4 sorties insolites à faire à l’Opéra en 2021/2022 à Paris

Sous les toits de Paris, se cache de véritables pépites musicales, notamment dans les opéras qui se trouvent aux quatre coins de la ville. À toi, qui ne se souvient même pas de la dernière fois où tu as écouté de la musique qui ne sortait pas de tes écouteurs ; à toi, qui pense que les opéras n’ont plus aucun secret pour toi, ou bien à toi, qui pense que l’opéra est réservé aux vieux riches en costume qui n’écoutent que de la bonne vieille musique classique, laisse-moi t’emmener à travers une petite sélection de concerts ou spectacles en tout genre et particulièrement insolites.

1- La Khovantchina

– Drame musical historique en cinq actes
– Du 26 janvier au 18 février 2022 à l’opéra Bastille
– À partir de 15€

Avis aux amateurs d’histoire russe! Le célèbre compositeur russe Modeste Moussorgski nous amène dans cet opéra se déroulant lors de la Révolte de Moscou de 1682, année où Pierre le Grand est sacré tsar. Ajoutée à la mise en scène d’Andrei Serban avec ses costumes flamboyants et ses décors monumentaux qui nous font remonter le temps tout droit dans la Russie féodale du XVIIe siècle et vous serez comblés.

« Alors que celui-ci souhaiter réformer la Russie, il se heurte aux résistances de la noblesse et de l’église, la première conduite par le prince Ivan Khovanski, la deuxième par les Vieux-Croyants et leur chef Dosifei. À cette histoire tragique, Moussorgski a donné la musique la plus fascinante qui soit, sombre et envoûtante, semblant venir du fond des âges. »

2- Alcina

– Opera seria en trois actes
– Du 25 novembre au 30 décembre 2021 au Palais Garnier
– À partir de 25€

Cet opéra du génie prussien Georg Friedrich Haendel (1685-1759) de la musique baroque est inspiré du poème épique de l’Arioste, l’Orlando furioso (1516).

« L’histoire de l’opéra n’a cessé d’être hantée par des femmes ensorcelant les hommes. Alcina ne fait pas exception : elle séduit ses victimes jusqu’à leur faire oublier leur propre patrie. Danger de l’amour déréglé ou délices de l’abandon de soi? Par-delà le merveilleux, le génie de Haendel s’attache à peindre en Alcina une femme blessée, profondément humaine et pathétique: le chant de la magicienne déchue nous inspire une étrange compassion. De cette ambiguïté, du clair-obscur des sentiments et des travestissements du désir, la mise en scène de Robert Carsen, qui fit entrer l’oeuvre au répertoire de l’Opéra de Paris, sait jouer avec finesse. »

3- Ballade du Nord

– Concert et récital
– Le 9 novembre 2021 à l’Opéra Bastille
– 10€ pour les moins de 28 ans

Avis aux amateurs de cultures du Nord ! Une représentation unique vous est proposé pour voyager à travers un émouvant récit romantique et pour non pas moins, très original, à découvrir dans l’Opéra où notre très célèbre Gala national aura lieu !

« Ce récital propose un voyage dans les récits fantastiques et mythologiques du Nord : ballades et romances nostalgiques de Loewe, Schubert, Schumann et des pièces de Duparc, confessions émouvantes si proches du romantisme allemand. »

4- Les Éclairs

Drame joyeux en quatre actes
Du 2 au 8 novembre 2021, à l’Opéra-Comique
A partir de 6€

Pour tout t’avouer très cher lecteur, je n’avais pas la moindre idée de ce que pouvait être l’opéra-comique, jusqu’à il y a peu. Il s’agit en fait d’un genre d’opéra où les scènes chantées alternent avec des dialogues parlés (avec des apartés au public). L’opéra a plus d’un tour dans son sac ! Je vous propose ici, de découvrir un opéra-comique, d’autant plus original puisqu’il est adapté d’un roman (!!!) de Jean Echenoz et adapté par lui-même, ce que peu d’auteurs ont pu faire au cours de leur carrière.

« Les Éclairs retrace le destin de l’ingénieur Nikola Tesla – devenu Gregor – entre conte et chemin de croix. Lorsqu’il arrive à New York en 1884, Gregor est habité par ses visions. Il veut développer de façon révolutionnaire les usages de l’électricité. Mais la science l’intéresse plus que le profit. Des industriels le pillent et dévoient ses inventions. Il se réfugiera dans le spectacle des éclairs et la compagnie des oiseaux. »

Que ma sélection vous ait conquise ou non, n’hésitez vraiment pas à regarder les programmations des opéras parisiens. Les prix sont souvent très abordables et le monde du spectacle a plus que besoin en cette période, de conquérir de nouveaux publics !

Flora FIEF

Opéra

Entends ça, l’amour est un oiseau rebelle.
Toi, le fou, qui l’en age et le recèle
Te sens-tu prêt, ce torero, à l’affronter ?
Devant les cornes, point peur il n’a, Don José.
Tous bercent son visage dans leur mémoire,
Elle rit de se voir si belle dans son miroir.
Toi, Papageno, l’oiseleur, vas-tu mentir ?
D’un air de flûte lui fait naître des soupirs ?
La belle, enchantée : est-ce parole d’or ?
Que nenni ! Un cadenas ta bouche va clore.
Croit-tu, Radamès, l’enfermer dans la tombe
Telle qu’Aïda, à ton amour succombe ?
Crois-tu être Gérald, quand je serais Lakmé ?
Et par amour de toi, je meurs empoisonnée.
Hélas ! Le chant des fleurs ne peut point résonner !
Mon amour, lui, ne peut être apprivoisé.
Pensez-vous, officier, dans votre filet,
Par quelques ruse, mon coeur vous capturez ?
Gare ! Point je ne suis, Madame papillon
Et Seville m’abrite, Nagasaki, non !
Laisser-moi libre, ou comme la walkyrie,
Invincible, je charge, et je vous détruis.
Sais-tu, mon amour est enfant de bohème.
de par le monde mon nom résonne : Carmen !
Mezzo-soprano, oui, est la voix qu’il vous faut.
Pour toutes, jouer mon rôle, C’est un cadeau.
Enfin Ménélas ! Te voilà à la traîne :
« Je suis l’époux de Carmen, l’époux de Carmen… »

L. & R. Papion

Les chats vont-ils dominer le monde ?

