« Je vois la vie en rosé » ou des micronations comme états modernes

« Je vois la vie en rosé », telle est la devise de la Principauté d’Aigues-Mortes. Vous ne connaissez pas cette nation ? C’est tout à fait normal. Elle n’est reconnue par aucun état officiel, ni même par l’ONU : il s’agit d’une micronation.
 
Mais qu’est-ce qu’une micronation ? La définition est difficile à établir étant donné la diversité des expériences que ce terme englobe (en 2004, le Figaro considérait qu’il existait près de 400 micronations autour du monde). Robert Ben Madison, potentiel créateur du terme de « micronation » et fondateur du Royaume de Talossa dans sa chambre d’adolescent en 1979, les définit comme de « petites entités organisées comme États-nations non reconnus ». Cela passe en général par la création d’une « simulation plausible et cohérente d’un mécanisme gouvernemental » (république, monarchie, … d’après les termes de Lars Erik Bryld), une volonté sécessionniste ou de reconnaissance officielle, la revendication ou non de territoires, la création de symboles identitaires ou de monnaies, passeports…
 

Armoiries de la Principauté d’Aigues-Mortes

J’ai découvert la Principauté d’Aigues-Mortes par son héraldique (« Coupé d’azur et d’argent, au 2 à une croix de Camargue de sable » au passage), on ne se refait pas. Cette petite goutte d’armoiries me mena cependant à une ivresse de curiosité pour les micronations. Néanmoins, je ne pourrai venir à bout de ce vaste univers dans un petit article sans prétention écrit en vitesse entre deux TDO pour combler le manque d’article sur le site de notre cher Louvr’Boîte. Je vais donc ouvrir de nombreuses portes d’un intérêt fou, sans pour autant pouvoir m’aventurer bien loin dans le manoir de la cryptarchie (un synonyme de « micronation ») par manque de temps, de recherches ou de connaissances en économie, politique, sociologie, et caetera … À vous ensuite de suivre votre propre chemin, ou de nous demander plus d’articles sur le sujet si vous le souhaitez !
 
Revenons à nos micronations. La Principauté d’Aigues-Mortes a été fondée en 2011 par Jean-Pierre Pichon, devenu par le fait le prince Jean-Pierre IV d’Aigues-Mortes. C’est une association loi 1901, comme la plupart des micronations françaises. Son but est de promouvoir la cité d’Aigues-Mortes et les initiatives locales dans une ambiance humoristique. Cela passe par l’organisation de nombreux évènements comme le bal princier du godet d’or ou le concours de Miss Principauté, la fondation d’une radio-télévision et d’une presse nationale, la collecte de fonds pour la préservation du patrimoine aigues-mortais… En 2015, elle crée une monnaie complémentaire locale, le Flamant, dans le but de dynamiser le commerce et l’artisanat local ainsi que l’entraide entre citoyens. Indexée sur l’Euro et soumise à l’article 16 de la loi Economie sociale et solidaire de 2014, elle rejoint à ce titre la grosse soixantaine de monnaies complémentaires locales de France actuellement en circulation, et se base sur l’expérience de Wörgl menée en Autriche dans les années 30 (allez voir ça de vous même, le concept est génial). Dans les faits, les citoyens de la Principauté peuvent échanger cette devise dans les commerces de la ville acceptant cette monnaie contre des biens et des services. Le tout est chapeauté par la Bourse princière d’Aigues-Mortes, créée par la même occasion.
 
En 2016, la Principauté organise le premier sommet de l’Organisation de la Micro-Franconie et devient un de ses membres fondateurs avec l’Empire d’Angyalistan (France), le Grand-duché de Flandrensis (Belgique), la Principauté d’Hélianthis (France), la République de Saint-Castin (Québec) … En 2018, l’Organisation compte une douzaine de membres à travers le monde. Les micronations tendent en effet à se rencontrer et à se réunir dans des organisations internationales, comme la MicroCon, se réunissant tous les deux ans à partir de 2015 et fondée par la république de Molossia (Californie). Elle compte en 2019 une quarantaine de membres et permet aux représentants des micronations de se réunir et de réfléchir ensemble à des évènements internationaux, à leurs principes fondateurs …

Oriflamme de la République de Montmartre

En France, nous comptons une petite dizaine de micronations, et bien plus proches qu’on ne le pense de nous, étudiants parisiens ! La République de Montmartre par exemple qui organise de nombreuses actions philanthropiques en faveur de l’enfance déshéritée, mais qui a aussi fondé le square (disparu) de la Liberté (à l’angle de la rue des Saules et de la rue Saint-Vincent) où sont plantées des vignes … en 1933. Car oui, cette micronation est assez ancienne et a une histoire tout à fait intéressante pour nous, étudiants en histoire de l’art. En 1920, le dessinateur Joë Bridge imagine cette République avec d’autres artistes de ses amis comme Adolphe Willette, Jean-Louis Forain, Francisque Poulbot, Maurice Neumont, Louis Morin, Maurice Millière, Raoul Guérin ou Jules Depaquit. Ils posent finalement ses statuts en 1921, en parallèle de l’association de la Commune libre de Montmartre fondée par Depaquit, qui collabore à de nombreux projets. Son but : lutter contre le modernisme et l’urbanisation de la butte de Montmartre, restée très longtemps comme un petit village au sein de Paris. Ces actions politiques et philanthropiques se fondent néanmoins dans l’humour et la joie du vivre-ensemble, comme le montre la devise de la République : « Faire le bien dans la joie ». Une micronation créée par des artistes donc, contre une politique architecturale et les changements profonds de la société au cours du XXe siècle. Notons que cette République est encore très active sous le mandat de son président actuel, Alain Coquard, et que vous pouvez la rejoindre au titre de Député, Sénateur, Consul ou Ambassadeur pour entre 165 et 280 € (selon le titre souhaité) en étant parrainé par deux membres de la République (le Président et un Ministre vous serviront de parrain si vous n’y connaissez personne). Une intronisation officielle durant laquelle vous devrez prêter serment est alors organisée, vous permettant de recevoir les attributs de la République, dont la tenue officielle dessinée par Aristide Bruant et Henri de Toulouse-Lautrec : cape et chapeau noirs assortis d’une écharpe rouge (Attention : oeuvre à connaître pour les clichés de XXe siècle en Troisième Année) !

 
Voilà donc ma petite plongée sans bouteille dans le monde merveilleux des micronations. Mais une idée me vient … Pourquoi ne pas fonder la Commune du Louvr’Boîte tous ensemble, chers lecteurs ? C’est une idée folle en ce temps de confinement, mais les micronations virtuelles existent; Donc ma foi, si certains souhaitent me suivre, qu’ils se fassent connaître !
 
