Ce sont les petites choses qui forment les grandes !”

L.T. : “Comment l’après-midi s’est-elle déroulée ?”

D.P. : “Tout a commencé au Panthéon avec des « Et 1, et 2, et 3 degrés, c’est un crime contre l’humanité ! » pendant trois quarts d’heure (oui, les étudiants de l’école étaient trèèès en retard), slogan qui va rythmer toute la marche avec une joyeuse fanfare de cuivres, en passant par Montparnasse avant de se terminer aux Invalides”.

L.T. : “As-tu eu l’impression que les élèves d’histoire de l’art et d’archéologie avaient leur place au sein de cette marche / ont-ils été particulièrement visibles ?”

D.P. : “Évidemment qu’ils ont leur place dans cette marche ! Tout le monde est concerné. Malheureusement il n’y avait qu’une poignée d’étudiants de l’EDL, environ une vingtaine… Très vite dispersée.”

L.T. : “Y a-t-il eu des discours à la fin de la manifestation ?”

D.P. : “Malheureusement, non.”

L.T. : “Quelle sera la prochaine action des étudiants pour le climat ?”

D.P. : “Chaque vendredi, on attend du monde !”

L.T. : “Quelle a été la pancarte/la punchline qui t’a le plus marquée ?”

D.P. : “Une pancarte assez triste sur Ariel, la petite sirène, étouffée par le plastique (âmes sensibles s’abstenir). Quant à la punchline, rien de mieux que le fameux « J’ai pas la thune pour aller vivre sur la lune ».

Concernant la marche de samedi : la tension planait au-dessus de nos têtes. Bien que la marche soit, somme toute, agréable et joyeuse, comme plusieurs de vos camarades du Louvr’Boîte l’ont ressenti, je ne cessais, personnellement, de me faire harceler de notifications FranceInfo sur les incendies des restaurants et boutiques de luxe. Toutefois, il était souvent écrit au dos des Gilets Jaunes « manifestation non violente » et nombreux étaient ceux qui brandissaient leurs écriteaux : « fin du monde, fin du mois, même combat ». Des intervenants des GJ comme on les surnomme, se sont présentés sur la scène, vers 17h sur la Place de la République, afin de rappeler que cette journée, encore une fois, était dédiée à la vie, qu’il s’agisse de la nôtre, de ceux dans le besoin, ou de ceux dont l’État pense encore trop souvent que leur vie ne compte pas, comme l’a rappelé avec émotion la sœur d’Adama Traoré (victime de violences policières en 2016, jugé comme un non-lieu).

Le cortège de ce samedi pour la Marche du Siècle s’est rassemblé entre 14h et 15h Place de l’Opéra et a tracé son chemin jusqu’à la Place de la République. Bien que de nombreuses branches se soient éparpillées dans les rues voisines, c’est à cet endroit que tous se sont rejoints, chantant, dansant, brandissant les punchlines plus ou moins raffinées. « Moi j’y suis arrivée vers 14h. D’abord je suis sortie du métro à Opéra, la rame de métro entière est sortie à cette station. Ensuite, la place était tellement bondée qu’on avait du mal à monter les marches de la bouche de métro », nous rapporte Salomé Moulain, membre du triumvirat du Louvr’Boîte. Malheureusement, ni elle ni moi n’avons pu retrouver les membres de l’EDL partis en crew depuis l’école ; une équipée rassemblée par le club de Mens Sana avait également organisé un atelier de création de pancartes. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne fallait pas être agoraphobe : à République, la foule se rassemblait autour des stands de nourriture, mis en place par les bénévoles des diverses associations organisant la marche et devant la scène où, vers 17h les prises de paroles se sont succédées ; laissant place à des GJ, à des représentants d’associations engagées pour le climat (Les Amis de la Terre), quatre jeunes engagés pour cette marche qui avaient préparé un beau texte sur leurs revendications et les solutions à mettre en place, dont la rhétorique était bien rodée. Enfin, bien sûr, les membres des quatre associations (Notre Affaire à Tous, la Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace France et Oxfam France) qui avaient décidé d’attaquer l’État français en justice face à son inaction pour le climat avec la campagne et la pétition « L’Affaire du siècle », qui ont déposé un « recours en plein contentieux » devant le Tribunal Administratif de Paris en ce mois de mars 2019. Nous avons essayé tant bien que mal de faire un « clap » pour le climat sans s’assommer les uns les autres et de sauter sur place, requinqués par les concerts offerts à la communauté.

