Cinq cabinets de curiosité à visiter !

Vous êtes fascinés par les papillons, cornes de narval, limules et autres bizarreries ? Par les musées aussi, j’imagine ? Une fois n’est pas coutume, pour ce numéro Science, la rédaction se plonge dans le patrimoine scientifique, technique et naturel (#INPmylove). C’est parti pour un petit top des cabinets de curiosités les plus intéressants à visiter ! 

 

1)    Le plus ancien : le cabinet Bonnier de la Mosson

Ce nom titille votre oreille ? C’est normal. C’est la preuve que vous avez bien suivi vos cours d’histoire des collections, dont le premier évoquait brièvement cet incroyable cabinet (#Mardrusintheair). En 1726, le baron Joseph Bonnier de la Mosson fait aménager dans son hôtel parisien neuf grands cabinets en enfilade. Embryon de tatou, poissons volants, cires anatomiques et athanors se succèdent, et sont admirés par des visiteurs de toute l’Europe. Gersaint en fait même un catalogue ! Le baron décède en 1745, mais Buffon a la lumineuse idée d’acheter cinq des armoires-cabinets pour le Jardin du Roi. Elles sont aujourd’hui présentées dans la bibliothèque du Muséum d’Histoire Naturelle, garnies de divers animaux naturalisés. Allez jeter un œil à ce cabinet témoin du siècle des Lumières !  

 

Un petit before/after du cabinet, avec une vue actuelle d’une des armoires versus une représentation par Jacques de Lajoüe en 1734 (Blessington, Irlande). Crédit : Wikimedia Commons

 

2)    Le plus caché : le musée d’Histoire de la Médecine

Voici un autre nom qui vous parle peut-être. Ce petit musée, rattaché à l’Université Paris-Cité, n’est en effet pas très éloigné de l’École. Sous un éclairage zénithal (toujours #Mardrusintheair), vous découvrirez une impressionnante collection, qui s’est constituée dès le XVIIIe siècle sous l’égide du doyen Lafaye. Le musée vous fera découvrir les kits à trépanation, les premiers stéthoscopes du docteur Laënnec, les écorchés d’anatomie… et même des instruments ayant servi à opérer Louis XIV. Mention spéciale pour une table offerte à Napoléon III par un médecin italien, formée entre autres de cervelles, foies et poumons, et ornée d’un pied humain pétrifié. Mais si, mais si. Courez découvrir ce très riche musée, si vous ne le connaissez pas encore !

 

Petite vue des vitrines, composées chacunes telles des cabinets érudits, dans cet incroyable bâtiment. Crédit : Emile Barret via Wikimedia Commons.

 

3)    Le plus éclectique : le cabinet du musée de Picardie (Amiens)

Si l’exposition Muséosciences s’est achevée le 6 novembre au musée de Picardie, le patrimoine naturel a bien sa place dans les collections permanentes de l’établissement. Lors de sa récente rénovation, le musée a réfléchi au devenir de son importante collection d’histoire naturelle. Solution trouvée : créer un grand cabinet de curiosités moderne, pour y exposer des animaux naturalisés, coquillages ou fossiles. Et Amiens a bel et bien une tradition historique des cabinets : d’autres objets exposés dans ce meuble sont issus de la collection de curiosités de l’ancienne abbaye Saint-Jean des Prémontrés. Si vous voulez ouvrir des tiroirs, dire bonjour à un tatou empaillé, et passer des émaux vénitiens aux céramiques post-palisséennes, rendez-vous à Amiens !

 

Au hasard du cabinet, un tatou empaillé !

 

4)    Le plus poétique : le musée des Papillons (Saint-Quentin)

Saint-Quentin est un important foyer art déco, et son musée abrite une riche collection du pastelliste de La Tour (les spé dessin, petite pub en cadeau). Mais Saint-Quentin, c’est aussi un autre musée, dédié aux papillons. Natif de la ville, Jules Passet lui lègue en 1912 ses dizaines de milliers d’insectes : le musée expose aujourd’hui environ 11 000 papillons venus des quatre continents ! Pour le plaisir des yeux, les animaux sont présentés pour certains dans leurs meubles d’origine, d’élégants cabinets en bois sombre à multiples tiroirs tout à fait instagrammables… D’autres spécimens sont présentés entre deux vitres de plexiglas, ce qui permet de les admirer de face et de dos. De quoi se perdre dans les ailes d’un beau monarque bleu !

