Une bouffée d’air-aldique : ce que le futur retiendra de vous

Je vous ai déjà parlé de l’armorial d’Hozier n’est-ce pas ? Mais si, il s’agit de cette grande tentative de réunion de toutes les armoiries portées en France, sous Louis XIV, entre 1696 et 1710. Le but de cette entreprise était de réunir les fonds nécessaires à renflouer les caisses de l’état, mises à mal par les coûteuses guerres de la ligue d’Augsbourg (1688 – 1697) puis de succession d’Espagne (1701 – 1714). Comment ? En prélevant des taxes pour chaque armoirie recensée bien sûr ! Cette taxe allait de vingt livres pour les particuliers (entre 350 et 500 euros suivant l’année et l’inflation tout de même) à trois cents livres pour les villes.

Mais bien sûr, tout le monde n’a pas voulu s’acquitter de ce nouvel impôt déguisé. Qu’à cela ne tienne ! La famille d’Hozier, en charge de l’armorial, demande aux commis de créer des armes dites « d’office » aux réfractaires. Environ la moitié de l’armorial sera alors rempli d’armoiries de ce type à partir de 1699. Si jusqu’en 1701, les commis pouvaient laisser libre cours à leur imagination en attribuant de simples armes parlantes ou des combinaisons moqueuses, leur apport est ensuite régulé et ils n’utilisent alors que des combinaisons mécaniques de pièces, meubles et couleurs. Ce qui est à mon avis nettement moins drôle. 

Cette brève (deux ans seulement) période de l’histoire de l’héraldique française donne encore aujourd’hui de sacrés fous rires aux chercheurs en héraldique qui feuillettent le fameux armorial (accessible en ligne sur Gallica). Laissez-moi donc vous en présenter deux ou trois parmi les plus croustillants.

Joyeux Noël :

Certains Messieurs Noël, comme ici à Paris, se sont vus affublés d’un enfant Jésus sur leurs armes. Mais pour l’instant, rien de bien méchant quoique ce soit tout à fait ridicule.

Le lièvre et la tortue :

C’est ici que l’on commence à se moquer, car c’est sans doute contre son gré que le Lyonnais Claude Tardif se retrouve avec des armes d’argent à une tortue de sinople accompagnée de trois escargots d’azur. De nombreux autres Tardif se sont retrouvés comme lui avec des tortues sur leur blason.

De l’art d’envoyer paître … :

De même, en Bourbonnais, Jean Doyard se voit attribuer des armes parlantes de toutes beauté avec ce magnifique doigt d’honneur, sans doute lancé à la face du récalcitrant porteur.

… et de celui d’envoyer chier :

Il semble que les commis du Bourbonnais étaient en grande forme, car René Grandchier, curé de Saint-Quentin, se retrouve l’heureux porteur de ce qui sont sans conteste les armoiries les plus poétiques de la création : De gueules à un clystère d’argent. Le clystère était à l’époque utilisé pour faciliter le transit intestinal … Hum !

Sur ces quelques exemples, je vous laisse. Mais prenez garde : personne ne sait ce que le futur retiendra de vous !

Raphaël Vaubourdolle

« Je vois la vie en rosé » ou des micronations comme états modernes

« Je vois la vie en rosé », telle est la devise de la Principauté d’Aigues-Mortes. Vous ne connaissez pas cette nation ? C’est tout à fait normal. Elle n’est reconnue par aucun état officiel, ni même par l’ONU : il s’agit d’une micronation.
 
Mais qu’est-ce qu’une micronation ? La définition est difficile à établir étant donné la diversité des expériences que ce terme englobe (en 2004, le Figaro considérait qu’il existait près de 400 micronations autour du monde). Robert Ben Madison, potentiel créateur du terme de « micronation » et fondateur du Royaume de Talossa dans sa chambre d’adolescent en 1979, les définit comme de « petites entités organisées comme États-nations non reconnus ». Cela passe en général par la création d’une « simulation plausible et cohérente d’un mécanisme gouvernemental » (république, monarchie, … d’après les termes de Lars Erik Bryld), une volonté sécessionniste ou de reconnaissance officielle, la revendication ou non de territoires, la création de symboles identitaires ou de monnaies, passeports…
 

Armoiries de la Principauté d’Aigues-Mortes

J’ai découvert la Principauté d’Aigues-Mortes par son héraldique (« Coupé d’azur et d’argent, au 2 à une croix de Camargue de sable » au passage), on ne se refait pas. Cette petite goutte d’armoiries me mena cependant à une ivresse de curiosité pour les micronations. Néanmoins, je ne pourrai venir à bout de ce vaste univers dans un petit article sans prétention écrit en vitesse entre deux TDO pour combler le manque d’article sur le site de notre cher Louvr’Boîte. Je vais donc ouvrir de nombreuses portes d’un intérêt fou, sans pour autant pouvoir m’aventurer bien loin dans le manoir de la cryptarchie (un synonyme de « micronation ») par manque de temps, de recherches ou de connaissances en économie, politique, sociologie, et caetera … À vous ensuite de suivre votre propre chemin, ou de nous demander plus d’articles sur le sujet si vous le souhaitez !
 