          On nous a rappelé que les actions continueraient les prochains vendredis pour la marche des étudiants et qu’une autre grève générale, une « action de désobéissance civile non violente » était prévue pour le 19 avril, sans que l’on sache vraiment ce que cela signifie : il faut remplir un formulaire pour bénéficier de futures informations.

          Camarades de classe, professeurs, professionnels, on espère que ces actions vous font prendre conscience de l’ampleur de la crise pour le climat, que nous, étudiants en histoire de l’art et archéologie, nous essayons de connaître et de comprendre les cultures afin, non pas de nous cultiver nous-mêmes, mais de les partager, non seulement avec nos contemporains, mais aussi de les transmettre à nos successeurs sur cette planète : car disons-le « Un et deux et trois degrés / C’est un crime / Contre l’humanité ».

Lise THIÉRION

Chronique d’une licorne ratée…

« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. (…) Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le quatrième jour. Dieu dit : « Que les eaux produisent en abondance des animaux vivants, et que des oiseaux volent sur la terre vers l’étendue du ciel. » Dieu créa les grands poissons et tous les animaux vivants qui se meuvent, et que les eaux produisirent en abondance selon leur espèce ; il créa aussi tout oiseau ailé selon son espèce. Dieu vit que cela était bon. Dieu les bénit, en disant : « Soyez féconds, multipliez, et remplissez les eaux des mers ; et que les oiseaux multiplient sur la terre. » »

narval.jpg

Mais ce que l’histoire ne dit pas, c’est que Dieu se rata — il créa donc le même jour l’erreur. Cette erreur était infime, elle ne tenait qu’à un minuscule détail. Détail presque insignifiant pour tout le monde, sauf pour une espèce qui, depuis ce quatrième jour, vit chaque instant avec le poids de cette erreur. Cette espèce, c’est le narval.

Triste histoire en réalité que celle du narval, fruit d’une simple maladresse. En réalité, c’est une licorne que Dieu voulut créer ce jour-là — car il aimait beaucoup les licornes —, mais il se mélangea avec le béluga et pouf : il fit le narval ! Comme quoi, les coïncidences arrivent plus vite qu’on ne le croit. Depuis, les narvals ont en réalité vécu une bien sombre existence, car durant très longtemps, personne ne les reconnut à leur juste valeur…

narval geo.jpg

Déjà, leur nom vient du mélange de « nar » (cadavre en islandais) et « hual » (baleine). Nous partons donc sur des bases assez instables, leur nom signifiant littéralement « cadavre de baleine », il fut assez difficile pour cet animal de se faire une place dans la création avec un diminutif pareil… « C’est quelque chose dont on ne parle pas vraiment entre nous, nous confie tristement Robert* le narval, c’est vrai que c’est pas réellement la chose à dire lors d’un premier rencard quoi… » De plus, ils sont connus sous un autre nom : « licorne des mers ». Donc, encore aujourd’hui, on utilise le nom d’un autre animal pour les décrire. Ce fait révèle clairement un manque d’identité propre, les narvals ne sont parfois même pas reconnus pour eux-mêmes, on leur vole leur identité. C’est quelque chose dont ils souffrent beaucoup.

 

Néanmoins, le plus dur pour les narvals reste de vivre avec cette dent. Cette dent, qu’on prend à tort pour une corne, leur rappelle chaque jour ce qu’ils ne seront jamais : une licorne. Bernie* le narval nous a même confié vouloir se la faire enlever. Selon ses dires, « (s)a corne (lui) rappelle chaque jour quand (il se) regarde dans le miroir, qu’au lieu d’atteindre la grâce, (il est) condamné à vivre chaque jour dans un corps flasque et gros qui fait « blop » quand (il s)’assoit ».

En effet pendant longtemps les narvals ont cru pouvoir « atteindre la grâce » (cit) : jusqu’au XVIIe siècle les pêcheurs de la Mer du Nord revendaient leur dent aux Européens en faisant croire qu’il s’agissait là de cornes de licornes. Cet ornement faisait alors l’objet d’un commerce très lucratif, son cours étant alors plus de six fois supérieur au prix de l’or ! Ainsi, durant quelques siècles, on attribua à la dent de narval des propriétés exceptionnelles comme le pouvoir de guérir des maladies ou celui d’être un remède au poison. Des moines dirent même d’une dent, aujourd’hui conservée au musée de Cluny, qu’elle avait la faculté de dégager des bulles par sa pointe lorsqu’on la plongeait dans l’eau. Même si les narvals étaient conscients d’être des imposteurs, ils se sentaient pour une fois importants et reconnus.

