La palourde

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Quand je suis sortie de la séance de The Lobster (2015, Yórgos Lánthimos) hier soir, je me suis sentie dans une drôle d’humeur. D’une part parce que le film ne répondait pas à mes attentes (beaucoup de points restent en suspens), d’autre part à cause de l’ambiance étrange et du sujet même de cette fiction un peu fantastique. Dans un futur proche, les célibataires sont enfermés dans un hôtel avec pour but (obligation ?) de trouver un partenaire sous quarante jours. S’ils échouent, ils sont transformés en l’animal de leur choix. Toutefois, se mettre en couple n’est pas si aisé que ça, il semblerait qu’il faille avoir un signe particulier en commun avec votre future moitié : un boitement, des saignements de nez réguliers ou même la myopie…
Et c’est là que quelque chose me dérange.

Ces relations qui se développent ne se fondent que sur ce critère-ci, elles s’accordent parfaitement avec le dicton « qui se ressemble s’assemble », quid de « les contraires s’attirent ? ». Mais il me semble que ce qui m’a rendue le plus mal à l’aise, c’est  les questionnements que ce film soulève. Ces couples superficiels ne sont pas heureux et, lorsqu’ils se disputent, on leur donne des enfants, sous prétexte que « ça arrange souvent les choses » mais les célibataires et pire, les loners – leurs équivalents vagabonds des bois – ne sont ni plus libres ni plus joyeux. Dans quelle situation faut-il être pour être simplement content et se sentir complet ? A-t-on réellement besoin d’une deuxième personne pour profiter pleinement de sa vie ?

The Lobster amorce les questions mais n’y répond pas. Et c’est dans ce foisonnement de réflexions que vous sortez du cinéma et vous vous retrouvez dans un état mental particulier. La société d’aujourd’hui est construite d’une telle façon qu’être en couple devient la norme et surtout une nécessité (et être marié avec des enfants c’est encore mieux !). C’est une nécessité pour convenir aux schémas et représentations conventionnelles mais c’est surtout une pression sociale. Tout le monde a connu la question – redoutée pour certain(e)s – en repas de famille : « Et alors machin(e), il/elle est où ton/ta amoureux/se ? » et les mêmes certain(e)s qui redoutent la question ont presque honte de leur réponse (souvent « Euh… j’en n’ai pas. ») parce que, oui, c’est mal vu d’être célibataire. Je ne sais pas vous, mais parfois, et surtout après ce genre de film, je me demande si dans exactement dix ans, j’aurais une vie qui me plaît et donc un boulot, un appart et surtout, un partenaire fixe. Comme si j’avais besoin de ces trois choses en même temps pour être heureuse.
J’ai donc trouvé ce film assez « malaisant », parce que moi, célibataire endurcie, ai passé les deux heures à réfléchir à l’animal en lequel je voudrais être transformée, persuadée d’échouer à ce genre d’épreuve. Si le personnage principal veut se transformer, comme le titre l’indique, en homard et bien moi, je vous le donne en mille, ça serait en palourde. Ne me demandez pas pourquoi… je dois avoir un faible pour les jeux de mots douteux.

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