Sofiya Pauliac : Ukrainian vanity

Lundi 28 mars. 14 : 44.

J’ai du mal à me l’avouer mais la guerre fait désormais partie du quotidien. Je ne passe plus autant de temps à scruter l’écran de mon téléphone ou à allumer la télévision chaque soir pour écouter le journal. Mais où est-ce que l’on en est ? il se passe tant, sans que l’on ait l’impression qu’il se passe quoi que ce soit. 

Tout se détruit sous nos yeux, les hôpitaux, les écoles, les aéroports, les habitations. Je préfère me réfugier dans mes souvenirs, qui eux, demeurent intacts et lumineux. J’ai grandi avec mes grand-parents jusqu’à mes cinq ans et nous avions des routines qui m’amusent encore aujourd’hui. Je me rappelle qu’en rentrant de la maternelle avec ma grand-mère, mon grand-père nous attendait déjà attablé, tenant, dans une main un couteau et dans l’autre, une gousse d’ail entamée. La scène était complétée par les écailles d’ail parsem ées sur le bord du meuble. C’était son rituel. Tous. Les. Soirs. Il me faisait toujours rire quand, toujours à table, au moment des repas, il était le premier servi, et le temps que mon assiette soit préparée, il avait déjà englouti la moitié de son assiette. Alors, comme a chaque fois, je lui demandais « Pourquoi manges-tu aussi vite ? », ma grand-mère, lassée de cette même question qui revenait à chaque fois, répondait à sa place « C’est parce qu’il était à l’armée, ils n’avaient jamais le temps là-bas ».

 Ah, cette grand-mère, une vraie marraine fée ; elle cherchait constamment à me faire plaisir, me cuisinait des crêpes, des tartines grillées avec du fromage et un chocolat chaud ; voilà ce qui m’attendait après le lever chaque matin. La nourriture à la maternelle faisait légèrement moins rêver…entre les pâtes au lait et le pain desséché, le choix était dur à faire. 

Je lui en veux de m’avoir arraché cette belle image que j’ai de mon pays, je lui en veux d’avoir réduit ces souvenirs vivants à des ruines, je ne retrouverai plus ces endroits tels qu’ils étaient. 

La guerre nous paraissait lointaine, que ce soit géographiquement ou historiquement. C’est considéré comme appartenant au passé, comme des erreurs faites par nos ancêtres que nous ne pourrions plus refaire ; car nous avons la chance de regarder l’histoire avec du recul et de réfléchir avant de prendre des décisions qui toucheraient le monde entier. On se disait que personne ne voulait revenir aux temps de l’Union soviétique. On se trompait. 

Mes parents ont vécu pendant cette période, ils m’en parlent peu, sauf quand je leur pose des questions concrètes. Ils me disent de me méfier de ce que j’ai pu lire dans mes manuels de collège, car la période des années 70-80 correspond à un certain relâchement au niveau des interdictions. Mais ils se rappellent que même enfants, on leur disait de ne faire confiance à personne. Chaque mouvement et chaque parole était pesé et contrôlé. On ne pouvait pas envisager l’acte de prier, ni d’entrer dans une église. A la place, ma mère priait avec sa famille en secret. Chaque dimanche matin, ils se coiffaient, s’habillaient en chemises brodées, cueillaient des fleurs du jardin, et, une fois assis en cercle, on allumait la radio pour écouter la liturgie.

Quand ils me racontent ces bribes de leurs vies qui me paraissent si lointaines et inconnues, je me rends compte que je ne les connais pas aussi bien que je le pensais. 

Cette méfiance des informations subsiste pourtant. Lorsque j’ai débuté mes recherches concernant l’histoire de mon pays, j’ai été rapidement confrontée à des problèmes. Le seul livre en français sur l’histoire complète de l’Ukraine que j’aie pu trouver en librairie s’est avéré truffé de fautes. Dès la première page, il y eut une erreur. Elle concernait l’origine linguistique du mot « Ukraine ». le livre disait que l’appellation venait des mots ou – qui signifie « à, près de » – et de kraina – qui signifie « territoire » – le tout voulant dire « territoire au bord », le territoire au bord d’un autre. Cela aurait été donné par les Russes, par dédain envers leur voisin ukrainien. Mais cela est complètement faux. C’est l’explication qui avait été donnée par les Soviétiques pendant l’URSS. 

Le mot « Ukraine » vient tout simplement de kraina qui veut dire « territoire » certes, mais aussi « vaste plaine » ; et c’est bien un nom que se sont donné les Ukrainiens eux-mêmes. Je n’en veux pas aux écrivains de ce livre, il est malheureusement très difficile de trouver les bonnes informations concernant l’histoire de l’Ukraine et j’en ai moi-même fait les frais au cours de mes recherches. 

Il faut rester vigilant à la désinformation et aux intox, qui sont nombreux, à travers l’histoire, et aujourd’hui plus encore. 

Si vous êtes intéressé par l’histoire de l’Ukraine, je vous conseille vivement de jeter un œil aux ouvrages de Iaroslav Lebedynsky (archéologie et histoire), Iryna Dmytrychyn (qui a traduit de nombreux romans ukrainiens) et au livre De la « Petite-Russie » à l’Ukraine de Mykola Riabtchouk (qui explique l’origine du conflit russo-ukrainien).

Sofiya Pauliac

Interview Le Pogam

Flora et Cassandre : Pouvez-vous vous présenter et nous donner quelques étapes de votre parcours professionnel (études et carrière) ?

Pierre-Yves Le Pogam : J’ai tout d’abord étudié à Paris IV et Paris I, puis à l’Ecole du Louvre et à l’Ecole des Chartes. Enfin j’ai un doctorat en histoire de l’art. J’ai été conservateur au musée de Cluny pendant sept ans, de 1992 à 1999. Ensuite je suis parti cinq ans à Rome où j’ai fait partie de l’École française de Rome. Je suis revenu en France en 2005 et je suis devenu conservateur au musée du Louvre jusqu’à aujourd’hui au département des Sculptures.

Cassandre et Flora : Pourquoi vous être tourné vers la sculpture médiévale ?

PYLP : J’ai toujours aimé l’art médiéval. Plus jeune, j’aimais beaucoup les châteaux et les églises. C’est donc le premier domaine où j’ai décidé de m’orienter. Tout me plaît, que les œuvres soient des objets d’art, de l’architecture ou de la sculpture par exemple. Je me suis d’ailleurs d’abord plutôt spécialisé en histoire de l’architecture et aussi bien dans ma thèse à l’Ecole des Chartes que dans mon autre thèse d’histoire de l’art, j’ai abordé l’histoire de l’architecture. Au musée de Cluny je m’occupais beaucoup d’objets d’art, d’art décoratif et d’architecture. C’est lorsque je suis arrivé au Louvre, il y a dix-sept ans, que je me suis surtout intéressé à la sculpture. Enfin, je trouve également que l’époque médiévale est une période de mille ans très riche et très complète à la fois et donc passionnante.

C et F : Etes-vous souvent impliqué dans des projets de restauration ? Quel est votre rôle dans la mise en place de tels projets ?

PYLP : Bien sûr, je suis profondément impliqué dans ces projets, mais il faut préciser que ma réponse s’explique par le contexte institutionnel et administratif français. Les pays anglo-saxons ont des restaurateurs, des « conservators », mot qui signifie conservateur-restaurateur. Ces derniers ont beaucoup plus d’autonomie et de pouvoir de décision qu’en France ou dans un autre pays latin.

Cela pose beaucoup de questions évidemment. A l’idée de restauration, il faut toujours associer l’idée de conservation. En effet, la décision d’une restauration en France appartient aux conservateurs car ils sont les responsables des musées. Cela peut poser des problèmes dans d’autres systèmes comme les pays anglo-saxons, car les « conservator » n’ont parfois pas toutes les connaissances des conservateurs français qui ont effectué des formations très poussées, comme celle de l’INP. En revanche les « conservators » ont des notions de physique et de chimie très avancées, car ils sont aussi restaurateurs. Chaque système pose donc beaucoup de questions. En France, c’est une question d’interdépendance, entre le conservateur qui détient les connaissances en histoire de l’art et le restaurateur qui détient les connaissances techniques et scientifiques.

Il est possible d’engager des mesures de restauration pour plusieurs raisons. La première est avant toute chose de conserver les œuvres d’art. Il est possible de se rendre compte d’une altération lors d’un récolement (inventaire obligatoire des musées de France tous les dix ans) ou lors du voyage d’une œuvre. A ce moment-là, nous pouvons engager une restauration, tout du moins une opération de conservation-restauration pour que l’œuvre ne souffre pas de plus de détérioration.

Il peut également être choisi de restaurer une œuvre si l’on estime que son état actuel est correct mais pas assez satisfaisant ou pour revenir à un état antérieur. Cela sera notamment le cas pour les œuvres polychromées, mais pas seulement. Cela peut concerner une œuvre en pierre, en marbre, en bois, non polychromée ou qui n’en a plus que des restes. L’œuvre peut montrer beaucoup de salissures, des traces d’interventions anciennes, du plâtre, des apports de matières variées, par exemple des cires pour les bois polychromés qui peuvent avoir noirci l’œuvre. Ce sont toutes des raisons valables pour démarrer un chantier de restauration et ce sont les conservateurs comme moi-même qui décidons des restaurations annuelles.

C et F : Pouvez-vous nous décrire certaines étapes importantes d’un projet de restauration de sculpture médiévale ?

PYLP : Exception faite des restaurations très ponctuelles qui répondent à une dégradation ou à un simple nettoyage, une restauration doit toujours être précédée d’une étude. On demande donc à un restaurateur un devis d’étude sur l’œuvre en question. C’est une étape essentielle, car nous déterminons beaucoup de choses à cette étape et bien souvent le restaurateur a un regard aguerri. Il fait des analyses, regarde attentivement l’œuvre avec des microscopes. Il peut également demander des analyses plus spécifiques, de type physico-chimiques par exemple pour la polychromie ou bien sur la nature de la pierre, la nature du bois, etc. (notamment auprès du C2RMF ou du LRMH) En parallèle le conservateur doit bien réfléchir et prendre en considération toutes les perspectives de l’œuvre, étudier les photographies de l’œuvre, son historique, sa provenance, ce que l’on sait de ses éventuelles restaurations passées, jusqu’à sa mention dans les publications antérieures. Il va tout reprendre en considération de ce problème avant de rendre son verdict pour une décision de restauration définitive. L’étude de restauration coûte peu cher par rapport à une opération de restauration d’envergure, même si le restaurateur y passe beaucoup de temps, mais elle est essentielle.

Ensuite il faut laisser du temps et c’est un point sur lequel j’aime insister. En effet, bien souvent, on veut effectuer l’étude dans l’année et faire la restauration pendant l’année suivante, mais il n’est pas si mal de laisser plus de temps au projet et d’arriver à l’étape de la restauration deux ans plus tard. Les analyses, avec le C2RMF par exemple, peuvent parfois être longues, en fonction de ce que l’on demande. Ainsi es analyses de carbone 14 réclament du temps et il faut que les personnes qualifiées soient disponibles. Souvent les résultats d’analyse arrivent après l’étude du restaurateur. Il faut donc se donner le temps de faire la restauration dans un temps décalé.

Enfin, le dernier point est délicat : doit-on véritablement intervenir ? On en a souvent envie, on veut retrouver une œuvre plus proche de l’état original, lorsque cela ne nous prive pas d’étapes importantes de son histoire. Néanmoins, il y a toujours une sorte d’angoisse car il faudrait que chaque restauration soit réversible. En réalité dans beaucoup de cas, c’est irréversible. Cela peut donc être délicat, d’autant plus que même les restaurateurs les plus aguerris peuvent se tromper. Il peut y avoir des erreurs techniques mais aussi matérielles, dans le sens où les techniques évoluent. Par exemple, l’utilisation du laser à ses débuts n’avait pas été très optimale en France et en Italie, mais aujourd’hui elle est une très bonne technique de restauration. Cela est vrai avec toutes les techniques (micro-sablage, dégagement au scalpel, etc.). Nous pouvons rater des informations importantes qui peuvent paraitre invisibles, peu évidentes à collecter aujourd’hui mais que nous aurions pu comprendre dans le futur avec de nouvelles technologies.