 

 

 

5)    Le plus high-tech : la Chambre des Visiteurs à Rouen

Et si les visiteurs créaient leur propre cabinet de curiosités ? Depuis 2016, c’est le pari des musées de Rouen, à travers l’opération “La Chambre des Visiteurs”. Chaque année, il est possible pour le public de choisir une quinzaine d’objets tirées des réserves, qui seront réunis pendant plusieurs mois pour une éphémère exposition, très proche d’un cabinet de curiosités. Depuis le 15 octobre, les votes sont ouverts pour meubler le cabinet 2023, autour du thème « A table ! ». A la rédaction, on a un petit faible pour le plat d’Iznik, la bolée de cidre de Flaubert, et le squelette de langoustine… Mon cœur de spé arts décoratifs vous recommande aussi l’assiette trompe-l’œil ornée d’œufs en faïence ! Pour voter, c’est par ici : https://lachambredesvisiteurs.com

 

Marie Vuillemin

Entomologie et art : les insectes, ces drôles de petites bêtes

J’adore les insectes. Ce petit peuple fascinant aux capacités physiques plus qu’extraordinaires (vous êtes capable, vous, de vous jeter d’une hauteur qui équivaut à 100 fois la vôtre et d’être encore parfaitement en vie ? Ou de porter 1000 fois votre poids ? Je ne crois pas, non). Je les trouve tellement mal aimés que je veux aujourd’hui leur donner leurs lettres de noblesse et tenter de vous faire aimer les insectes et leurs particularités géniales à travers leur symbolique et présence dans l’art (Je vais rester fidèle stricto-sensu au terme d’entomologie qui désigne « l’étude scientifique des insectes » donc rassurez-vous pour les plus arachnophobes d’entre vous, on ne parlera ni d’araignée, ni de scorpion aujourd’hui) !

  • Ursule, la libellule

Notre amie la libellule, toute jolie qu’elle est, est pourtant symbole de péché, notamment dans les natures mortes nordiques baroques. Mais pourquoi est-elle emblème du mal, à l’instar de la mouche ? Il faut remonter le temps et aller chercher dans la mythologie germanique, l’association des libellules à la déesse de l’amour, Freyja. Puis, lors de la christianisation, elles sont réutilisées comme symbole du diable en lui attribuant faussement un dard et tout cela pour lutter contre la paganisation. Ainsi, les libellules sont craintes dans beaucoup de traditions populaires : elles sont surnommées « marteaux du diable » en wallon par exemple mais aussi « papillons d’amour » en savoyard. En effet, en Savoie, un dicton veut que si l’on rapporte une libellule à la maison et qu’elle meurt avant l’arrivée, c’est un mauvais présage d’amour. Ainsi, la libellule est tantôt associée à l’amour, tantôt au mal qui lutte contre les forces du bien.

Je sors ma science : Il est possible que les différentes croyances associant la libellule et l’amour viennent de l’observation du mode de reproduction de cet insecte. En effet, lors de l’accouplement les libellules créent une très jolie forme que l’on nomme « cœur copulatoire ». En fait, le mâle saisit la femelle au niveau du thorax avec ses pinces pour bien la maintenir pendant l’acte puis la femelle place son pore génital au niveau des organes reproducteurs mâles. Le tout forme un cœur (un peu dessiné par un enfant de maternelle mais bon c’est l’intention qui compte). Certaines espèces peuvent même s’envoler dans cette position si elles sont dérangées au cours de l’accouplement. Peut être que cette forme fascinante a intrigué nos ancêtres jusqu’à les laisser penser que la libellule était un envoyé de l’amour !

 

Ici, un exemple de cœur copulatoire entre deux libellules. Le mâle est en vert et la femelle en bleu. Joli mariage de couleurs !

 

  • Les coléoptères : Lucas le sternocera

Les coléoptères, quézaco ? Ce sont des insectes avec un exosquelette très dur, c’est une vaste famille qui comprend notamment les scarabées, les coccinelles… Nous allons nous pencher sur un type de coléoptères moins connu que ceux cités : les sternocera. Ceux-ci arborent sur leurs élytres (c’est-à-dire les pièces de carapace qui recouvrent et protègent leurs ailes) de superbes couleurs vertes iridescentes qui ont très vite attiré l’homme. En effet, en Inde, en Thaïlande ou au Myanmar, ces insectes furent élevés ou chassés pour récupérer leurs élytres et en faire de superbes ornements de chaussures, vêtements et autres accessoires. Sous la domination de l’époque victorienne, les Britanniques eurent l’idée de récupérer cet artisanat traditionnel et de le ramener en Europe. Ils le renommèrent l’art du « beetle wing ». Un des exemples les plus connus de ce travail remarquable est la robe de l’actrice Ellen Terry pour son rôle de Lady McBeth, immortalisée par le tableau de Singer Sargent en 1889. La robe est recouverte de 1000 élytres brodés qui devaient la faire exceptionnellement scintiller sur scène.

