Top 5 des miracles du Bouddha

Bouddha Shakyamuni, Wikimedia Commons

Le Bouddha. Ce nom vous dit sûrement quelque chose. Pour certains, c’est un voyage vers l’Asie, la méditation, les sons apaisants, le Tibet, etc. Pour d’autres, qui ont suivi assidûment la douce voix de Thierry Zéphir dans l’obscurité de l’amphithéâtre Rohan, il est un prince indien nommé Siddhârtha Gautama, né dans les environs du Ve siècle avant notre ère. Eveillé à Bodh Gaya, c’est un sage ascétique qui enseigne des préceptes permettant d’accéder au nirvana et de stopper le cycle des réincarnations. 

Cependant, le Bouddha n’est pas que prières, méditations, ascèses et prêches à travers l’Inde, un chignon sur le crâne (attention les 1A, c’est une déformation crânienne !), les yeux mi-clos dans la position du lotus. C’est aussi un personnage énigmatique et mystique auquel on accorde de nombreux pouvoirs et miracles, bien que lui-même affirmait ne pas souhaiter les mettre en avant. 

Bien avant son Éveil en tant que Bouddha, le prince Siddhârtha était marqué comme étant un être spirituel d’exception. En effet, parmi ses 32 marques physiques, citons les plus étranges dont on ne vous parlera pas en cours. Tout d’abord, pour lui faciliter la vie, ses doigts et orteils étaient finement palmés et ses paumes de mains lui arrivaient aux genoux (un peu comme Sammy dans Scooby-Doo, voyez-vous…). Spiritualité oblige, son sexe était bien évidemment caché à la vue de tous, remplacé par une extraordinaire aura rayonnant à trois mètres autour de lui. Enfin, en plus d’avoir quarante dents au lieu de trente-deux et une langue plus longue et large que la moyenne, le corps du Bouddha semblait être un puzzle fait de différentes parties animales : les mollets d’un cerf royal, le torse et la mâchoire d’un lion, les cils d’un taureau royal. Plus tard, il devint également égérie d’une marque de shampooing car quatre-vingts marques mineures devinrent également canoniques et parmi elles : des cheveux sentant constamment le lotus blanc. Rien qu’avec cette liste non-exhaustive, on pourrait déjà lui décerner une palme. 

1) La naissance

Mais pour en revenir à ses miracles, je place celui de sa naissance comme grand gagnant. A Lumbini, il sortit les mains jointes du flanc de sa mère (la voie normale ce n’était pas assez bien pour lui…), puis, après un premier bain, il fit sept pas vers le Nord, et à chacun d’eux une fleur de lotus s’épanouit (il nous aurait réglé le problème de la déforestation vite fait bien fait, lui !). Il regarda ensuite les autres points cardinaux et contempla l’ensemble de la création sur laquelle il allait étendre sa spiritualité. Essayez de visualiser un petit bambin de quelques heures faire tout cela et, vous aussi, vous donnerez la médaille d’or à ce miracle. 

2) Shravastî

En deuxième position, bien évidemment, je ne pouvais que vous parler de ce qui est considéré comme son plus grand miracle après son éveil, j’ai nommé le Grand Miracle de Shravastî ! Devant une assemblée de maîtres hérétiques, le Bouddha accomplit plusieurs miracles. En lévitation, il fit jaillir de ses pieds des flots et de ses épaules des flammes. Puis, s’amusant à les déplacer autour de son corps, il les utilisa pour éclairer le cosmos (rien que ça !). 

3)… Encore Shravastî !

Le troisième miracle est une version alternative de ce Grand Miracle de Shravastî que je trouve très originale. Dans cette version, le Bouddha dupliqua son image à l’infini (de toute évidence, Doctor Strange dans Marvel est un total plagiat…). Après avoir réglé tous les débats théologiques avec ce petit miracle, le Bouddha créa un double de lui-même pour que ce dernier lui pose des questions auxquelles il aurait répondu lors d’un prêche.

4) La descente des Trente-Trois dieux

En quatrième position, la Descente des Trente-Trois dieux est bien évidemment un évènement majeur dans la vie de « l’Eveillé ». Souhaitant prêcher sa doctrine aux trente-trois deva (divinités hindoues vivants dans un « paradis » dirigé par Indra), le Bouddha monta au ciel et resta enseigner pendant trois mois. Puis, au terme de la saison des pluies (malin ce Bouddha), il redescendit sur une échelle sertie de joyaux offerte par Indra. 

5) Le miracle de l’éléphant furieux

En bon dernier, le miracle de l’éléphant furieux se devait tout de même d’être cité dans ce top cinq. Le cousin du Bouddha, Devadatta, jaloux, lui envoie à Râjagriha un éléphant déchaîné détruisant tout sur son passage. Trois versions de sa victoire existent. La plus connue nous raconte que c’est à la force de sa compassion que le Bouddha dompta l’animal, qui finit par se prosterner devant lui. Une autre dit que c’est grâce à l’illusion de deux lions et d’une mer de feu que l’éléphant s’immobilisa de peur. Enfin, la dernière explique que le Bouddha aurait imité le barrissement d’un éléphant femelle, calmant ainsi l’animal furieux.  

Comme sur Watchmojo, des mentions spéciales peuvent être accordées à des épisodes miraculeux ayant eu lieu avant l’éveil du prince Siddhârtha et que je trouve, en toute subjectivité, très sympathiques. Alors qu’il était un jeune garçon, assis sous un arbre dans la campagne, le prince effectue sa première méditation. Toute la journée, l’ombre de l’arbre resta sur lui pour le protéger du soleil qui, lui, continua sa course. En période de canicule, moi je trouve ça très utile comme miracle ! Enfin, lors de son départ du palais pour commencer une vie d’ascète pour atteindre l’éveil, le prince Siddhârtha se coupa les cheveux. Il déclara que s’il était réellement voué à s’éveiller en tant que Bouddha, ses cheveux resteraient en l’air après avoir été lancés. Je vous laisse deviner ce qui se passa alors… 

 

Cassandre BRETAUDEAU

 

Deux légendes fantastiques praguoises

L’Atlas de Mala Strana. Crédit : Djama ESPINOLA SERRANO (@toucan_nwar_neg)

De toutes les légendes praguoises, la plus fameuse est sans doute celle de Faust. Mais pour ce numéro Magie, laissez-moi vous faire découvrir deux autres histoires fantastiques sur des monuments de la capitale tchèque. L’une est plus malheureuse que l’autre mais toutes deux s’achèvent sur une belle touche d’humanité qui réchauffera peut-être votre cœur en ces premiers jours de froid.

 

L’enfant innocent du pont Charles

Au XIVe siècle, dans le contexte des luttes du grand schisme d’Occident, Wenceslas IV, roi des Romains et de Bohême, fit arrêter Jean Népomucène, vicaire général de l’archevêque de Prague, et le fit précipiter dans la rivière Vltava du pont Charles. L’événement fut suivi d’une crue soudaine et violente qui brisa le pont. Ce dernier demeura longtemps irréparable : chaque jour, à l’aube, les maçons constataient avec effroi que tous leurs efforts s’étaient comme évaporés dans la nuit. Jusqu’au jour où l’un d’entre eux décida qu’il en avait assez.

Curieux, le jeune homme veilla une nuit sur le pont et le Diable en personne lui apparut. Comprenant qu’il n’obtiendrait rien du Mal incarné par la simple raison, il accepta sa proposition : les maçons pourraient réparer le pont à condition que la première personne à le traverser soit livrée au Diable. Le lendemain soir, le pont était achevé. Mais entretemps, le jeune homme s’était rendu compte de la cruauté de son pacte. Il décida de se faire plus malin que le Diable et plaça des gardes aux entrées du pont. Le lendemain, à l’aube, il y lâcherait un coq.

Mais le Diable avait une longueur d’avance. Sous l’apparence d’un maçon, il se rendit chez le jeune homme pour hâter sa femme de rejoindre son mari sur le pont. Les gardes, la reconnaissant, la laissèrent passer. Quelle fut l’horreur du jeune homme lorsqu’il comprit le destin tragique qui attendait son épouse et l’enfant qu’elle portait encore en son sein. A nouveau, il crut échapper aux desseins du Diable et renvoya sa femme chez lui en espérant livrer sa propre vie à la place. Mais le Diable ne vint jamais et, à l’aube, le jeune homme regagna sa maison pour constater le décès de son épouse et de leur enfant. Peu après, le jeune homme mourut à son tour.

Il est dit que, des siècles durant, le fantôme du mort-né hantait le pont Charles et qu’on pouvait discerner ses éternuements dans le brouillard des froides matinées. Mais un jour, un homme l’entendit et répondit « A tes souhaits ». Ces simples mots, empreints d’humanité, suffirent à libérer l’âme de l’enfant qui put enfin reposer en paix.

 

L’Atlas de Malá Strana

Depuis les années 1820, une statue géante d’Atlas garde l’entrée du jardin Vrtbovska. Un jour, une petite fille du voisinage la remarqua en levant les yeux et fut prise de pitié pour le destin d’Atlas, chargé de porter le poids du monde sur ses épaules. Dès lors, elle vint tous les jours saluer la statue et parfois déposer des fleurs devant le portail.

Elle ne comprenait pas comment les fleurs qu’elle déposait chaque jour sur le sol pavé pouvaient se retrouver le lendemain au pied de la statue. Mais cela ne la préoccupait pas beaucoup. Du reste, elle rêvait de pouvoir atteindre le pauvre Atlas, de pouvoir le toucher, pour lui partager qu’il n’était pas seul.