Raphaël Vaubourdolle

Histoi’Art – Secrets de bijoux dans les portraits royaux

Ils fascinent, rayonnent, attrapent des fragments d’émerveillement, les renvoient à nos âmes en mille faisceaux ostentatoires qui captivent… Ils ont toujours été là, mêlés à nos souverains, à la fois discrets sur leurs portraits et en même temps rutilants de beauté extatique… Et si nous nous plongions un instant dans ce fantasmagorique univers pour découvrir les petites anecdotes, les rocambolesques aventures, de ces pierres qui, sorties de leur écrin de terre, ont accompagné ceux qui ont fait la grandeur de notre France ? C’est ce que le Louvr’Boîte vous propose dan ce Secret d’Histoi’Art inédit…

François Ier et les joyaux de la couronne

CLOUET, François Ier, 1530, huile sur toile, 96 X 74 cm, Paris, musée du Louvre

Qui incarne le mieux la Renaissance française que notre incomparable roi François Ier ? Obsédé par cette Italie rêvée, ce duché de Milan qu’il veut faire sien, il traverse les Alpes avec son armée. Si finalement il reviendra d’une campagne assez mitigée qui l’enfermera même en Espagne quelques temps, François ne s’avoue pas pleinement vaincu et repart avec dans ses bagages de précieux personnages, d’illustres artistes et artisans italiens, qui n’hésitent pas très longtemps avant d’accompagner ce nouveau Prince des Arts. De Vinci, Del Sarto, Primatice, Rosso Fiorentino… Des noms qui ont fait vibrer la cour française et ses différents châteaux au XVIème siècle. Moins connus du grand public, del Nassaro et Cellini méritent pourtant tout autant les honneurs. Orfèvres « geoliers », ils donnent à la France un nouveau souffle dans ses arts du beau éclatant, du métal flamboyant, du bijou étincelant. Installés dans l’hôtel de Nesle, ils apportent leur savoir-faire italien à leur atelier français, introduisant de nouveaux sujets mythologiques. La religion reste toutefois encore représentée sur quelques bijoux comme sur le médaillon que le roi arbore dans son portrait peint par Jean Clouet visible au Louvre. Il s’agit d’un rappel de l’ordre de Saint-Michel fondé par Louis XI, son royal prédécesseur, en 1469. L’absence de la salamandre mais la présence de cette iconographie sont sans doute une volonté de François Ier de se légitimer dans la succession monarchique qui est passée de la dynastie des Capétiens à celle des Valois. Toutefois, le roi fait une entorse aux statuts de l’ordre qui

demandaient que le collier ne soit pas rehaussé de pierreries et devait se composer de vingt-trois coquilles en or. La présence du médaillon avec saint Michel terrassant le dragon est toutefois bien respectée. Le portrait le montre tout en apparat, soulignant un message implicite clair : « Je m’inscris dans le passé de mes prédécesseurs mais incarne le renouveau frais et noble, dans un raffinement moderne. ». François Ier va même plus loin et institue en 1530 les « Joyaux de la Couronne ».  Huit pierres, toutes alors appelées « diamants », enchâssées sur des bagues, avaient été apportées quelques années plus tôt à la couronne par la reine Claude, son épouse, la fille d’Anne de Bretagne. Quelques semaines avant son second mariage (Claude mourant en 1524), le roi demande à la Chambre des Comptes d’inscrire l’inaliénabilité de ces trésors. Toute souveraine française a le droit d’en jouir durant le règne de son époux mais une fois devenue veuve, elle doit obligatoirement les rendre au Trésor Royal.

Le Diamant bleu et Louis XV

VAN LOO, Portrait de Louis XV, après 1750, huile sur toile , 244X 186 cm, Dijon, Musée des Beaux-Arts

À ces beautés originelles s’en sont ajoutées d’autres au cours des règnes suivants. C’est notamment le cas du Diamant bleu, acheté par Louis XIV, venant tout droit des Indes. D’un bleu intense de 69 carats, il est l’heureux cadeau que s’offre le roi Soleil, fan de gemmologie, pour l’équivalent monétaire de 179 kilos d’or pur. Son successeur, Louis XV, boude un peu cette merveille jusqu’à ce qu’il soit adoubé chevalier… de l’ordre de la Toison d’Or en 1749 ! Il demande alors à Jacquemin, pour son insigne, de rappeler la royauté française

FARGES, Gouache représentant la Toison d_Or de Louis XV, 2008

(l’ordre de la Toison d’Or étant décerné par la famille des Habsbourg). Quoi de mieux qu’une sublime pierre de couleur bleu roi ? Même si aujourd’hui cet insigne final de Louis XV est perdu, le moule en plomb ayant accueilli le Diamant Bleu existe toujours. Sur l’ensemble commandé pour le roi, la pierre est censée protéger la Toison d’Or des flammes crachées par un dragon. Ce dernier est par ailleurs taillé dans une spinelle, mais pas n’importe laquelle : il s’agit de la « Côte de Bretagne », aujourd’hui seule rescapée des huit premières pierres originelles des Joyaux de la Couronne ! Une catastrophe arrive cependant: l’insigne de Louis XV finit par être volé en 1792 dans l’hôtel du Garde-Meuble (aujourd’hui l’Hôtel de la Marine). Beaucoup d’autres joyaux de la Couronne sont dérobés au même moment. Si certains finissent par être retrouvés, d’autres sont pour le moment encore perdus. Vingt ans après, en 1812, le Diamant Bleu réapparaît en Angleterre ! Ouf ! Retaillé, il est désormais connu sous le nom de « Hope » et est conservé au Smithsonian Institute.

Le Régent et Napoléon Bonaparte

Lui-aussi venu des Indes, le Régent est un diamant blanc, sûrement le plus connu et le plus précieux au monde. Encore aujourd’hui, il est visible au musée du Louvre. Son histoire avec Napoléon Bonaparte a pourtant commencé bien mal… Afin de financer la campagne d’Italie du général, le gouvernement le met en gage en 1797. Heureusement, le coût du triomphe de ces années militaires n’est pas oublié par le Corse qui, une fois Consul, s’empresse de le racheter cinq ans plus tard.

BOUTET, ODIOT, NITOT, Épée du sacre de Napoléon Ier, damasquinure, or, écaille, jaspe, pierres précieuses, 96 cm, Château de Fontainebleau

Il s’attache tant à cette pierre qu’il la fait monter sur la garde de son épée (une commande de 11 000 francs, quand même réestimée à 14 200 000 francs en 1802). Il se fait alors portraiturer avec par Ingres. La pierre le suit dans son ascension, fidèle bonne étoile de ses succès. Le Régent avait veillé sur ses exploits en Italie, il l’accompagne désormais bien visible sur son arme durant le Consulat… jusqu’à son sacre d’Empereur. Sur son portrait officiel en pied par Gérard conservé à Versailles, le Régent étincelle toujours, extrêmement mis en valeur, sur le flanc gauche du souverain. Un porte-bonheur ? Sans doute… Puisqu’en 1812, l’Empereur le fait transférer sur une autre arme impériale, en forme de glaive antique. Ne cherchez toutefois pas le fameux Régent sur le tableau du Sacre de David au Louvre : il semblerait que l’arme représentée sur le côté de Napoléon Ier, avec une garde formée d’un aigle en or, ne soit qu’une invention de l’artiste. Si aujourd’hui le Régent a effectivement été retiré de l’épée, une reconstitution de l’ensemble est encore visible à Fontainebleau.