Revenons à nos micronations. La Principauté d’Aigues-Mortes a été fondée en 2011 par Jean-Pierre Pichon, devenu par le fait le prince Jean-Pierre IV d’Aigues-Mortes. C’est une association loi 1901, comme la plupart des micronations françaises. Son but est de promouvoir la cité d’Aigues-Mortes et les initiatives locales dans une ambiance humoristique. Cela passe par l’organisation de nombreux évènements comme le bal princier du godet d’or ou le concours de Miss Principauté, la fondation d’une radio-télévision et d’une presse nationale, la collecte de fonds pour la préservation du patrimoine aigues-mortais… En 2015, elle crée une monnaie complémentaire locale, le Flamant, dans le but de dynamiser le commerce et l’artisanat local ainsi que l’entraide entre citoyens. Indexée sur l’Euro et soumise à l’article 16 de la loi Economie sociale et solidaire de 2014, elle rejoint à ce titre la grosse soixantaine de monnaies complémentaires locales de France actuellement en circulation, et se base sur l’expérience de Wörgl menée en Autriche dans les années 30 (allez voir ça de vous même, le concept est génial). Dans les faits, les citoyens de la Principauté peuvent échanger cette devise dans les commerces de la ville acceptant cette monnaie contre des biens et des services. Le tout est chapeauté par la Bourse princière d’Aigues-Mortes, créée par la même occasion.
 
En 2016, la Principauté organise le premier sommet de l’Organisation de la Micro-Franconie et devient un de ses membres fondateurs avec l’Empire d’Angyalistan (France), le Grand-duché de Flandrensis (Belgique), la Principauté d’Hélianthis (France), la République de Saint-Castin (Québec) … En 2018, l’Organisation compte une douzaine de membres à travers le monde. Les micronations tendent en effet à se rencontrer et à se réunir dans des organisations internationales, comme la MicroCon, se réunissant tous les deux ans à partir de 2015 et fondée par la république de Molossia (Californie). Elle compte en 2019 une quarantaine de membres et permet aux représentants des micronations de se réunir et de réfléchir ensemble à des évènements internationaux, à leurs principes fondateurs …

Oriflamme de la République de Montmartre

En France, nous comptons une petite dizaine de micronations, et bien plus proches qu’on ne le pense de nous, étudiants parisiens ! La République de Montmartre par exemple qui organise de nombreuses actions philanthropiques en faveur de l’enfance déshéritée, mais qui a aussi fondé le square (disparu) de la Liberté (à l’angle de la rue des Saules et de la rue Saint-Vincent) où sont plantées des vignes … en 1933. Car oui, cette micronation est assez ancienne et a une histoire tout à fait intéressante pour nous, étudiants en histoire de l’art. En 1920, le dessinateur Joë Bridge imagine cette République avec d’autres artistes de ses amis comme Adolphe Willette, Jean-Louis Forain, Francisque Poulbot, Maurice Neumont, Louis Morin, Maurice Millière, Raoul Guérin ou Jules Depaquit. Ils posent finalement ses statuts en 1921, en parallèle de l’association de la Commune libre de Montmartre fondée par Depaquit, qui collabore à de nombreux projets. Son but : lutter contre le modernisme et l’urbanisation de la butte de Montmartre, restée très longtemps comme un petit village au sein de Paris. Ces actions politiques et philanthropiques se fondent néanmoins dans l’humour et la joie du vivre-ensemble, comme le montre la devise de la République : « Faire le bien dans la joie ». Une micronation créée par des artistes donc, contre une politique architecturale et les changements profonds de la société au cours du XXe siècle. Notons que cette République est encore très active sous le mandat de son président actuel, Alain Coquard, et que vous pouvez la rejoindre au titre de Député, Sénateur, Consul ou Ambassadeur pour entre 165 et 280 € (selon le titre souhaité) en étant parrainé par deux membres de la République (le Président et un Ministre vous serviront de parrain si vous n’y connaissez personne). Une intronisation officielle durant laquelle vous devrez prêter serment est alors organisée, vous permettant de recevoir les attributs de la République, dont la tenue officielle dessinée par Aristide Bruant et Henri de Toulouse-Lautrec : cape et chapeau noirs assortis d’une écharpe rouge (Attention : oeuvre à connaître pour les clichés de XXe siècle en Troisième Année) !