Un jour, elle vint le saluer et lui déposer des fleurs, comme à l’accoutumée, et s’en retourna insouciamment en gambadant dans la rue. Au même moment, les chevaux effrayés d’un boucher du marché de Lesser Town surgirent, dévalant la rue Klimentska en direction du jardin. Craignant qu’ils ne la renversent, Atlas se réveilla, sauta du portail et jeta son globe à terre. D’un geste, il stoppa net les chevaux. La petite fille put enfin atteindre le géant qu’elle étreignit avant qu’il ne retourne sur son portail. Une fois rentrée, elle raconta ses aventures à sa mère et dès lors, reconnaissantes, elles déposèrent chaque jour ensemble des fleurs aux portes du jardin.

Sur le sol pavé de la cour où Atlas a jeté son globe, demeure un renfoncement qui s’emplit d’eau les jours de pluie. Il est dit que cette eau ouvre les portes à toutes les légendes du monde et que les oiseaux du jardin Vrtbovska qui s’en abreuvent peuvent entonner toutes les chansons du monde et chanter les légendes de Prague dans le monde entier.

 

D’après la chaîne YouTube Old Prague Legends.

 

Suzon GAUTHIER

Prenez donc un peu d’extrait de saturne !

 

– Sortez vos athanors et vos aludels : aujourd’hui, interro d’alchimie ! Je vois à vos grands yeux écarquillés que n’avez pas ouvert vos vieux grimoires poussiéreux 

de tout l’été… Et bien, nous allons reprendre un peu les bases de l’alchimie médiévale ensemble, si vous le voulez bien, afin d’en mieux cerner la quintessence !

 

  • Dépoussiérons un peu ce terme équivoque d’ “alchimie”

L’alchimie est une discipline qui s’inscrit dans l’histoire des sciences et qui a laissé des traces dans la médecine traditionnelle occidentale jusqu’au XIXème siècle. Non seulement des traités comme le Rosarium philosophorum (XIVe siècle) écrit par le pseudo-Arnaud de Villeneuve continuent alors d’être traduits et diffusés, mais en outre, on utilise encore certains remèdes alchimiques comme l’extrait de saturne – ou acétate de plomb – pour soigner les chevaux par exemple.

– Mais… mais si la discipline se calque sur la médecine, c’est pas d’la magie alors ?!

– Minute papillon ! Je vais y venir.

 

D’où ça vient ?

L’alchimie est une discipline dont l’étymologie montre à quel point elle a fait le tour de

l’Orient et de l’Occident ! Le mot serait composé de l’article arabe al et du mot Kimija, qui renvoie à la pierre philosophale. Du monde arabe, on retient d’ailleurs de grands noms en alchimie, comme Avicenne, Averroès… Mais ce mot arabe pourrait lui-même remonter du grec /chumeia/ ( χ υ μ ε ι ́ α) qui signifie “mélange de liquides” ou même du copte chame, qui signifie “noir” et qui désigne les Egyptiens et leurs arts.

-Ok… Mais c’est magique ou paaaas ???

-Mais c’est que tu es têtu, par ma barbe !

-Gloups !

 

  • Magie ou non ?

L’alchimie peut être rattachée aux sciences car elle vise, au moyen d’hypothèses et d’expériences, l’acquisition de savoirs. Mais…

-Aha ! Il y a un mais ! donc l’alchimie c’est de la magie en fait !!!

-Oui et non…

-C’est une réponse de Normand, ça !

Laisse-moi donc poursuivre. Là où réside la spécificité de l’alchimie, c’est dans son contenu ésotérique et mystique. L’alchimie ne peut être limitée à la transmutation du plomb en or. En essayant d’égaler la nature en tentant de recréer le matériau le plus parfait, l’or, c’est le chercheur qui cherche également à atteindre la perfection de l’âme. L’approche alchimique est donc radicalement différente de notre conception occidentale actuelle de la science…

-Et c’est pour cela qu’on l’associe à la magie ?

-Pas seulement !

 

  • Les mystères de l’alchimie

Bien qu’admise au sein de la société médiévale sans restriction au début du Moyen-Âge, l’alchimie n’est pas longtemps exempte de critiques et de condamnations (notamment pour fraude, faux-monnayage), et devient la cible de nombreuses rumeurs. Dans ce contexte de contestation, une vision plus élitiste de la discipline émerge, conduisant à la production de discours cryptés. Les substances sont nommées par des noms de dieux grecs/planètes, et les outils, par des noms d’animaux ou de végétaux, ou bien l’alchimiste le plus suspicieux aura recours à des symboles.

-Wahou ! Des idéogrammes !

Enfin, ce sont les Romantiques qui, au XIXe, ont véhiculé cette image du vieux mage à moitié fou perdu au milieu de ses alambiques et parchemins, à la croisée entre romantisme noir et historicisme néo-gothique. Bien sûr, les romans et films du XXe siècle ont perpétré le lieu commun, en témoignent les premières pages de Cent ans de solitude, un monument de la littérature latino-américaine que l’on doit à Gabriel García Márquez :

“Un gros gitan à la barbe broussailleuse et aux mains de moineau, qui répondait au nom de Melquiades, fit en public une truculente démonstration de ce que lui-même appelait la huitième merveille des savants alchimistes de Macédoine. Il passa de maison en maison, traînant après lui deux lingots de métal, et tout le monde fut saisi de terreur à voir les chaudrons, les poêles, les tenailles et les chaufferettes tomber tout seuls de la place où ils étaient, le bois craquer à cause des clous et des vis qui essayaient désespérément de s’en arracher, et même les objets perdus depuis longtemps apparaissaient là où on les avait le plus cherchés, et se traînaient en débandade turbulente derrière les fers magiques de Melquiades. « Les choses ont une vie bien à elles, clamait le gitan avec un accent guttural; il faut

réveiller leur âme, toute la question est là. »”

– Donc en fait, ta barbe, c’est du toc ?

– Du toc ?! Non mais quelle outrecuidance ! Tu vas voir ce que tu vas voir ! « Kzedledjhekhfkeldejeizdhoàç » !!!!

– Aha ! Tu fais moins le malin maintenant !

– Aaaaaaaaaahhhhhhhh !!!!!

 

  • Bibliographie (à potasser pour votre interro qui est reportée au prochain numéro…)
  1. L’alchimie au Moyen Âge : XIIe-XVe siècles, Antoine Calvet, 2018, éd. Vrin
  2. Les traductions d’ouvrages d’alchimistes de Marcellin Berthelot (sur Gallica et Google books)
  3. Les premières pages de Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez (1967)
  4. dictionnaire en ligne du CNRTL : https://www.cnrtl.fr/definition/alchimie
  5. Le blog des compagnons de Valerien : http://compagnonsdevalerien.over-blog.com/
  6. “Art et nature dans l’alchimie médiévale”, Revue d’histoire des sciences, 1996, Barbara OBRIST : https://www.persee.fr/doc/rhs_0151-4105_1996_num_49_2_1256

 

Blandine

« MAGGI®, MAGGI®, et vos idées ont du génie ! » : Comment Picasso et l’Afrique sont tombés amoureux du bouillon Kub

D’après le Paysage aux Affiches de Picasso, 1912, The National Museum of Art, Osaka. Crédit : Coralie Gay

Ceci est une déclaration d’amour au MAGGI.

Lecteur, ne ris pas. Que me jette la première pierre l’être qui n’a jamais utilisé ni bouillon Kub, ni arôme MAGGI. Celui qui n’a jamais relevé sa soupe ou son riz de quelques gouttes brunes, sorties de ce flacon tout de rouge et de jaune vêtu. Et, si tout le monde connaît le MAGGI, si nous sommes nombreux à en relever nos plats dans les moments d’intense flemme culinaire, qui ici en connaît réellement l’histoire ? Qui sait que, grâce au MAGGI, Picasso et les Africains partagent une autre passion que les masques traditionnels ? Parce que la magie c’est bien, mais que la nourriture aussi, partons ensemble nous interroger sur la naissance de ce célèbre petit arôme.

L’homme de la situation : Julius Maggi

Julius Maggi. Crédit : Wikimedia Commons

S’il y a un monsieur vers qui se tourner pour percer les secrets de l’arôme, c’est probablement Julius Maggi. La très sérieuse page web Histoire de l’entreprise MAGGI nous apprend que l’entrepreneur, né en 1846, est un homme « engagé et passionné ». Rien que ça. Et que le MAGGI était un véritable projet social à destination des travailleurs. Rien que ça là encore. Lecteur, ne ris toujours pas, l’arôme qui assaisonne tes pâtes possède un historique complexe.

Fils d’un propriétaire d’usines né en Italie, Julius base sa propre entreprise de farines de blé près de Zurich. Il conçoit très vite les mutations qui se font jour dans le monde du travail suite à l’industrialisation. La place de la femme est à la cuisine ? Le XIXe siècle la situe plutôt à l’usine, avec à la clé, moins de temps passé au foyer à préparer la nourriture. L’exode rural mène également à l’abandon des comportements alimentaires autosuffisants. Julius Maggi conçoit donc comme un impératif de produire industriellement de la nourriture peu chère et de qualité.

C’est la rencontre du chef d’entreprise avec le médecin Fridolin Schuler et la Société suisse d’utilité publique, en 1882, qui le décide à inventer de nouvelles farines de pois et des haricots en poudre, à haute valeur nutritionnelle. C’est également le début des soupes instantanées… en 1885 (eh oui, vos petits ramen du soir sont de vrais grands-pères) !