Il n’est pas facile d’imaginer ce que le futur nous réserve surtout face aux évènements actuels mais si certains ne semblent pas avoir été atteints par cette crise, ce sont bien les chats. Dotés d’un flegme bien supérieur à celui des Britanniques, les chats ont continué leur vie et ont gagné du territoire face à notre absence. « Quand le chat n’est pas là, les souris dansent » est devenu « Quand les gens ne sont pas là, les chats dansent » ou un truc comme ça. Les chats ont su prendre leurs droits dans des rues vidées de leurs passants. C’est ainsi que le site désert de Pompéi a vu de nouveaux habitants à quatre pattes emménager au milieu des archéologues. Le seul problème, c’est qu’une fois que les chats sont là, ils ne bougent plus. Ceci m’amène à la première règle à savoir sur les chats : il n’habite pas chez vous, vous habitez chez lui. Laisser entrer un chat chez vous, c’est pire qu’un vampire : IL NE PARTIRA PLUS JAMAIS !

Comme pour beaucoup de domaines, regarder vers le passé permet de réfléchir sur les possibilités du futur et ici plus spécifiquement d’une nouvelle domination du monde par les chats. Je parle bien de nouvelle domination mondiale des chats car, bon, on ne va pas se mentir mais la fascination des Egyptiens pour les chats ça ressemble quand même beaucoup à une bonne domination sur une période quand même assez importante. Les chats y étaient notamment considérés comme l’incarnation sur terre de la déesse Bastet, cette dernière est la déesse de la joie du foyer, de la chaleur du soleil mais surtout protectrice des femmes enceintes et des enfants. Le chat est donc perçu de manière positive et très souvent représenté dans l’art égyptien probablement pour sa valeur protectrice. Le chat était donc respecté de tous et vivait pépère dans l’Egypte antique mais est-ce que cela a vraiment changé ? Le contrôle du monde par les chats a-t-il cessé un jour ? Actuellement, 30% des foyers français possèdent un chat contre seulement 20% pour les chiens (soi-disant le meilleur ami de l’homme). Les chats ont su s’imposer chez nous en nombre sans que nous ne le remarquions, subtilité et discrétion sont ses maîtres-mots.

Pour arriver à leurs fins, ils profitent d’une disposition de l’instinct humain. En effet, nous sommes plus enclins à trouver mignon ce qui est plus petit que nous. Cet attrait s’accentue à mesure que l’être concerné ressemble à un bébé. A quelques exceptions près, le chat fait le poids d’un bébé (entre trois et quatre kilos en moyenne) et sa taille lui permet alors d’être porté comme un nouveau-né, ce qui est vraiment beaucoup trop mignon quand même. Le chat se sert de cette disposition humaine pour obtenir tout ce qu’il veut. On parle quand même du seul animal qui a un endroit précis pour faire ses besoins, espace souvent muni d’un couvercle et d’une porte pour plus d’intimité. Et si vous pensez que les gens allergiques aux chats sont protégés contre cette domination, ils ne le sont pas ! Il existe aujourd’hui des chats dits « hypoallergéniques ». Non, je ne parle pas des Sphinx mais de chats bien poilus qui ne causent aucunes réactions allergiques. Parce que oui, les poils du chat sont une arme essentielle de sa domination. L’humain comme beaucoup de primates est rassuré quand il peut caresser les poils de ses congénères mais plus la surface est douce plus ça marche. Donc autant vous dire que les pitits poils trop meugnon du tout pitit matou, c’est vraiment top mais je m’égare.

Le chat a su développer son intelligence pour s’immiscer dans nos foyers et copier notre savoir pour un jour pouvoir prendre le contrôle du monde. Tous les complotistes n’ont rien compris, on parle de vraie théorie ici. Vous pensez que votre chat vient s’allonger sur votre ordinateur parce qu’il veut votre attention ? Que nenni ! Plusieurs options sont possibles ici, 1) il essaie d’écouter votre cours en même temps que vous pour accumuler du savoir (et prendre le contrôle des musées dans notre cas), 2) il essaie de vous empêcher de travailler pour s’affirmer comme le seul à pouvoir subvenir aux besoins de votre foyer. Effectivement, tous les cadeaux qu’il vous fait d’animaux morts ou de jouets (ça dépend de ses ressources) sont un moyen pour lui de participer à la vie de son foyer. Vous trouvez ça mignon tout plein ? Encore une fois, vous ne devriez pas ! Il fait tout ça pour que vous le trouviez encore plus mignon et que vous soyez à sa merci.

Pour preuve, abordons maintenant le cas du seul, de l’unique, du Jack. Oui, il s’agit de mon chat mais je saurai rester objective. Pour le bien de l’humanité, je vous le promets. Ce chat est la preuve ultime qu’une domination féline mondiale se prépare. Bon certes il a pas inventé le fil à couper le beurre comme on dit chez moi (ou il a pas l’électricité à tous les étages, bref vous avez compris) mais il sait se montrer féroce malgré sa dent en moins. Il a su ces dernières années mettre au point des plans infaillibles qui laissent entendre qu’il est peut-être beaucoup plus malin qu’il ne le laisse paraître. En effet, Jack (ou Jacko pour les intimes) a une passion inexpliquée pour les éponges. Afin qu’il ne s’empoisonne pas avec et qu’il ne ruine pas toutes nos éponges, nous avons décidé de les ranger sous l’évier. Ce que nous n’avions pas pu prévoir, c’est que durant les deux années suivantes Jack travaillerait d’arrache-pied entre deux siestes à ouvrir la porte de l’évier et il y est parvenu (on a dû mettre un bloque-bébé, c’est pas une blague). Bref, si même mon chat est capable de mettre en place des plans si complexes, vous devriez vous inquiéter !