Le Trèfle et Eugénie de Montijo

Terminons ce tour d’horizon à carats et facettes avec cette fois… une souveraine ! Ceux qui se passionnent pour la belle Eugénie de Montijo le savent peut-être, elle raffolait du vert. En arpentant encore ses appartements impériaux dans certains palais, les tentures Second Empire sont souvent, en plus du cramoisi, de cette couleur. Nous allons donc parler d’un magnifique bijou de la même nuance. Glissez-vous confortablement dans un fauteuil crapaud à franges pour lire cette histoire presque digne d’un conte de fées… Rencontrée lors d’un dîner chez la cousine du prince-présient, la princesse Mathilde, la jeune demoiselle espagnole subjugue le Louis-Napoléon Bonaparte qui débute alors une cour assidue auprès de la belle. Pendant l’automne 1852, Eugénie est invitée à séjourner à Compiègne, rejoignant ainsi sa mère… et son prétendant !

FOSSIN, Trèfle en or, argent, émail et diamants, ©Collection privée

En se promenant un matin avec lui dans les jardins, la jeune femme remarque, subjuguée, un trèfle où de fines gouttelettes de la rosée s’étaient déposées, faisant ainsi étinceler la plante d’une poésie magique, suspendue dans l’incroyable et éphémère moment de la contemplation. Le cœur du futur Empereur cède complètement : Eugénie est la femme qu’il lui faut. Le lendemain, il lui offre une broche en forme de trèfle en émeraude, entouré d’un liseré de petits diamants, signé Fossin de la dynastie de joaillier Chaumet. Le bijou, faisant office de cadeau de fiançailles, sacre leur amour. Eugénie le porte alors comme un talisman de cette promesse éternelle et se fait régulièrement représenter avec, sur ses portraits.

 

 

 Laureen Gressé-Denois

Le Billet Neuchâtelois – Guillaume Tell : l’identité implicite suisse

SANDREUTER, L’arrestation de Guillaume Tell et de son fils, 1901, mosaïque murale extérieur sur l’aile sud du Landesmuseum, Zurich

Tout le monde retient son souffle. L’attente est intenable, les badauds serrent leurs enfants dans leurs bras, le regard fiévreux, parfois détourné. Va-t-il le blesser ? Va-t-il toucher uniquement la pomme ? Le carreau part, siffle dans l’air, semble transpercer la lumière en mille fragments éthérés, jusqu’à éclater la pomme qui craque, se déchire, explose sous la fureur de l’impact. Guillaume est soulagé, tout en tenant fermement, le poing serré, le deuxième carreau à moitié dissimulé dans ses vêtements, après avoir abaissé son arbalète. La population du village d’Altdorf soupire face au drame évité et exulte devant l’exploit. Toutefois, ce n’est pas le défi réussi qui intéresse le bailli Gessler, l’œil soupçonneux, contenant son mécontentement. Il faut dire qu’il n’a rien pour être satisfait : ce gringalet des montagnes, cet arbalétrier de pacotille, non seulement il avait refusé de lui rendre hommage en saluant son chapeau hissé sur la place publique, mais en plus il avait osé réussir ce challenge de tir. Il fulmine… Toutefois, ces sombres pensées ne l’ont pas empêché de remarquer la poigne serrée de Tell sur ce deuxième carreau caché… Il l’interroge immédiatement. Pourquoi avoir pris le soin de garder une seconde flèche ? C’était simple pourtant : avec un tir, Tell touchait la pomme ou Walter, son fils. Alors pourquoi ? Tell se retourne, lance un regard noir au bailli qui, sous la coupe autrichienne, n’avait de cesse de soumettre les pauvres villageois du canton à la pire vie possible. Ce deuxième carreau, Tell le réservait pour Gessler, au cas où son Walter aurait été blessé ou tué. L’affront ultime ! Le bailli, devant l’audace de la réponse, demande l’arrestation de l’arbalétrier et de son garçon. Est décidé de les envoyer par bateau dans la prison forteresse de Küssnacht (littéralement, le « baiser de la nuit », qui a dit que l’allemand n’était pas une langue sublime ?). Les prisonniers et le bailli embarquent quand une terrible tempête s’abat aussitôt sur les flots. L’aide de Tell est demandée pour sauver tout le monde en amenant la barque à bon port. En récompense, Gessler lui fait miroiter la possibilité de le libérer. Le bateau arrive près du rivage, Tell saute alors de bord, embarquant son arbalète et son fils sous le bras. Une fois à terre, sa rapidité et sa précision légendaires lui confèrent le temps de repousser la barque loin de la berge d’un coup de pied tout en arrivant à viser le bailli de son arbalète. Le tir part et tue l’homme qui leur a fait tant de tort, ainsi qu’aux autres habitants du canton. D’autres versions amènent le trépas de Gessler plus tard, dans une embuscade en forêt ou montagne… Quoi qu’il en soit, le méchant meurt et Tell est alors célébré en héros, ayant su se montrer capable d’autant de force que de courage dans sa quête d’indépendance et de liberté.

 

FÜSSLI, Les trois Confédérés faisant le serment sur le Grütli, 1780, huile sur toile, 267X178 cm, Zurich, Kunsthaus

Ce qui est intéressant avec Guillaume Tell, c’est qu’au-delà de l’histoire-même, les politiciens s’en sont servi en Suisse pour construire une identité nationale. En 1848, l’Helvétie connaît aussi son Printemps des Peuples. La toute nouvelle Confédération a alors un défi de taille : trouver sa place dans une multitude de cantons au caractère et au fonctionnement plus trempé les uns que les autres. Encore aujourd’hui, cette mentalité fédérale est très forte en Suisse. Elle se ressent en permanence dans les médias que je lis ici, dans les explications de cours que nous donnent les professeurs de l’Université ou même quand j’en discutais avec les autres camarades locaux (avant le début d’un semi-confinement ici aussi). Comment créer une cohésion suisse, un esprit helvète ? La chose n’est pas simple, les cantons ayant toujours oscillé entre autonomie et occupation étrangère. Deux exemples qui m’ont beaucoup frappée : sous le Premier Empire, le canton du Jura et de Bâle appartenaient… au département du Haut-Rhin ! Quant à l’actuel canton de Neuchâtel où je me trouve, Napoléon Ier avait réussi à le négocier au roi de Prusse et avait nommé le maréchal Alexandre Berthier prince de Neuchâtel en 1806. Amie française mais souveraine quand même !