Les lichens qui se déposent souvent sur la pierre ou le marbre sont un bon exemple. Il est raisonnable de ne pas voir la nécessité de les conserver à la surface de l’œuvre. Or, j’ai lu une étude qui était tout à fait passionnante sur une œuvre conservée dans une collection privée en Belgique. Elle est magnifique mais nous ne connaissions pas du tout son histoire, elle n’était pas rattachée à une série. L’étude effectuée par un collègue, qui est un très bon spécialiste, l’a attribuée à Nicolas Pisano. Cependant le manque d’information sur l’histoire de cette œuvre constituait un problème. De plus, l’œuvre fut retrouvée en Belgique sans que l’on ne sache comment elle y était arrivée. Mon collègue a fait faire une étude des lichens présents sur le marbre. Les spécialistes ont montré que ces derniers provenaient de la mer tyrrhénienne (la partie de la Méditerranée qui longe la Toscane, ndlr), là où était actif Nicolas Pisano. A mon sens, cette œuvre ne posait pas de problème dans son attribution, elle est bien de Pisano, mais c’est extrêmement intéressant de voir qu’ici, les lichens apportent des informations supplémentaires importantes. Cette œuvre a bien dû être conservée un temps dans cette partie de l’Italie.

Cassandre : Cela veut-il dire que les lichens ont créé des écosystèmes sur la statue et qu’ils y sont restés des années en continuant à proliférer depuis qu’elle a quitté l’Italie ?

PYLP : Non. Il faut considérer la sculpture comme le support de « cadavres » de lichens . Au Louvre, si vous observez certaines statues dans la section dont je m’occupe, vous pourrez voir qu’il en reste certains sur les œuvres. Les lichens qu’on retrouve sur les sculptures aujourd’hui ne sont pas vivants parce qu’il leur faut de la lumière et de la nourriture pour se développer. Ils ne sont pas actifs mais n’en demeurent pas moins très intéressants pour l’étude et ils ne représentent pas un danger pour les œuvres. Il serait possible de les enlever mais je préfère les garder, si jamais nous voulons vérifier des informations plus tard.

Un autre exemple comparable aux lichens, sont les revêtements translucides que devaient posséder de nombreuses œuvres non polychromées en marbre ou en albâtre ou qui ont pu en avoir et qui les ont perdus. On sait que cette couche existait, une étude très importante a eu lieu dans le cadre de l’étude du Maître de Rimini, ce grand sculpteur anonyme du XVe siècle, qui le montre. En ce moment, une exposition à Francfort a lieu sur cet artiste. Nos collègues ont démontré qu’il y avait un reste de quelque chose sur les œuvres, comme une cire, un revêtement ancien. C’est très intéressant car cela donne un aspect légèrement différent à l’œuvre. Cela joue sur la brillance, l’opacité et la luminosité de l’œuvre. Il est important de comprendre cela et de ne pas forcément intervenir dessus. Lorsque je demande la restauration d’une œuvre, je suis particulièrement vigilant à laisser intact un quelconque revêtement, notamment lors des nettoyages.

Cassandre et Flora : Si une sculpture comporte donc une restauration antérieure à celle que vous désirez apporter (par exemple du XVIIIe ou du XIXe siècle), pensez-vous qu’il faille garder cette restauration pour montrer l’évolution de l’œuvre ?

PYLP : Dans ces cas de restauration là, il nous faut nous en tenir à la doctrine telle qu’elle est donnée par l’ICCROM. Cesare Brandi (1906-1988) a été l’un des fondateurs de la déontologie actuelle de la restauration. L’un des points qu’il a établis est que l’on ne doit pas restaurer une sculpture, ou une œuvre de manière générale, pour retourner à son état antérieur si l’état actuel est satisfaisant et complet. On ne doit pas restaurer une œuvre si la surface est complète, même si cette dernière date du XIXe siècle. C’est la théorie et elle est juste car, d’un point de vue strictement financier, cela permet de ne pas dépenser pour rien et surtout, déontologiquement, on ne doit pas aller contre l’histoire de l’œuvre. Tout est dans l’appréciation du degré de ce que l’on voit et de ce que l’on a en dessous de cette couche visible. Cette théorie vaut pour tous les domaines techniques (orfèvrerie, peinture, architecture…), même si chaque domaine a ses particularités. En peinture, on n’enlève pas un surpeint moderne s’il est complet. Après, si dans l’histoire de l’œuvre, quelqu’un a commencé à l’enlever, il vaut mieux souvent finir l’opération.

Pour le Christ Courajod, un chef d’œuvre qui se trouve dans les salles du Louvre, j’avais demandé une étude pour cette œuvre auprès de deux très grandes restauratrices car l’œuvre rendait bien de loin mais devenait assez étrange de près. Cette sculpture avait fait l’objet de plusieurs campagnes de polychromie, ce qui était très souvent le cas pendant l’époque médiévale et moderne. Puis, il ne faut pas le cacher, au XXe siècle, il y a eu une restauration faite au Louvre par la maison de restauration Bouet, qui avait été désastreuse, car comme beaucoup de restaurations à cette époque-là, on arrachait la polychromie, on griffait l’œuvre. L’œuvre était donc comme une « peau de léopard », un mélange de toutes les couches, des plus anciennes aux plus récentes. Je voulais donc faire une étude pour déterminer s’il était possible d’améliorer sa présentation, ne serait-ce que pour avoir une lecture de l’œuvre qui soit correcte. Comme dit ci-dessus, lorsque que des « restaurateurs » précédents ont déjà commencé à enlever les couches les plus récentes, autant finir pour redonner de la cohérence à la surface de l’œuvre. C’est ce que nous avons fait pour le Christ Courajod. Sa restauration a été très longue, sur plusieurs années et en plusieurs étapes avec l’aide d’un comité scientifique. Nous avons d’abord restauré par parties, ce qui n’est pas normal en principe. En effet, d’après Brandi, l’œuvre est un tout. Pour le Christ Courajod, le corps (les carnations) avait quasiment perdu toute trace de polychromie ancienne et récente. Nous sommes donc d’abord intervenus sur le corps, ensuite sur le périzonium (linge drapé autour des reins du Christ en croix, ndlr), puis sur toute la sculpture et en voyant le résultat final, nous avons su que l’intervention était réellement nécessaire.

Un autre exemple montre que conserver une restauration plus tardive peut être pertinent : une Vierge en majesté auvergnate romane (qui n’est pas au Louvre) a été restaurée par une très bonne restauratrice. Elle a été repeinte à plusieurs reprises et elle a conservé toutes ses polychromies. Il a été possible de dégager une couche qui datait de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe siècle avec un motif qui ressemble à des ananas. C’est bien évidemment incohérent avec la période romane, mais c’est une étape indispensable de son histoire. Cette couche de polychromie nous empêche de voir ce qu’il y a en-dessous. On peut faire des fenêtres (des ouvertures) pour mieux comprendre l’œuvre sur plusieurs couches successives, mais on ne fait des ouvertures que s’il y a déjà des lacunes sur l’œuvre.

Enfin cela pose une question intéressante : on voit parfois des faits divers dans la presse sur des œuvres d’églises repeintes par des amateurs. J’ai vu un cas assez récent à Caen avec une Vierge du XVIe siècle repeinte de manière atroce par la paroisse, alors qu’elle était protégée par les monuments historiques. Que faut-il faire dans ce cas-là ? Le résultat de cette couche supplémentaire est tout à fait discutable d’un point de vue technique et esthétique, mais l’opération est réalisée, c’est trop tard. C’est toujours très dangereux d’enlever une polychromie et cela dépend aussi du type de peinture utilisée. En intervenant, on risque d’enlever ce qu’il y avait en-dessous.

Cassandre et Flora : Votre travail s’axe principalement autour de la relation que les œuvres médiévales sculptées entretiennent avec leur milieu de création et la société de leur époque. Par quels moyens tentez-vous de l’expliciter dans la muséographie des galeries de sculptures ? Est-ce l’un de vos projets ?

PYLP : Le contexte historique et la société de l’époque sont des questions sur lesquelles nous nous penchons beaucoup. Surtout au Moyen Age, mais aussi avec tous mes collègues s’occupant de sculptures de différentes époques, nous aimerions ajouter du contexte. Nous avons pu refaire tous les cartels du département des Sculptures récemment qui sont donc maintenant plus longs et parfois avec des images. Nous réfléchissons avec la nouvelle présidente à rajouter des informations à un niveau supérieur, notamment sur des panneaux.

Cassandre : Comme ceux utilisés lors des expositions ?

PYLP : Oui exactement ! Nous pourrions alors expliquer les outils et les techniques utilisés, ou aborder des thématiques plus générales, mais ce projet n’a pas encore été réalisé pour différentes raisons, notamment financières. La présidente y pense néanmoins. On aurait également besoin de médiation numérique. Je soutiens beaucoup cette idée car cela permettrait de comprendre un ensemble de choses par l’image, cependant cela pose des questions de maintenance et de gestion importantes qui sont encore compliquées aujourd’hui au Louvre. Nous sommes un peu en retard dans ce domaine mais ce n’est pas faute d’avoir des projets !

Cassandre et Flora : Entre le début de votre travail sur ce sujet et aujourd’hui, trouvez-vous que l’étude de ce genre artistique et de cette période a augmenté ? Pensez-vous que les sculptures médiévales aient assez de visibilité ? (Si non à la question sur le nombre d’études augmentées alors comment pensez-vous qu’il puisse être possible d’y remédier ?)

PYLP : C’est stable, même s’il y a des lieux ou des sujets auxquels on s’intéresse plus selon les années. Le Moyen Age a été à la mode aux Etats Unis à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, et cela fait longtemps que c’est fini, ce que je constate en étant sur place en ce moment (l’interview a eu lieu par appel vidéo, ndlr) et en parlant avec des Américains. L’engouement pour l’art ancien a beaucoup diminué de manière générale, même s’ils ont des collections incroyables. Ils ont voulu concurrencer et imiter l’Europe à une certaine époque. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

L’histoire de la recherche est faite de cycles : les gens travaillent sur les mêmes sujets en même temps et certains sujets sont alors complètement délaissés. Cela dépend des modes et des fonds mis en jeu. Si vous travaillez sur un sujet à la mode, vous avez plus de chances d’avoir des fonds pour mener vos recherches. Heureusement, il y a des personnes qui ont d’autres idées, sortent de ces phénomènes de mode et travaillent sur des sujets plus originaux. Enfin je pense qu’il faut aussi communiquer, comme je le fais avec vous aujourd’hui

Cassandre et Flora : Pour finir, avez-vous des expositions prévues prochainement ?

PYLP : J’avais un projet à Los Angeles, avec le Getty Museum, mais cela ne s’est pas fait pour des questions logistiques. J’ai également un autre sujet d’exposition que je prépare depuis longtemps et qui ne concerne pas que la sculpture. J’espère pouvoir le mettre en œuvre au Louvre. C’est une exposition sur le sujet de la folie à la fin du Moyen Age, que je prépare avec ma collègue, Elisabeth Antoine.

Cassandre : Avec la figure de Charles VI par exemple ?

PYLP : Oui exactement ! Cependant il ne s’agit pas que de la folie mentale, mais aussi de la folie de façon plus générale, avec notamment des questions spirituelles et religieuses. Vers 1500, nous avons des écrits et aussi des œuvres comme la Nef des fous de Jérôme Bosch. C’est un sujet central de la fin du Moyen Age. J’ai bon espoir qu’elle ait lieu.

Cassandre et Flora : En tout cas, nous avons envie de la voir ! Merci beaucoup pour vos réponses !

PYLP : Merci de m’avoir écouté ! Je vous encourage à venir voir les r œuvres au Louvre, dans nos départements !