Je tenais tout de même à accréditer mon modèle photo pour l’illustration de cet article : Jack Le Roux, probablement encore en train de faire une sieste ou en train de m’empêcher de dormir avec ses ronrons. Ah oui, méfiez-vous de la ronronthérapie aussi, c’est louche cette histoire.

P.S. : Oui, je change mes draps régulièrement. Ne vous inquiétez pas.

Tyfenn Le Roux

Le Billet Neuchâtelois – Guillaume Tell : l’identité implicite suisse

SANDREUTER, L’arrestation de Guillaume Tell et de son fils, 1901, mosaïque murale extérieur sur l’aile sud du Landesmuseum, Zurich

Tout le monde retient son souffle. L’attente est intenable, les badauds serrent leurs enfants dans leurs bras, le regard fiévreux, parfois détourné. Va-t-il le blesser ? Va-t-il toucher uniquement la pomme ? Le carreau part, siffle dans l’air, semble transpercer la lumière en mille fragments éthérés, jusqu’à éclater la pomme qui craque, se déchire, explose sous la fureur de l’impact. Guillaume est soulagé, tout en tenant fermement, le poing serré, le deuxième carreau à moitié dissimulé dans ses vêtements, après avoir abaissé son arbalète. La population du village d’Altdorf soupire face au drame évité et exulte devant l’exploit. Toutefois, ce n’est pas le défi réussi qui intéresse le bailli Gessler, l’œil soupçonneux, contenant son mécontentement. Il faut dire qu’il n’a rien pour être satisfait : ce gringalet des montagnes, cet arbalétrier de pacotille, non seulement il avait refusé de lui rendre hommage en saluant son chapeau hissé sur la place publique, mais en plus il avait osé réussir ce challenge de tir. Il fulmine… Toutefois, ces sombres pensées ne l’ont pas empêché de remarquer la poigne serrée de Tell sur ce deuxième carreau caché… Il l’interroge immédiatement. Pourquoi avoir pris le soin de garder une seconde flèche ? C’était simple pourtant : avec un tir, Tell touchait la pomme ou Walter, son fils. Alors pourquoi ? Tell se retourne, lance un regard noir au bailli qui, sous la coupe autrichienne, n’avait de cesse de soumettre les pauvres villageois du canton à la pire vie possible. Ce deuxième carreau, Tell le réservait pour Gessler, au cas où son Walter aurait été blessé ou tué. L’affront ultime ! Le bailli, devant l’audace de la réponse, demande l’arrestation de l’arbalétrier et de son garçon. Est décidé de les envoyer par bateau dans la prison forteresse de Küssnacht (littéralement, le « baiser de la nuit », qui a dit que l’allemand n’était pas une langue sublime ?). Les prisonniers et le bailli embarquent quand une terrible tempête s’abat aussitôt sur les flots. L’aide de Tell est demandée pour sauver tout le monde en amenant la barque à bon port. En récompense, Gessler lui fait miroiter la possibilité de le libérer. Le bateau arrive près du rivage, Tell saute alors de bord, embarquant son arbalète et son fils sous le bras. Une fois à terre, sa rapidité et sa précision légendaires lui confèrent le temps de repousser la barque loin de la berge d’un coup de pied tout en arrivant à viser le bailli de son arbalète. Le tir part et tue l’homme qui leur a fait tant de tort, ainsi qu’aux autres habitants du canton. D’autres versions amènent le trépas de Gessler plus tard, dans une embuscade en forêt ou montagne… Quoi qu’il en soit, le méchant meurt et Tell est alors célébré en héros, ayant su se montrer capable d’autant de force que de courage dans sa quête d’indépendance et de liberté.

 

FÜSSLI, Les trois Confédérés faisant le serment sur le Grütli, 1780, huile sur toile, 267X178 cm, Zurich, Kunsthaus

Ce qui est intéressant avec Guillaume Tell, c’est qu’au-delà de l’histoire-même, les politiciens s’en sont servi en Suisse pour construire une identité nationale. En 1848, l’Helvétie connaît aussi son Printemps des Peuples. La toute nouvelle Confédération a alors un défi de taille : trouver sa place dans une multitude de cantons au caractère et au fonctionnement plus trempé les uns que les autres. Encore aujourd’hui, cette mentalité fédérale est très forte en Suisse. Elle se ressent en permanence dans les médias que je lis ici, dans les explications de cours que nous donnent les professeurs de l’Université ou même quand j’en discutais avec les autres camarades locaux (avant le début d’un semi-confinement ici aussi). Comment créer une cohésion suisse, un esprit helvète ? La chose n’est pas simple, les cantons ayant toujours oscillé entre autonomie et occupation étrangère. Deux exemples qui m’ont beaucoup frappée : sous le Premier Empire, le canton du Jura et de Bâle appartenaient… au département du Haut-Rhin ! Quant à l’actuel canton de Neuchâtel où je me trouve, Napoléon Ier avait réussi à le négocier au roi de Prusse et avait nommé le maréchal Alexandre Berthier prince de Neuchâtel en 1806. Amie française mais souveraine quand même !

Comme bien souvent, le premier cheval de bataille a été dans le ressenti de l’identité et pour cela, rien de mieux que de trouver un symbolisme… fédérateur ! On cherche alors de premières images fortes. On se penche sur la question du drapeau. En 1899, le conseil fédéral commence à réfléchir à ce sujet pour qu’une ordonnance en 1913 institue le carré rouge à croix blanche comme drapeau officiel. Le symbole est repris des anciens mercenaires suisses qui, sur leur propre étendard, inscrivaient les mots « honneur » et « fidélité ». En plus du drapeau, il faut également chercher un mythe fondateur de l’unité suisse. L’épisode du Serment de Grütli est retenu : trois braves hommes, subissant chacun dans leur canton les sévices de baillis abusifs, décident une nuit de 1291 de se retrouver en secret dans la prairie de Grütli. Ils promettent alors de défendre leurs cantons, même s’ils doivent en mourir. Cette légende de conjuration est souvent associée à la vraie histoire du Pacte fédéral de 1307 (choisi par la Confédération pour placer la date de la fête nationale au 1er août de chaque année). Ce dernier est en effet un document historique officiel d’alliance défensive et judiciaire, signé par les trois mêmes cantons représentés lors du Serment de Grütli.