Comme bien souvent, le premier cheval de bataille a été dans le ressenti de l’identité et pour cela, rien de mieux que de trouver un symbolisme… fédérateur ! On cherche alors de premières images fortes. On se penche sur la question du drapeau. En 1899, le conseil fédéral commence à réfléchir à ce sujet pour qu’une ordonnance en 1913 institue le carré rouge à croix blanche comme drapeau officiel. Le symbole est repris des anciens mercenaires suisses qui, sur leur propre étendard, inscrivaient les mots « honneur » et « fidélité ». En plus du drapeau, il faut également chercher un mythe fondateur de l’unité suisse. L’épisode du Serment de Grütli est retenu : trois braves hommes, subissant chacun dans leur canton les sévices de baillis abusifs, décident une nuit de 1291 de se retrouver en secret dans la prairie de Grütli. Ils promettent alors de défendre leurs cantons, même s’ils doivent en mourir. Cette légende de conjuration est souvent associée à la vraie histoire du Pacte fédéral de 1307 (choisi par la Confédération pour placer la date de la fête nationale au 1er août de chaque année). Ce dernier est en effet un document historique officiel d’alliance défensive et judiciaire, signé par les trois mêmes cantons représentés lors du Serment de Grütli.

 

KISSLING, Guillaume Tell et son fils, statue réalisée en 1895, sur la place principale d’Altdorf

Pourtant, c’est l’histoire de Guillaume Tell qui est la plus connue, du moins à l’étranger quand on parle de la Suisse. De nombreuses villes en France ont une rue portant son nom (même à Paris, dans le XVIIème arrondissement !). Toutefois, même en Suisse, la légende fut longtemps tenace. Il faut savoir que l’histoire de Tell était encore enseignée aux écoliers suisses jusqu’en 1901 ! L’importance du mythe s’introduit même jusque dans le patois local : en Helvétie, traiter quelqu’un de Gessler revient à le qualifier de tyran vaniteux (vivent les baillis)! L’iconographie de Guillaume Tell se met alors en place. Les politiques vont même jusqu’à fournir un programme représentatif de l’arbalétrier très détaillé à Richard Kissling. Le sculpteur est alors chargé d’édifier une statue de Tell et son fils sur la place principale du village d’Altdorf en 1895 avec un « homme décidé, hardi et libre, arborant le costume traditionnel paysan. ». L’œuvre achevée, respectant à la lettre la commande, plaît tellement qu’elle se décline sur beaucoup d’autres supports. Elle est copiée… jusque sur les timbres, les affiches publicitaires… et la dentelle !

Guillaume Tell et son fils, dentelle, après 1845, Zurich, collection Marion Wohlleben

Il est à rappeler que l’histoire de Tell est une légende. Il est un héros sorti des chansons de gestes, des contes racontés de génération en génération. Sa première mention comme Guillaume Tell se trouve dans le « livre blanc de Sarnen » narrant les alliances et victoires des Waldstätten. Une première chanson de Tell (« Tellenlied ») circule en 1477, avec plusieurs variantes pour de légers détails. Sauf que les mythes sont souvent brisés : les historiens ont fini par trouver trace d’un autre Guillaume Tell, beaucoup plus vieux. Un écrit de l’érudit danois Saxo Grammaticus au XIIème siècle raconte la même histoire… qui se serait passée au Danemark au Xème siècle ! Guillaume devient Toko. Le bailli Gessler devient le jarl Harald-la-Dent-Bleue. À noter : la cible est toujours une pomme ! Comment expliquer cette origine viking ? Un mouvement de population celte descendant le bassin rhénan, aurait amené cette histoire qui, racontée de famille en famille, à travers le temps, a fini par devenir celle de Guillaume Tell et de son fils Walter.

 

Comme quoi, même les plus grands mythes fondateurs ont aussi leurs petits secrets ! La suite au prochain épisode… !

Je vous dis à très bientôt pour un nouveau Billet Neuchâtelois * ! Grüetzi ! Tchô ! **

 

Laureen Gressé-Denois

 

* Même à l’étranger, on a tous quelque chose en nous de Monsieur Patrimoine !

** « Salut ! » respectivement en suisse allemand et en suisse romand

Top 10 des mèmes les plus explicites !

Ô malheur ! Nous sommes de nouveau confinés (enfin allez taffer tout de même) chez nous, que cela soit chez nos parents ou dans nos petits studios parisiens. Si certains d’entre nous ont eu la chance et l’audace de se confiner avec leur partenaire, nombreux sont ceux qui demeureront seuls avec leur libido. Mais votre merveilleux journal (oui aucune objectivité) qu’est le Louvr’Boîte, vous offre une petite sélection de 10 mèmes… explicites ! 

 

1- Débutons avec le rêve de tout les étudiants de l’EDL et de la France entière, satané corona :

 

2- Un mood de lundi matin : 

 

3- Notre cher et bon François nous cacherait bien des choses :

 

4- Nos journalistes maîtres mèmiers ont du talent, la chose est indéniable :

 

5- Bon pour le coup cela me semble être une entreprise compliquée au vu des mesures de notre président préféré :

 

6- Ce fourbe, je ne l’ai jamais aimé ce gosse ailé de toute manière :

 

7- Attention ça pourrait être dangereux :

 

8- AH ! 

 

9- Les nudes, seule réconforts que nous puissions avoir en ces tristes jours :

 

10- Tout est une question de mots et de termes employés :

 

 

 

Le Louvr’Boîte tient à remercier ses fidèles sources de rire qu’on reconnaît même derrière leurs masques grand public :

  • Neurchi de Shrek
  • @Yugnat999 – Boys don_t meme, but men do

🎵Top 9 des meilleures musiques de Francky Vincent🎵

 

Francky. Ah, cher Francky. Dieu de la musique, qui anime nos soirées sous les cocotiers avec sa voix si suave et agréable…

Enfin, ça, c’était avant. Avant, lorsqu’on pouvait encore improviser une petite fiesta avec les ami.e.s. Avant que l’hiver arrive (oui, nous sommes en automne, mais chute brutale des températures = retour du plaid et de la raclette = hiver, ok ?). Avant, quand on pouvait encore s’improviser des petits concerts privés de Francky Vincent…

Oh, mais qu’est-ce que nous racontons, c’est encore possible ça ! Enfin, ce n’est pas interdit, sauf si vous avez signé une charte de bon voisinage un peu douteuse, ou que vous avez mal réglé votre âge de votre compte Youtube, parce qu’avec Francky, on ne rigole pas avec la limite d’âge !

Bref, laissons notre ami des Caraïbes réchauffer l’atmosphère (dans tous les sens du terme) avec ses douces paroles (idem)…

 

9- À la folie :

 

 

Comme il le dit si bien « Allons-y, On y va »! À l’heure où le body positivism est de plus en plus accepté et répandu, Francky apparaît comme une figure avant-gardiste. Vous ne me croyez pas? Écoutez attentivement la chanson car au-delà de faire son éloge personnel (Francky Vincent je t’aime à la folie, tmtc), Francky nous dit que le sexe nous fait oublier tous nos complexes! Alors on dit merci qui? 