Cassandre et Flora

Sofiya Pauliac

Mardi 15 mars 2022. 10 :05. La journée débute de la même manière que depuis ces dernières semaines : dès le réveil, je scrute les dernières informations pour savoir ce qui a pu se passer pendant la nuit.
L’Ukraine est mon pays d’origine, ma patrie, la terre que mes ancêtres ont foulé, la terre où les générations se sont succédées, où ma famille vit encore.
Je ne vais pas parler de politique, ni expliquer ce qui peut se passer en ce moment-même à deux mille kilomètres de là d’où j’écris, je ne peux que parler de ma propre expérience et de mon ressenti en tant qu’immigrée ukrainienne en France.
Je suis née en Ukraine et j’ai eu la chance d’y passer mon enfance, j’en garde des souvenirs précieux et très nostalgiques. Je me rappelle des promenades en automne où l’on rassemblait les feuilles mortes pour en faire des bouquets, des balades en luge avec mon grand-père et même de certaines journées de maternelle. Nous avions des goûters assez atypiques : des pâtes au lait ou de la kacha de différentes sortes – bouillie de sarrasin, de millet ou d’avoine ; que l’on appelait « kacha Heraclès » quand on y ajoutait des fruits secs et des noix – que l’on mangeait après la sieste quotidienne. A l’époque, l’heure de la sieste parassait plus de l’ordre de la punition. Une salle pleine de petits lits d’enfants était consacrée à ce temps calme. Mes animatrices étaient très strictes et nous obligeaient a nous endormir dans la position « adéquate » : les deux mains rassemblées – la même position que pour faire une prière – étaient placées sous la joue droite et la position du corps devait suivre. Je m’endormais rarement et je passais surtout l’heure à observer mes camarades qui soient avaient peur d’ouvrir les yeux, soit faisaient les clowns ; une fois, un garçon, Pavlo, avait décidé de se rebeller. Il s’était levé de son lit en sursaut pour essayer de se faufiler par une des petites fenêtres. Inutile de préciser qu’il a finit sa sieste au coin.
Mais je me souviens aussi de la Révolution Orange, des rassemblements dans ma ville les soirs d’hiver où tout le monde portait des écharpes et des drapeaux oranges, levait sa bougie et chantait à tue-tête « Yushchenko tak », une chanson consacrée au futur président, censé remettre le pays dans le droit chemin.
J’ai quitté mon pays peu de temps après avec mes parents, en mars 2005, direction Paris, ils souhaitaient m’offrir plus d’opportunités et un avenir, que je n’aurais pas pu avoir en Ukraine.
Moi je voyais les choses d’une façon plus innocente, je ne voyais pas les difficultés ni les problèmes, je voyais ça comme un long voyage de Kyiv, en passant par l’Autriche et la Pologne pour arriver a Paris. Mon enfance a été remplie de mes souvenirs de l’Ukraine et j’ai rapidement été propulsée sur le devant de la scène au sein du Centre ukrainien de Paris où je chantais des chansons ukrainiennes tous les mercredis. Mon pays ne m’est jamais sorti de l’esprit ni du cœur, dès que j’avais l’occasion d’en parler, je le faisais. Durant ma scolarité, lorsqu’on était amené à faire un exposé je choisissais toujours l’Ukraine et sa culture. En fin de primaire, j’étais même venue en costume traditionnel en proposant des petits gâteaux typiques que ma mère avait passé la veille à préparer.
J’étais en 3e lorsque la guerre a éclaté dans le Donbass, je ne comprenais pas encore très bien les choses et je ne savais pas trop quoi penser, ma famille a toujours été dans les Carpates ce qui fait que je ne minquiétais pas vraiment pour eux. Cependant lorsque je suis revenue pour la première fois – comme tous les étés – depuis le début de la guerre chez moi, les gens étaient différents, quelque chose avait changé dans leur attitude et dans leur perception de l’avenir qui les attendait.
J’ai commencé à poser des questions sensibles à ma famille bien plus tard, et je me suis rapidement rendue compte que j’ignorais beaucoup de choses sur l’histoire de mon pays mais aussi sur l’histoire de ma propre famille. Il y avait beaucoup de non-dits – et pour des raisons bien compréhensibles – comme sur le destin de certains de mes ancêtres, des résistants au régime stalinien qui ont été exécutés pour trahison et en guise de punition, la maison familiale a été rasée et les parents de ceux- ci furent envoyés en Sibérie. Combien d’histoires me reste-t-il encore à découvrir ?
J’ai su assez vite au sujet du Holodomor, le génocide des ukrainiens de 1933 orchestrée par Staline ayant fait plus de 5 millions de morts, mais aussi de la chasse et torture des intellectuels et artistes ukrainiens des années 1960 dans le but d’effacer la culture et la mémoire ukrainienne.

Mais aujourd’hui la situation est différente. Les événements récents m’ont frappé plus forts que les dernières fois. Les émotions diverses que je ressens se contredisent : un mélange de frustration et d’impuissance – de ne rien pouvoir faire d’ici pour l’Ukraine – ,de culpabilité – d’avoir quitté mon pays – ,mais aussi de fierté d’être ukrainienne et de pouvoir compter sur toutes les personnes qui défendent courageusement le territoire chaque jour et qui ne comptent pas s’arrêter de si tôt. Pourtant, j’ai peur, peur de ne pas pouvoir y retourner, ou pire encore; d’y revenir mais de ne plus retrouver la maison de mon enfance dans le même état que j’ai pu la laisser. Serais-je capable de reconnaitre ces lieux ? Ces gens ? Est-ce que l’air sera le même ? et les montagnes ? les rivières ?
Malgré tous ces sentiments, j’entends ces derniers jours mon pays qui m’appelle de plus en plus fort, qui ne m’abandonnnera pas et que je n’abandonnerais pas non plus : « Chante mes chansons, apprends mes histoires, lis mes poèmes, danse quand tu entends ma mélodie mais ne me pleure pas ».
Une Table-ronde sera organisée à l’Ecole le mardi 29 mars et consistera en une présentation de l’histoire, archéologie et traditions ukrainiennes, suivie d’un débat et se finira par une approche musicale ainsi qu’une petite exposition. Venez nombreux, votre présence est déjà une lutte contre l’oubli.

Sofiya Pauliac

Quel avatar du dieu Vishnou êtes-vous ?

À quel incroyable style vestimentaire peut-on te reconnaître en amphi ?

⭐️Un goût prononcé pour les plumes de volatiles et pour tout ce qui brille.
❤️À ta sublime paire de bottes, pour courir rejoindre ta place lorsque tu es en retard.
💣Du bien moulant, pour que se devine ton incroyable anatomie maniériste.
🔶Un peu chic et seyant, toujours avec une pointe de parfum derrière les oreilles.
🏳️Un peu ténébreux, pour cacher ton tendre petit cœur de poète.
❌Tu ne comptes pas le révéler car tu es toujours en avance d’une tendance…

Quand tu n’es pas en cours à l’école ou au musée :

⭐️Tu sors beaucoup avec tes amis (cinéma, restaurants, fêtes) même si tu devrais travailler.
❤️Tu te changes les idées en allant à la salle de sport ou en allant courir.
❌Une bonne série Netflix ou un jeu vidéo, un canapé confortable, ta nourriture préférée : que demander de plus ?
💣Tu organises des temps de travail en groupe pour être plus efficace.
🏳️Tu as un petit boulot pour payer tes factures et gagner en indépendance.
🔶Tu t’es inscrit(e) à des associations caritatives. Tu as des contraintes à respecter, toi.

Quel est ton mets préféré ?

🔶Du healthy, du fait maison, du gastronomique qui fait orgasmer les papilles.
❌N’importe quoi d’assez instagrammable pour mériter une photo.
💣Les légumes de cette bonne vieille Terre-mère.
❤️La soupe, pour devenir (encore plus) grand et fort.
🏳️Le professeur d’HGA qui t’a volé quinze minutes de ta pause déjeuner.
⭐️Le kebab, les sushis, le tacos cordon bleu, n’importe quoi qui se mange avec les mains… et entre potes.

La bibliothèque de l’école rouvre enfin :

❤️Bof. Tu t’en es passé toute l’année et tu as trouvé de nouvelles solutions pour t’adapter rapidement.
💣Tu t’y rends dès que tu peux, si possible à la première heure !
🏳️Tu ne peux pas y rester assis plus de deux minutes, ça énerve tout le monde mais tu viens quand même le faire.
❌Tu as encore du temps avant de devoir étudier la bibliographie. Les examens ne sont que dans deux mois…
🔶Prudent(e), tu réserves tes livres à l’avance sur Pléiades avant qu’ils ne soient couverts des miasmes du commun des mortels.
⭐️Tu empruntes tous les Arts de l’Inde de Anne Marie Loth pour faire flipper tes amis qui le voulaient aussi.

Quel est ton type de boisson préféré non alcoolisé :

💣Le chocolat chaud (si possible viennois…)
🔶Le thé. (avec un nuage de lait s’il vous plaît)
❤️Le café. (et plusieurs pour tenir toute la journée s’il vous plaît !)
⭐️Un soda, frais et pétillant.
🏳️Une bonne boisson énergétique, du type Red Bull, pour tenir les cours d’Histoire des collections !
❌Un smoothie du turfu, avec les ingrédients les plus improbables !

En cours de TDO tu es plutôt du genre :

🏳️À poser des questions tout le temps (tu repères toutes les contradictions des artistes et des œuvres)
❤️À arriver toujours en avance car tu connais tous les raccourcis du musée (et avec ton petit tabouret bien pratique !).
💣À envoyer ton cours et tes notes dès que tes collègues en ont besoin.
⭐️À créer le groupe WhatsApp dès le début de l’année et à connaître tous les prénoms le premier.
🔶À effectuer le contact avec les chargés de TDO ou l’administration pour l’organisation, etc., car tu es celui qui s’exprime le mieux.
❌À toujours prendre tes cours sur tablette, ordinateur, ou téléphone (malgré les recommandations de Mme Lhoyer !).

Si tout était permis dans les musées tu…

💣Volerais cette statue si mal exposée que tu adores.
🏳️Taillerais en pièces l’impudent visiteur qui ose poser son doigt sur une œuvre.
❤️Camperais dans le Louvre.
🔶Déclarerais des poèmes aux visiteurs, aux arbres et aux cimaises.
⭐️Ferais un truc bien insolent au motif que c’est une performance artistique moderne.
❌Mais tout sera permis quand tu seras le directeur du Louvre.

Résultats :
(En cas d’égalité, référez-vous en bas de page)

💣Tu es Vishnou Varaha, le sanglier :
Tu es la personne de la situation, qui sait déployer son élégant mufle en toute occasion utile. Toujours là pour jucher sur ton épaule la Déesse-Terre (ou tes potes bourrés, ça arrive aussi), tu restes toujours lucide. Tout le monde reconnaît ton incroyable capacité d’initiative et de résistance à toute épreuve. Tes capacités aquatiques sont également hautement appréciées lorsqu’il s’agit de repêcher un camarade au moral un peu en berne. Le sérieux de ton organisation et de ta musculature nous sont quotidiennement d’un grand secours. Continue comme ça (et n’oublie pas d’essuyer ces restes de chocolat viennois de tes jolies défenses).

🏳️Tu es Vishnou Narasimha, l’homme-lion :
Un petit démon du style cartel manquant, livre indisponible, salle de TDO fermée ? Te voilà prêt à l’étriper. Impulsif, ton côté justicier peut vite s’enflammer et tu défends bec et ongle les causes qui te tiennent à cœur. Tu es parfois la maman de tes petits camarades dans le fond, une vraie shakti. Enfin, on te dit facilement susceptible, mais la vérité, c’est que sans toi, il manquerait un peu d’animation en amphi. On entend ta voix porter sur plusieurs rangs et tout le monde sait que ce n’est pas Brahma qui récite les Veda…

🔶Tu es Rama, le noble prince hindou :
Tu es une personne distinguée, charmante mais parfois un peu distante. Le raffinement est ton art de vivre et tu te complais à cultiver ta différence par rapport au commun des mortels. Cependant lorsque tes intérêts ou ceux de tes proches sont menacés, tu n’hésites pas à détruire quelques démons et à jouer à l’Indiana Jones. Hanuman t’envoie des bisous !

⭐️Tu es Krishna, l’enfant qui ne sait pas arrêter son char :
Tu jongles entre un côté facétieux et imprudent, désirant vivre ta vie de jeune adulte pleinement, et un besoin de grandir et de t’assagir car tu sens ton côté divin te rappeler à l’ordre. Mais pour l’heure, à l’école, tu fais des bêtises. Avec le temps et tes diplômes en poche, tu découvriras enfin ton plein potentiel d’individu brillant et tu pourras enfin conduire ton char dans la direction la plus noble (mais passe quand même ton permis avant).