Ce fut Ambroise Paré dans son Discours de la momie, de la licorne, des venins et de la peste (1582), qui émit pour la première fois l’hypothèse que ces cornes venaient en réalité d’animaux marins. Au départ, les narvals n’étaient pas très inquiets, « on pensait naïvement que les gens le prendrait pour un fou » se remémore tristement Angélique*, la soeur de Bernie. Mais rapidement, le masque tomba, et les Européens comprirent alors la supercherie. Cela eut des conséquences dramatiques sur le cours de la dent de narval qui chuta considérablement.

 

De cette période de gloire, les narvals ne regrettent rien, « on savait à quoi on s’exposait » maintient Angélique. « C’est vrai que pendant longtemps les gens nous en on voulu, poursuit Robert, mais au moins, notre espèce est désormais connue et reconnue, la preuve : on expose encore nos « cornes » dans les musées. » Il est vrai que durant longtemps les dents de narval étaient de vraies pièces de collection qu’on retrouvait souvent dans les cabinets de curiosité ou même les trésors d’églises. Cela n’a donc rien d’étonnant qu’encore aujourd’hui certaines soient exposées au sein même de musées.

 

De plus, bien qu’aujourd’hui tout le monde connaisse la vérité à propos de la dent du Narval, personne ne sait à quoi elle leur sert ! Les avis des spécialistes divergent à ce propos. Si certains pensent qu’elle leur sert à briser la glace, d’autre maintiennent que cette dent est faite pour pêcher. Jules Verne et Darwin pensaient tous les deux qu’elle leur servait d’arme défensive.

Des chercheurs qui travaillent sur le sujet depuis le début des années 2000 ont démontré en 2014 que cette dent est en fait une sorte de sonde chimique qui renseigne les narvals sur le taux de salinité et la température des eaux dans lesquelles ils se trouvent — cette avancée n’étant pas incompatible avec une fonction défensive. En effet, après quelques expériences ils ont constaté que le rythme cardiaque du narval change considérablement suivant si l’animal se trouve dans l’eau salée ou l’eau douce. Cela serait dû, selon eux, au fait que la dent est en réalité recouverte d’un cément, tissus poreux et sensoriel, et non par de l’ivoire. Les pores répartis sur cette dent sont parcourus par un réseau dense de terminaisons nerveuses, qui sont directement reliées à la partie centrale de la dent (la pulpe) au cinquième nerf crânien. Ainsi, la dent de narval serait un véritable organe sensoriel, et cette fonction assurée par une demeure unique chez les mammifères ! « C’est vraiment une étude qui nous a rassurés… » commença Angélique, avant de se faire interrompre par Bernie — le patriarcat et le sexisme sont aussi présent chez les narvals — « Avant on pensait juste être normaux, maintenant on comprend qu’on a en plus des super pouvoirs ! Donc finalement, notre dent est aussi magique qu’on le dit ! »

 

* Les noms sont changés par soucis d’anonymat

 

Élise Poirey

bd

Ek°Phra°Sis : La tourmente des eaux

https___cdn.pixabay.com_photo_2016_05_20_23_25_storm-1406218_960_720.jpg

Brume en chevelure du fleuve, seules les vagues la connaissent. Dans le chant du soir, elle se languit depuis son rocher. Son regard scrute le firmament des eaux noires et bientôt, au récif, s’écaillent les espoirs. Elle ne contient plus sa détresse ; de souffrance elle se pare. Ô toi belle inconnue qui a tant charmé, sais-tu ramener dans des bras meurtris les marins trop tôt partis ? Nul doute que tu m’entendras, Lorelei, loin de l’écume fumante des entrailles du Rhin. Qu’apporte le vent à tes abyssales notes quand s’élève une plainte, des pleurs jaillissant depuis la Lune qui se plie à ta beauté ? Loin des muets cris de son cœur s’apaise le sommeil calme des assoupies paupières du Rhin, et t’endors-tu pour mieux te réveiller pour le prochain malheureux. Te voici encore, reine sans lendemain.

 