Faute de pouvoir vous montrer ce cher Serge, voilà une réclame un peu plus ancienne de MAGGI… Crédit : Wikimedia Commons

 

Et notre saint arôme MAGGI, exclusivement végétal, naît en 1886.

Il se décline en cubes dès l’année suivante. Très exigeant en termes de communication, Julius Maggi fait immédiatement protéger les noms et logo du produit. Il est également l’un des premiers à utiliser les plaques émaillées, et fait appel aux meilleurs publicitaires de l’époque, tel Leonetto Cappiello, auteur d’affiches pour le chocolat Poulain ou le vin Dubonnet. Campagnes publicitaires sur les bateaux-mouches, distribution gratuite d’échantillons et cartes de fidélité, tout le concept était extrêmement bien rodé. Bien plus tard, dans les années 1980, l’entreprise va pousser le vice de la communication jusqu’à faire réaliser ses publicités par Jean-Jacques Annaud ou Serge Gainsbourg. Quand on vous disait que le MAGGI, c’était très sérieux !

J’en vois un au fond de la salle qui se gausse et assène qu’il n’a jamais consommé de MAGGI, que cette sauce brune et fade inconnue au bataillon ne trouvera jamais grâce à ses yeux. Mais j’ai conscience de m’adresser à un public étudiant, friand de Tupperwares de pâtes et de purée en flocons… Car oui, Mousline, la douce compagne de vos soirs de révision, a elle aussi été inventée par la société MAGGI en 1963. Nous sommes alors aux prémices des protestations étudiantes qui vont éclater dans toute leur superbe en mai 68. Alors, l’arôme MAGGI ne serait-il pas un peu… magique ?

Et l’Afrique, me direz-vous ? Et Picasso ?

Le bouillon Kub s’invite au Mali !
Angelina A. van Achtenberg, Une enseigne pour les cubes MAGGI, 1993. Crédit : collection Van Achtenberg via Wikimedia Commons, licence Creative Commons 4.0

Si la marque a été rachetée en 1947 par Nestlé, notre charmante petite bouteille brune existe toujours, et MAGGI s’est même classée en 2019 comme la 3e marque alimentaire la plus choisie au niveau mondial. L’arôme connaît notamment un succès fulgurant en Afrique, où beaucoup de recettes le mentionnent, et où 100 millions des célèbres Kub s’écoulent chaque jour ! A tel point que la marque a dû s’adapter aux goûts locaux, et incorporer dans sa recette, selon les pays, un goût de crevette ou du manioc. Alors, vous êtes convaincus cette fois ?

Allez, la touche d’histoire de l’art qui vous a maintenus en haleine durant tout cet article. Le Picasso. Car vous apprendrez qu’en 1912, le maître du cubisme s’est entiché du bouillon Kub, qu’il a même fait figurer dans une petite huile sur toile, Paysage aux affiches, détenue par le musée d’Osaka. La réflexion sur le Kub/cubisme a même fait l’objet d’un article de Maria Elena Versari dans une revue de recherche, en 2003 (allez jeter un œil sur Persée). De quoi vous donner de belles idées pour vos sujets de masters.

                                                                                                                                                      Marie Vuillemin

C’est moche mais on le place quand même en tout petit tout en bas parce qu’on est des rédacteurs très très sérieux dans nos investigations : MAGGI® est un nom réservé donc voilà, petit ® pour être en toute légalité.

 

Ce qu’il en est des « witch marks » anglaises : réalité spirituelle

Comme la sorcellerie nous attire, et surtout en ce mois d’octobre (…qui nous pousse tout de même au pumpkin latte et aux photos de feuilles mortes) certains ne seront donc pas étonnés de voir le titre de ce billet !

Par ailleurs, vous avez sûrement déjà croisé un de ces motifs : effacé ou reproduit sur un bâtiment historique. [Si par hasard vous êtes déjà allés à Norfolk en Angleterre, où ont commencé les premières enquêtes/ études]. 

Et si ce n’est pas le cas, belle découverte à vous ! ouvrez l’œil (de la providence).

Oeil de la Providence, crédit Naïs Ollivier

En réalité, ce qui est regroupé sous le terme « witch marks » ne sont rien d’autre que des graffitis médiévaux et post médiévaux. Ces symboles intrigants, regroupés par familles, sont explicités par des hypothèses assez larges.

Le motif de rosette à 6 pétales par exemple est un des plus fréquemment rencontrés au cours des regroupements. Ce dessin exécuté au compas, avant d’être gravé la plupart du temps, a encore la côte parmi les plus jeunes qui s’ennuient en cours (hum). Il nous est familier, cependant on lui attribue plutôt à l’époque des vertus apotropaïques/de protection, un signe qui repousserait le démon, un peu comme une alternative païenne à la croix.

« Witch mark ». Crédit @Historic England

Certains sont sûrement sceptiques sur la tolérance de ces marques, à forte charge spirituelle, en contexte chrétien. En effet ce sont majoritairement – ironiquement- des murs d’églises qui accueillent ces motifs, présents par dizaines. Et pour cause, certains pensent qu’ils redoublent les protections chrétiennes. Une fois la peur de la sorcellerie estompée : ces graffitis sont considérés comme apportant chance et protection, et autonomes. Selon l’état des recherches, on les retrouve plus en contexte domestique à partir de la fin du Moyen Âge : sur des coffrets, occasionnellement, et près des ouvertures (fenêtres, cheminées), jugées plus vulnérables.

Anges et démons sont représentés dans l’église dans une forme de dichotomie moralisatrice : certains graffitis comme ici à Beachamwell dans le Norfolk, sont des contre-sorts, grotesques ou comiques, qui me rappellent l’esprit du sort « Riddikulus » de Rowling.

Crédit Naïs Ollivier

Cette autre forme de croyance est l’écho des voix populaires que ne relatent pas les textes, pour cause d’analphabétisme. Or le tracé de ces dessins informels n’implique pas la connaissance d’un alphabet. Ils pouvaient aussi bien être de la main d’un clerc que d’un marchand ou paysan. Bien évidemment on ne connaît pas tous les détails de la raison du placement et si quelqu’un était réellement missionné, mais on peut imaginer ce raisonnement-là ! Ils permettent historiquement de mieux comprendre l’ambiance et les mœurs de la société la plus populaire, dont les graffitis rituels sont nourris de ses peurs et convictions les plus fortes. Les motifs et leurs significations semblent par ailleurs évoluer en même temps que sa société.

Cela comble les limites archéologiques que l’on peut rencontrer, n’ayant pas tout cet aspect traditionnel du quotidien.

Pour aller plus loin, sachez que ces marques sont assez endémiques d’un territoire, de certaines églises, et qu’il en existe une variété immense : tout un bestiaire animal également, assez mythologique, ou bien lié à l’agriculture. On retrouve aussi beaucoup de bateaux, qui peuvent être très symbolique dans le passage d’un état à un autre, comme le souhait qu’un des leurs soit en sécurité sur les mers. Entre autres aspirations transcrites. Ces graffitis sont des prières rendues solides dans la pierre, qui permettent une intercession directe personnelle avec le monde supérieur, sans avoir à passer par des membres de la hiérarchie comme un évêque ou le pape.

 

Cet article est basé sur les recherches de Medieval Graffiti: The Lost Voices of England’s Churches (2015), De Matthew champion

Point historiographie : ces marques, à distinguer de celles plus explicites dites « marques de tâcherons », intéressent les chercheurs depuis des décennies, mais un des précurseurs reste Ralph Merrifield, dans les années 80.

Naïs 

Critique : Dinh. Q. Lê – Histoires morcelées

Crédit : Dinh. Q. Lê

Le fil de la mémoire et autres photographies – une exposition au musée du quai Branly du 8 février au 20 novembre 2022

 

Dinh. Q. Lê est un photographe né au Vietnam qui a étudié aux États-Unis où il vit et travaille aujourd’hui. Son œuvre se situe dans une zone poreuse entre l’histoire complexe de son pays natal et son parcours personnel au-delà les frontières. Le musée du quai Branly lui rend hommage lors de cette rétrospective qui met en scène ses recherches transdisciplinaires où l’image photographique est sans cesse « interrogée, découpée, transformée ». Ce parcours chronologique, concentré sur les quinze dernières années de la production de l’artiste, découvre la technique exceptionnelle du tissage de photographies.

 

« Trop souvent nous avons vu notre histoire racontée par d’autres que nous, ou mise de côté. » déclare Dinh. Q. Lê. Tel est le constat amer de l’artiste ayant choisi de replonger dans ce lourd passé pour le réécrire. En effet, ce plasticien hors norme instaure un dialogue entre le regardeur contemporain et sa mémoire la plus intime. Cette exposition nous raconte comment le vécu du déchirement d’un pays remonte le fil des générations à travers les corps et les mentalités.

 

Les images créées par Dinh. Q. Lê laissent une trace qui brouille les repères entre la vision, le souvenir et l’immédiateté. Le spectateur est ainsi projeté dans une zone hybride entre l’immatériel, le lointain et la présence physique vibrante et sombre de ces œuvres multiformes.

 

Au détour d’un couloir de l’exposition, nous rencontrons des nuées de confettis d’images photographiques qui flottent dans l’air. Il s’agit d’une « dérive dans les ténèbres » comme nous l’indique le titre A drift in darkness (2017). Ces tirages numériques sur papier Awagami bambou tissés sur une structure en rotin reprennent la technique du tissage d’images pour former un ensemble de trois nuages et rondes-bosses évoquant l’instabilité des réfugiés politiques ayant fui le Vietnam.