❤️Tu es Vamana, le nain aux bottes de sept lieues :
Sous des aspects parfois chétifs, tu caches bien ton jeu. Sitôt ton pacte avec le démon Bali passé, tu te transformes en une personne dynamique, résistante et surtout rusée. Plus adaptable qu’une armoire Ikea, tu trouves toujours une solution de sortie, même pour les dissertations en trois parties. Enfin pour contrer les grèves de métro, c’est toi qu’il nous faut ! Le souffle divin t’anime dès qu’il s’agit de parcourir Paris.

Tu es Kalkî, le Vishnou du turfu :
Chill et sans prise de tête, tu ne te préoccupes pas du futur, allongé sur ton pouf Ananta. Pourtant, tu es notre prophète visionnaire dans de nombreux domaines ! Tu laisses la vie couler sur toi comme l’Océan originel en attendant de t’éveiller pleinement à ton potentiel divin. Il est difficile de te cerner mais nous sentons déjà ton originalité rayonner. Tu es promu à de grandes choses, #leretourdevishnou

En cas d’égalité :
Si vous ne vous retrouvez pas dans les avatars de Vishnou, c’est peut-être qu’un Shiva se cache en vous… Seriez-vous Harihara, une rareté des plus originales ?

Marie et Cassandre, vos dévoués Vishnou et Shiva… .

Interview Junior entreprise

École du Louvre Junior Conseil a cette année encore réalisé une mission en collaboration avec le Club international pour participer à l’accueil des élèves internationaux de l’École ! La mission comprenait trois médiations : une visite des chefs-d’œuvre méconnus du Louvre, une visite des quartiers du Louvre et du Marais et une visite « jeu de piste » du quartier Latin à destination des élèves internationaux de l’École du Louvre. Les objectifs de cette mission étaient de faire découvrir la culture française aux élèves internationaux, de faciliter leur intégration et de les guider dans leur nouveau cadre de vie.

            Nous avons rencontré Lucie, qui a activement participé à la mise en place de cette mission. Chef de projet au pôle Commercial de la Junior Entreprise et élève en troisième année de premier cycle en spécialité arts du XIXe siècle, elle est entrée cette année à l’école du Louvre par équivalence, après deux années de prépa. Nous lui avons demandé de présenter la Junior Entreprise pour ceux et celles qui ne la connaîtraient pas, puis de nous expliquer plus en détails cette mission.

Flora : Est-ce tu pourrais nous présenter la Junior-Entreprise pour ceux et celles qui ne la connaîtraient pas ? Nous expliquer de quoi il s’agit et quelles sont ses missions ?

Lucie : La Junior-Entreprise est, globalement, une entreprise gérée par des étudiants et pour des étudiants et à vocation non lucrative. Notre but est de nous professionnaliser, que ce soit de la part des membres actifs, comme moi par exemple, en gérant la structure à un poste précis sur une année entière de novembre à novembre de l’année suivante ou de la part des intervenants ou adhérents. Il s’agit de n’importe quel élève de l’école qui peut postuler à nos missions (médiation, rédaction etc.). Ils sont rétribués pour leur mission. Nous travaillons avec beaucoup de types de structures différentes, comme le musée du Louvre ou du Jeu de Paume, Chanel… mais aussi avec des plus petites structures ou musées…

Flora : Quel est ton rôle au sein de la Junior-Entreprise ?

Lucie : Au sein de la Junior-Entreprise, il y a plusieurs pôles comme le pôle prospection qui va à la rencontre des potentiels clients. Moi, je suis dans le pôle commercial, cheffe de projet. Dans le pôle commercial, il y a 8 membres en tout. Il y a 2 co-responsables et 6 cheffes de projet. Le rôle de la cheffe de projet est de vérifier le bon déroulement d’une mission, de sa conception à sa clôture. On se charge de recruter, de former les intervenants à la mission. On va faire le suivi client, vérifier que tout est bon de son côté, mais également du côté de l’intervenant, pour lui transmettre les informations.

Flora : Tu as fait partie de ce projet entre la Junior-Entreprise et le Club International. Est-ce que tu pourrais nous en dire un peu plus ?

Lucie : J’ai récupéré la mission en cours de route, en fait une première mission similaire avait été faite en juin l’année dernière et elle a été reconduite cette année entre décembre et janvier. Je gérais le bon fonctionnement de la mission. Il s’agissait de faire des visites : il y en a eu une sur la visite du quartier du Louvre et du Marais, une autre sur les chefs d’œuvres inconnus du Louvre ou encore un jeu de piste dans le Marais. On a eu pas mal de soucis avec cette mission car très peu d’étudiants du Club International y ont répondu. Finalement on a décidé d’étendre le public non plus seulement au Club International mais à toute les élèves de l’école qui voulaient y participer. Les intervenants qui sont des élèves de l’école ont du coup dû réadapter le propos parce qu’à l’origine, leurs médiations étaient faites pour des étudiants qui ne connaissent pas Paris, mais finalement, on apprend toujours des choses sur Paris et donc ça a quand même été très intéressant même avec un public différent.

Flora : Est-ce que tu penses que ce projet a quand même pu aider, même s’il y a eu peu de participants ?

Lucie : Je pense que oui, on a eu quelques retours d’élèves internationaux qui ont beaucoup aimé et même pour les élèves ne faisant pas partie du Club International et qui ont trouvé la visite très sympa, cela leur a permis de décompresser un peu du travail, qui peut nous submerger parfois. La mission d‘origine n’a pas été complètement réalisée mais finalement on a pu faire quelque chose de bien et le mener à terme.

Flora : Est-ce que tu sais si ce projet sera reconduit ?

Lucie : Je pense qu’il sera reconduit parce que la personne de l’administration du Club International avec qui j’étais en relation avait l’air aussi attristée que moi que ça ne fonctionne pas aussi bien. Mais on s’est dit que le fait que ça se tienne en décembre-janvier en plein covid n’était pas idéal ; il y a beaucoup de personnes qui n’osaient pas venir et aussi à cause du froid. On va donc essayer de reconduire ça sur une période plus estivale, comme en juin l’année dernière, où ça avait mieux fonctionné.

Flora : Est-ce qu’il y a des nouveaux projets qui sont en train d’être préparé par la Junior-Entreprise et tes projets à toi au sein de la Junior-Entreprise?

Lucie : C’est vrai qu’on est constamment en train de faire des missions, notamment avec des musées. En ce moment, l’une des cheffes de projets réalise une mission avec l’École du Louvre qui consiste en une série de podcasts avec Claire Barbillon, l’architecte de la nouvelle bibliothèque et d’autres, qui seront diffusés pour l’inauguration de la bibliothèque.

Flora : Est-ce que tu aurais quelque chose d’autre à ajouter ?

Lucie : Pour la Junior, n’hésitez pas à vous renseignez sur nous et à candidater à nos missions. On ne peut pas toujours accepter tout le monde, mais si on n’a pas pu retenir un profil qui nous intéressait quand même, on peut parfois le recontacter pour d’autres missions similaires. On propose beaucoup de missions et vous trouverez peut-être celle qui vous correspond ! On accepte tous les profils, de la première à la dernière année d’études à l’école. Cela dépend des missions, on le mentionne dans l’annonce. En ce moment, on a une offre de mission en rapport avec les fleurs, il suffit de bien aimer les fleurs, d’être sérieux et motivé. La motivation des candidats compte beaucoup dans notre choix, il ne faut pas hésiter à nous envoyer des messages ! Merci beaucoup !

Ensuite, nous avons interviewé Mara, 27 ans, c’est une élève originaire du Brésil en première année de premier cycle en spécialité Art contemporain. Elle est à Paris depuis l’année 2020-2021 et a participé à la médiation proposée par la Junior-Entreprise en partenariat avec le Club International de l’École. Nous lui avons demandé de partager son expérience.

            « Il s’agissait d’intégrer les élèves étrangers, l’objectif principal était de connaître la ville et le musée du Louvre et d’avoir la perspective des personnes qui les connaissent bien.

La première activité consistait en une visite des quartiers du Louvre. L’intervenante donnait des informations amusantes sur la rue où l’on se trouvait, cela permettait de nous situer dans un contexte, d’en savoir plus sur l’histoire de Paris, et de regarder les choses autour de nous avec autre regard. En tant qu’étudiante internationale, connaître plus amplement les lieux de notre quotidien, avoir les références des personnes qui vivent ici depuis longtemps me fait me se sentir plus intégrée et facilite les interactions avec les autres élèves.

J’ai adoré cette partie, si c’était à refaire, je le referai sans hésiter, l’intervenante était parfaite ! J’ai pu visiter des choses que je ne connaissais pas et ça ressemblait à une promenade entre amis donc c’était très agréable. Les dates ont seulement été annoncées un peu trop tard, les élèves internationaux en master n’ont pas pu participer car c’était leur semaine d’examens.

La seconde partie était une visite guidée au Louvre axée sur ses «chefs-d’œuvre méconnus». On a ainsi pu découvrir des salles que je ne connaissais pas, et des objets tout petits auxquels on ne fait pas forcément attention. Cette visite avait aussi et surtout pour objectif de nous aider à nous repérer dans le Louvre car il y a énormément de salles. L’ intervenant a également introduit la question de la muséographie. Ça m’a beaucoup aidé à avoir des repères et ça nous introduisait aussi à ce que l’on étudie au coursde notre formation à l’École.

            Je n’ai malheureusement pas pu participer à la troisième activité, qui consistait en un jeu de piste dans le quartier latin. Ça avait l’air très ludique et très intéressant.

Leïla : « En tant qu’étudiante internationale, quel genre d’évènement aimerais tu voir à l’avenir dans la collaborations de la Junior-Entreprise avec le Club International ou avec des étudiants internationaux ? »

Mara : « Je pense qu’il serait aussi intéressant d’avoir une petite journée multiculturelle où les élèves peuvent apporter un échantillon de la production artistique ou culinaire de leur pays ! Un peu comme une galerie ou un petit marché avec des stands et des représentants pour chaque pays ou culture. Ça permettrait de découvrir le point de vue des élèves et les artistes de leur pays d’origine qui sont peu connus à l’international. On pourrait aussi intégrer les élèves en Erasmus. »

Leïla Somaï, chargée évènementiel d’École du Louvre Junior Conseil
Flora, co-présidente du Louvr’Boite

Catabase

Mesdames, Messieurs. Merci d’avoir pris place à bord de la barque Charon n°3654 en provenance de la Terre et à destination des Enfers. La barque sera sans arrêt jusqu’aux Enfers. Pour votre sécurité, nous vous prions de bien vouloir vous éloigner des chiens mutants, boîtes suspectes et de ne pas vous retourner. Nous vous souhaitons un excellent voyage !

Homère, Odyssée, chant XI : « Le vaisseau arrivait au bout de la terre, au cours profond de l’Océan. Là sont le pays et la ville des Cimmériens, couverts de brumes et de nuées ; jamais le soleil, pendant qu’il brille, ne les visite de ses rayons, ni quand il les retourne du ciel vers la terre ; une nuit maudite est étendue sur ces misérables mortels. »

Quelle drôle d’idée de s’être embarqué dans une telle pérégrination ! Surtout que limbes, ce n’est pas la Côte d’Azur ! C’est PIRE que la Bretagne diraient certains, sauf qu’il n’y pleut pas. Les limbes portent bien leur nom si l’on s’en tient à leur étymologie latine – limbus, qui signifie « bordure », « lisière », « frontière ». On y trouve les portes des Enfers, rigoureusement cartographiées aujourd’hui et bien connues des guides touristiques : le gouffre de Padirac, la grotte Plutonium, le cratère de Darvaza, le Mont Fengdu, les volcans (dont le Masaya et le Hekla), les grottes jumelles en Palestine, le lac Averne… Faites votre choix, il y en a sur tous les continents. Attention cependant de ne pas chopper une cochonnerie au passage, car il y a en plein qui se tapissent à l’entrée des Enfers dans l’espoir de sauter sur le premier vivant un peu naïf qui s’aventure dans le coin.