 
Voilà donc ma petite plongée sans bouteille dans le monde merveilleux des micronations. Mais une idée me vient … Pourquoi ne pas fonder la Commune du Louvr’Boîte tous ensemble, chers lecteurs ? C’est une idée folle en ce temps de confinement, mais les micronations virtuelles existent; Donc ma foi, si certains souhaitent me suivre, qu’ils se fassent connaître !
 
Raphaël Vaubourdolle

Hérald’Hic! – Dodge : un blason très explicite … ou pas !

Armes des Dodge – A Complete Guide to Heraldry, Arthur C. Fox-Davies, 1909

          En voyant ces armes, les lecteurs attentifs ne pourront que se rappeler celles du condottiere Bartolomeo Colleoni, présentées dans notre numéro Royal de novembre dernier, et s’ornant de trois magnifiques génitoires. Bon d’accord : trois « magnifiques » paires de couilles. Certes, il est vrai que nous n’en sommes pas loin avec ce blason « Fascé d’or et de sable, à un pal de gueules chargé d’un sein de femme distillant des gouttes de lait d’argent ». Cette rubrique était déjà si explicite à l’époque … Enfin contrairement à ce que voudraient peut-être les plus lubriques, nous n’analyserons pas en long en large et en travers le sein représenté, mais nous demanderons plutôt pourquoi il se trouve ici. Nous sommes une rubrique (presque) sérieuse quand même !

          La famille Dodge, très ancrée aux États-Unis, où elle fonda la marque de voitures de luxe du même nom (dont le symbole est une tête de bélier … dommage), est en vérité originaire du comté de Chester, au Nord-Ouest du royaume d’Angleterre. Un dénommé Peter Dodge y est recensé à Stopworth (actuelle Stockport) sous le règne d’Édouard Ier, roi d’Angleterre de 1272 à 1307.
Mais intéressons-nous à cette première apparition du nom Dodge, qui est aussi la première mention de leurs armes étranges. Une copie du document en question, datant de la « 34e année du règne d’Édouard Ier » (soit 1306) en vieux normand, se trouve à l’England’s heraldic library. Il y est indiqué que le dénommé Peter Dodge reçoit les armes précédemment décrites en récompense de ses services pour le roi lors de son invasion de l’Écosse contre son royal vassal John Balliol en 1296, notamment lors des sièges de Berwick et Dunbar.
          À partir de ce document (dont je n’ai pu voir aucune photo), les Dodge suivants ont proposé de nombreuses interprétations pour ce meuble étrange, et à ma connaissance unique en héraldique. Il aurait pu s’agir, car ce sein est considéré par eux comme « le symbole par excellence du secours »(1), d’un homme ayant donné du bétail laitier à l’armée du roi, ou ayant aidé à la logistique de la campagne en Écosse. Une autre hypothèse, moins symbolique quoique moins vraisemblable, fait d’une femme Dodge la nourrice des enfants d’Edouard Ier.

 

          Mais il faut toujours se méfier de ce type d’interprétations en héraldique. La signification d’un meuble ou d’une composition est toujours malaisée à découvrir. Et lorsqu’une hypothèse est proposée par des non-initiés au langage secret des armoiries (initiation grandement composée de libations au vin, chants latins sous la pleine lune et imitation du poulet en caleçon dans ma cuisine), elle est souvent peu probable voire carrément loufoque. Enfin ! C’est ainsi que se créent les légendes familiales. Il s’agit néanmoins d’un premier problème avec cette interprétation.
          Le second ? Ce document est sans aucun doute un faux. En tout cas il s’agit de la conclusion d’un débat entre spécialistes sur le forum de l’Heraldry Society of Scotland (fermé depuis). Il serait donc un faux créé pour la Visitation (une sorte d’inspection par les hérauts d’armes britanniques et irlandais dans le but d’enregistrer et de réguler les armoiries sur ces territoires) de 1613, sans doute pour donner une base ancienne à ce blason et accroître la renommée des Dodge. En bref, et comme le présente très bien Richard A. Dodge : « Quelle que soit la signification du symbole inhabituel sur le blason de notre famille, il est perdu dans les brumes du temps. »(2)