 

Les pérégrinations de l’artiste induisent ainsi une sorte de transcription dans le domaine tangible et concret des arts plastiques d’une identité en déshérence. Les réalisations de Dinh. Q. Lê sont des chimères, des personnages amphibies pris au piège dans un couloir sur les parois duquel se reflètent les échos lointains de la trame historique décousue du Vietnam.

 

Cambodia Reamker (2021), un tissage photographique monumental, entremêle le portrait d’une jeune victime du génocide cambodgien Tuol Song et des fresques du Palais royal de Phnom Penh, illustrant un poème épique traditionnel écrit entre 1500 et 600 avant notre ère. L’Ensemble est un tableau nébuleux et solennel où des temps distincts s’interpénètrent avec magie.

 

Les images sont déconstruites et reconstruites, traduisant la perpétuelle métamorphose des mémoires. Ces représentations d’une perception vagabonde nous transportent dans le cœur palpitant et douloureux d’une nation morcelée.

Elio Cuilleron

Aux grands maux, les verts remèdes

File:John William Waterhouse, The Sorceress.png

John William Waterhouse, La sorcière, 1913, collection particulière. Crédits : Wikimedia Commons

L’automne et l’hiver commencent à pointer leur nez. Certains d’entre vous ont peut-être déjà établi un budget de dépenses spécial hiver. Car oui, les allers et retours chez le médecin et le pharmacien ont un coût que notre porte-monnaie d’étudiant ne se lasse pas de nous rappeler. Alors en cette heure « halloweenesque », je vous propose une immersion dans le potager d’une sorcière. En effet on oublie souvent qu’avant de prendre du paracétamol ou de l’ibuprofène, nos ancêtres utilisaient un tout autre type de médicaments !

 

Pour soigner vos maux divers (ou d’hiver, excusez-moi ce jeu de mots facile), il existe une grande variété de plantes aux merveilles thérapeutiques utilisées parfois depuis l’Antiquité, à découvrir aux détours des chemins de forêts (ou à disposer sous vos fenêtres). Tout cela à moindre coût évidemment. Escroquerie, magie, véritable « science » ? Les textes antiques et moyenâgeux peuvent nous mettre sur la voie. Il semblerait que certaines des plantes les plus communes à nos campagnes soient des indispensables du potager, des païens comme des sorcières.

Réputée pour être une panacée, et ce depuis des siècles, tous se devaient de cultiver la sauge. Un proverbe illustre parfaitement les avantages de cette plante de la famille des Lamiacées : « Qui a de la sauge en son jardin n’a pas besoin de médecin ». Et effectivement, cette dernière détient des vertus digestives, antiseptiques et bien d’autres. Utile dans le froid de l’hiver, une infusion de sauge accompagnée de miel aiderait à faire passer le rhume, tout comme un gargarisme de sauge infusée calmerait les maux de gorge.

Pour la toux, cette petite plante aux pétales roses et violets est tout aussi efficace. La mauve a également d’autres vertus, comme apaiser les piqûres de moustique grâce au suc de sa feuille froissée. Et si d’aventures, une migraine venait à vous rendre visite après avoir trop plissé les yeux face au cours d’archéologie orientale, des arts de l’islam et autres, il est dit que l’eau déposée par la rosée sur un pétale de mauve, cueilli au mois de mai peu avant l’aube, fera disparaître votre mal de tête aussi vite qu’il est arrivé.

Pour les plus touchés par la puberté et les problèmes de peau, cultiver un pot de joubarbe fera des merveilles à votre teint grâce à ses feuilles. Et pour un bouton disgracieux que vous désirez anéantir pour avoir eu le culot de venir s’installer sur votre visage ? Appliquer une feuille de sauge dessus, côté supérieur et votre ennemi déguerpira bien vite !

Vous n’arrêtez pas de vous gratter, les démangeaisons vous envahissent ? Le bouillon-blanc ou cierge de Notre-Dame peut vous aider à les faire disparaître. Et tout comme la sauge, notre indispensable n°1, cette plante aide à lutter contre les extinctions de voix (après une soirée bien arrosée à chanter et à crier…).

Pour ces demoiselles indisposées tous les mois, l’armoise et l’alchémille apaisent les crampes en général tout en favorisant l’appétit (personnellement ce n’est pas ce dont j’aurais besoin en même temps qu’avoir mes règles. Je mange pour deux pendant cette période !).

À la suite des fêtes de Noël, ou à une orgie de bonbons à l’occasion d’Halloween, des maux de ventre et des troubles digestifs pourraient venir vous indisposer. Utiliser du fenouil, facile à trouver en supermarché, est une astuce connue depuis très longtemps. Et avouons-le, il est facile de faire d’une pierre deux coups avec cette plante là car elle rentre aussi dans la composition du pastis…

Si vous vous retournez encore et encore dans votre lit sans réussir à trouver le sommeil, que vous faites des cauchemars, que les angoisses vous agressent constamment sous la pression des cours ou de la vie tout simplement, la valériane est la fleur à faire pousser sur votre balcon ! En infusion et tisane, elle aide à diminuer le stress, l’anxiété et même la dépression, tout en améliorant votre sommeil. Son jumeau, le millepertuis est une jolie plante jaune et solaire qui éloigne les mauvaises pensées dont on voudrait se débarrasser mais qui reviennent toujours à la charge, la mélancolie ou la nervosité dues aux examens ou oraux de TDO.

Et pour bien terminer votre cure de bien-être, consommez un peu de lierre terrestre qui vous donnera un bon coup de pouce énergétique car il est plein de vitamine C ! (Et pour les fumeurs, vous ferez du bien à vos bronches en le consommant en infusion avec une pointe de miel pour adoucir le goût.)

Enfin pour bien réussir votre année, je vous conseille d’aller cueillir trois plantes bien particulières qui devraient vous aider dans vos examens. Tout d’abord, la bourrache est la plante du bonheur et vous apportera le sourire lorsque la pluie viendra frapper vos fenêtres. Cependant, un rameau porté dans sa veste ou sa poche vous soutiendra avec hardiesse lors du passage d’un obstacle ou… d’un examen justement. Ensuite la potentille, portée sur soi, vous apportera du calme et un discours posé et toujours éloquent dans une situation stressante, encore plus si votre potentille a sept feuilles !

Et pour finir en beauté cet article, je vous invite à poser un rameau de lierre terrestre (le voilà de retour celui-là) sur votre bureau ou votre table d’examens. Lié aux arts, ce petit bout de plante vous apportera l’inspiration si une panne inopportune se fait sentir…

Même si vous êtes sceptique à la fin de votre lecture, je vous invite tout de même à aller vous promener dans la campagne en périphérie de Paris, pour vous aérer l’esprit, vous reconnecter à vous-même et admirer la nature et son éternel cycle de floraison.

 

Cassandre BRETAUDEAU

 

Source : Secrets des plantes sorcières, Richard Ely, édition Au bord des continents.

Quand un balai sème le désordre : origine des symboles de la sorcière

Sorcière. Chapeau, baguette, nez crochu à verrue, toute de noire vêtue (couleur associée au deuil depuis l’Antiquité). C’est ainsi que j’imaginais celle qui se cachait dans un placard de mon école maternelle. La maîtresse, souhaitant nous dissuader d’y fouiller, nous avait mis en garde contre son occupante: une sorcière qui dévorait les petits enfants trop curieux.

 

Si ma camarade d’Art-Thémis vous parle de la symbolique de notre sorcière bien mal-aimée, c’est l’image même de celle-ci que nous allons aborder ensemble. Quelles sont les origines de ces attributs que l’imaginaire collectif associe à la Sorcière occidentale?

 

On commence par un voyage dans le temps:

Le terme de sorcellerie  apparaît au Moyen Âge, un dérivé du latin sortiarius, diseur de sort.

  • 1330: première mention de Sabbat à Carcassonne
  • 1460: premier procès pour sorcellerie, dans le Nord de la France, nommé «Vauderie d’Arras». Hommes et femmes, sous la torture, se reconnaissent coupables, entre autres, de voler sur des baguettes et de célébrer des messes noires en l’honneur du diable. Cet épisode donne lieu à de premières enluminures.
  • 1486: publication du Malleus malleficarum, manuel de chasse à la sorcière. C’est un véritable succès éditorial, 40 ans après l’invention de l’imprimerie à caractères mobiles.
  • XVIe et XVIIe siècles: l’image se stabilise via la circulation des gravures de Bruegel l’Ancien (1565), période des Grandes Chasses (1580-1670), scènes de départ au Sabbat
  • XVIIIe siècle, raréfaction de la figure de sorcière, reléguée au rang de légende, au conte, à la mascarade (bals costumés, théâtre)
  • 1751: Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, Sorcellerie est définie comme une «opération magique honteuse ou ridicule attribuée stupidement par la superstition à l’invocation et au pouvoir des démons»
  • XIXe: repopularisation du sujet par les romantiques (poésie, danse, peinture, littérature)
  • XXe-XXIe: figure incontournable d’Halloween, reprise par les mouvements féministes

 

 

En contexte de peur des hérétiques, de guerres de religions, de maladies et de catastrophes naturelles, la sorcière est la figure de l’ennemi intérieur, celle qui pactise avec le diable, maître de la tromperie, et menace l’organisation de la société chrétienne. Le judaïsme étant une hérésie pour l’Église catholique, l’antisémitisme se mêle à la femme un peu trop libre pour construire l’image de la sorcière: elle est dessinée avec un long nez crochu, et se rend au si scandaleux sabbat, un ancien mot pour désigner la synagogue.