 

KISSLING, Guillaume Tell et son fils, statue réalisée en 1895, sur la place principale d’Altdorf

Pourtant, c’est l’histoire de Guillaume Tell qui est la plus connue, du moins à l’étranger quand on parle de la Suisse. De nombreuses villes en France ont une rue portant son nom (même à Paris, dans le XVIIème arrondissement !). Toutefois, même en Suisse, la légende fut longtemps tenace. Il faut savoir que l’histoire de Tell était encore enseignée aux écoliers suisses jusqu’en 1901 ! L’importance du mythe s’introduit même jusque dans le patois local : en Helvétie, traiter quelqu’un de Gessler revient à le qualifier de tyran vaniteux (vivent les baillis)! L’iconographie de Guillaume Tell se met alors en place. Les politiques vont même jusqu’à fournir un programme représentatif de l’arbalétrier très détaillé à Richard Kissling. Le sculpteur est alors chargé d’édifier une statue de Tell et son fils sur la place principale du village d’Altdorf en 1895 avec un « homme décidé, hardi et libre, arborant le costume traditionnel paysan. ». L’œuvre achevée, respectant à la lettre la commande, plaît tellement qu’elle se décline sur beaucoup d’autres supports. Elle est copiée… jusque sur les timbres, les affiches publicitaires… et la dentelle !

Guillaume Tell et son fils, dentelle, après 1845, Zurich, collection Marion Wohlleben

Il est à rappeler que l’histoire de Tell est une légende. Il est un héros sorti des chansons de gestes, des contes racontés de génération en génération. Sa première mention comme Guillaume Tell se trouve dans le « livre blanc de Sarnen » narrant les alliances et victoires des Waldstätten. Une première chanson de Tell (« Tellenlied ») circule en 1477, avec plusieurs variantes pour de légers détails. Sauf que les mythes sont souvent brisés : les historiens ont fini par trouver trace d’un autre Guillaume Tell, beaucoup plus vieux. Un écrit de l’érudit danois Saxo Grammaticus au XIIème siècle raconte la même histoire… qui se serait passée au Danemark au Xème siècle ! Guillaume devient Toko. Le bailli Gessler devient le jarl Harald-la-Dent-Bleue. À noter : la cible est toujours une pomme ! Comment expliquer cette origine viking ? Un mouvement de population celte descendant le bassin rhénan, aurait amené cette histoire qui, racontée de famille en famille, à travers le temps, a fini par devenir celle de Guillaume Tell et de son fils Walter.

 

Comme quoi, même les plus grands mythes fondateurs ont aussi leurs petits secrets ! La suite au prochain épisode… !

Je vous dis à très bientôt pour un nouveau Billet Neuchâtelois * ! Grüetzi ! Tchô ! **

 

Laureen Gressé-Denois

 

* Même à l’étranger, on a tous quelque chose en nous de Monsieur Patrimoine !

** « Salut ! » respectivement en suisse allemand et en suisse romand

De l’art de conter l’amour…

« L’amour et ses élans pudiques

Ont, dans leurs songes réticents,

Les noblesses de la musique. »

Anna de Noailles, Poème de l’Amour (1924)

 

            Que serait le Louvr’Boîte, le fameux, incroyable et unique journal des étudiants de l’École du Louvre sans les sulfureux penchants de sa rédaction ? Avouons-le, clamons-le haut et fort, cet amour pour la sensualité, pour les caresses et autres sublimes délicatesses !

            Tout débute par un regard, une œillade. Cette attirance entre deux corps, qu’elle se développe instantanément, ou au fil des mots, des échanges ou autres signes, finit toujours par prévaloir pour son évidence péremptoire. 

            Les sentiments, les gestes constituent, certes, la part la plus essentielle d’une histoire ; certaines personnes iront même jusqu’à déclarer cet attachement suffisant, ce qui est tout à leur honneur. Mais pour nous, qui sommes férus des plaisirs que nous accordent la chair, qu’en est-il de la concrétisation sublime de ces penchants, de ces attirances, voire de cet amour profond ? Comment raconter ces moments d’intimité, qu’ils soient suaves et langoureux, ou intenses et sémillants ?

        

Je vous propose donc un voyage à travers les méandres de l’Empire des sens et les vagabondages des arts oratoires. À défaut d’une histoire, laissez-moi vous raconter ces légendes plus que réelles, ces hasards d’un soir comme ces aventures d’une vie. Partons de la racine, pour remonter tout le long de la tige jusqu’à cet endroit où tout s’épanouit. Là-bas, nous apprendrons à cueillir l’essence de nos amours pour mieux les relater, et faire vibrer les flammes voluptueuses de votre assistance.

  Hâte, diligence, vélocité ne sont que des leurres : si l’acte est rapide, la lenteur et les circonlocutions inhérentes sont pourtant clés. Le temps mécanique n’a pas d’importance, car seul compte le temps des sensations, des émotions. Paradoxale idée d’affirmer que si patience n’est que vertu, impatience demeure dans le même temps essentielle ! Et pourtant, c’est ainsi que croissent nos envies, nos besoins qui, naturels au départ, s’empressent de devenir nécessaires. Hercule doit emprunter les deux chemins pour parvenir à la félicité, en dépit de ce que les sages et les tableaux tendent à nous raconter… Sapristi !

            Alors, avant de vous lancer dans la narration, n’oubliez pas ces détails qui rendent cette entreprise naturelle et vivante. Les mots, les paroles que vous emploierez sont essentiels dans votre entreprise. Rappelez-vous, que la langue est riche et permet moult prouesses, dans tous les sens du terme, bien entendu.