Je sors ma science : Ça paraît étrange qu’une si petite bête arbore une couleur aussi « flashy » qu’un beau vert émeraude brillant dans la nature. Vous avez envie de vous dire que ce n’est pas le meilleur choix pour passer inaperçu, n’est-ce pas ? Eh bien détrompez-vous, ces élytres iridescents ont en réalité pour fonction de se camoufler ! En effet, les sternocera se dissimulent à la vue de leurs prédateurs par homochromie, c’est-à-dire qu’ils se fondent dans les couleurs de leur environnement. Une étude menée par l’université de Bristol a démontré que l’iridescence de ces insectes leur permet de se cacher plus facilement sur certaines feuilles, notamment celles mouillées ou encore sur des feuilles à fond brillant ! L’iridescence contribue à briser les contours typiques de ces insectes et à rendre les formes changeantes pour un prédateur qui se déplace, notamment un oiseau en plein vol.

 

Un spécimen de l’espèce sternocera avec ses élytres verts iridescents caractéristiques. On dirait un petit bijou ! Et en face, Ellen Terry as McBeth par Singer Sargent ; 1889 ; huile sur toile ; Tate Britain, Londres

 

  • Mireille l’Abeille

Apparues près de 100 millions d’années avant l’Homme, les abeilles ont été une source de mystère pour lui durant des siècles et des siècles. Au Moyen Âge, la présence de cet insecte dans une œuvre recouvre plusieurs symboliques : elle est bien souvent associée au Christ miséricordieux dont la douceur évoque le miel mais aussi au Christ juge dont la sévérité renvoie au dard. En outre, l’abeille est également symbole de chasteté car le mode de reproduction de l’insecte reste durant des siècles absolument mystérieux. On pense alors que l’abeille ressuscite chaque année à l’image du Christ !

Je sors ma science : La vérité c’est que l’abeille ne ressuscite pas, non, non… Voilà une explication simplifiée du mode de reproduction de cet insecte pour celles et ceux qui se posent la question depuis toujours (je suis peut-être seule sur ce coup-là). Ces dames pratiquent la parthénogenèse, un mode de reproduction indépendant de toute sexualité permettant le développement d’un individu à partir d’un ovule non fécondé. Dans le cas des abeilles, on parle d’une forme particulière de parthénogenèse, l’arrhénotoque. La femelle reproductrice appelée « reine » peut choisir ou non de féconder ses ovules grâce à un réceptacle séminal où elle conserve le sperme des 7 à 15 mâles avec qui elle a convolé. Si elle choisit de ne pas féconder un ovule, l’œuf donnera un mâle. Et inversement, un ovule fécondé donnera une femelle. Ainsi, la reine est seule à pouvoir féconder ou non ses œufs. Si elle vient à mourir et que les autres abeilles, les « ouvrières », n’ont pas eu le temps d’élever une nouvelle reine, c’est l’extinction de la ruche assurée. En effet, les ouvrières se mettent alors à pondre des œufs (elles en étaient jusque là empêchées par les phéromones que la reine dégageait). MAIS ces ouvrières ne vont jamais fricoter avec les mâles (elles ne savent pas comment faire, dur, dur…) et ne peuvent alors produire que des ovules non fécondés. Cela ne donne que des mâles et c’est la fin des haricots…

 

Une reine. Crédit : Wikimedia Commons

 

  • Les trichoptères : Roxane la phrygane

Enfin, mon chouchou, les trichoptères. Drôle de nom, hein ? Il vient du grec « tricho » qui signifie « poil » et de « pteron » qui veut dire « aile ». Cela fait référence aux ailes velues de ces insectes une fois adultes. En réalité, même si ce nom vous paraît absolument étranger vous en avez déjà croisé dans les rivières et autres points d’eau sous leur forme larvaire que l’on appelle phrygane ou porte-bois. Ce sont de petites larves qui se fabriquent un fourreau en agrégeant autour d’elles divers matériaux disponibles dans leur environnement. OUI ! Ce sont ces petits trucs étranges au fond de l’eau qui ont l’air de vivre dans des petits tubes faits de petits cailloux (vous aussi vous vous êtes évidemment dit que ça ressemblait à des petites crottes, oui, oui…). Moi, ça m’a toujours fait délirer tout en me fascinant énormément. Je ne suis pas la seule puisque l’artiste contemporain Hubert Duprat a « collaboré » avec des phryganes pour plusieurs de ses œuvres. Vers la fin des années 70, il se lance dans l’élaboration d’un laboratoire où il regroupe des phryganes et leur recrée un environnement. Mais celui-ci à la particularité de ne plus être composé de bouts de bois ou de cailloux mais de paillettes d’or, de cabochons de turquoise, de saphir et même de perles baroques. Il fait l’expérience et se rend compte, qu’effectivement, les larves s’adaptent à leur environnement et se fabriquent un petit fourreau à l’aide de ce qui les entoure ! Il récolte ensuite ces « étuis-oeuvres », dépose un brevet à l’INPI et écrit même un livre sur « l’éducation » du trichoptère. Il parle d’un travail de collaboration entre lui et les insectes, se revendiquant l’architecte et eux les maçons. Curieux mais amusant ! Si j’avais dû être artiste contemporain, j’aurais totalement choisi de faire un truc comme ça.