Virgile, Enéide, livre XI : « Dans le vestibule même, à l’entrée des gorges de l’Orcus, le Deuil et les Remords vengeurs ont fait leur lit ; là habitent les pâles Maladies, et la triste vieillesse, et la Crainte, et la Faim mauvaise conseillère, et la hideuse Pauvreté, formes terribles à voir, et la Mort, et la Souffrance ; puis, le Sommeil, frère de la Mort, et les Joies mauvaises de l’esprit, et, sur le seuil en face, la Guerre meurtrière, et les chambres de fer des Euménides, et la Discorde insensée, avec sa chevelure de vipères nouée de bandelettes sanglantes. Au milieu, un ormeau opaque, énorme, déploie ses rameaux et ses branches séculaires, demeure, dit-on, que hantent communément les vains Songes, fixés sous toutes les feuilles. En outre, mille fantômes monstrueux de bêtes sauvages variées s’y rencontrent : les Centaures, à l’écurie devant les portes, et les Scylles biformes, et Briarée aux cent bras, et le monstre de Lerne poussant des sifflements horribles, et la Chimère armée de flammes, et les Gorgones, et les Harpies, et la forme de l’Ombre au triple corps. »

Vous connaissez peut-être l’inscription latine « Cave canem », qui ornait de nombreux vestibules romains. Eh bien rien de nouveau sous le soleil et sous terre : faites attention au toutou de messire Pluton et de damoiselle Perséphone. C’est comme lorsque l’on se promène dans un quartier et que tous les clébards du quartier se jettent sur le grillage en hurlant, manquant au passage de nous causer une crise cardiaque car l’on n’était pas prévenus de leurs intentions. Eh bien là, mieux vaut avoir prévu le coup si l’on se fie à Dante.

Dante, La Divine Comédie, Chant IV :

« Je suis au troisième cercle de la pluie éternelle, maudite, froide, pesante : toujours la même, toujours elle tombe également. Des averses de forte grêle, et d’eau noire, et de neige, traversent l’air ténébreux ; fétide est la terre qui les reçoit. Cerbère, bête cruelle et de forme monstrueuse, avec trois gueules aboie contre ceux qui sont là submergés. Il a les yeux rouges, la barbe grasse et noire, le ventre large, les mains armées de griffes : il déchire les esprits, les écorche, et les dépèce. »

Petits conseils : méfiez-vous de vos fréquentations là-bas, vous pourriez tomber sur des petits délinquants du genre d’Hercule qui tue les pauvres vaches de Pluton pour le fun et qui sème la zizanie en se fightant avec tout ce qui bouge (Apollodore, Bibliothèque, II, 5). Pensez aussi à bien réserver votre billet à l’avance et à ne pas oublier une petite obole pour que le nocher vous prenne en VIP.

Enéide livre XI : « De là part une route qui mène aux ondes de l’Achéron du Tartare […]. Là toute une foule se ruait à flots pressés sur la rive : mères, époux, héros magnanimes […], enfants […] ; aussi nombreux que les feuilles qui tournoient et tombent dans les bois au premier froid de l’automne […]. Dressés, ils demandaient tous à passer les premiers, et tendaient les mains dans leur avidité d’atteindre l’autre rive. Mais le triste nocher prend tantôt ceux-ci, tantôt ceux-là, et repousse loin du rivage ceux qu’il a écartés. »

            Se pose maintenant la question du guide. Si vous êtes déjà mort, nous vous conseillons d’éviter absolument un certain Orphée qui, malgré toutes ses promesses, ne parviendra pas à vous faire sortir de l’antre infernale (c’est un gros arnaqueur, ne vous faites surtout pas avoir). En revanche, notre ami Gautier vous conseille une certaine vierge, peu causante, mais belle comme peut l’être une morte – à vous de juger si les deux sont compatibles.

La Comédie de la mort (Gautier) :

« Pour guide nous avons une vierge au teint pâle

Qui jamais ne reçut le baiser d’or du hâle

Des lèvres du soleil.

Sa joue est sans couleur et sa bouche bleuâtre,

Le bouton de sa gorge est blanc comme l’albâtre,

Au lieu d’être vermeil.

Un souffle fait plier sa taille délicate ;

Ses bras, plus transparents que le jaspe ou l’agate,

Pendent languissamment ;

Sa main laisse échapper une fleur qui se fane,

Et, ployée à son dos, son aile diaphane

Reste sans mouvement.

Plus sombres que la nuit, plus fixes que la pierre,

Sous leur sourcil d’ébène et leur longue paupière

Luisent ses deux grands yeux,

Comme l’eau du Léthé qui va muette et noire,

Ses cheveux débordés baignent sa chair d’ivoire

À flots silencieux. […]

Nous marchons en suivant la spirale terrible

Vers le but inconnu,

Par un enfer visant sans caverne ni gouffre,

Sans bitume enflammé, sans mers aux flots de soufre,

Sans Belzébuth cornu. »

               Bon, on va pas se le cacher, accomplir tout un voyage, franchir mille et mille obstacles, tout ça c’est bien beau, mais pas très rapide. Comme le temps, c’est de l’argent, et que business is business, Rimbaud nous a trouvé un jet privé. Même pas besoin de marcher pendant des jours et des jours, naviguer, dompter des toutous méchants et même pas beaux, il suffit juste de boire un peu de la « liqueur non surtaxée de Satan ». Le seul inconvénient, c’est que ça secoue un peu et que ça tue (mais ça, ça relève du détail).

Rimbaud, Une Saison en enfer, “Nuit de l’Enfer” :

« J’ai avalé une fameuse gorgée de poison. – Trois fois béni soit le conseil qui m’est arrivé ! – Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j’étouffe, je ne puis crier. C’est l’enfer, l’éternelle peine ! […] Je me crois en enfer, donc j’y suis. […] Ah ça ! l’horloge de la vie s’est arrêtée tout à l’heure. Je ne suis plus au monde. – La théologie est sérieuse, l’enfer est certainement en bas, – et le ciel en haut. -Extase, cauchemar, sommeil dans un nid de flammes. »

Mais finalement, pourquoi descendre si bas ? Pourquoi est-ce qu’on s’embête comme ça pour trouver le meilleur moyen de rejoindre les Enfers ? Les Enfers, on les trouve aussi sur Terre. Il suffit de partager la vie des gens qui n’ont rien sauf la vie et qui la risquent pour gagner de quoi subsister. C’est ce qu’expérimente Etienne Lantier dans une mine au XIXe siècle. 

Zola, Germinal : « En bas, ils se trouvèrent seuls. Des étoiles rouges disparaissaient au loin, à un coude de la galerie. Leur gaieté tomba, ils se mirent en marche d’un pas lourd de fatigue, elle devant, lui derrière. Les lampes charbonnaient, il la voyait à peine, noyée d’une sorte de brouillard fumeux. […] Maintenant, autour d’eux, la vie souterraine grondait, avec le continuel passage des porions, le va-et-vient des trains, emportés au trot des chevaux. […] Ils devaient s’effacer contre la roche, laisser la voie à des ombres d’hommes et de bêtes, dont ils recevaient l’haleine au visage. Jeanlin, courant pieds nus derrière son train, leur cria une méchanceté qu’ils n’entendirent pas, dans le tonnerre des roues. Ils allaient toujours, elle silencieuse à présent, lui ne reconnaissant pas les carrefours ni les rues du matin, s’imaginant qu’elle le perdait de plus en plus sous la terre ; et ce dont il souffrait surtout, c’était du froid, un froid grandissant qui l’avait pris au sortir de la taille, et qui le faisait grelotter davantage, à mesure qu’il se rapprochait du puits. »

Peut-être qu’en fin de compte, l’enfer n’est pas un barbecue immense où les damnés se font griller juste à point par des petites créatures au regard vicieux. Peut-être que c’est juste un hiver sans fin, une solitude impénétrable. Ça a des airs de ressemblance avec la Terre, c’est pas si exotique comme destination… On testera le Paradis une prochaine fois.

Blandine

Catabase

Mesdames, Messieurs. Merci d’avoir pris place à bord de la barque Charon n°3654 en provenance de la Terre et à destination des Enfers. La barque sera sans arrêt jusqu’aux Enfers. Pour votre sécurité, nous vous prions de bien vouloir vous éloigner des chiens mutants, boîtes suspectes et de ne pas vous retourner. Nous vous souhaitons un excellent voyage !

Homère, Odyssée, chant XI : « Le vaisseau arrivait au bout de la terre, au cours profond de l’Océan. Là sont le pays et la ville des Cimmériens, couverts de brumes et de nuées ; jamais le soleil, pendant qu’il brille, ne les visite de ses rayons, ni quand il les retourne du ciel vers la terre ; une nuit maudite est étendue sur ces misérables mortels. »

Quelle drôle d’idée de s’être embarqué dans une telle pérégrination ! Surtout que limbes, ce n’est pas la Côte d’Azur ! C’est PIRE que la Bretagne diraient certains, sauf qu’il n’y pleut pas. Les limbes portent bien leur nom si l’on s’en tient à leur étymologie latine – limbus, qui signifie « bordure », « lisière », « frontière ». On y trouve les portes des Enfers, rigoureusement cartographiées aujourd’hui et bien connues des guides touristiques : le gouffre de Padirac, la grotte Plutonium, le cratère de Darvaza, le Mont Fengdu, les volcans (dont le Masaya et le Hekla), les grottes jumelles en Palestine, le lac Averne… Faites votre choix, il y en a sur tous les continents. Attention cependant de ne pas chopper une cochonnerie au passage, car il y a en plein qui se tapissent à l’entrée des Enfers dans l’espoir de sauter sur le premier vivant un peu naïf qui s’aventure dans le coin.

Virgile, Enéide, livre XI : « Dans le vestibule même, à l’entrée des gorges de l’Orcus, le Deuil et les Remords vengeurs ont fait leur lit ; là habitent les pâles Maladies, et la triste vieillesse, et la Crainte, et la Faim mauvaise conseillère, et la hideuse Pauvreté, formes terribles à voir, et la Mort, et la Souffrance ; puis, le Sommeil, frère de la Mort, et les Joies mauvaises de l’esprit, et, sur le seuil en face, la Guerre meurtrière, et les chambres de fer des Euménides, et la Discorde insensée, avec sa chevelure de vipères nouée de bandelettes sanglantes. Au milieu, un ormeau opaque, énorme, déploie ses rameaux et ses branches séculaires, demeure, dit-on, que hantent communément les vains Songes, fixés sous toutes les feuilles. En outre, mille fantômes monstrueux de bêtes sauvages variées s’y rencontrent : les Centaures, à l’écurie devant les portes, et les Scylles biformes, et Briarée aux cent bras, et le monstre de Lerne poussant des sifflements horribles, et la Chimère armée de flammes, et les Gorgones, et les Harpies, et la forme de l’Ombre au triple corps. »

Vous connaissez peut-être l’inscription latine « Cave canem », qui ornait de nombreux vestibules romains. Eh bien rien de nouveau sous le soleil et sous terre : faites attention au toutou de messire Pluton et de damoiselle Perséphone. C’est comme lorsque l’on se promène dans un quartier et que tous les clébards du quartier se jettent sur le grillage en hurlant, manquant au passage de nous causer une crise cardiaque car l’on n’était pas prévenus de leurs intentions. Eh bien là, mieux vaut avoir prévu le coup si l’on se fie à Dante.

Dante, La Divine Comédie, Chant IV :

« Je suis au troisième cercle de la pluie éternelle, maudite, froide, pesante : toujours la même, toujours elle tombe également. Des averses de forte grêle, et d’eau noire, et de neige, traversent l’air ténébreux ; fétide est la terre qui les reçoit. Cerbère, bête cruelle et de forme monstrueuse, avec trois gueules aboie contre ceux qui sont là submergés. Il a les yeux rouges, la barbe grasse et noire, le ventre large, les mains armées de griffes : il déchire les esprits, les écorche, et les dépèce. »

Petits conseils : méfiez-vous de vos fréquentations là-bas, vous pourriez tomber sur des petits délinquants du genre d’Hercule qui tue les pauvres vaches de Pluton pour le fun et qui sème la zizanie en se fightant avec tout ce qui bouge (Apollodore, Bibliothèque, II, 5). Pensez aussi à bien réserver votre billet à l’avance et à ne pas oublier une petite obole pour que le nocher vous prenne en VIP.

