twist it like a diamond

Cette bien étrange histoire du loom

Oubliez ce que vous êtes en train de faire. Exit plage, sable, marrons, replongez un an plus tôt. En un petit twist mental, nous voilà de retour en 2014. Rien n’a changé, ou presque : le monde a eu le temps de vieillir un peu, et l’air de rien, de se débarrasser d’une épidémie caoutchouteuse.

On se le donne en mille, il se fait oublier mais tout le monde l’a reconnu : le Rainbow Loom® était alors le seul maître de la mode, ayatollah des accessoires de cuisine homemade et Anna Wintour de la bijouterie cheap. Venu (comme d’habitude) d’outre-atlantique, ou plutôt d’outre-toutcourt, puisque ces choses là viennent toujours d’ailleurs. Seulement (comme d’habitude), le vieux continent est à la traîne, mais, attendez, voilà l’histoire.

Le petit élastique fou est mis au monde en 2011 par un ingénieur originaire de Malaisie – et l’on se gardera, dès lor, d’évoquer tout le malaise de cet objet -, en reprenant stricto sensu le design défendu par les meilleurs orthodontistes de Navarre. Sa commercialisation ne rencontre pas tout de suite le succès, les consommateurs ne sachant pas comment les utiliser, preuve s’il en est qu’on peut tout de même vendre n’importe quoi sans mode d’emploi. Le bon monsieur attendra le lancement d’un site aux vidéos ex-pli-ca-tives pour voir son business décoller et la fièvre… gagner le monde.

C’est ensuite que l’histoire devient terriblement intéressante. La diffusion de ces looms suit le schéma de centre-périphérie si cher à nos géographes, en clair : il conquiert d’abord les villes, puis les autres centres, et ainsi de suite, jusqu’à débarquer chez vos parents, à l’été 2014, comme LA nouveauté du siècle. Il ira même se contrefaire un peu partout, se vendre en magasins de jouets, marchés, cours d’école et hangars à Bagnolet. L’épidémie n’épargne personne parce qu’elle est vicieuse : ironie du sort, les petites mains occidentales créent les bracelets/sautoirs/diadèmes/strings/etc. de 0 à 15 ans, pour les offrir à leurs parents/animaux/Jean-Pierre Pernault… Le boom s’empare même des sphères hautes de l’internet et gagne les plateformes d’hébergement de vidéos, toutes les mamans du monde voulant montrer au web leurs astuces pour une Tour Eiffel du loom et autres constructions psyché. Même, ce malin caoutchouc (garanti sans parabens, phtalates et bisphénol dans la déclinaison officielle) se décline ainsi en moult expériences plus ou moins – entendons-nous sur jamais – heureuses. Non loin d’une esthétique craypion-ne, le site officiel anglophone propose sans honte ses « loominaries », le frère francophone un « hair loom studio », des « finger loom party pack ». En somme, le loom s’amuse.

Belle histoire. Escroqué mais heureux, le monde. Pourtant les modes passent et encore plus cruellement lorsqu’il s’agit de gadgets pop : le rainbow boom aura eu le succès aussi fugace qu’inutile.

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Aurélien Locatelli

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