            Croisez ainsi nonchalance et sensualité dans vos métaphores, mais n’oubliez pas non plus que des termes plus crus ont aussi leur charme : ce sont eux qui évoquent en nous les émois les plus ineffables de par l’évidence de leursignification. Après tout, y a-t-il vraiment un mot plus beau que cul ? N’entendez-vous pas en le prononçant, cette sonorité claquant dans votre palais, tandis que votre langue, paralysée par le plaisir, se dissimule derrière vos lèvres s’arrondissant pour former ce doux son prometteur. Les images surgissent dans votre esprit, qu’elles proviennent d’expériences passées, ou d’autres regards perdus sur les muscles fessiers de naïades ou d’Adonis de toute sorte au cours d’une séance de Travaux Dirigés qui se serait éternisée. Hululées, soufflées, chuchotées, hurlées, tant de possibilités existent pour une seule syllabe résonnant aussi lascivement pour notre esprit comme l’ensemble de notre corps.

            Car oui : l’essence de la scène réside dans les sensations charnelles. Tous les sens sont mobilisés dans un mélange remarquable à chaque étape de ce parcours, jusqu’à son paroxysme. N’oubliez pas d’évoquer l’ouïe (soupirs et gloussements), la vue (corps coruscants et obscurité derrière vos paupières closes), le toucher (chaleur et consistance) mais aussi l’odeur (sueur et parfum) et le goût (sel ou même poivre, pour les plus curieux). Retenez également que parfait troubadour n’ira pas retranscrire avec une précision des plus parfaites ces perceptions propres à chacun, mais saura les suggérer par la figure de style comme la métaphore : 

 

« Afin d’accélérer l’éclosion des fraisiers, le jardinier guilleret déplaça sa main sur ce spécimen remarquable, au cœur de la mystique forêt qui s’étendait à perte de vue à travers ce paysage vallonné. »

 

          Pour perfectionner vos connaissances du champ lexical des végétaux, n’hésitez pas à aller consulter notre ancien numéro « Végétal » : pistils, étamines ou corolles sont des mots bien utiles pour un.e débutant.e en la matière…

 

Ou bien l’allitération :

 

« Batifolant de bonheur, Babette bifurqua bien jusqu’à la belle et bonne bavette. »

 

          Merci à toi, chère Babette qui lit ceci, d’avoir accepté l’emprunt de ta personne pour les besoins de l’exercice… Et puis : quel appétit !

Ou encore, l’hyperbole… Éblouissement saisissant, félicité pharamineuse, n’hésitez plus dans vos choix pour le clou du banquet : les descriptions du plaisir viennent aussi instinctivement que la recherche du passe-temps dont vous brossez le portrait !

 

« Recueillez donc le délicieux nectar de notre symposium dans ce fantasmagorique calice ! »  

 

          La légende ne nous dit toutefois pas si cet objet de grande valeur est aujourd’hui exposé dans nos musées fétiches… Ne sentez-vous pas votre âme s’animer, ô futur.e.s conservateur.trice.s, en apprenant l’existence de ce sujet de recherche utile et fondamental pour notre bien-être social ? Le monde est entre vos mains, alors, saisissez-vous de ce Saint Graal et partez à la conquête des réserves et autres archives callipyges, callimastes et ithyphalliques…

          Vous qui avez débuté cet article par curiosité, par intérêt sérieux, ou simplement par hasard, sachez que l’art de l’oral s’apprend avec le temps : c’est en forgeant que l’on devient forgeron, tout comme l’appétit vient en mangeant. Les balles sont dans votre camp, chantres de l’entrecuisse et ténors de l’érotisme, munissez-vous de vos voies et voix les plus charmantes, de vos plumes les mieux taillées pour nous conter la merveilleuse histoire de la vie, ce cycle éternel dans lequel nous tombons éternellement… 

Parlez-moi donc de cul !

 

 

Signé : La meuf à l’éventail.

Mots mêlés, mots saisonniers !

Ça y est ! C’est presque la fin des oraux ! Pour faire une pause dans les révisions ou fêter enfin l’achèvement des examens, le Louvr’Boîte vous propose un mots mêlé d’exception ! Vous pourrez retrouver la solution très bientôt dans la publication de notre hors-série Gala en entier et en PDF sur Issue ! Amusez-vous bien !

MOTS MELES GALA

Mots à retrouver horizontalement et verticalement selon la définition !

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ : c’est à cause de son enlèvement et de quelques grains de grenade qu’on subit les saisons (version grecque)

_ _ _ _ _ _ _ : s’est soumise à Zeus dans cette même histoire, pour récupérer sa fille chérie (version grecque)

_ _ _ _ _ _ _ : qui dit série, dit chill, dit

_ _ _ _ _ _ _ _ : une saison en hommage à l’AS

_ _ _ _ _ _ _ _ : se produit deux fois par an, dans le ciel

_ _ _ : de pierre ou d’abondance

_ _ _ : on vous parlera souvent d’entrer dans une nouvelle

_ _ _ _ _ _ : la fréquence de tes checkups médicaux, ou de ton adhésion au BDE

_ _ _ _ _ : au nombre de trois à l’école, tu peux aussi te casser après le premier

_ _ _ _ _ _ _ : période intermédiaire (calm down les Égyptos) entre deux temps, comme celui à l’an 2000

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ : sonores ou bien de couleurs, elles incarnent parfaitement le thème

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ : hantise des élèves de l’EdL

_ _ _ _ _ _ _ _ _ : un peu de changement, ça fait toujours du bien

_ _ _ _ _ _ _ _ _ : marque chaque saison, et le Gala en sera un aussi

 

 

Lacunaire sonnet au doux air saisonnier

Nombres d’odes aux saisons furent écrites, chantées,

Déclamées à foisons par l’aète hanté.

Saurez-vous, à sa suite, écrire à rimailler

Mots liés à ses cycles, et sonnet émailler ?

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Un vaillant gentilhomme, poète pérégrin,
Allait par monts et vaux sous l’automnal 1.
La lune bien accorte et maints jours élevée,
Il eut bientôt escorte de brillants 2.