 

8- Tu pues du cul :

 

 

Ma maman m’a toujours dit que péter un coup, ça fait du bien. Mais parfois, ça tourne mal (déso maman). Passer cette musique constitue un moyen très explicite pour dire à votre voisin dans le métro que ses flatulences ne siéent guère à vos narines, ou bien faire passer un merveilleux message d’amour à votre moitié, à savoir : “Prout, ça pue”.

 

7- Sacré cochon :

 

Une autobiographie en tout modestie, mais n’est-ce pas le cas de toutes les œuvres del fabuloso Francky ? (Mon niveau d’espagnol ne lui arrive pas à la cheville). Maintenant, quand ma grand-mère me traitera de petit cochon à table à Noël, quand je mangerai de la dinde (fourrée 😉 ) aux marrons, je penserai à toi…

 

6- Alice, ça glisse :

 

La rédaction s’excuse d’avance du traumatisme causé auprès de toutes les Alice, Francky avait besoin d’une rime. Mais, il a su mettre en valeur ce prénom à coup de références littéraires (oui, on parle bien du pays des merveilles), tout en mettant en valeur le patrimoine régional #Nosrégionsontdutalent. Avec son savon de Marseille, Francky faisait du Made in France avant l’heure (avant-gardiste on a dit).

 

5- Le Restaurant :

 

Tout grand homme cache en lui une part d’ombre, et c’est le cas de Francky. En l’an de Grâce 2003, notre cher ami a ouvert un restaurant à Thiais, dans le Val-de-Marne. Et bah, le moins qu’on puisse dire, c’est que l’ambiance était loin d’être la même que sous les tropiques. Francky est donc parti sans laisser de trace (avec la caisse bien sûr), jusqu’au jour où il a décidé de faire éclater la vérité. Mais pourquoi en venir aux mains quand on peut tout balancer en musique ? C’est bien Francky, tu as raison, il faut toujours dire les choses explicitement, et t’es le king pour ça. Cyprien vs Cortex tremble encore face à ton clash prodigieux….

 

4- Vas-y Francky, c’est bon (Nouvelle génération) : 

 

Qui a dit que Francky, c’était pour les darons ? Ne sous-estimez jamais le maître : il se renouvelle continuellement ! Ecoutez donc ce grand classique remixé avec les outils de notre génération Z ! Vas-y Francky, envoie la sauce !

 

3- T’es chiant(e) :

 

Bien qu’elle soit en elle-même un chef-d’oeuvre musical, cette chanson n’est que trop bien mise en valeur par ce clip minutieusement ficelé. Des moyens hollywoodiens, un jeu d’acteur à couper le souffle et surtout une chorégraphie sans égale ont fait de ce duo un incontournable de la discographie de Francky et même de la chanson française.

 

2-  Les fruits de la passion : 

 

Francky, c’est un homme qui n’a pas peur de choquer. C’est pourquoi il ose même à la fin de cette chanson entonner un air de yodle (oui oui, Francky est un homme qui regorge de talent). Dans ce classique, Francky évoque avant même le très célèbre WAP de Cardi B le plaisir féminin tout en métaphores. 

 

1- Tu veux mon Zizi : 

 

Que dire, que dire…
Cet emploi de toutes les capacités, pour nous faire voyager de la bicoque à la casbah…
Ces fruits et ces étoiles de mer à lunettes qui sautillent dans tous les sens…
Ces petits crabes qui agitent leurs pinces prêts à te… pincer…
Cette gentillesse de nous prévenir tout en te trémoussant “Viens ce soir dans mon duplexe, il y aura sans doute du sexe” (Quel gentleman, le consentement, c’est vital !)
Non, j’ai pas les mots pour décrire un tel chef d’oeuvre. Francky, t’as carrément transcendé l’art de la musique avec ton flow venant tout droit de sous les cocotiers. Même Julien Lepers t’égale pas avec ses douches de “oui oui oui oui’”.
Clairement : c’eeeeeeest çaaaaaaaa !

Test – Quelle citation de Jean-Claude Van Damme es-tu?

 

Beaucoup de philosophes et penseurs ont essayé de trouver le sens de la vie mais un seul homme est parvenu à parfaitement expliciter la pensée humaine et c’est le seul, l’unique, Jean-Claude Van Damme aka JCVD. Alors pour atteindre toi aussi la vérité sur la pensée humaine, découvre quel JCVD tu es et la citation qui lui correspond!

Hérald’Hic! – Dodge : un blason très explicite … ou pas !

Armes des Dodge – A Complete Guide to Heraldry, Arthur C. Fox-Davies, 1909

          En voyant ces armes, les lecteurs attentifs ne pourront que se rappeler celles du condottiere Bartolomeo Colleoni, présentées dans notre numéro Royal de novembre dernier, et s’ornant de trois magnifiques génitoires. Bon d’accord : trois « magnifiques » paires de couilles. Certes, il est vrai que nous n’en sommes pas loin avec ce blason « Fascé d’or et de sable, à un pal de gueules chargé d’un sein de femme distillant des gouttes de lait d’argent ». Cette rubrique était déjà si explicite à l’époque … Enfin contrairement à ce que voudraient peut-être les plus lubriques, nous n’analyserons pas en long en large et en travers le sein représenté, mais nous demanderons plutôt pourquoi il se trouve ici. Nous sommes une rubrique (presque) sérieuse quand même !

          La famille Dodge, très ancrée aux États-Unis, où elle fonda la marque de voitures de luxe du même nom (dont le symbole est une tête de bélier … dommage), est en vérité originaire du comté de Chester, au Nord-Ouest du royaume d’Angleterre. Un dénommé Peter Dodge y est recensé à Stopworth (actuelle Stockport) sous le règne d’Édouard Ier, roi d’Angleterre de 1272 à 1307.
Mais intéressons-nous à cette première apparition du nom Dodge, qui est aussi la première mention de leurs armes étranges. Une copie du document en question, datant de la « 34e année du règne d’Édouard Ier » (soit 1306) en vieux normand, se trouve à l’England’s heraldic library. Il y est indiqué que le dénommé Peter Dodge reçoit les armes précédemment décrites en récompense de ses services pour le roi lors de son invasion de l’Écosse contre son royal vassal John Balliol en 1296, notamment lors des sièges de Berwick et Dunbar.
          À partir de ce document (dont je n’ai pu voir aucune photo), les Dodge suivants ont proposé de nombreuses interprétations pour ce meuble étrange, et à ma connaissance unique en héraldique. Il aurait pu s’agir, car ce sein est considéré par eux comme « le symbole par excellence du secours »(1), d’un homme ayant donné du bétail laitier à l’armée du roi, ou ayant aidé à la logistique de la campagne en Écosse. Une autre hypothèse, moins symbolique quoique moins vraisemblable, fait d’une femme Dodge la nourrice des enfants d’Edouard Ier.