En plus du judaïsme, elle cristallise de nombreux mythes païens. Ainsi leur matrone est Hécate, liée à la lune, la nuit et la magie. Les trois vieilles femmes dans Macbeth, sous la plume de Shakespeare, ne sont pas sans rappeler les Parques. Dans le folklore alpin, Perchta, accompagnée de démons de l’hiver, récompense d’une pièce d’argent les enfants sages, et punit les turbulents par l’éviscération.

 

Le cercle de Waterhouse résume bien ce syncrétisme: une sorcière brune, dans un désert aux ruines égyptiennes, concocte une potion dans un chaudron. Dans sa main gauche une serpe, outil druidique, tandis que des gorgones antiques ornent le bas de sa robe.

Les artistes n’ont cessé d’enrichir, de renouveler et d’ajuster l’image de la sorcière en accord avec leur époque.

 

 

 

C’est donc parti pour un roomtour des accessoires favoris de la sorcière.

 

Baguette magique

Présente dès l’Antiquité, on la voit sur des céramiques dans les mains de Circé, accompagnant une coupe. Si elle est centrale dans Harry Potter, elle est désormais plus l’apanage du magicien de scène ou de la fée. La fée qui justement se présente comme le miroir vertueux de la sorcière hors norme et hors de contrôle: féminine, puissante mais respectueuse de l’ordre social puisqu’elle vient en aide au héros

Chaudron, grimoire, balais et compagnie,

Ce que ces objets ont en commun? Ils sont avant tout des outils domestiques. La sorcière, elle, en pervertit l’usage: le chaudron et le grimoire ne servent plus à préparer le repas, mais à cuire les petits enfants et préparer des sorts. Le balais ne tient plus la maison propre mais l’accompagne à son sabbat. On peut également y trouver une interprétation phallique, renvoyant à la sexualité dégradante de la sorcière.

1451, Enluminure du Champion des Dames, Martin le Franc : femme chevauchant un balai. Crédits : Wikimedia Commons

Le crâne et la bougie, quant à eux, peuvent être rapprochés des Vanités. La bougie éclaire un antre dangereux, et le crâne, souvenir d’une précédente victime, nous met en garde.

A la fin du XIXe siècle, le vitriole, ou acide sulfurique, est utilisé pour nettoyer les casseroles en cuivre. Hautement corrosif, il est utilisé comme poison dans quarante-huit affaires criminelles, en France, entre 1870 et 1915. Il n’en faut pas plus pour que les artistes le placent sur les étagères de la sorcière.

D’après Le Philtre d’Amour, Evelyn de Morgan, 1903, De Morgan Collection

Sa ménagerie

Le bestiaire qui accompagne la sorcière est varié. Ils inspirent la crainte (chat noir, hybrides à la Jérôme Bosch), et évoquent la mort, à travers leur aspect chthonien (reptiles), ou leurs habitudes carnassières et leur cri rauque (corbeaux). Le bouc, lui, symbolise une sexualité dépravée, héritée de divers cultes (fertilité, Bacchus). Opposé à l’agneau blanc christique, il est l’animal du diable, et est célébré lors du sabbat et des messes noires. Les femmes dansent avec l’animal et lui embrassent l’anus, une pratique appelée «baiser du Diable», et mentionnée en 1460 pour la première fois, dans un livre offert au roi Edward IV. Le bouc marque particulièrement le Pays-Basque, région où l’Inquisition fut particulièrement sanglante, et que l’on trouve dans les productions de Goya.

L’idée de compagnonnage est également récurrente dans la représentation de la sorcière: les hybrides sont leur monture, à l’image d’une Diane funeste qui chevauche à travers la nuit, nous dit une légende germanique.

 

Chapeau et variantes

La première figuration du chapeau noir pointu emblématique apparaît en 1775, sous le pinceau de Daniel Gardner, et se généralisera au XIXe siècle. Auparavant la sorcière est coiffée du hénin médiéval, interdit par l’Église car évoquant trop les cornes du Diable. Les condamnés de sorcellerie revêtaient un chapeau infamant cylindrique, pointu ou en mitre, orné d’une image de diable, héritage d’un chapeau anciennement porté par les juifs. On en observe chez Goya, lors de l’Inquisition espagnole et portugaise.

D’après Trois sorcières de Macbeth, Daniel Gardner, 1775, National Portrait Gallery : triple portrait d’Anne Seymour Damer, sculptrice, Elizabeth Lamb, politique influente, et Georgina Cavendish, duchesse connue pour ses talents littéraires, toutes trois militantes whig (contre l’absolutisme royal)

 

La nudité: antithèse de la femme vertueuse et dévouée

Figure à la sexualité immorale, la nudité sied fort à nos sorcières, aussi bien pour souligner leur monstruosité, ou au contraire pour rendre compte de leur sensualité. Deux types de sorcières se distinguent. D’abord la vieille cannibale à la pustule qui terrorise les enfants. Ensuite la femme fatale, souvent rousse, sulfureuse, qui envoûte les hommes pour leur plus grand malheur (Lilith, Judith, Eve, Salomé, Circé), que l’art symboliste porte à son apogée entre 1890-1900. Pour les artistes, les figures divines, orientales et fantastiques fournissent un prétexte au nu, et permettent d’échapper à son interdiction.

 

Pouvoirs magiques

D’après Paul Klee, Sorcières concoctant un breuvage, 1922

Je vous ai parlé des potions comme le vitriole (le poison étant réputé comme l’arme des femmes) et des sortilèges lancés pour manipuler les pauvres humains et sacrifier les victimes au diable. Parmi les pouvoirs de la sorcière on compte également la divination (lire Macbeth), la nécromancie (le roi Saül dans la Bible) mais également le contrôle de phénomènes météorologiques (Dürer représenté plus haut) et des astres, une capacité que l’on retrouve également dans les mythes de certains peuples nomades russes.

 

Ailleurs dans le monde on rencontre des variations:

En Russie justement, la plus célèbre sorcière est Baba Yaga. Elle peut revêtir trois aspects: la cannibale, la guerrière, ou la ravisseuse, est parfois anguipède. Elle vit dans une chaumière (isba) montée sur des pattes de poules, et se déplace dans un mortier à l’aide de son pilon. Son balai lui sert à effacer les traces de son passage.

Dans le folklore des Carpates on rencontre Baba Cloanta, à la fois guérisseuse, oracle, guide et démon.

A leur arrivée en Afrique, les Européens associent communication avec les esprits, pratiques vaudou et traditionnelles au concept de la sorcellerie occidentale.

Dans la culture japonaise, la sorcière n’est assimilée qu’après la Seconde Guerre mondiale. Avant cette date, on trouve l’histoire de Takiyasha, un sujet fréquent des gravures sur bois. Née au Xe siècle et fille d’un seigneur provincial, elle habite le palais en ruine de son père, assassiné, et souhaite le venger. Surnommée Princesse Démon de la Cascade, elle est représentée déchiffrant des sortilèges sur un rouleau afin de convoquer un immense squelette. Elle sera défaite par un guerrier, montant un crapaud, sabre à la main, torche à la bouche (voir l’estampe sur bois d’Utagawa Kuniyoshi, 1844).    A l’inverse Yama-Uba, une vieille et hideuse sorcière de la montagne, est la protectrice d’un héros du folklore japonais.

 

Les productions modernes et contemporaines ne laissent pas en plan notre sorcière, reprenant bougies, grimoires, baguettes et potions: séries et films (Sabrina l’apprentie sorcière, Scarlett Witch dans l’univers MARVEL), installations (Steilneset par Louise Bourgeois, La Bruja de Cildo Meireles), photographies (Sleeping witch de Kiki Smith), et même musiques (Sorcière de Pomme).

D’après la Bruja, Cildo Meireles, 1948, au Centre Pompidou depuis 2005

Alors, quel.le sorcier.e serez-vous cet Halloween?

 

Quelques ouvrages et expositions

Mythes et Meufs – Blanche Sabbah

Sorcière, de Circé aux sorcières de Salem – Alix Paré

Le complexe de la Sorcière – Isabelle Saurente

Les sorcières de Bruegel, Bruges, 2016

 

Lilou F

Saint Maximilien prêche aux edliens

(Cette interview date de 2009, publiée dans le deuxième numéro du Louvr’boîte et remise à l’honneur en ce mois de septembre après la nomination de Maximilien Durand au poste de conservateur du nouveau département des arts de Byzance et des Chrétientés d’Orient du musée du Louvre.)

 

Trois années dans le même amphithéâtre obscur, à discerner vaguement des silhouettes professorales se découpant sur d’immenses clichés. A écouter des voix surtout, qui défilent et enrobent un discours plus ou moins palpitant. Il y en a que l’on attrape au vol et que l’on retient. Ce timbre velouté par exemple qui, de Baouit à Byzance, nous entraina à travers les méandres d’une légende chrétienne peuplés de vierges folles, de païens concupiscents, et de saints débonnaires. Derrière la voix, l’homme : Maximilien Durand. Plutôt jeune. Plutôt charmant aussi. Et doté d’un charisme et d’une éloquence naturelle qui nous font oublier sa pauvreté capillaire.