 

Mais sous les acérés sépales des 3.
La neige se rendit aux printaniers Marcus.
Chaleur se fit geôlière, et barreaux d’or les 4.
De notre aventurier. Soleil en est témoin !

 

Que diable ! Notre ami, en bretteur éclatant
Et fort malicieux, reprit le cours du 5.
Du tambour de Shiva, épée de tessiture,

Il rythma le nouveau cycle de la
6.
Et toujours ce héros, entonnant ses chansons,
Échanson de l’Horée, va au fil des 7.

 

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1 Pluie violente et drue, végétal homonyme.

2 Neigeuses concrétions à l’éternelle vie.

3 Fleurs produisant du safran, premières du printemps.

4 Herbes sèches des champs, fourrages pour les bêtes.

5 Relatif en physique, il peut paraître long.

6 Infante de la Terre, absente de Paris.

7 Vous ne sauriez donc lire le titre du gala ?

Alphonse Mucha et les quatre saisons

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MUCHA, L’Automne, 1896, huile sur panneau, coll. privée

 

Afin de vous donner quelques idées de costume et vous mettre en tête des images inspirantes et envoûtantes, le Louvr’Boîte vous propose de plonger pour quelques lignes dans l’univers d’Alphonse Mucha. L’autrice tient à signaler qu’elle s’est appuyée sur le catalogue de l’exposition Mucha qui a eu lieu au musée du Luxembourg en 2018-2019, d’où la présence de certains éléments mentionnés dans ce catalogue.

Si vous ne connaissez pas (encore) Alphonse Mucha, voici l’occasion de le découvrir. Artiste d’origine slave, il est très lié à Paris et à l’émergence du mouvement Art Nouveau. Il choisit l’art de l’affiche et de l’illustration pour développer son style. D’abord illustrateur, la légende veut qu’il s’essaie au genre de l’affiche suite à un coup de téléphone de Sarah Bernhardt à son éditeur au moment des fêtes de fin d’année, moment où Mucha était le seul artiste présent à Paris et disponible pour travailler. Il produit alors l’affiche pour la pièce Gismonda (nous y reviendrons). Deux éléments favorisent sa célébrité à l’époque : d’une part, l’amélioration des techniques d’impression et le développement de la slavophilie en France.

De plus, afin d’être au plus proche du résultat qu’il souhaite obtenir, Mucha fréquente beaucoup les éditeurs et les lithographes chargés d’imprimer les images dessinées dans le but de mieux comprendre le processus de fabrication de l’image.

Le style de Mucha est très facilement reconnaissable. Il est tellement unique qu’on parle généralement de « style Mucha ». Certains éléments s’expliquent par le fait qu’il passe de l’art de l’illustration (une image dépendante d’une narration, au service du texte donc) à l’art de l’affiche (dans lequel l’image est primordiale et doit permettre au spectateur de comprendre de quoi il retourne avant même d’avoir lu le texte). Mucha prend alors le parti de la représentation d’une image énigmatique dont la narration est toujours présente, bien que dissimulée. Revenons donc à l’affiche de Gismonda, la première qu’il réalise. Une fois le coup de fil passé par Sarah Bernhardt à l’imprimeur, Mucha compose une affiche qui, après quelques retouches est proposée à la comédienne. Le coup de cœur et le succès sont au rendez-vous étant donné que les affiches relancent le succès de la pièce.

Assez paradoxalement, Mucha n’a jamais souhaité être un représentant de l’Art Nouveau. Il souhaitait avant tout produire un art nationaliste qui incarnerait la grandeur slave. C’est un peu malgré lui qu’il s’est retrouvé propulsé au rang d’icône du mouvement. Son style est, malgré cela, assez unique pour être très vite identifiable. On trouve, sur la plupart de ses œuvres, une silhouette féminine longiligne aux longs cheveux et aux vêtements fluides justifiant le dessin d’un drapé mouillé aux plis très accentués. Ces silhouettes sont souvent accompagnées de végétaux (fleurs, arbres, fruits, feuilles) et représentées dans un cadre naturel.

Arrive maintenant l’heure du tuto :
« Sois une œuvre de Mucha »

 

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Coiffure et visage : concernant la coiffure, il vaut mieux avoir de longs cheveux, bouclés de préférence. Peu importe leur couleur : blond, brun, rouge, tout peut se faire. Ensuite, un maquillage léger s’impose : mascara et rouge à lèvres léger formeront une combinaison discrète qui mettra en valeur les traits principaux du visage.

 

 

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Vêtements : il vaut mieux trouver une robe longue, de couleur unie, dans les tons pastels, dans un tissu assez léger et fluide qui fera facilement des plis marqués.

 

 

 

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soires : une couronne de fleurs assortie aux cheveux complétera cette tenue. Si lesdits cheveux sont blonds, il vaut mieux privilégier des fleurs aux tons pastels. Si les cheveux sont bruns, des fleurs rouges ou oranges les accompagneront parfaitement.

 

Le Gala de l’École du Louvre n’attend plus que vous…

 

Neavi

Musées, distributeurs de vérité ?

Capture d'écran Youtube, clip _Apeshit_, The Carters

 

 

               2020 restera probablement dans les annales comme une année riche en catastrophes, mais aussi comme celle qui a essayé de changer le monde pour le mieux et notamment dans le combat contre le racisme. Mais cette (r)évolution ne peut se faire sans l’aide de la culture, et notamment des musées, qui peuvent contribuer aux luttes sociales.

 

               Le 11 juin 2020, une lettre ouverte aux musées a été publiée par Louise Thurin, présentée dans la lettre comme étudiante métisse à l’école du Louvre, avec Zélie Caillol, présentée comme étudiante à l’ICART Paris, intitulée : « « Cher musée… » La réaction des institutions muséales au mouvement BlackLivesMatter ».

Quelle réaction les institutions ont-elles eu ? Quasiment aucune. Et c’est là tout le problème.