Enéide livre XI : « De là part une route qui mène aux ondes de l’Achéron du Tartare […]. Là toute une foule se ruait à flots pressés sur la rive : mères, époux, héros magnanimes […], enfants […] ; aussi nombreux que les feuilles qui tournoient et tombent dans les bois au premier froid de l’automne […]. Dressés, ils demandaient tous à passer les premiers, et tendaient les mains dans leur avidité d’atteindre l’autre rive. Mais le triste nocher prend tantôt ceux-ci, tantôt ceux-là, et repousse loin du rivage ceux qu’il a écartés. »

            Se pose maintenant la question du guide. Si vous êtes déjà mort, nous vous conseillons d’éviter absolument un certain Orphée qui, malgré toutes ses promesses, ne parviendra pas à vous faire sortir de l’antre infernale (c’est un gros arnaqueur, ne vous faites surtout pas avoir). En revanche, notre ami Gautier vous conseille une certaine vierge, peu causante, mais belle comme peut l’être une morte – à vous de juger si les deux sont compatibles.

La Comédie de la mort (Gautier) :

« Pour guide nous avons une vierge au teint pâle
Qui jamais ne reçut le baiser d’or du hâle
Des lèvres du soleil.
Sa joue est sans couleur et sa bouche bleuâtre,
Le bouton de sa gorge est blanc comme l’albâtre,
Au lieu d’être vermeil.

Un souffle fait plier sa taille délicate ;
Ses bras, plus transparents que le jaspe ou l’agate,
Pendent languissamment ;
Sa main laisse échapper une fleur qui se fane,
Et, ployée à son dos, son aile diaphane
Reste sans mouvement. /

Plus sombres que la nuit, plus fixes que la pierre,
Sous leur sourcil d’ébène et leur longue paupière
Luisent ses deux grands yeux,
Comme l’eau du Léthé qui va muette et noire,
Ses cheveux débordés baignent sa chair d’ivoire
À flots silencieux. […]

Nous marchons en suivant la spirale terrible
Vers le but inconnu,
Par un enfer visant sans caverne ni gouffre,
Sans bitume enflammé, sans mers aux flots de soufre,
Sans Belzébuth cornu. »

               Bon, on va pas se le cacher, accomplir tout un voyage, franchir mille et mille obstacles, tout ça c’est bien beau, mais pas très rapide. Comme le temps, c’est de l’argent, et que business is business, Rimbaud nous a trouvé un jet privé. Même pas besoin de marcher pendant des jours et des jours, naviguer, dompter des toutous méchants et même pas beaux, il suffit juste de boire un peu de la « liqueur non surtaxée de Satan ». Le seul inconvénient, c’est que ça secoue un peu et que ça tue (mais ça, ça relève du détail).

Rimbaud, Une Saison en enfer, “Nuit de l’Enfer” :

« J’ai avalé une fameuse gorgée de poison. – Trois fois béni soit le conseil qui m’est arrivé ! – Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j’étouffe, je ne puis crier. C’est l’enfer, l’éternelle peine ! […] Je me crois en enfer, donc j’y suis. […] Ah ça ! l’horloge de la vie s’est arrêtée tout à l’heure. Je ne suis plus au monde. – La théologie est sérieuse, l’enfer est certainement en bas, – et le ciel en haut. -Extase, cauchemar, sommeil dans un nid de flammes. »

Mais finalement, pourquoi descendre si bas ? Pourquoi est-ce qu’on s’embête comme ça pour trouver le meilleur moyen de rejoindre les Enfers ? Les Enfers, on les trouve aussi sur Terre. Il suffit de partager la vie des gens qui n’ont rien sauf la vie et qui la risquent pour gagner de quoi subsister. C’est ce qu’expérimente Etienne Lantier dans une mine au XIXe siècle.

Zola, Germinal : « En bas, ils se trouvèrent seuls. Des étoiles rouges disparaissaient au loin, à un coude de la galerie. Leur gaieté tomba, ils se mirent en marche d’un pas lourd de fatigue, elle devant, lui derrière. Les lampes charbonnaient, il la voyait à peine, noyée d’une sorte de brouillard fumeux. […] Maintenant, autour d’eux, la vie souterraine grondait, avec le continuel passage des porions, le va-et-vient des trains, emportés au trot des chevaux. […] Ils devaient s’effacer contre la roche, laisser la voie à des ombres d’hommes et de bêtes, dont ils recevaient l’haleine au visage. Jeanlin, courant pieds nus derrière son train, leur cria une méchanceté qu’ils n’entendirent pas, dans le tonnerre des roues. Ils allaient toujours, elle silencieuse à présent, lui ne reconnaissant pas les carrefours ni les rues du matin, s’imaginant qu’elle le perdait de plus en plus sous la terre ; et ce dont il souffrait surtout, c’était du froid, un froid grandissant qui l’avait pris au sortir de la taille, et qui le faisait grelotter davantage, à mesure qu’il se rapprochait du puits. »

                Peut-être qu’en fin de compte, l’enfer n’est pas un barbecue immense où les damnés se font griller juste à point par des petites créatures au regard vicieux. Peut-être que c’est juste un hiver sans fin, une solitude impénétrable. Ça a des airs de ressemblance avec la Terre, c’est pas si exotique comme destination… On testera le Paradis une prochaine fois.

Blandine

Horreur! Le Temps donne des rides

Pour aller du point A (naissance), au point B (mort), à quel unique vecteur ai-je recours? 

La réponse est dans le titre: le vecteur Temps. 

    Je vous propose, chèr.e.s lecteur.rice.s, une réflexion sur ce sujet qui suscite angoisse et rejet dans ce qu’il implique pour nous, humbles mortels: la vieillesse.

    C’est ce raccourci tout à fait juste qui provoque un certain malaise dans notre relation au temps. C’est une notion abstraite, et pourtant si mathématique. Elle nous frustre et nous fait peur. Le temps se ressent, mais ne s’explique pas. Le temps se traverse, ne se soumet pas. Contrairement à la dimension physique dans laquelle nous pouvons évoluer aisément, nous sommes victimes du courant linéaire que représente le temps. Et pour une espèce qui a un peu trop tendance à tout vouloir maîtriser, on comprend pourquoi le temps représente une telle angoisse. Expérience commune à tous les êtres, on craint le temps à juste titre: chacun d’entre nous sait que le sien est compté, sans jamais savoir combien il lui en reste.

    Alors on tente l’impossible, on tente de nager à contre-courant, de repousser la vieillesse hors de notre vue, en se disant qu’ainsi, peut-être la mort elle-même se tiendra à distance. Corriger les rides, dissimuler les cicatrices. Conserver un corps parfait, le plus longtemps possible. Garder à tout prix le contrôle de l’âge. 

    Et parce que le temps qui passe conduit à notre décrépitude, à la perte de vitalité, et à notre mort, il met ainsi en exergue le caractère éphémère et précaire de l’être humain, aussi bien à l’échelle des civilisations et des idées, qu’à l’échelle individuelle et familiale. Et le temps qui suit la mort est pire encore, car sur ses ailes incommensurables il emporte tout souvenir et toute trace de notre existence. L’oubli introduit par le temps est Règle Absolue. Et pour une espèce aussi fière que la nôtre, voir que malgré tous nos efforts pour exister et laisser un héritage, le temps finit par nous effacer naturellement, ça fait mal à l’ego. 

    Mais cette angoisse du temps est due à notre focalisation sur ce point fatal et inéluctable: la mort. Il se trouve qu’en raisonnant ainsi nous négligeons le voyage entre l’instant présent et ce point ultime. Nous omettons, lorsque nous pensons au temps, et à la vieillesse qui engourdira nos membres, de prendre en compte les aventures qu’il nous livre à travers chaque seconde. Car le temps, c’est le mouvement qui pousse à la vie, c’est le porteur des changements, c’est la vague de mille possibilités à venir, du hasard et de nos choix. Le temps c’est l’élan dont on est doté pour se réaliser.

    De plus, le temps est un outil précieux: il sert de mesure à notre existence. Certes, il est la raison pour laquelle nos cellules s’affaiblissent, mais il est également le seul qui peut nous montrer que nos blessures ont guéri. Le seul qui nous invite à nous retourner et à contempler les erreurs passées. Le seul qui puisse confirmer nos passions, et nous faire prendre conscience de nos erreurs, pour ensuite les corriger. De nos échecs, de nos succès, de toutes les montagnes franchies. C’est grâce à lui que nous pouvons apercevoir le voyage accompli. 

    Le temps n’est pas quelque chose après lequel il nous faut courir, mais bien une vague sur laquelle surfer (je sais on dirait une phrase de motivation mielleuse). Mais le but n’est pas d’atteindre un plateau de stabilité et d’épanouissement avant 30 ans. Que l’on ait 12 ou 85 ans, on continue de grandir, de se tromper, de ne pas savoir, de se comprendre partiellement, de rester un peu perdu face au monde chaotique et vertigineux, de se découvrir chaque jour, de changer, de faire des rencontres, d’apprendre de soi et des autres, d’essayer, de réussir ou pas, de s’enrichir, de se perdre et de repasser encore et encore par toutes ces étapes, pas forcément dans le même ordre. 

Certes, à cause du temps vous oublierez, et on vous oubliera. Mais grâce au temps vous aurez cheminé, grandi, voyagé. Alors qu’est-ce que vous attendez?

Lilou.

Création d’une maison de vente

Route descendant du mont Megamendung de Raden Saleh (1811 – 1880)

Le tableau Route descendant du mont Megamendung de Raden Saleh (1811 – 1880) vient tout juste d’être vendu à Drouot le 2 décembre. À l’occasion, le Club marché de l’Art vous propose de découvrir le processus de création d’une vente aux enchères : quel parcours l’œuvre va-t-elle suivre avant d’être adjugée et vendue ?

Avant d’atterrir à l’hôtel des ventes, l’œuvre est acquise directement auprès de l’artiste par Eduard Cassalette, un collectionneur passionné d’art et de sciences naturelles, puis elle est transmise de génération en génération. Le tableau finit par arriver dans la maison de vente aux enchères Daguerre à Paris car les propriétaires souhaitent le vendre. L’équipe de cette maison de vente est émerveillée devant ce remarquable paysage qui vient de passer le pas de leur porte.

Le tableau représente une route qui traverse une forêt de l’île de Java. La piste est dévalée à toute allure par un chariot au centre de la composition, tandis qu’en bas de la toile, des personnages marchent et discutent. La forêt de part et d’autre de la route occupe la majeure partie de la toile. La végétation est dense et luxuriante. L’artiste a peint le paysage avec soin et minutie. De nombreux détails botaniques précis et réalistes sont représentés démontrant que Raden Saleh a longuement étudié la nature. Au loin, le fond de la composition est baigné de lumière. Avec fascination, nous avons envie de plonger dans ce tableau pour rejoindre ce paysage exotique, éclatant sous un ciel bleu clair idyllique. Ce tableau, véritable hymne à la nature javanaise, est l’un des plus importants paysages de l’artiste. 

Sans perdre de temps, l’équipe de la maison de vente appelle le cabinet Turquin, expert en tableaux anciens à Paris. L’expert est chargé d’authentifier l’œuvre d’art, de faire des recherches à son propos, de la décrire, de donner son prix. Route descendant du mont Megamendung est un paysage peint en 1861 à Java. Il mesure 130 x 170 cm et est signé, localisé et daté en bas à droite. L’expert Éric Turquin, en observant le tableau commente : « À cheval entre l’Extrême-Orient et l’Europe, la toile témoigne de l’amour du peintre pour les paysages et la botanique où se mêlent ombres et lumières ». En effet, ce tableau extraordinaire dépeignant la nature javanaise est teinté d’influences de l’école de peinture allemande du XIXe siècle. L’artiste Raden Saleh est un prince indonésien qui a énormément voyagé en Europe où il a rencontré de nombreux peintres européens. Son talent de paysagiste lui permettra d’exposer au Salon. L’expert finit enfin, après quelques recherches, par donner un prix. L’œuvre est estimée entre 1 et 1,5 million d’euros.

Il faut maintenant créer le catalogue de la vente. Le tableau est pris en photo. Après avoir numéroté les différentes œuvres, ajouté les photos, tapé les descriptions de l’expert, fait la mise en page et corrigé le tout, le catalogue est imprimé. Il est mis en ligne également. Il a pour but de renseigner les visiteurs et potentiels acheteurs et de valoriser les œuvres qui seront vendues. 