Rencontre avec celui qui danse sur les ponts dans son bureau du musée des arts décoratifs. Un ange passe…

 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

En fait, j’ai fait l’Ecole du Louvre, juste après le bac, premier et deuxième cycle, et en même temps j’ai fait une fac de lettres classiques à la Sorbonne. Ensuite j’ai fait un DEA à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. J’ai travaillé au Louvre pendant la muséo. J’avais été engagé au département égyptien à la section copte pour traduire des manuscrits coptes, dans la perspective de faire un catalogage exhaustif du fond de manuscrits, donc identification des textes, traduction, reconnaissance des manuscrits d’origine et des autres fragments dispersés dans les autres collections. Cela a duré pendant presque quatre ans.

Après, pendant un an, j’ai été commissaire d’une exposition qui a eu lieu à Rouen d’abord, puis à Roanne et enfin à l’Institut du Monde Arabe à Paris. Il y a eu un an de préparation intensive pour cette exposition qui s’appelait Egypte, la trame de l’histoire et qui présentait des textiles pharaoniques, coptes et islamiques.

Ensuite, j’ai travaillé quatre ans à l’Institut National du Patrimoine au département des restaurateurs. J’étais chargé de l’accompagnement pédagogique des étudiants de dernière année pendant leur mémoire, de suivre notamment tout le travail d’élaboration du mémoire depuis la mise en place du plan jusqu’au suivi bibliographique, relecture…J’étais chargé aussi de tout ce qui était production écrite des étudiants, donc tous les rapports de restauration qu’ils réalisaient au cours de leur scolarité.

Ensuite, j’ai travaillé deux ans comme directeur scientifique de Patrimoine Sans Frontière, qui est une ONG qui intervient dans les pays en sortie de crise, pour la restauration du patrimoine puisque le but de cette association est de considérer que le patrimoine est un moyen pour les nations qui ont subi des régimes politiques très douloureux, des catastrophes naturelles ou des guerres, de se reconstruire. Quand on a tout perdu, il reste le patrimoine, l’identité culturelle et si on laisse ça se perdre, les nations se retrouvent vraiment anéanties. Donc on intervient dans des régions comme l’Albanie, La Biélorussie, Madagascar, le Liban, le Cameroun…

Et depuis le mois de juin (2009), je suis responsable de tout ce qui est conservation préventive et restauration pour les quatre musées des Arts Décoratifs : le musée des Arts Décoratifs, le musée de la Mode et du Textile, le musée de la Pub et le musée Nissim de Camondo qui est le seul à ne pas être à Rivoli mais vers le Parc Monceau et qui est un hôtel particulier du début du XXe avec une énorme collection du XVIIIe.

Sinon, j’enseigne à l’Ecole depuis que j’ai 19 ans, d’abord comme chargé de TDO…

 

C’était une rumeur qui circulait, donc vous la confirmez ! Chargé de TDO à 19 ans c’est possible ?

En tout cas, c’était possible à l’époque ! J’ai fait des TDO pendant quelques années, j’ai fait aussi des TP pour le cours d’iconographie pendant deux ou trois ans et l’HGA depuis 8 ans.

 

Vous faisiez des TDO pour l’archéologie chrétienne et l’iconographie ?

Non, je ne faisais que les TDO d’archéologie chrétienne. Et j’ai suivi les deux cours organiques en tant qu’élève à l’Ecole et en plus, de l’épigraphie copte qui a fait que j’ai été engagé au Louvre.

 

Vous étiez donc en muséo à 19 ans…

Oui mais c’est logique, j’ai passé mon bac à 17 ans, je suis donc entré en première année à 17 ans, en deuxième année à 18 ans et en troisième année 19 ans. Et je n’avais pas encore 20 ans en entrant en quatrième année…

 

Logique peut-être mais ça sonne précoce quand même… (NdlR qui sont en 2e et 3e années à 20 ans…). Une question qui intéressera sans doute les élèves de l’Ecole : quel edlien étiez-vous ?

Alors, je n’étais pas le même edlien pendant les différentes années de ma scolarité. En première année j’étais un edlien un peu largué, très content d’être au Louvre, émerveillé par tout ce qu’on voyait, content d’aller dans les musées ; un peu intrigué par les collections d’antiquités nationales, un peu effrayé par les collections d’archéologie orientale, passionné par les collections antiques… Je me suis plutôt réveillé en fin d’année en me disant que c’était bien beau de profiter de toutes ces belles choses mais qu’il fallait peut-être aussi les assimiler. Et à partir du moment où j’ai compris qu’il fallait quand même bosser, je me suis mis à travailler beaucoup, et ce qui était vraiment un réel plaisir parce que ça me passionnait.

Après, en deuxième année, j’étais très investi mais pas forcément physiquement car je commençais un double cursus à la fac. J’essayais donc de jongler entre les deux, un peu rassuré par les résultats de première année qui n’avaient, finalement, pas trop mal marché. Puis en troisième année, j’étais plus du côté de la fac et donc moins physiquement à l’Ecole. Et en quatrième année, en muséologie, j’étais très content de découvrir les questions sur la conservation et la restauration que finalement je trouvais plus pertinentes que les questions de style… Et ça m’ouvrait des portes insoupçonnées ; portes que je commençais aussi à découvrir au Louvre puisque j’ai commencé à y travailler à ce moment là. Je travaillais dans les réserves, avec les restauratrices, de textiles notamment, et comme elles parlaient beaucoup en travaillant, je les faisais parler de leur travail. J’étais assez fasciné par tout ça. Je pense que c’est de là qu’est venue ma passion pour la restauration.

 

Et justement, pendant ce deuxième cycle, quel a été votre sujet de mémoire ?

J’ai choisi un sujet de mémoire qui essayait d’allier plusieurs de mes obsessions. J’étais inscrit en conservation préventive, restauration. Je voulais travailler sur de l’orfèvrerie, que ce soit religieux et si possible, qu’il y ait des reliques impliquées dans l’affaire. J’avais déjà une petite idée en tête, puisque j’avais très envie d’aller à la cathédrale de Troyes où j’étais sûr qu’il serait possible de retrouver un textile byzantin dont on parlait dans les textes et qui enveloppait les reliques de sainte Hélène d’Athyra rapportées de la IVe croisade. Un fragment avait échappé à la Révolution mais personne ne l’avait vu depuis. J’ai donc choisi un sujet qui était : « La conservation de l’orfèvrerie dans les trésors d’églises, les exemples des reliquaires en argent dans les cathédrales de Troyes et de Sens ». Cela m’a donc permis de faire ce que je voulais et d’obtenir l’autorisation d’ouvrir le reliquaire dans lequel était censé être ce tissu, et effectivement j’y ai trouvé un fragment de tissu de quelques centimètres avec un décor en fils d’or très exceptionnel d’époque Comnène.

Mais mon sujet traitait plus de la conservation préventive de l’argent et le problème que cela pose pour des objets qui sont à la fois des objets d’usage et des objets d’art puisque les reliquaires, notamment quand ils contiennent des reliques, sont toujours vénérés. Ils doivent donc être présentés non seulement au public mais aussi au fidèle qui le souhaiterait. Toute la problématique des trésors d’églises et leur mise en exposition m’a beaucoup intéressé, et celle du métal qui, par nature, se dégrade surtout dans une atmosphère changeante, peu contrôlée, comme c’est le cas dans les trésors églises qui sont généralement des espaces qui ont de grandes variations climatiques et d’hydrométrie…

 

Vous avez toujours été intéressé par l’enseignement ? Comment êtes vous devenu professeur d’HGA ?

Oui, l’enseignement m’intéressait et il se trouve que l’on m’a proposé d’enseigner à l’Ecole. J’ai pensé que c’était une grande chance d’autant que j’étais très jeune, donc je n’en menais pas très large au début ! D’ailleurs le premier groupe d’élève que j’ai eu en TDO ne m’a pas identifié comme étant le professeur quand je suis arrivé. J’ai dû leur montrer mon badge. J’étais très stressé ! Et à la fin quelqu’un est venu me voir en me disant que ce n’était pas la peine de stresser comme ça et que c’était très bien.  Je leur ai dit que c’était mon premier TDO et ils m’ont répondu « oui, on avait bien vu ! ».

En tout cas, je trouvais qu’enseigner à l’Ecole du Louvre, malgré des contraintes très grandes, c’est-à-dire étudier des périodes importantes sur des heures de cours restreintes, était un challenge très intéressant. Par ailleurs, essayer d’intéresser un amphi entier à une matière qui n’est pas forcément très connue est assez rock’n’roll au départ ! Mais j’aime bien les challenges en général !

 

Est-ce que vous trouvez que l’enseignement à l’Ecole a évolué entre le moment où vous étiez élève et aujourd’hui ?

L’enseignement, je ne sais pas. En tout cas, l’Ecole a beaucoup évolué, et en bien je trouve. Je suis représentant des professeurs au Conseil des Etudes et de la Recherche et j’essaye de dire à chaque fois à vos collègues délégués de vous dire que vous avez beaucoup de chance aujourd’hui ! Je trouve que l’Ecole a vraiment bien évolué, vous recevez un enseignement qui est peut-être plus complet que celui que nous recevions.

D’abord des cours ont été créés, et là je prêche un peu pour ma paroisse mais le cours d’iconographie n’existait pas par exemple, mais aussi les cours de techniques ou d’histoire des collections. Le fond a été donc très fortement remanié. Des enseignements se sont développés, je prêche encore une fois pour ma paroisse, mais ma matière, quand j’étais étudiant, c’était trois séances en première année pour faire tout l’art paléochrétien et tout l’art byzantin. Il y a plus de place accordée à cette matière, et à d’autres aussi ! Les liens avec l’étranger se sont vraiment développés. Les publications de l’Ecole s’ouvrent aussi de plus en plus aux étudiants, le travail des élèves est beaucoup plus valorisé.