 

          Mais il faut toujours se méfier de ce type d’interprétations en héraldique. La signification d’un meuble ou d’une composition est toujours malaisée à découvrir. Et lorsqu’une hypothèse est proposée par des non-initiés au langage secret des armoiries (initiation grandement composée de libations au vin, chants latins sous la pleine lune et imitation du poulet en caleçon dans ma cuisine), elle est souvent peu probable voire carrément loufoque. Enfin ! C’est ainsi que se créent les légendes familiales. Il s’agit néanmoins d’un premier problème avec cette interprétation.
          Le second ? Ce document est sans aucun doute un faux. En tout cas il s’agit de la conclusion d’un débat entre spécialistes sur le forum de l’Heraldry Society of Scotland (fermé depuis). Il serait donc un faux créé pour la Visitation (une sorte d’inspection par les hérauts d’armes britanniques et irlandais dans le but d’enregistrer et de réguler les armoiries sur ces territoires) de 1613, sans doute pour donner une base ancienne à ce blason et accroître la renommée des Dodge. En bref, et comme le présente très bien Richard A. Dodge : « Quelle que soit la signification du symbole inhabituel sur le blason de notre famille, il est perdu dans les brumes du temps. »(2)

 

          Alors ? Si peu explicite le blason des Dodge ? Pourtant il reste une autre piste interprétative, celle des armes parlantes (« canting arms » en bon normand d’outre-mer). C’était le cas des armoiries des Colleoni, donc pourquoi pas des Dodge ? Penchons-nous sur le blasonnement en anglais dans le rapport de la fameuse Visitation de Chester de 1613 : « Barry of six Or and Sable, on a pale Gules a woman’s dugg or breast distilling drops of milk Argent« . « Dugg » donc … prononcé sans doute « deugue » ou « deudje ». Cela n’est pas sans rappeler le nom du porteur de ces armes : Dodge !
          Il faut en effet se souvenir que les principaux moteurs de choix de meubles sont les assonances et les jeux de mots, parfois incompréhensibles aujourd’hui (le mot « dugg » n’est plus très usité actuellement, pour ne pas dire éteint) ! Il s’agirait donc d’armes parlantes à l’assonnance grivoise, au même titre que le blason des Colleoni et au grand plaisir des amateurs de blasons étranges ! 

Armes des Dodge d’après le Burke’s General Armory de 1884 – Création personnelle

          Autre point commun avec les Colleoni : ce choix de meubles a provoqué la désapprobation d’une partie des détenteurs du blason, qui a modifié le sein gouttant en un oeil pleurant des larmes d’or (« an eye Argent weeping and dropping Or« ) correspondant mieux à la morale victorienne, comme on peut le voir dans le Burke’s General Armory de 1884. Ce blason n’est explicite que pour ceux qui le veulent.

 

Raphaël Vaubourdolle

 

(1) « the quintessential symbol of succor« , d’après un article du site dodgefamily.org

(2) « Whatever the significance of the unusual symbol on our family crest, it is lost in the mists of time« , d’après le même article.

Le courrier du cœur – Éros explicite

Illustration : Sofia Pauliac

Pour ce numéro Explicite, le courrier du cœur reprend du service et pas tout seul! En effet, c’est accompagnés de nos fidèles Cupidons, Crush edl, que nous avons décidé de vous aider encore une fois à trouver l’amour!

Certains ont soumis leurs déclarations et leurs poèmes à Crush edl, alors lisez-les bien, peut-être que vous trouverez l’amour !

 

 

💕Pas besoin d’être enflammée, toute déclaration est bonne à prendre! On l’applaudit pour avoir réussi à remarquer un 1A à la BU malgré le peu de temps durant lequel on a eu le droit d’y aller. Mais peut-être sauras-tu le retrouver entre deux classes virtuelles? En tout cas, si tu te reconnais dans cette description fonce dans les dm de @crushedl.

 

 

💕 Quoi? Un peu d’amour propre ça fait toujours du bien! Qui que tu sois (on sait très bien qui tu es no worries), on t’aime très fort et tu sais déjà que nos pages et réunions te seront toujours ouvertes. (Ndlr : insister sur le mot réunions, on travaille ici).

 

 

💕Personne ne va te contredire. Par contre si vous ne savez pas qui est Harry Styles, il va falloir vous inquiéter parce que vous avez un sérieux souci !

 

 

💕Axelle, franchement tu rates quelque chose là! Les dm de Crush edl restent ouverts pour que tu embarques dans un joli voyage poétique. On reçoit pas un poème qui nous est dédié  tous les jours, moi par exemple ça m’est jamais arrivé.

 

 

💕 On est jamais mieux servi que par soi-même : alors pour achever ce courrier du cœur, un petit poème d’un membre de la rédaction afin de finir en beauté.

Le Billet Neuchâtelois – Horloge et chocolat, mythe et réalité dans les musées suisses

     

          Voici un mois maintenant que j’ai posé mes valises en terre helvétique. Opportunité en or permise par l’École du Louvre pour faire mon Master 1 à l’étranger, me voici à Neuchâtel le temps d’une année scolaire. Au programme : de précieux mois d’exploration, de remises en question, de nouvelles idées et d’inspirations pour goûter à la muséologie suisse, parfois différente, semblable et complémentaire de nos modèles français. Depuis Neuchâtel, je continue à ouvrir des boîtes avec la plume du journal de notre chère École pour vous livrer mes expériences, mes questions, mes étonnements, mes enrichissements. Bien loin de moi l’idée de jouer les George Duroy avec une rubrique montée de toute pièce  comme les « Souvenirs d’un ancien chasseur d’Afrique » ! Ici, je souhaite vous partager mes instants de Française vagabonde en terre nouvelle, malheureusement trop méconnue, qui peut pourtant tant nous apporter dans notre domaine et bien d’autres ! 

          Dès ma rentrée à l’Université, je pousse les portes du premier musée qui croise ma route : celui d’Art et d’Histoire de Neuchâtel. Au bord du lac, retrouver un musée est comme pénétrer dans une maison que l’on reconnaît avec chaleur et réconfort tout en ayant le cœur palpitant à l’idée de découvrir de nouveaux trésors visibles nulle part ailleurs. Un panneau attire derechef mon regard en haut du splendide escalier d’honneur : « Choc ! Suchard fait sa pub ! ». Une exposition ! Quelle bonne idée de commencer ma vie d’apprentie muséologue voyageuse ainsi ! Je pénètre alors dans l’aile ouest, attirée par ces images de chocolat un peu partout… Je me pose alors cette terrible question : nos clichés étrangers sur la Suisse seraient-ils donc fondés ? Comment sont-ils nés et pourquoi sont-ils si tenaces encore dans nos esprits ? J’erre médusée entre les panneaux de l’exposition, le ventre gargouillant à moitié (c’est cela d’être gourmande) et les yeux brillants de curiosité. Deux cents affiches se placardent partout pour cent soixante-dix années d’industrie chocolatière. Suchard, Milka, Toblerone…Miam !