 

          Alors ? Si peu explicite le blason des Dodge ? Pourtant il reste une autre piste interprétative, celle des armes parlantes (« canting arms » en bon normand d’outre-mer). C’était le cas des armoiries des Colleoni, donc pourquoi pas des Dodge ? Penchons-nous sur le blasonnement en anglais dans le rapport de la fameuse Visitation de Chester de 1613 : « Barry of six Or and Sable, on a pale Gules a woman’s dugg or breast distilling drops of milk Argent« . « Dugg » donc … prononcé sans doute « deugue » ou « deudje ». Cela n’est pas sans rappeler le nom du porteur de ces armes : Dodge !
          Il faut en effet se souvenir que les principaux moteurs de choix de meubles sont les assonances et les jeux de mots, parfois incompréhensibles aujourd’hui (le mot « dugg » n’est plus très usité actuellement, pour ne pas dire éteint) ! Il s’agirait donc d’armes parlantes à l’assonnance grivoise, au même titre que le blason des Colleoni et au grand plaisir des amateurs de blasons étranges ! 

Armes des Dodge d’après le Burke’s General Armory de 1884 – Création personnelle

          Autre point commun avec les Colleoni : ce choix de meubles a provoqué la désapprobation d’une partie des détenteurs du blason, qui a modifié le sein gouttant en un oeil pleurant des larmes d’or (« an eye Argent weeping and dropping Or« ) correspondant mieux à la morale victorienne, comme on peut le voir dans le Burke’s General Armory de 1884. Ce blason n’est explicite que pour ceux qui le veulent.

 

Raphaël Vaubourdolle

 

(1) « the quintessential symbol of succor« , d’après un article du site dodgefamily.org

(2) « Whatever the significance of the unusual symbol on our family crest, it is lost in the mists of time« , d’après le même article.

Hérald’ Hic! Le cannabis en héraldique ou un bon moyen de se détendre en déconfinement

Il y a bientôt deux ans de cela, en juin 2018, le district de Kanepi en Estonie, nouvellement créé par la fusion de trois autres districts, a adopté un blason … stupéfiant : « De sinople à une feuille de cannabis d’argent ». Confiné, dans l’attente des examens et cherchant désespérément à se détendre par toutes les substances psychotropes possibles (principalement la tisane de mémé, l’huile essentielle de lavande et le visionnage d’une foultitude de blasons), votre humble (et définitivement loufoque) serviteur est parti à la recherche du cannabis en héraldique.

 

Commençons par le blason précité : comment se fait-il qu’un district, qu’une entité administrative, ait pu prendre comme symbole un stupéfiant illégal en Estonie ? Tout simplement car le cannabis est un symbole héraldique tout à fait valable ici : en effet le nom de Kanepi vient du lituanien kanep signifiant … « cannabis ». C’est que cette plante ne se cultive pas seulement dans les placards des petits Jean-Kevin souhaitant se rouler deux ou trois joints pour s’amuser avec ses amis, et a en effet une longue histoire.

En effet, il s’agit d’une des premières plantes domestiquées par l’homme en Eurasie, il y a plus de 10 000 ans, autant comme psychotrope que pour réaliser des fibres textiles, du papier, des cordes, etc. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec l’essor des échanges maritimes, la culture du chanvre (autre nom du cannabis, désignant souvent des variétés contenant moins de tétrahydrocannabinol (THC) à l’origine de l’effet psychotrope du cannabis)  devient industriel. Le professeur Serge Allegret, dans Le Chanvre industriel – production et utilisation, coordonné par Pierre Boulloc en 2006, précise qu’à l’époque « Un navire de taille moyenne utilise 60 à 80 tonnes de chanvre sous forme de cordages et 6 à 8 tonnes sous forme de voile, par an. ». Si la France produit elle-même son chanvre, les Hollandais et les Britanniques sont équipés par les manufactures des Pays-Bas alimentées par du chanvre venant de Livonie (les actuels pays baltes, dont l’Estonie).

Kanepi (Estonie)

Blason de Kanepi

Et la petite ville de Kanepi participait à cette production en cultivant le cannabis, d’où son nom, connu dès 1582. Nous sommes donc ici face à des armes parlantes tout à fait valides et, bien que de nombreuses personnes en faveur de ce symbole l’aient sans doute choisi pour rire, parfaitement signifiantes.