Ensuite, le mardi 30 novembre, quelques jours avant la vente, le tableau est transporté à Drouot aux alentours de 19 heures. L’hôtel des ventes est fermé au public, mais il grouille de monde. La maison de ventes Daguerre a loué la salle 9 où son équipe, et des techniciens, transporteurs, commissionnaires travaillant à Drouot s’activent pour installer toutes les œuvres, nettoyer la salle, modifier les éclairages… Le commissaire-priseur et l’expert supervisent la disposition des objets dans la pièce. En l’espace de quelques heures, la salle vide est maintenant pleine à craquer d’œuvres d’art.

Dès 11 heures le 1er décembre, la salle est ouverte au public où Route descendant du mont Megamendung est accroché au mur. Cette exposition permet aux acheteurs d’admirer les œuvres de plus près. L’expert est souvent présent pour répondre à toutes les questions des visiteurs. Des descriptions détaillées avec les estimations des prix sont affichées à côté des œuvres. La salle fourmille de monde ; antiquaires, collectionneurs, vendeurs, touristes, étudiants, experts ou simples visiteurs font des va-et-vient entre les lots. Le tableau de Raden Saleh intéresse plusieurs. Certains veulent participer à la vente mais ne peuvent pas y assister. Ils laissent alors un ordre d’achat à la maison de vente qui surveille l’exposition où ils mentionnent un montant maximum auquel ils veulent acheter le tableau.

Le 2 décembre, à quelques heures de la vente, la salle se vide. Une nouvelle fois, techniciens, transporteurs, commissionnaires s’activent pour décrocher, ranger toutes les œuvres et disposer les chaises. A 14 heures la vente commence. Les gens s’installent. Le commissaire-priseur, derrière son bureau légèrement en hauteur au côté de clercs, anime la vente. Le tableau de Raden Saleh est enfin annoncé par l’expert présent qui décrit l’œuvre et qui donne un prix de départ. Le commissionnaire est chargé, lui, de montrer le tableau au public. Dès que l’œuvre est annoncée, les prix s’envolent. Les participants enchérissent progressivement sur le site de Drouot Live, par téléphone ou en levant la main pour ceux dans la salle. Le tout est rythmé par le crieur qui annonce les enchères donnant de l’impulsion à la vente. Les acheteurs s’enflamment et après une ardente bataille, alors qu’il était estimé entre 1 et 1,5 million d’euros, le tableau est enfin vendu 2 210 000 euros (frais inclus). En frappant son marteau, le commissaire-priseur crie « adjugé ! ». Le crieur remet le bulletin et prend les preuves de paiement et l’identité de l’acquéreur. Le tableau déposé dans la maison de vente Daguerre il y a quelques semaines a enfin trouvé un nouveau domicile.
Il nous aura permis d’étudier, à travers sa trajectoire, le déroulement et la création d’une vente aux enchères.

Calliope Garnier, Club Marché de l’Art

Interview Anaïs Ripoll

Voici un article exclusif de notre site, une sorte de hors-série. Le Louvr’Boite avait déjà interviewer Anaïs Ripoll il y a deux ans à l’occasion de son premier roman, le Secret de l’École du Louvre. À l’occasion de cet entretien nous organisons en parallèle un concours sur Instagram afin de gagner un exemplaire de son nouveau romain Réparer l’affront.

Pour débuter cette interview, pourriez-vous vous nous décrire votre parcours à l’Ecole du Louvre et nous parler de votre premier livre, Le Secret de l’Ecole du Louvre ?
Je suis rentrée à l’Ecole du Louvre en 2006. J’avais 19 ans et j’ai suivi la spécialité «Art du XXe siècle ». J’ai commencé à écrire le manuscrit du Secret de l’Ecole du Louvre en 1ère année, en le voyant comme une parodie du Da Vinci Code car l’histoire met en scène quatre étudiantes de l’Ecole du Louvre menant une enquête à la suite du vol d’un tableau du musée. Je l’avais écrit pour faire rire mes copines, immortaliser nos « délires », les surnoms que l’on donnait à nos professeurs et aux garçons de l’amphithéâtre par exemple. Je n’avais jamais pensé à en faire un véritable ouvrage.

Dans votre dernier roman « Réparer l’affront », quel est l’origine du roman, l’idée qui vous a poussé à le commencer ?
J’ai repris et terminé Le Secret de l’Ecole du Louvre presque dix ans après avoir écrit le manuscrit à l’Ecole. Comme je l’avais écrit pour des raisons personnelles et que je ne le voyais pas comme un véritable roman, je l’avais un peu abandonné. Je ne me considérais pas écrivain et quand je l’ai terminé et autopublié en 2019, j’ai pensé que je ne réécrirais probablement plus jamais.
Pourtant pendant le confinement de l’année dernière, j’ai été inspirée par la situation et j’ai écrit un second roman intitulé Tant que le jour se lèvera, centré sur un couple de toulousain partant vivre dans les Pyrénées, en autonomie dans la nature. Avoir retrouvé de l’inspiration m’a étonnée moi-même. On me demandait souvent « À quand le deuxième ? » mais je ne pensais pas vraiment réécrire un jour. D’ailleurs même après ce deuxième roman, je me suis dit encore une fois que parcours d’écrivain allait s’arrêter là car je n’avais pas d’idée pour un autre livre. Je ne me mettais pas non plus de pression pour trouver de nouvelles idées, j’avais aussi ma vie professionnelle à côté.
Cependant, l’année dernière, mon travail m’a fourni une nouvelle source d’inspiration. Je suis commissaire-priseur dans une étude d’huissiers de justice. J’ai été assez fascinée par le pouvoir d’investigation des huissiers qui ont la charge de retrouver certaines personnes pour récupérer des dettes et faire exécuter des jugements. Ils peuvent donc enquêter pour les retrouver. De cette pensée, j’ai brodé un fil en imaginant ce qui se passerait si ce pouvoir se retrouvait entre les mains de quelqu’un d’un peu fragile ou obsessionnel. La personne pourrait alors utiliser cette capacité d’enquête pour retrouver la trace de quelqu’un qu’elle aurait perdu de vue.

Votre vie influence donc souvent vos histoires. Dans la dédicace de votre livre, vous mentionnez vos amies qui vous auraient aidées à créer le personnage d’Elodie, la meilleure amie. Y a-t-il d’autres détails comme celui-ci dans votre histoire ?
« Est-ce que c’est vrai ? » est souvent la première question que me posent les lecteurs. Ce livre peut être assez choquant car l’héroïne est ambivalente, très attachante mais à la limite de la folie, ce qui la rend donc un peu effrayante. Des personnes de mon entourage se sont donc demandées quelle était la part de vérité dans cette histoire un peu sombre.
Je me suis inspirée de ma seule histoire d’amour de vacances, il y a maintenant plus de dix ans. Le personnage de Robin existe donc bel et bien, même si le prénom a bien évidemment été modifié. Je n’ai plus aucun contact avec lui, je ne sais pas ce qu’il est devenu et il ne sait sûrement pas que ce livre a été écrit. Cependant, contrairement à cette histoire, je ne l’ai pas retrouvé dix ans après notre rencontre.
J’ai aussi voulu rendre hommage à une amie en particulier, Lisa, qui m’a inspirée le rôle d’Elodie, la meilleure amie rigolote et parfois un peu pathétique. J’ai porté un regard tendre sur toutes nos années de galères lorsque nous avions la vingtaine, avec nos histoires compliquées avec les garçons ou les aventures sans lendemain. J’ai même ressorti des journaux intimes de cette époque, donc d’il y a dix ans. Cela a été un vrai travail d’introspection et certaines anecdotes et textes du livre sont réels. Je sais que Lisa a été touchée de relire et redécouvrir ces moments-là.

En tant que lecteur, on peut avoir l’impression que la seule personne réellement décrite et introspecté est Jeanne, l’héroïne et que les personnages qui gravitent autour d’elle sont assez flous et indiscernables dans leur personnalité. Est-ce un choix fait pour accentuer sa personnalité égocentrique ?
Le choix a été fait non pas d’un narrateur omniscient mais d’un narrateur avec un point de vue unique, celui de l’héroïne ce qui limite les points de vue. On voit les autres personnages à travers ses yeux. Jeanne est très torturée et son évolution psychologique est particulière, il est donc difficile de se faire une idée précise du caractère de ces autres personnages, surtout que je voulais également que les personnages gravitant autour d’elle soient ambivalents, que l’on ne sache pas véritablement quoi penser d’eux. Dans la première partie par exemple, on s’attache à Robin, puis finalement on se demande pourquoi l’héroïne n’arrive pas à l’oublier alors que c’est un homme ordinaire, ou au contraire on le trouve très attachant. Je voulais que rien ne soit tranché, que chacun ait son opinion sur qui est le bon et le méchant de l’histoire, ou même qui est le plus décevant.
C’est également le cas pour la meilleure amie, on la voit vraiment à travers le regard de Jeanne. Parfois elle est très attachante, on la trouve loyale, on voit en elle une très bonne amie, et à d’autres moments elle est très pathétique, comme lorsqu’elle est prête à mettre le grappin sur n’importe quel homme. Elle est désespérée, donc on la trouve décevante, on trouve qu’elle rate un peu sa vie. C’est à chacun d’aimer ou non les personnages.

Comme vous l’avez dit précédemment, cette histoire est inspirée d’un amour de vacances, pouvez-vous nous en dire plus ? Pourquoi avoir choisi ce thème de l’amour à distance et de l’idéalisation ? Et enfin pourquoi l’avoir tourné dans une forme aussi torturée alors que le début nous laisse plus présager un roman « à l’eau de rose » ?
A mon avis, si cela n’avait été qu’une simple histoire d’amour, ce livre aurait été comme tous les autres et n’aurait eu aucun intérêt particulier, plus comme un roman de vacances à l’eau de rose effectivement. Il fallait qu’il se passe quelque chose, qu’il se noue un drame. Je me suis inspirée du livre Mort sur le Nil d’Agatha Christie, un auteur que j’affectionne beaucoup. Ce roman raconte l’histoire d’un triangle amoureux lors d’une lune de miel qui va tourner au drame. C’est mon roman préféré d’Agatha Christie.
C’est donc autour de ce thème récurrent et presque immortel du triangle amoureux que j’ai voulu travailler sur pourquoi et comment un amour de vacances aussi furtif avait pu prendre tant d’importance. De plus, cela m’est arrivée l’année dernière de rêver de ce garçon que j’avais rencontré plus jeune et que je n’avais plus vu depuis dix ans. Au réveil, cela m’a choquée de voir à quel point notre inconscient est capable de nous jouer des tours. Je me suis demandée pourquoi j’avais tout d’un coup rêvé de lui. C’est en relisant mes journaux intimes que je me suis rendue compte que ce garçon avait été important pour moi pendant très longtemps alors que notre histoire avait été très courte. C’est à partir de là que j’ai réalisé qu’il y avait sûrement quelque chose à travailler autour de ces amourettes de vacances qui peuvent nous marquer pendant longtemps.

L’héroïne passe parfois de la 3e personne du singulier à la deuxième personne du singulier lorsqu’elle pense à Robin. Est-ce pour montrer sa confusion ? Ses sentiments pour lui ? Le déni qu’elle met en place pour se protéger ?
A certains moments, Jeanne est tellement en colère qu’intérieurement elle s’adresse à lui. Et c’est une manière d’établir un dialogue qui n’a jamais eu lieu, d’évacuer une frustration, car ils ne sont jamais expliqués sur ce qui s’était passé.

Il y a peu de verbes de paroles et d’incises dans les dialogues. Est-ce un trait d’écriture récurrent dans vos romans ou est-ce particulier à celui-ci ?
Je crois que c’est plutôt personnel à celui-ci. J’en avais mis beaucoup dans mon premier roman quand j’étais très jeune et à la relecture j’ai trouvé ça un peu lourd. J’ai donc voulu alléger les dialogues.