 

          Tous sont nés ici, à Neuchâtel. La légende est donc bien vraie : le chocolat suisse ne serait pas qu’un coup marketing, il a bien son berceau en Helvétie. Une partie de l’exposition me retient alors particulièrement : comment le mythe chocolatier est né dans les esprits étrangers ? Au début du XXème siècle, la maison Suchard commence à établir ses premières fabriques à l’étranger pour commencer à vendre à l’international. Le principal client est l’Angleterre mais les Suisses exportent aussi en France, en Allemagne et en Autriche. Une publicité toute particulière est alors adaptée, pour provoquer la consommation de ces nouveaux clients. Pour cela, quoi de mieux que s’appuyer sur l’image explicite qu’ont les étrangers de la Suisse ? Avec l’industrie du tourisme montagnard s’étant développée dans au XIXème siècle, l’Helvétie n’a pas à chercher bien loin comment appâter les autres pays. Et voilà comment le chocolat passe aux paysages alpins, aux figures de vaches gardées par des armaillis (berger typique des cantons de Fribourg et de Vaud) sur un fond escarpé aux enneigées cimes. Peu à peu, la matière même du chocolat va s’effacer derrière l’emblème de la qualité du lait alpin. Ah et pour répondre à cette interrogation de toujours, pourquoi la vache Milka est violette, c’est à cause de l’agence publicitaire  Young & Rubicam de Francfort qui, en 1972, change le bovin pour une vache de race Simmental avec des taches mauves… tout simplement pour être mieux repérée dans les rayons de vente ! Sacrés Suisses… ! 

 

          Autre excursion tout à fait intéressante lors de ces deux premiers mois : le musée jurassien d’Art et d’Histoire de Delémont. Pour leur exposition permanente, le musée décline son parcours en sept directions, dédiées au « sept clichés capitaux » explicites que le visiteur peut avoir sur le Jura suisse. Le circuit « La décolleteuse » est particulièrement percutant car il s’attarde sur la deuxième grande image mythique de la Suisse : l’horlogerie. Les Suisses, très réputés dans ce domaine, ont un patrimoine technique et industriel fort. Dans ce parcours par exemple, sont mentionnés les débuts des artisans horlogers au XVIIème siècle, travaillant sur leurs établis à la lumière naturelle du jour. La perfection du temps a donc atteint ses lettres de noblesse dans l’arc jurassien jusque sur les berges du lac de Neuchâtel… Cette dernière, Le Locle, La Chaux-de-Fonds, Le Fleurier, Saint-Imier sont des lieux incontournables pour arrêter l’aiguille et contempler un moment les prouesses techniques des montres.

          Le Locle et la Chaux-de-Fonds, près de mon Université, sont d’ailleurs des villes très frappantes pour comprendre combien l’horlogerie faisait vivre leurs habitants. De grandes maisons y sont présentes comme Tissot, Ulysse Nardin, Jean Richard, Zenith, Vulcain, Perrelet, Girard Perregaux, Corum, Eberhard & Co, Festina, Jaquet Droz. Un bon paquet de mécanismes allez-vous me dire… L’urbanisme en est le reflet : les habitations s’alignent dans un plan rectiligne aux multiples croisements, régularité singulière, hors du temps. L’UNESCO les a mêmes classées au patrimoine mondial. En effet, avec les siècles, l’industrialisation des métiers s’est développée, suite à l’Exposition universelle de 1876 à Philadelphie, où les Helvètes découvrent que la mécanisation peut être adaptée à leur domaine. Le reste de l’exportation, de la publicité à l’étranger, ont fait le reste pour garantir le succès international de la Suisse dans le monde horloger.

          Outre le fait de rendre hommage à ce patrimoine technique, le musée de Delémont a véritablement cherché à bien avertir le visiteur que le Jura, et la Suisse par extension, ce n’est pas que les horloges et le chocolat, mais bien plus ! À la fin du parcours, une grande salle dévoile un accrochage surprenant où sont fixés tous les objets et marques nés dans le Jura, nationalement et internationalement connues, alors que nous ne savons pas toujours tous qu’ils sont originaires d’ici. La Suisse c’est ceci et cela. Oui ! mais pas que…

 

          Somme toute, la Suisse est donc pleine d’adorables clichés, aussi truculents que  bien souvent véridiques. Si les objets, la gourmandise et les paysages sont des pièces maîtresses de ces mythes pas si imaginaires que cela au final, les habitants ne sont également pas épargnés. Chose extraordinaire ici, quand j’en parle avec mes collègues de l’Université, ils me sourient, en rient même, et confessent que beaucoup de ces images sont bien réelles. Leur humour est franc, rien ne semble les outrager, tout est pris avec une légèreté à bon escient. À défaut de pouvoir vous emmener avec moi dans mes expéditions muséales à la recherche de ses clichés et de pouvoir aussi en rire avec les locaux, je peux vous proposer deux sketchs (finir par une note d’humour est délectable quand on aborde ce genre de sujet).  Le premier lien que je vous propose en est un de Marie-Thérèse Porchet, née Bertholet : un personnage caricatural créé et incarné par l’humoriste genevois Joseph Gorgoni. Très connue ici, cette petite dame aborde avec un point de vue suisse romand (la Suisse francophone) sa vision de ses voisins helvètes alémaniques. Le tout dans une leçon de géographie sur la Suisse qu’elle a même donné à Paris lors d’une tournée de spectacles à l’étranger.

 

 

          Enfin, le dernier sketch donne un point de vue français sur la Suisse par l’humoriste Djal lors d’une des éditions du Montreux Comedy Festival (un grand festival international d’humour très connu qui se tient chaque décembre à Montreux, dans le canton de Vaud). Humour plus cru, les clichés sont poussés à leur extrême, ce qui rend les situations plus burlesques encore. À prendre au second degré, évidemment… autour d’un bon chocolat chaud !

 

          En reparlant de chocolat ! Petite information pour ceux souhaitant visiter l’année prochaine Neuchâtel (vu qu’avec le confinement français c’est maintenant fichu), sachez qu’il y a toujours un week-end en novembre où se tient annuellement le traditionnel festival Chocolatissimo (si j’étais un peu vache -Milka- je vous enverrais des photos!). Cette année, c’était du 7 au 14 novembre à Neuch’ (comme on dit ici) : ventre rebondi et moustaches chocolatées garantis (je confirme !) ! Allez, un petit aperçu pour vous allécher en cliquant ici

 

          Armez-vous de rires, buvez votre chocolat chaud, rêvez des grands alpages et n’hésitez pas à découvrir dès que vous le pouvez, cet incroyable pays ! Je pense d’ailleurs pouvoir vite vivre de nouvelles surprises concoctées par l’Helvétie. La suite au prochain épisode… Je vous dis à très bientôt pour un nouveau Billet Neuchâtelois * ! Grüetzi ! Tchô ! **

 

Laureen Gressé-Denois

 

* Même à l’étranger, on a tous quelque chose en nous de Monsieur Patrimoine !