D’ailleurs, les Estoniens ne sont pas les seuls à arborer l’insolente cannabacée (famille à laquelle appartient aussi le houblon1) sur leurs blasons de villes. Ainsi, bien que le symbole paraisse plutôt récent dans l’héraldique française, il est loin d’y être anodin ! En raison de la grande production de chanvre français, notamment encouragée par Colbert, nombres de communes portent un nom en lien avec le cannabis … et les armes parlantes assorties.

 

Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne)

Blason de Chennevières-sur-Marne

C’est notamment le cas de Chennevières-sur-Marne, dans le Val de Marne, sur le RER A. Cette ville, appelée Canaveriae dès 1163, porte un nom provenant du latin cannabria désignant une zone de culture du cannabis. Le blason de la commune, « De gueules au plant de chanvre d’argent fruité d’or mouvant de la pointe, au chef d’azur soutenu d’une divise ondée d’argent et chargé de deux clefs d’argent passées en sautoir accostées de deux fleurs de lis d’or », a ainsi été adopté en 1940.

 

 

 

Chennevières-lès-Louvres (Val-d'Oise)

Blason de Chennevières-lès-Louvres

Plus récemment et pour les mêmes raisons, la commune de Chennevières-lès-Louvres, dans le Val d’Oise, a adopté en 2007 un blason « D’or à la branche de chanvre feuillée de sinople, au chef tiercé en pal aux 1 et 3 d’azur à la fleur de lis d’or et au 2 de gueules au lion d’argent ».

De même, Echenevex dans l’Ain porte depuis 1992 des armes « De sinople à trois chènevis d’or, au chef cousu de gueules chargé d’une montagne d’or surmontée d’une lame de scie du même posée en fasce ». Le chènevis étant la graine du plant de cannabis.

 

 

Virlet (Puy-de-Dôme)

Blason de Virlet

Enfin, de nombreuses communes portent sur leurs armes (mais sans traces dans leur nom) ce passé agricole particulier. C’est le cas par exemple de Virlet, dans le Puy de Dôme, dont les armoiries sont « D’azur à la croix d’argent chargée en coeur de deux branches de chanvre de sinople posées en chevron renversé, cantonnée au 1 d’un lion d’or, au 2 d’une roue d’argent, au 3 de deux fasces ondées d’argent et au 4 d’une crosse d’or passée en sautoir avec une bêche d’argent emmanchée d’or le fer en bas et surmontées d’une couronne du même ».

 

 

Pour conclure, nous pourrions nous interroger sur la vision que nous portons à certains meubles héraldiques. La prise comme armoiries par Kanepi d’une feuille de cannabis a provoqué l’indignation de certains de ses habitants du fait de notre vision contemporaine de cette plante, due aux dégâts importants qu’elle cause en tant que psychotrope. Pour autant il s’agit d’un choix tout à fait pertinent d’un point de vue héraldique du fait de l’histoire de cette commune. Aussi, comme le dit si bien la devise de Chennevières-sur-Marne, cette ville est « Fidelis solu ut praeterito » (« fidèle à son sol et à son passé »).

Raphaël Vaubourdolle

1 D’où les nombreuses bières au cannabis brassées partout dans le monde dans les dernières années.

Héral’Hic – Un drôle d’oiseau de province

Blason

Blason de l’Aunis

 

Pour le numéro Paysan, on va parler de chez moi, détenteur en titre du fameux Trône de Bouse -c’est comme le Trône de Fer mais en moins coupant et en général on n’extermine pas des familles ou des villes entières pour se l’accaparer ! Et oui chers camarades, quoi de mieux que « l’évêché le plus crotté de France » – merci Monsieur le cardinal de Richelieu- pour illustrer cette thématique ? Bon en vérité nous n’allons pas parler du Sud-Vendée et du diocèse de Luçon mais plutôt de son voisin de La Rochelle, siège du gouvernement de la province royale la plus petite du Royaume de France, l’Aunis !

En effet, quel MAGNIFIQUE blason que celui de l’Aunis :  “De gueules (rouge) à une perdrix couronnée d’or.” Une perdrix … UNE P***** DE PERDRIX ! Mais pourquoi !? POURQUOI !?!?

Bon Billy calme toi -comment ça c’est moi qui ne suis pas calme ! ET MA MAIN DANS TA GUEULE ELLE EST CALME, ELLE !? En tout cas, une chose est sûre, elle marque rouge (#blaguedheraldiste).