L’héroïne a une évolution psychologique très forte. On la voit passer d’une jeune fille un peu naïve à une sorte d’obsession ou de folie. Pourquoi avoir poussé jusqu’à la limite cette évolution psychologique ?
Je pense que l’on a tous une Jeanne en nous et je voulais montrer qu’il y a une limite à ne pas franchir et elle l’a dépassée car elle est très orgueilleuse. Elle voulait réparer une blessure d’ego. On en vient même à se demander si elle a vraiment aimé Robin car finalement ils ne se connaissent pas. C’est un amour de vacances, un amour idéalisé. Et pourtant elle veut absolument le récupérer. On a l’impression qu’elle cherche plutôt à guérir quelque chose en elle. Je voulais que tout l’intérêt du roman, dans lequel il ne se passe finalement pas grand-chose, soit mis sur cette radicalisation de sa personnalité, de sa psychologie, de voir comment quelque chose qui n’a pas été traité ou évacué tout de suite peut laisser des séquelles et peut empirer. Cela pour cela que l’on passe d’une héroïne un peu naïve, amoureuse, à laquelle on peut facilement s’identifier, pour qu’à la fin on la déteste tellement elle est odieuse. Elle en vient à mépriser tous ces proches. Comme on est dans sa tête, on voit à quel point elle est méchante. C’est ce sur quoi j’ai voulu mettre l’accent dans ce roman.

Ca donne un tout autre ton au roman, il y a un moment, je ne saurais dire quand, on bascule vraiment, point de vue interne donne un sentiment de malaise car on est pas d’accord avec elle. Tout le long du roman, on est plutôt du côté de la copine, Élodie.
C’était inédit pour moi de me mettre dans la peau d’une méchante, même si le terme est assez réducteur, j’ai trouvé ça génial, un côté un peu machiavélique. Dans mon second roman, « tant que le jour se lèvera », c’est un roman très contemplatif, l’héroïne est une artiste, se poser des questions existentielles, c’est un couple qui survit dans la nature donc on est pas du tout sur des choses de ce niveau là. Et la d’avoir choisi volontairement d’être dans la peau d’un personnage que le lecteur va finalement détester, c’était vraiment une expérience super pour moi. Très intéressante. Mais je me rends bien compte que c’est un parti pris.

Mais c’est aussi ça qui fait l’originalité du livre. J’avais un autre question pour rebondir quand vous disiez qu’on à tous une Jeanne en nous, la toute fin du livre laisse présager que c‘ est pas vraiment la fin de l’histoire de Jeanne, est-ce que vous penser peut-être à une suite, juste dans votre tête, ce qui pourrait arriver avec ce nouveau contact.
C’est vrai que j’aime beaucoup les fins ouvertes, parce que à la fois il y a un goût d’inachevé qui fait « à zut ! ». À la fois énervant et excitant. Ça laisse la possibilité au lecteur d’imaginer ce qu’il veut. Et pk pas une suite, chacun est libre d’imaginer que mb l’arrosera serai arrosé et la méchante punie dans un futur proche ou lointain. Je voulais quand même aussi, sans spoiler mais une partie de la fin du roman est un procès. Et ca je voulais rendre à César ce qui est à César, c’est tiré d’un roman qui à reçu de nombreux prix, qui est sorti très récemment que j’ai adoré, Les Choses humaines de Karine Tuil. C’est un roman qui est tiré d’une histoire vraie, qui s’est déroulé aux États-Unis, d’un fait divers autour d’un viol et de la question autour du consentement. Une question très épineuse, repose sur la parole, contre la parole de l’autre. A quel point il n’y à pas de preuve, que c’est très compliqué. Cette affaire m’a intéressé et le livre que j’ai adoré, de se plonger dans un procès, un peu comme si on y était en direct. Avec des questions très directes posées et aussi le machiavélisme avec lequel parfois elles sont posées dans l’intention d’orienter la réponse. Et ça je voulais vraiment essayer de retranscrire quelque chose de similaire. Et montrer que Jeanne arrive tout le temps à rebondir, elle a réponse à tout, c’est insupportable. J’en dis pas plus. Le thème du procès m’intéressait beaucoup et celui de la victime qui est piégé, qui n’est pas forcément celle que l’on croit.

Cette fin personnellement, ça m’a donné l’impression que vous vouliez donner une idée de cercle sans fin. Comme vous dites c’est l’arroseur qui est arrosé mais surtout on à l’impression que tout le monde peut être dans le cas de Robin mais aussi celui de Jeanne, les deux à la fois sans s’en rendre compte.
Exactement. Quand à la fin, ce contact dont Jeanne n’a pas le moindre souvenir, qui ne l’a pas marqué revient en disant qu’il ne l’a jamais oublié. Elle est choquée, même effrayée en se disant « mais il est complètement cinglé, il m’a complètement idéalisé, on ne se connait pas ». Elle ne se rend pas compte qu’elle à eut exactement cette attitude envers Robin, qu’elle a nourrit elle-même un fantasme. On peut donc être chacun l’un de ces personnages, on a tous eu des fixettes, des idéalisations, des fantasmes sur des histoires qui n’ont jamais été faites. On est probablement aussi le fantasme de quelqu’un, on n’en sait rien. Pour l’anecdote, car c’est très drôle qui m’a inspiré cela, j’ai un ex, vous allez croire que j’ai beaucoup d’ex (rires), avec qui j’étais sortie à la fac avant de faire l’École du Louvre, j’étais très jeune, dix-huit ans, l’histoire d’une soirée. Il m’a recontacté l’été où j’écrivais ce roman, donc douze ans après, véridique, en me disant « tu as été odieuse, tu m’as bloqué de partout » À l’époque je l’avais bloqué de tout mes réseaux et il m’a retrouvé sur Instagram. Il m’a dit « je ne t’ai jamais oublié, tu représente tout ce que j’imagine de mieux ». J’ai eu très peur, j’ai failli le bloquer de nouveau mais je me suis dit « non, ne soit pas odieuse, il faut arrêter de bloquer les gens ». Je me suis dit que le mec était complètement fou, on ne se connait pas, on ne s’est pas vu depuis douze ans. Il me connaît à travers l’image que je donne via les réseaux sociaux. Et le fait que tout cela se confronte, mon roman et le fait que mon ex insignifiant me recontacte à ce moment-là, c’est là que je me suis dit, on peut nourrir une obsession mais en être l’objet.

Que diriez-vous aux écrivains en herbe qui sommeillent sur les bancs de l’école ? Des personnes qui comme vous on écrit quelque chose mais n’ont pas confiance ou l’idée même que cela puisse devenir sérieux ?
C’est assez magique d’avoir une espèce de secret qui dort dans son ordinateur, on à l’impression d’avoir une histoire qui n’existe que dans notre imaginaire, une relation fusionnelle et unique avec l’histoire que l’on crée, que l’on invente. On est les seuls à savoir qu’il existe donc il y a une sorte de beauté mais je crois qu’il ne faut jamais s’arrêter à la peur du regard de l’autre et trouver le bon moment. Moi cela a été dix ans après pour Le secret de l’école du Louvre, de mon point de vue, cela ne valait pas la peine d’être lui, ne tenait pas debout. Je me suis dis, on n’a qu’un vie et aujourd’hui avec l’autoédition, tout le monde peut publier son livre et l’avoir dans les mains. C’est quand même une chance. Il y a quelque chose de magique de tenir son rêve dans les mains et de se dire que tous peuvent potentiellement le lire. C’est presque publier son journal intime même si c’est une fiction. C’est vous qui inventez l’histoire et les personnages. Entre guillemet, vous vous mettez à poil, pardonnez-moi l’expression. rire. C’est comme sauter dans le vide si on aime les sensations fortes. Je pense qu’il faut oser, au bon moment même s’il faut plusieurs années de maturité, il faut y aller, s’auto-publier pour le plaisir.
Je voulais juste rebondir sur une dernière chose, il y avait un fil rouge dans ce roman, qui était les réseau sociaux

Voulez-vous faire une critique, un message de votre propre expérience ou peut-être juste de la société en générale ?
Au départ, ils s’ajoutent sur Facebook, ensuite Messenger. Puis chacun fait croire à l’autre pendant des années qu’il va très bien, que leur vie est géniale via Facebook. Ensuite, symboliquement, Jeanne décide de tourner la page définitivement en le supprimant de Facebook mais elle finit par le chercher sur les réseaux pour le retrouver. Dans la période du procès, les médias s’emparent de l’affaire, chacun donne son avis en polluant l’affaire. Et cela m’a été beaucoup inspiré des féminicide actuelle, Delphine Jubillar, toute ses affaires non élucidés de meurtres horrible, de viol. Chacun devient enquêteur, donne son avis pour une raison, voir même crée des pages dédiées à l’enquête. C’est une chose qui me choque, je me suis dit que d’aborder le sujet de A à Z, la manipulation par les réseaux pouvait être intéressant. J’en ai été victime à la fois, et tout le monde à mon avis dans notre société actuelle, c’est très dangereux de jouer avec son image parce que Jeanne se retrouve piégé car Robin va croire pendant des années qu’elle s’est parfaitement remise de leur histoire alors qu’elle est au fond du trou. Je l’ai vécu quand j’avais la vingtaine mais je pense qu’on est nombreux à l’avoir fait. Donner l’image qui n’est pas la bonne via les réseaux, surtout quand on va mal.

Est-ce que vous pensez que la relation entre Jeanne et Robin, s’il n’y avait pas eu ce prisme des réseaux sociaux, mentir à l’autre, que finalement la relation aurait pu fonctionner ou qu’en fin de compte, Jeanne aurait tout autant idéalisé Robin.
C’est difficile à dire car cela reviendrait à imaginer l’histoire sans ces réseaux, comme à l’époque de nos parents. Peut-être que la relation aurait été plus saine, qu’il se serait parler de manière plus honnête et transparente. Il est difficile de réécrire l’histoire, je ne saurais dire. Jeanne à ses névroses. À un certain moment du roman où elle dit « Sauve-moi », elle attend d’être sauvée. Robin aurait pu, mais lui-même avait ses propres problèmes, que c’est peu probable. J’avais une question à vous poser, en tant que lectrice, qu’est ce qu’on ressent pour un personnage aussi ambivalent que Robin ?

Je n’ai pas apprécié Robin au début, parce que j’avais l’impression qu’il avait un comportement assez mauvais envers Jeanne. Au fur et à mesure du roman, notamment vers la dernière partie, j’ai eu plus d’empathie envers lui par rapport à l’attitude de Jeanne envers lui. (Éloïse)
Je l’ai trouvé dragueur à leur première rencontre. J’ai toujours eu beaucoup d’empathie pour lui car il n’avait pas une situation facile. Il effaçait sa personnalité pour son père, ce que je trouve assez fort. Je comprenais son besoin de mettre de la distance, de faire la fête, donc cela ne m’a pas gêné. Je trouvais Jeanne trop dans la retenu de ses sentiments, il n’y avait pas assez de communication donc je ne blâmais pas non plus Robin pour cela. Finalement, de toute manière, on a de plus en plus d’empathie pour lui, à mesure que le temps passe pour Robin. Le pauvre se retrouve pris dans quelque chose qu’il n’a pas demandé. (Cassandre)

J’ai essayé que l’on aime Robin dès le début parce qu’il est charmeur, un peu fou fou etc, on sent qu’il est sincère et qu’il à un vrai coup de coeur pour elle.

C’est un homme bien.
Exact, ce n’est pas un baratineur, sauf qu’il est lâche. Il est jeune et immature, ne sait pas quoi faire de sa peau. C’est du vécu, quand on à la vingtaine, les mecs ils veulent pas s’attacher quand ils ont le coups de cœur. Ils veulent s’amuser, on a toutes vécu cela. Ce qui est hyper décevant car on sens qu’il y a un potentiel mais qui n’est pas assumé de l’autre côté. On le blâme donc pour sa lâcheté, mais quand elle le retrouve dix ans plus tard, on se dit que le type n’a toujours pas évolué, il a les mêmes démons alors pourquoi elle s’acharne sur le même mec qui pourrait être n’importe quel autre ? Jeanne veut plus régler une question d’orgueil que de véritablement le reconquérir à tout prix.

Oui parce qu’on voit que ce n’est pas un homme parfait, mais qu’il n’est pas mauvais non plus.
Mais il est tout de même très facilement manipulable. On sent qu’il est perdu car il suffit que Jeanne débarque dans sa vie et trois jours après il a foutu sa vie en l’air. Il est très faible et comme elle c’est un dragon, forcément cela explose.

Auriez-vous un mot pour achever cet entretien, une remarque ?
Je ne sais pas, peut-être qu’un jour le vrai Robin lira cette interview et se reconnaîtra. Rassurez-vous, je ne suis pas obsessionnelle et je suis très sympathique rire.

Merci beaucoup de vous avoir accordé votre temps et au revoir.

Cassandre et Éloïse