Carl Bertling, huile sur toile, Lorelei, 1871

Carl Bertling, La Lorelei, huile sur toile, 1871

Alors que les fragrances du Sturm und Drang de Goethe flottent toujours dans l’air germanique, le poète Heinrich Heine compose un poème sur la déroutante nymphe. Il y déploie toute la scintillante obscurité d’un lieu qui enivre, enchante et captive. La sonorité de la langue allemande enlace les effets musicaux du bruissement des feuilles face aux bourrasques qui se lèvent, l’agitation de l’eau en surface qui se métamorphose en puissants tourbillons, la captivante clarté d’une voix féminine perçant la nuit…Vous ne la connaissez pas mais sans nul doute résonne son nom dans vos mémoires. Enfant ne vous a-t-on jamais conté l’histoire de cette aquatique enchanteresse ? Il est dit que ces enivrants chants absorbent l’aube et perdent entre les roches les rares navires d’intrépides marins. Elle délivre sa funèbre oraison et quiconque s’approche trop d’elle, doit redouter l’écueil sur d’imprenables rives. Égérie des Romantiques allemands, la Lorelei est encore bien mystérieuse. Nul ne sait sa véritable histoire. Est-elle une magicienne accablée du chagrin d’avoir perdu un amant navigateur ? Les marins l’aurait-il tous cruellement abandonnée ? Ou peut-être est-elle une sombre nixe qui n’a comme volonté que la mort des rameurs de passage ? Le brouillard persiste sur ce rocher haut de cent trente-deux mètres, non loin de la ville rhénane de Saint-Goarshausen… Qui sait encore où elle peut aujourd’hui se trouver… Ce qui est toutefois certain, c’est que de nos jours, elle envoûte encore plus d’un touriste.

vague.jpg

 

            Le poème envoûte également l’esprit des Allemands qui le font apprendre par la suite aux petits dans leur enfance. La Lorelei devient alors le symbole protecteur de l’Allemagne et continue après le talentueux Heine à fasciner d’autres artistes. Que dire de la mélodie de Friedrich Silcher qu’il compose pour accompagner les vers du romantique Heinrich ? Ou encore de l’ekphrasis picturale de Carl Bertling sur la mystérieuse femme en 1871 ? Il la peint dans une tourmente maîtrisée que seule l’agitation des drapés vient trahir. Prête à basculer, elle se penche depuis sa falaise pour voir quel marin vient la visiter. L’espoir dans son regard sursaute de crainte et d’insoutenable attente. Est-ce son amant qu’elle rêve de voir reparaître ? Et qu’arrivera-t-il au navigateur s’il n’est pas celui qu’elle désire plus que tout ? Nous en connaissons déjà, hélas, la fin…

 

Lorelei_Silcher_.jpg

 

            Même condamnation de la femme amoureuse désespérée dans l’univers britannique. En 1603, William Shakespeare présente son tragique Hamlet. Fille du roi Polonius, la douce Ophélie s’éprend du jeune prince du Danemark qui partage sa passion bien que tous deux savent qu’un mariage entre eux est impossible. Lorsque Hamlet la délaisse et assassine son père, la jeune femme sombre dans la folie et se suicide en se noyant. Héroïne mélancolique qui ne trouve d’aboutissement à son existence qu’à travers la douceur de la mort, un topos artistique se développe en linceul autour du personnage d’Ophélie. John Everett Millais l’exalte dans son huile sur toile préraphaélite Ophélie, peinte en 1851-1852. La jeune princesse y figure noyée, ses bras revenant à la surface après un dernier sursaut de supplication adressé au destin. Sa chevelure éparse flotte en corolle autour d’elle avec en écho le déploiement de sa robe où meurent des fleurs sur l’onde. Son visage paraît étrangement calme mais dépeint un profond malheur résigné. La nature si vivante autour d’elle apparaît en verdoyant tombeau, en oxymore projeté. Face à la Lorelei, Ophélie est tout autant une héroïne éperdue d’amour mais abandonnée par l’être aimé. Cependant, la nymphe germanique transforme son chagrin en chant plaintif qui la garde en vie et qui lui permet d’attendre ou de se venger du sentiment amoureux. Ophélie, quant à elle, préfère se perdre plutôt qu’accepter la réalité de sa passion outragée, délaissée… La violence de la réaction est forcément fatale, lutte d’une vie trahie qui par l’élément de l’eau, se venge ou agonise comme seules réponses possibles face à la fatalité.

Millais, Ophélie, 1851-52.png

MILLAIS, Ophélie, huile sur toile, 1851-52

 

Sous les dolentes vagues épiées

Tremble le ressac par l’éprouvé soir

Affolé. Homme de mer, agrippe

L’amer des cordes  sans quoi

L’instant surpris en tes mains

Fanera pour à l’iode s’évaporer.

 

Est l’attache forte quand au vent

Assaillent les lunaires pierres

De braves visages à l’impavide

Embrun jeté. Hélas ! Gare !

 

Le venteau est arraché et,

Par la blancheur des flots, est

Aux inavouées abysses aspiré !

 

Mirage d’absinthe roué au bâton

Infortuné, là demeure la faute.

Éprouvée sous l’écume déchirée,

Par la passion noyée, elle y perd

Le dernier souffle sous les tambours

De la vivante statue condamnée…

 

Laureen GRESSÉ-DENOIS, Noyade