Bon vraiment maintenant calmons-nous tous -oui toi aussi Billy ! Tu vas vraiment finir par me faire sortir de mes gonds là !- et cherchons ensemble une explication. En effet, il existe peu d’occurrences de l’usage dans la perdrix en héraldique (bien qu’elles existent chez les Guyonnet, les de Rambouillet, etc…) et pour ces occurrences, peu de sources sur une origine connue du choix de ce meuble -en bref, un truc sur un blason, sauf certaines figures géométriques dites pièces honorables, mais on reverra sans doute ça dans d’autres blasons. Ainsi, tout ce que l’on sait sur l’origine de ces armes c’est qu’elles ont été enregistrées pour la première fois en 1696 pour le gouvernement de La Rochelle, et donc la province de l’Aunis.

Voilà voilà ! On se retrouve la prochaine fois pour un autre blason et … Non je plaisante les enfants, bien sûr que l’on va chercher une explication capilotractée ensemble ! Mais oui ! Vous m’avez pris pour qui vous ?!

Anciennes provinces de France

Carte du Royaume de France avec les 36 gouvernements généraux en 1789.

Déjà, la couronne. Il existe bien une perdrix royale dans la nature (alectoris graeca -#taxonomicorgasm) et son vrai nom vernaculaire est perdrix bartavelle. Malheureusement, elle ne vit qu’à des altitudes dépassant 1 000 mètres, ce qui la rend difficile à rencontrer dans une province dont le point culminant est de 60 mètres -ne vous moquez pas. Peu probable donc. Une autre explication, plus logique, pourrait être trouvée dans la création de la province. Terre des ducs de Poitou depuis le IXe siècle, la région tombe dans le giron royal à la mort d’Alphonse de Poitiers en 1271 avant d’être élevée en province par séparation du Poitou (en 1373) et de la Saintonge (en 1374) par Charles V. De là donc, sans doute, la couronne chapeautant l’emblème d’une ville élevée en gouvernement par le roi. Et ce d’autant plus qu’elle sera le principal siège du parti huguenot éradiqué lors du siège de La Rochelle gagné par les troupes royales en 1628. Une manière pour la province de se racheter ? Pour le gouverneur en poste d’asseoir le pouvoir capétien sur la cité ?

Maintenant, pourquoi une perdrix ? Peut-être  que l’étymologie pourrait nous aider ici. En effet, l’Aunis est désignée au VIIIe siècle pagus Alnensis, appellation dérivée en pagus Alienensis ou même en Castrum Alionis (qui devient Châtelaillon), pour le reste l’étymologie plus précise de ce nom propre est encore controversée. Or souvenez-vous, le taxon de la famille des perdrix -je savais que ça me servirait un jour ! Il faut suivre les enfants !- est Alectoris -bon certes, pas pour TOUTES les perdrix mais pour les autres c’est Perdix, donc c’est moins intéressant. Ce qui pourrait nous amener à la perdrix rouge, qui vit, entre autres, dans l’Ouest de la France, appelée aussi Alectoris rufa. Donc ça passe ! Il y a peut-être une étymologie commune ! Car certes, le taxon Alectoris provient du grec alektor (“coq”) qui a donné en latin alectorius ou même alium (aussi orthographié allium qui signifie dans la plupart des cas “ail” (pour autant dans ce cas, allium vient du grec aglis, de même signification -oui je sais c’est compliqué) mais apparemment aussi parfois “perdrix”, ne me demandez pas pourquoi).

Et là OH MON DIEU ! TOUT EST LIÉ ! Car s’il est peu probable que le terme Aunis soit issu du latin alium, cela aurait pu donner des idées à Jean II d’Estrée, gouverneur de La Rochelle de 1692 à 1701 sous la direction duquel le blason qui nous intéresse depuis le début de cet article se retrouve pour la première fois. Ce fin lettré issu d’une des plus grandes familles de France, cherchant un blason pour sa province a peut-être cherché le terme latin (langue souvent maîtrisée par l’aristocratie) le plus proche du nom Aunis et peu emballé à l’idée de porter sur cet écu une gousse d’ail -ce qui, soit dit en passant, aurait été encore plus drôle et m’aurait permis tout autant de traiter de ces armoiries dans cette rubrique- aurait porté son choix sur la perdrix en prétextant une sombre histoire de synonymes.

Et bien en voilà une explication satisfaisante ! Ce n’est peut-être pas la vraie, mais au moins elle tient la route -mais si Billy, mais si … cesse d’être désobligeant s’il-te-plaît. Sur ce, et avec la sensation du devoir accompli, bise à dextre et à senestre !

Raphaël Vaubourdolle