Je crois que ce qui n’a pas changé c’est l’implication des professeurs. Quand on enseigne à l’Ecole, c’est qu’on aime la maison et qu’on travaille dans l’intérêt des élèves puisqu’on voit toujours des élèves motivés même si c’est une voie difficile avec peu de débouchés…

 

Merci de nous le rappeler…

Non mais je n’ai pas dit qu’il n’y avait pas de débouchés, seulement « peu » … Mais ça s’arrangera dans les années qui viennent ! Il faut espérer !

 

Il y a des professeurs que vous avez eu élève qui sont toujours présents à l’Ecole ?

Agnès Benoit, Danielle Elisseeff, Jean-Luc Bovot et j’en oublie probablement…

 

Comment votre regard sur eux a-t-il évolué en passant d’élève à professeur ?

Il a forcément évolué puisqu’ils sont devenus des collègues. Par exemple aux Arts Décoratifs, l’une des conservatrices qui a un bureau juste à côté de moi est Anne Forray-Carlier qui donnait les cours de XVIIIe quand j’étais élève. Evidemment je n’ai pas du tout les mêmes rapports avec elle aujourd’hui que quand j’étais étudiant. J’appréciais beaucoup ses cours et je l’apprécie beaucoup en tant que collègue. C’est la même chose pour Agnès Benoit, dont je reconnaissais la méthode et la rigueur et en tant que collègue elle est pareil, c’est quelqu’un avec qui il est agréable de travailler.

C’est le regard que l’on porte sur soi qui évolue plutôt que le regard qu’on porte sur l’autre. L’idée qu’on a de son professeur, même si elle est très lointaine et très fantasmée, est une idée qui va devenir plus objective avec le temps, mais qui reste la même dans les grandes lignes. C’est l’image qu’on a de soi au fur et à mesure qu’on se professionnalise qui évolue. Donc les rapports ne sont pas les mêmes.

 

Justement en parlant d’image, comment pensez-vous que les élèves vous perçoivent en cours ?

Je n’en sais rien du tout ! C’est plutôt à vous de me répondre !

 

Vous avez bien une petite idée ?

Non je ne sais pas… En fait je remarque une ou deux choses : il n’y a pas trop de chahut dans l’amphi, ce qui est plutôt bon signe. Après je ne fais que des apparitions éclaires à l’Ecole et puis, à vrai dire, ce n’est pas tout à fait la question qui me préoccupe. Ce qui m’intéresse, c’est de faire un cours que j’imagine être utile et pédagogique, dire l’essentiel dans le moins de temps possible, et essayer d’ouvrir des perspectives. Pour le cours d’icono, c’est d’essayer de montrer qu’une œuvre d’art se regarde de plusieurs façons différentes.

Après, ce qui m’intéresse est de savoir si ce discours à une portée. Cela, je le mesure avec les copies, et j’ai l’impression que les élèves jouent le jeu. Alors, ceux qui ne jouent pas le jeu, tant pis, c’est leur choix. Mais avec ceux qui jouent le jeu, le jouent vraiment, il y a vraiment un échange. Après vous dire comment ils me perçoivent, je n’en sais rien… Ce qui est sûr, c’est que quand je croise des anciens élèves, je ne me fais pas cracher dessus !

Mais j’entends quand même des choses, je sais que j’ai la réputation d’être sévère, je l’entends souvent. Sévère mais juste… j’espère !

 

Et votre point de vue là-dessus ? Vous pensez que vous êtes vraiment sévère ?

Non, je pense que je suis exigeant, ça c’est sûr ! Mais je me rends compte en jury qu’on est trois professeurs à avoir des notations qui sont toujours à peu près calées. On a quasiment toujours les mêmes avis sur les étudiants, sauf cas exceptionnel. Et effectivement, c’est une question d’exigence. Après, je pense que je pourrais être beaucoup plus laxiste, d’abord ça me prendrait moins de temps pour corriger les copies et j’en ai un certain nombre, puisque j’ai trois amphis entiers à corriger à chaque session, c’est donc beaucoup de temps. Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse.

J’envisage l’enseignement comme un échange, même s’il est bref. C’est donnant-donnant. J’essaye de faire un cours qui se tient, dans lequel il n’y pas trop d’erreur, qui donne une ligne et une structure. J’attends en face que les étudiants ne viennent pas les mains dans les poches, en imaginant qu’ils vont me la faire en racontant n’importe quoi. Moi aussi je peux faire ça, ne pas préparer mes cours, arriver et essayer de vous bluffer mais vous ne serez pas contents. C’est la même chose de mon côté. Et je pense que l’exigence est nécessaire surtout à un moment où, effectivement, les places sont un peu chères à l’issue.

L’Ecole prépare à différents cursus, mais quelque soit le métier qu’on choisit à l’issue de l’Ecole, c’est un métier où l’exigence va exister. Je pense que si on n’a pas envie de travailler, ce n’est pas la peine de persister, et autant le savoir dès la première année. Je suis donc généralement un peu plus sévère en première qu’en deuxième année. Puis parfois c’est simplement un coup de fouet, avoir une très mauvaise note en mai permet parfois de se réveiller en septembre et de repartir sur de bons rails. Par ailleurs j’essaye d’utiliser toute la gamme des notations, c’est-à-dire que, certes, je mets des 0,25 mais je mets aussi des 19,75 et je crois être un des seuls professeurs à le faire. En jury en tout cas, c’est toujours moi qui mets les notes les plus hautes. Quand je suis content, je vais au maximum de la notation possible, et quand je ne suis pas satisfait, je vais au minimum…

Je me fiche que vous reteniez une chronologie, sauf dans les grandes lignes, si vous faites des petites erreurs, ce n’est pas grave. Ce qui me déplaît fortement c’est de sentir qu’il n’y a pas de travail, qu’il n’y a pas eu l’effort de compréhension de la période. Je n’aime pas non plus le laxisme, quand l’expression française et l’orthographe sont vacillantes. Je ne parle pas des mots spécifiques où, là, je suis plus indulgent. Mais quand on confond des termes qui, pour moi, sont des termes, non pas propres à la discipline, mais du vocabulaire courant, ça m’énerve. Je pense qu’il y a des bases à acquérir quand on veut faire de l’histoire de l’art. Il faut savoir s’exprimer, avoir des bases de mythologie grecque et romaine, de culture religieuse… Quand on me dit que la Vierge est la femme du Christ, oui ça m’énerve ! Pas parce que c’est ma matière, mais parce que, dans l’absolu, c’est quelque chose que l’on devrait savoir.

 

Est-ce que vous pensez, vu que vous étiez élève il n’y a pas si longtemps, que le niveau s’est dégradé ou rehaussé, que les attentes sont différentes aujourd’hui ?

Je pense que les attentes sont différentes. Je ne dirais pas que le niveau s’est dégradé. Au contraire, je dirais qu’il y a une évolution vers le mieux en ce qui concerne l’expression et l’orthographe. En tout cas les dernières promos l’ont bien montrée.

Je pense aussi que la manière de travailler est différente. Il y a peut-être une recherche d’immédiateté plus grande aujourd’hui. Il y a moins d’analyse en profondeur, un peu plus de surface mais ça ne veut rien dire sur le plus ou moins bien de la démarche, simplement c’est une manière de travailler différente. Un certain nombre de facteurs sont en cause : à mon époque, on n’avait pas internet, on travaillait dans les livres… Donc forcément les choses changent et on le sent. Mais je ne dirais pas que ça se dégrade, loin de là !

 

On rentre plus dans les petits détails : tout le monde (ou presque) connaît la vertu de Théodora, d’autres anecdotes croustillantes sur ces personnages ?

Il y en a beaucoup ! Les saints notamment, sont des personnages assez drôles en général. C’est ce qui me plaît dans cette littérature là. C’est une littérature qui est généralement assez amusante, j’essaye d’en donner quelques exemples.

Il y avait un saint qui avait beaucoup d’humour : saint Philippe Neri, qui vivait au XVIe siècle au moment de la contre Réforme. Il est l’un des fondateurs de l’Oratoire qui est une forme de vie consacrée très différente de celle qu’on connaissait avant. Il vivait à Rome et assez vite sa réputation de sainteté est venue lui causer des soucis, puisqu’il était très humble bien sûr. Il ne voulait pas qu’on dise de lui qu’il était un saint, d’autant que quand il passait dans la rue, on disait « voilà le saint, voilà le saint », et les gens venaient le toucher. Cela le gênait beaucoup. Il a donc décidé de mettre un terme à cette réputation, en prenant une amphore de vin et il est allé se saouler sur la place du Panthéon, en public. Il est rentré chez lui à quatre pattes, ivre mort en chantant des chansons paillardes. Tout Rome l’a vu évidemment et pendant quelques semaines, on a arrêté de penser que c’était un saint et il a donc été tranquille. Mais c’est par humilité, bien sûr, qu’il s’est saoulé…

 

Justement, vous avez écrit un livre : Parfum de Sainteté (édition les Allusifs) avec une phrase au début du livre : « A Dieu plutôt qu’à ses saints ». Quel genre de relation avez-vous avec Dieu et avec la religion en général ?