               Cette lettre, éloquente, incroyablement pertinente et émouvante expose, voire dénonce, l’absence d’implication des musées face à ce mouvement, qui brillent par leur silence, par leur « timidité institutionnelle », comme le formule si bien la lettre. Si la lutte a explosé aux Etats-Unis avec la mort de George Floyd, un homme afro-américain décédé sous le coup de violences policières à Minneapolis le 25 mai 2020, le combat anti-raciste ne date pas d’hier et il reste toutefois peu soutenu par les institutions culturelles.

 

               La lettre s’adresse au « musée », au singulier. Étrange ? Pas tant que ça. Le principe du musée comme institution trouve ses débuts à l’heure du « Liberté. Égalité. Fraternité » scandé par la Révolution Française et depuis ce jour, le musée se dit social, porteur d’enseignement et j’en passe. Mais depuis ce jour, le musée a-t-il eu une résonnance anti-raciste plus forte que celle de prêter ses galeries en décor du clip Apeshit de Beyoncé et Jay-Z ?

Je n’en sais rien, car on ne me l’a pas enseigné.

               Ce ne sont pourtant pas les espaces d’interaction et de diffusion, ni les contenus qui manquent. Le site du ministère de la Culture indique à ce jour 1 218 « Musées de France ». En 2016, France Culture publiait une carte dynamique à l’occasion des journées européennes du patrimoine, indiquant 6.1 musées pour 100 000 habitants en France, ce qui est l’un des plus hauts taux en Europe. Derrière cela, des milliers d’étudiants et des milliers de professionnels de la culture croient en l’utilité de ces institutions et de la justesse d’information qui y est véhiculée. D’autres millions d’individus s’y retrouvent pour chercher leur héritage.

 

« Les musées ne sont pas neutres. Ils sont en France un bastion de la République – une conquête du peuple ».

 

Non seulement la lettre ouverte encourage les institutions muséales à réagir, à s’adresser à ses citoyens et à ceux du monde entier pour nous aider à agir, ensemble, contre « le racisme, la désinformation, la haine, le complotisme, les pseudos-sciences », mais elle propose également des moyens d’actions.

 

« Nous n’attendons pas de témoignage de solidarité, mais de contenus […] ».

 

               De nombreux points sont en effet abordés dans la lettre, car le manque de déconstruction peut être dangereux pour notre futur. Il ne s’agit pas d’afficher un tableau noir tagué BLM comme un post Instagram : la lettre insiste sur la nécessité de repenser les discours, la visibilité de certaines œuvres et la diffusion des informations.

 

               Chers élèves, professeurs, professionnels de musées. Notre milieu n’est pas épargné par le racisme systémique. Vous ne pouvez pas fermer les yeux, mieux, vous pouvez faire quelque chose.

               Élève en Master 2 d’égyptologie, je constate tous les jours de nouvelles horreurs à propos de ma discipline. Combien de fois ai-je lu que les anciens Égyptiens n’avaient pas pu construire eux-mêmes leurs pyramides car ils étaient trop « primitifs » pour une telle ingénierie ; combien de fois ai-je lu et entendu que l’Égypte moderne n’était pas capable de gérer son patrimoine et que l’Europe s’en chargeait mieux ; combien de fois a-t-on essayé de me camoufler que ma discipline avait pu voir le jour « grâce » à l’oppression des empires coloniaux européens sur l’Égypte ? Ce sont des informations erronées dont je découvre l’ampleur au fur et à mesure, parce que personne n’ose me l’enseigner vraiment ; or, j’en souffre, mon discours scientifique en souffre.

               Et quel discours scientifique, d’ailleurs, un élève de l’unique école d’Histoire de l’art en France peut-il construire lorsqu’il n’a que quatre cours pour traiter l’Histoire d’un continent entier, de la préhistoire à l’époque contemporaine, alors qu’il en dispose du double pour couvrir un siècle d’art européen ? Pourquoi l’Afrique et l’Océanie ne bénéficientils que de ces quatre cours chacun ? Ce type de différence de traitement doit nous interpeller. Je sais que j’ai beaucoup à apprendre et pourtant je peine trop à trouver les informations qu’il me manque.

 

« Musées, distribuez à la jeunesse des torches de savoir – nous brûlons pour la justice, la vérité et la paix. »

 

               Ainsi, je rejoins l’appel de la lettre ouverte « Cher musée… » : « Eduquez-moi sur le racisme ». Mais, surtout, éduquons-nous sur le racisme. Voici ce que propose la lettre ouverte :

               « Chers musées, dans un premier temps et un premier réflexe sur les réseaux sociaux […] vous pouvez également proposer à votre audience de contribuer eux-mêmes au dialogue à l’intérieur de vos collections. Postez « Chers abonnés, ensemble contre le racisme. Avez-vous des contenus antiracistes en rapport avec nos collections / nos expositions à partager ? Taguez-nous, nous serons ravis de les relayer sur notre compte et d’enrichir ce dialogue. » ».

 

               L’initiative est porteuse de sens et d’espoir, ainsi je vous invite à solliciter vous-mêmes les musées, à les encourager à vous apprendre et à diffuser leur contenu anti-raciste.

               Amoureux du patrimoine, spécialistes des traces historiques, marchons ensemble pour une histoire de l’humanité plus équilibrée et plus complète, en dehors des réappropriations politiques et économiques.

 

Lise Thiérion

 

Pour aller plus loin, ne pas hésitez à :

 

Sources :

Horoscope : quel déguisement méritez-vous vraiment ?

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Bélier : Archéologue en herbe, spé Identification linguale, votre fascination pour les tessons de poterie ne connaît pas de limite, surtout s’ils présentent un trait de peinture (chaleur). La saison des fouilles approchant, sortez votre plus belle chemise à petites manches, votre Bob et votre crème solaire (pensez à prendre une pioche pour éviter la confusion avec un touriste).

En groupe : Des tessons complémentaires pour faire une reconstitution de vase version Transformers.