** « Salut ! » respectivement en suisse allemand et en suisse romand

De l’art de conter l’amour…

« L’amour et ses élans pudiques

Ont, dans leurs songes réticents,

Les noblesses de la musique. »

Anna de Noailles, Poème de l’Amour (1924)

 

            Que serait le Louvr’Boîte, le fameux, incroyable et unique journal des étudiants de l’École du Louvre sans les sulfureux penchants de sa rédaction ? Avouons-le, clamons-le haut et fort, cet amour pour la sensualité, pour les caresses et autres sublimes délicatesses !

            Tout débute par un regard, une œillade. Cette attirance entre deux corps, qu’elle se développe instantanément, ou au fil des mots, des échanges ou autres signes, finit toujours par prévaloir pour son évidence péremptoire. 

            Les sentiments, les gestes constituent, certes, la part la plus essentielle d’une histoire ; certaines personnes iront même jusqu’à déclarer cet attachement suffisant, ce qui est tout à leur honneur. Mais pour nous, qui sommes férus des plaisirs que nous accordent la chair, qu’en est-il de la concrétisation sublime de ces penchants, de ces attirances, voire de cet amour profond ? Comment raconter ces moments d’intimité, qu’ils soient suaves et langoureux, ou intenses et sémillants ?

        

Je vous propose donc un voyage à travers les méandres de l’Empire des sens et les vagabondages des arts oratoires. À défaut d’une histoire, laissez-moi vous raconter ces légendes plus que réelles, ces hasards d’un soir comme ces aventures d’une vie. Partons de la racine, pour remonter tout le long de la tige jusqu’à cet endroit où tout s’épanouit. Là-bas, nous apprendrons à cueillir l’essence de nos amours pour mieux les relater, et faire vibrer les flammes voluptueuses de votre assistance.

  Hâte, diligence, vélocité ne sont que des leurres : si l’acte est rapide, la lenteur et les circonlocutions inhérentes sont pourtant clés. Le temps mécanique n’a pas d’importance, car seul compte le temps des sensations, des émotions. Paradoxale idée d’affirmer que si patience n’est que vertu, impatience demeure dans le même temps essentielle ! Et pourtant, c’est ainsi que croissent nos envies, nos besoins qui, naturels au départ, s’empressent de devenir nécessaires. Hercule doit emprunter les deux chemins pour parvenir à la félicité, en dépit de ce que les sages et les tableaux tendent à nous raconter… Sapristi !

            Alors, avant de vous lancer dans la narration, n’oubliez pas ces détails qui rendent cette entreprise naturelle et vivante. Les mots, les paroles que vous emploierez sont essentiels dans votre entreprise. Rappelez-vous, que la langue est riche et permet moult prouesses, dans tous les sens du terme, bien entendu.

            Croisez ainsi nonchalance et sensualité dans vos métaphores, mais n’oubliez pas non plus que des termes plus crus ont aussi leur charme : ce sont eux qui évoquent en nous les émois les plus ineffables de par l’évidence de leursignification. Après tout, y a-t-il vraiment un mot plus beau que cul ? N’entendez-vous pas en le prononçant, cette sonorité claquant dans votre palais, tandis que votre langue, paralysée par le plaisir, se dissimule derrière vos lèvres s’arrondissant pour former ce doux son prometteur. Les images surgissent dans votre esprit, qu’elles proviennent d’expériences passées, ou d’autres regards perdus sur les muscles fessiers de naïades ou d’Adonis de toute sorte au cours d’une séance de Travaux Dirigés qui se serait éternisée. Hululées, soufflées, chuchotées, hurlées, tant de possibilités existent pour une seule syllabe résonnant aussi lascivement pour notre esprit comme l’ensemble de notre corps.

            Car oui : l’essence de la scène réside dans les sensations charnelles. Tous les sens sont mobilisés dans un mélange remarquable à chaque étape de ce parcours, jusqu’à son paroxysme. N’oubliez pas d’évoquer l’ouïe (soupirs et gloussements), la vue (corps coruscants et obscurité derrière vos paupières closes), le toucher (chaleur et consistance) mais aussi l’odeur (sueur et parfum) et le goût (sel ou même poivre, pour les plus curieux). Retenez également que parfait troubadour n’ira pas retranscrire avec une précision des plus parfaites ces perceptions propres à chacun, mais saura les suggérer par la figure de style comme la métaphore : 

 

« Afin d’accélérer l’éclosion des fraisiers, le jardinier guilleret déplaça sa main sur ce spécimen remarquable, au cœur de la mystique forêt qui s’étendait à perte de vue à travers ce paysage vallonné. »

 

          Pour perfectionner vos connaissances du champ lexical des végétaux, n’hésitez pas à aller consulter notre ancien numéro « Végétal » : pistils, étamines ou corolles sont des mots bien utiles pour un.e débutant.e en la matière…

 

Ou bien l’allitération :

 

« Batifolant de bonheur, Babette bifurqua bien jusqu’à la belle et bonne bavette. »

 

          Merci à toi, chère Babette qui lit ceci, d’avoir accepté l’emprunt de ta personne pour les besoins de l’exercice… Et puis : quel appétit !

Ou encore, l’hyperbole… Éblouissement saisissant, félicité pharamineuse, n’hésitez plus dans vos choix pour le clou du banquet : les descriptions du plaisir viennent aussi instinctivement que la recherche du passe-temps dont vous brossez le portrait !

 

« Recueillez donc le délicieux nectar de notre symposium dans ce fantasmagorique calice ! »  

 

          La légende ne nous dit toutefois pas si cet objet de grande valeur est aujourd’hui exposé dans nos musées fétiches… Ne sentez-vous pas votre âme s’animer, ô futur.e.s conservateur.trice.s, en apprenant l’existence de ce sujet de recherche utile et fondamental pour notre bien-être social ? Le monde est entre vos mains, alors, saisissez-vous de ce Saint Graal et partez à la conquête des réserves et autres archives callipyges, callimastes et ithyphalliques…

          Vous qui avez débuté cet article par curiosité, par intérêt sérieux, ou simplement par hasard, sachez que l’art de l’oral s’apprend avec le temps : c’est en forgeant que l’on devient forgeron, tout comme l’appétit vient en mangeant. Les balles sont dans votre camp, chantres de l’entrecuisse et ténors de l’érotisme, munissez-vous de vos voies et voix les plus charmantes, de vos plumes les mieux taillées pour nous conter la merveilleuse histoire de la vie, ce cycle éternel dans lequel nous tombons éternellement… 

Parlez-moi donc de cul !

 

 

Signé : La meuf à l’éventail.