Avec Dieu, j’ai la relation que doivent avoir les couples divorcés. On a du mal à vivre l’un avec l’autre mais l’un sans l’autre c’est difficile aussi. C’est à peu près comme ça que je résumerais ma relation à Dieu. En ce qui concerne la religion, je dirais que je trouve le phénomène religieux intéressant quel qu’il soit. Je trouve admirable que l’homme ait imaginé une transcendance, et voir quelles formes elle prend m’intéresse beaucoup. Mes recherches me poussent plus vers le phénomène chrétien parce que je trouve son système philosophique très bien conçu et intellectuellement très satisfaisant. Et je trouve que c’est l’un des systèmes qui permet une illustration qui a vraiment du sens. L’image chrétienne n’est jamais anodine et c’est ce qui m’intéresse, de voir ce que révèle l’image. L’idée que l’image est un autre langage me plaît beaucoup. C’est un langage qui est d’autant plus codifiée qu’on est dans un domaine qui n’est pas anodin, celui de la religion. Voilà ce qui explique que je me sois plus particulièrement intéressé à ça.

Par ailleurs, l’image chrétienne est très variée, parce que les saints sont très nombreux. Les scènes représentées le sont aussi donc il y a beaucoup de domaines de recherche. Je trouve également que les saints sont des personnages assez fascinants parce qu’on les présente, généralement, de manière lénifiante, un peu comme la statue de plâtre de sainte Thérèse avec des roses dans les bras et les yeux tournés vers le ciel alors qu’en réalité, ce sont des gens souvent assez durs et volontaires. Ce sont souvent des héros en fait, et ce côté héroïque me plaît assez. Ils font le choix d’avoir une vie hors du commun, parce qu’ils s’en sentent la force. C’est un orgueil démesuré, mais un orgueil qui est, finalement, contrôlé et qui se transforme en véritable humilité. Je trouve que c’est un parcours intéressant. Du coup ce sont des gens qui ont un regard sur le monde assez drôle et avec beaucoup d’humour….

Vous savez pourquoi sainte Rita est la patronne des causes désespérées ?

 

Euh…. Non.

 Parce qu’elle s’est mariée, elle a eu des enfants et quand elle a été veuve et que ses enfants furent élevés, elle a voulu entrer au couvent. Mais le couvent de sa ville natale n’acceptait que des vierges. Elle a donc été refusée. Quelques temps plus tard, dans le même couvent, elle a refait sa demande, on l’a refusée de nouveau, mais elle a dit être redevenue vierge. On lui a fait un examen et effectivement, elle était redevenue vierge. Voilà pourquoi elle est la patronne des causes désespérées…

L’Eglise a de l’humour en général

 

Après avoir sorti un livre, il paraitrait que vous êtes en train d’en écrire un autre ?

 Oui, il parait…

 

Qu’en est-il ? Quelques exclusivités pour les élèves de l’Ecole ?

 Il faut avoir le temps de s’asseoir pour écrire. Malheureusement ce n’est pas toujours le cas. Les idées ne sont pas très difficiles à avoir mais il faut du temps… Je suis en train de réfléchir à une histoire qui serait peut-être le mythe de Pygmalion et Galatée revisité. J’aime bien les détournements en général.

 

Vous parliez des saints capables de choisir d’avoir une vie hors du commun. Auriez-vous été capable de choisir ce type de vie ? De vivre en ermite par exemple ?

L’érémitisme peut être pas, mais le martyre probablement puisque j’enseigne à l’Ecole du Louvre. Je suis livré aux fauves très régulièrement !

Si vous aviez un supplice à choisir, ce serait les fauves ?!

Non quand même pas !

Je ne me sens pas appelé à la sainteté, c’est une vocation, et je ne l’ai pas. Il y a trop de choses dans le monde qui nous détournent de la sainteté ! Mais ça reste un phénomène intéressant.

 

Un lieu de retraite pour un anachorète ? Qu’on ne connaît peut-être pas ?

 La plateforme de l’Empire State Building. Il y a un côté sauvage, King Kong, tout ça… Puis on voit le monde et la Liberté n’est pas loin !

 

S’il n’y avait qu’une œuvre d’art en rapport à la foi chrétienne à sauver, laquelle choisiriez vous ?

 C’est une question terrible ! Je ne sais pas parce que les œuvres d’art sont intéressantes pour pleins d’aspect différents. Il y a des œuvres qui nous plaisent par goût, et je pense que ma sensibilité ne me conduirait pas vers l’art des catacombes ou vers l’art byzantin ; il y a les œuvres qui nous plaisent parce que le contexte est passionnant, et c’est plus dans ce cadre là que je m’inscris pour l’art paléochrétien et l’art byzantin ; il y a les œuvres dont les matériaux nous plaisent, là c’est la cas de l’orfèvrerie byzantine, je vois mal comment on peut rester insensible à cela ; il y a les œuvres qui nous intéressent pour leur iconographie et là je pourrais vous en citer des milliards ; celles qui nous intéresse parce qu’on a un rapport intime avec elle, parce que c’est celles qui nous ont conduits vers l’histoire de l’art ou qui nous ont forcées à nous poser des questions. Donc s’il fallait n’en garder qu’une ça serait une catastrophe ! Et jeter toutes les autres ce serait horrible ! Je ne peux pas réponde à ça !

 

Et au Louvre, une œuvre à sauver ? Et ne répondez pas celle la plus proche de la sortie !

Cela serait dans les grands chefs-d’œuvre j’imagine. Je vous ferais une réponse un peu idiote en vous disant que ça serait peut-être la galerie des Rubens parce que c’est une œuvre en plusieurs, donc ça permettrait d’en sauver plus d’un coup… Mais ça c’est pour la blague. S’il y en avait vraiment une à sauver au Louvre, je dirais sûrement La Mort de la Vierge du Caravage parce que c’est une œuvre polémique et qu’elle n’a pas fini de faire couler de l’encre

 

Sur les Ponts, On y danse, l’aventure continue ?

En fait, l’aventure n’est plus entre mes mains, le but n’était pas de faire ça pendant des années. Au départ, ce n’était pas du tout réfléchi. Ça l’est devenu un peu plus tard et le cycle a abouti avec Thriller qui était un peu à part puisqu’il y a vraiment du montage… Donc ce n’est plus le principe de base où c’était un one-shot avec un appareil photo numérique. Mon idée est allée jusqu’au bout, ma volonté maintenant c’est que ça continue mais sans moi. Le mouvement a commencé, on a vu des ponts du Vietnam, de Londres, d’Australie postés sur le groupe. C’est bien, c’est ça qu’on voulait, faire danser du monde, donc si ça continue c’est bien !

 

Pour terminer, un conseil que vous pourriez donner aux élèves pour les examens et leur vie professionnelle ?

Ne vous dispersez pas. Pour les examens, n’imaginez pas que l’on cherche à vous piéger, ni moi, ni mes collègues n’avons cette idée en tête. Dites-vous bien que c’est beaucoup plus agréable pour nous de lire une copie satisfaisante que l’inverse. On vous pose généralement des questions qui sont assez faciles à anticiper si on est attentif au cours. J’annonce généralement les sujets d’examens pendant le cours. Quand je dis « si cette œuvre tombait en cliché, voilà ce qu’il conviendrait de dire… », en général c’est cette œuvre qui va tomber en cliché. Par ailleurs, j’ai quelques automatismes dans les sujets d’examens qui sont assez faciles à repérer en regardant les annales. Je ne prends vraiment pas les gens au piège, et mes collègues font pareil. Soyez donc concentrés sur le discours que vous avez entendu en cours.

Essayez aussi de l’étoffer un peu avec des lectures, histoire de vous forger une opinion. Allez à l’essentiel, on ne vous demandera jamais de retenir des dimensions, ce qu’on vous demande surtout c’est de ne pas dire d’aberrations. Quand vous ne savez pas, ne dites pas, parce que c’est l’horreur et qu’on le repère assez vite.

Enfin le plus important est de fréquenter les œuvres. Profitez de votre scolarité parce que vous avez beaucoup de chance d’être dans un lieu aussi merveilleux et dans une école pareille. Profitez de la gratuité dans les musées et faites vous plaisir ! Puis, si les révisions sont un véritable calvaire, demandez-vous si c’est vraiment votre voie… Je n’ai pas dit, si les révisions sont un effort, il y a toujours un effort même dans les choses qui font plaisir mais si c’est un vrai calvaire, alors ce n’est peut-être pas la bonne voie. En tout cas, ça ne doit pas être vécu comme tel, ce serait dommage.

Pour la vie professionnelle, ne vous laissez pas déprimer par les sirènes qui vous disent que vous n’y arriverez pas, qu’il n’y a pas de place, pas de métiers, que c’est la crise, que c’est l’horreur… Ce n’est pas tout à fait vrai. Il y a de la place pour ceux qui sont malins et qui le veulent. A partir du moment où vous savez où vous allez, tout est possible ! Ayez du courage, car ce sont des métiers passionnants mais qui ont aussi leurs revers. On parlait de vocation tout à l’heure, je pense que s’en est une de devenir historien de l’art, sous quelque forme que ce soit.

 

Une question que vous auriez aimé que l’on vous pose ?

« Votre pauvreté capillaire, choix ascétique ou contrainte naturelle ? ». Ce à quoi j’aurais pu vous répondre, c’est un choix bien sûr, pour que l’auréole s’y pose plus facilement.

 

 

Merci à Maximilien Durand pour avoir pris le temps de répondre à nos questions.

 

Propos recueillis par Margot Boutges et Anabelle Pegeon

Crédit images : Aurélie Deladeuille