NomŒuvre
Il est un peu beau. Correct quoi. Il est beau à sa façon. On s’était perdus de vue après le lycée puis on s’est recroisés dans le quartier, il y a quelques semaines. Je me souviens d’un gars un peu bizarre, solitaire, mais pas méchant. C’est moi qui lui ai envoyé un message en premier. « Ça te dit de se revoir ? ». Il a accepté. Je suis seule depuis des semaines, trop seule. Creux de la vague. Il faut dire que mes dernières histoires se sont terminées dans divers brasiers, et l’enfer n’est pas toujours pavé de bonnes circonstances. Puis la solitude est dure, de retour dans ma petite ville après plusieurs années, seuls les murs sales et les routes défoncées n’ont pas changé. Je vais le voir puis on verra bien, au moins je sors de chez moi, et s’il est de mauvaise compagnie j’aurai au moins le soleil sur ma peau et le chant des oiseaux. J’arrive dans le parc. Profiter de la verdure, mieux qu’un énième verre d’alcool dans un bar, à devoir parler trop fort pour s’entendre et boire pour déplacer l’inflammation de la gorge directement sur le visage. Je l’aperçois. On s’assoit sur un banc, loin des bruits des enfants qui jouent ou de la circulation. Des rougegorges chantent, des mésanges bleues ou charbonnières chassent les insectes et des corneilles noires jouent avec des déchets.
On entend les jets d’eau du bassin à côté et le cœur des colverts palpite dans l’herbe fraîche. Puis on commence à se raconter nos vies. J’ai connu peu d’aventures palpitantes. Lui non plus, à vrai dire. Il code. Il aime l’informatique. Ça lui donne un côté vampire, teint de cadavre et regard vidé par les écrans. Le courant passe assez bien, il est content de sortir et de parler mais le montre assez maladroitement. C’est attendrissant. On discute peu de la vie d’avant, plutôt du présent, du vide. On remplit la conversation de tout et de rien, de formules qui fonctionnent, qui accrochent aux vêtements. On se plaît, là, à se parler et s’écouter tranquillement sur un banc public vert.