 

 

 

grotte-de-lascaux-taureaux-01 Taureau : Trop fauché.e pour investir dans un costume ? Ça tombe bien, la saison de la pêche est en avance cette année : laissez s’épanouir votre thon naturel (mention spéciale pour les albacores). Petit tip : pour luire sous les projecteurs pensez à l’huile de tournesol.

En groupe : Préparez une bouillabaisse des familles.

 

 

 

GémeauxGémeaux : En manque de reconnaissance et de respect ? Déguisez-vous en patriarche/philosophe/Christ enseignant/Dumbledore, vous aurez l’illusion d’être écouté.e le temps d’une soirée.

En groupe : Trouvez un rapport bidon entre les saisons et les âges de la vie et ramenez toute votre smalah au gala (mémé comprise ofc) !

 

 

 

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Cancer
: Fan de Bambi depuis votre plus tendre enfance, votre moment préféré est celui avec le chasseur, quand la maman dudit faon meurt. En treillis-polaire-gilet fluo, la saison de la chasse au mauvais goût est ouverte.

En groupe : Trouvez des acolytes avinés et des (faux) fusils, vous ferez mouche.

 

 

 

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Lion
: Bordélique mais organisé (oui c’est possible), vous redoutez la période honnie du grand nettoyage de printemps. Concept selon vous peu pertinent, et les astres vous donnent raison, il vous a cependant permis de retrouver votre costume de soubrette. Merci qui ?

En groupe : Déguisez vous en grain de poussière, pour une interprétation philosophique ou un combat épique au plumeau.

 

 

 

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Vierge : Né.e en septembre, vous pensez que vous déguiser en allégorie de l’automne est une bonne idée. Pourquoi pas, mais pour vraiment vous démarquer soyez visionnaires : septembre = rentrée = petits camarades = poux. Déguisez-vous en poux. CQFD

En groupe : Déplacez-vous en colonie.

 

 

 

 

Pesée de l'âmeBalance : Pour vous la seule vraie saison c’est celle des amours. Entre documentaires Arte et dates foireux, n’oubliez pas de prévoir votre costume. Alors oui un paon, une mouche scorpion ou une épinoche pourquoi pas. Mais un chérubin façon Michelin en slip de bain, ça ça a de l’allure !

En groupe : Une parade inter-espèces en rut.

 

 

 

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Scorpion : Depuis votre arrivée à Paris la seule saison que vous semblez avoir vécu est celle des pluies. Exploitez l’humidité ambiante pour votre meilleur look sortie de douche : serviette, peignoir, choucroute qui glisse, claquettes, charlottes … les possibilités sont infinies.

En groupe : Pour une ambiance fashion week assortissez vos tenues d’un poncho imperméable.

 

 

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Sagittaire
: Toujours à côté de la plaque, vous peinez à suivre les conversations, quelque soit le sujet abordé. Peut-être est-ce dû à votre taux d’alcool jamais vraiment à 0. Vous vous déguiserez en bobine…

En groupe : Tant qu’à être largué.e.s, autant y aller franchement : incarnez tout le nécessaire à couture.

 

 

 

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Capricorne
: Ambassadeur de la gastronomie à la française au bar du coin (vodka-cranberry tmtc), votre saison préférée est celles des vendanges. Exploitez votre alcoolisme en incarnant une bonne bouteille, une grappe de raisin ou un ivrogne (attention : risque que l’on vous demande si vous vous êtes déguisé.e en vous-même).

En groupe : Tout le monde sait qu’avec le vin viennent les planches : entourez-vous de vous charcuteries et fromages préférés.

 

 

 

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Verseau : Vous avez la main verte, grand bien vous fasse (non on ne rage pas). Mettez ce talent inégalement réparti parmi la population à profit pour imposer votre style. Une déesse des fleurs certes, une serre portative pourquoi pas, un pissenlit éventuellement, mais surtout : Cetelem !

En groupe : Réunissez une team pour tondre votre pelouse (point bonus pour la version Magic Mike).

 

 

 

 

 

 

 

 

hiroshige-fishPoisson : Fan inconditionnel de Netflix, pour vous les seules saisons qui importent sont celles de Friends. Jamais plus heureux.se qu’en pyjama devant votre ordi à manger des céréales, partagez votre mode de vie : ramenez votre couette, votre oreiller et votre pilou-pilou et posez vous dans le hall. Netflix & Chill ?

En groupe : Les Télétubbies : 4 saisons, 365 épisodes, l’adéquation est parfaite.

 

 

*Selon l’alignement des planètes, les horaires des marées, le nombre de vagues à l’Estaque et le marc de mes trois cafés du dimanche matin (un plus large échantillonnage pour une plus grande précision, ce qu’on ne ferait pas pour la science !).

 

 

Inès Amrani

 

Pour chaque bonne étoile, de l’art :

  • CARAVAGE, Jeune Saint Jean-Baptiste au bélier, 1602, 129 cm, Rome, Musei Capitolini, Pinacoteca
  • Fresque de taureau, salle dite des Taureaux, Grotte de Lascaux, France
  • Castor et Pollux, groupe romain de -10 av. J.-C., marbre de Carrare, 1m61, Madrid, Musée du Prado
  • CLAESZ, Nature morte aux crabes, 1644, 63,5 cm, Beaux-Arts de Strasbourg
  • COLANTONIO, Saint Jérôme dans son étude, 1444-45, 151 cm, Musée national de Capodimonte
  • Vierge à l’Enfant de la Sainte-Chapelle, 1250-1260, ivoire, 41 cm, Musée du Louvre
  • Pesée de l’âme, chpitre 30B du papyrus d’Ani
  • Sceau cylindrique et impression avec scorpion et plantes, Uruk, 3500-2900 B.C., The Morgan Library
  • Vitrail aevc sagittaire, 1215, Notre-Dame de Chartres
  • ERNST, Capricorne, 1948, bronze, musée Max Ernst de Brühl
  • MUCHA, Tempérance, carte de Tarot
  • HIROSHIGE, Carpe nageant, 1830-1840, Californie