Je sors ma science : Mais comment font ces petits êtres pour agréger autour d’eux autant de matière alors qu’ils n’ont pas de colle superglue à disposition ? Eh bien ils font appel à leur compétence de couturiers. Je m’explique. A l’aide de leurs glandes salivaires, ils produisent de la soie pour tisser leur fourreau protecteur puis le maintiennent à l’extrémité avec des petits crochets. Comme vu avant, cet habit de lumière se compose de fragments végétaux ou minéraux selon leur environnement qui sont maintenus par la soie produite. Puis, au fur et à mesure que les phryganes grandissent, elles élargissent et allongent leur fourreau, tandis que l’arrière, devenu trop étroit, est coupé et rejeté !

 

Phrygane dans son environnement naturel qui s’est formée un petit fourreau avec des éléments végétaux et minéraux. Crédit : Wikimedia Commons

Les phryganes d’Hubert Duprat dans leur fourreau d’or et de perles baroques. Glam !

 

 

 

 

 

 

 

Mathilde Bailly

 

Exposition Evaristo Baschenis – Galerie Canesso

Evaristo Baschenis ? Ce nom ne vous dit peut-être encore rien. Voici donc l’occasion parfaite de le découvrir ainsi que quelques-unes de ses œuvres les plus remarquables grâce à l’exposition de la Galerie Canesso.

L’exposition Evaristo Baschenis s’inscrit dans la volonté de la galerie d’organiser tous les trois à quatre ans environ des expositions faites en collaboration avec des institutions italiennes et tout particulièrement cette année en éclairant un artiste encore très méconnu en France et jamais exposé sur notre territoire. Ainsi elle se démarque du cadre commercial de la galerie tout en gardant cette appétence pour l’Italie. En effet, la Galerie Canesso expose principalement des tableaux italiens de la Renaissance au baroque, le directeur étant lui-même italien. Vous avez jusqu’au 17 décembre pour saisir cette formidable occasion et vous laisser transporter dans l’œuvre et le style si caractéristiques de Baschenis, mais avant toute chose, laissez-nous vous en dire davantage sur cet artiste et susciter votre curiosité !

 

Baschenis et la nature morte

Evaristo Baschenis est né en 1617 et passe l’intégralité de sa vie à Bergame (au nord de l’Italie) jusqu’à sa mort en 1677. Issu d’une famille d’artistes, plus précisément de fresquistes, Baschenis s’exerce à différentes pratiques artistiques non seulement comme peintre mais aussi comme marchand de tableau ou encore comme musicien. Cet attrait pour la musique est au cœur d’une large partie de sa production picturale. On peut également souligner sa carrière de prêtre.

Ce qui caractérise les productions du peintre italien est sa représentation récurrente d’instruments de musique dont certains lui appartenaient certainement. Il accordait une telle précision au rendu de ces objets que les restaurateurs d’instruments anciens, en particulier les luthiers, utilisent ces tableaux comme une source d’information rare et digne de confiance. Les musiciens sont certainement parmi les premiers adeptes des productions de Baschenis et se hâtent dès que l’occasion se présente d’accéder à de tels chefs-d’œuvre.

Evaristo Baschenis, Nature morte avec instruments de musique, vers 1665-1670, Bergame collection particulière (Crédit photo Galerie Canesso)

Ses tableaux se concentrent sur des natures mortes avec très peu de représentations de figures. On peut retrouver dans ses productions une utilisation somptueuse de clair-obscur et un traitement de la lumière rappelant celui du foyer d’Utrecht où la source d’éclairage est en intérieur, ainsi que le courant du caravagisme. Ses natures mortes s’inscrivent bien plus dans la production flamande du Nord que dans la peinture vénitienne de sa région. Ce caractère peut surprendre du fait de l’absence de voyage de Baschenis tout au long sa carrière. Probablement que les échanges prolifiques de cette période faste ont permis à l’artiste de découvrir tableaux et gravures du reste de l’Europe. Il faut cependant souligner que ses vanités sont plus subtiles que les vanités nordiques, composées essentiellement de crânes et de bougies. La symbolique est moins explicite mais tout de même présente avec les instruments de musique recouverts avec brio de traces de doigts passés dans la poussière et les fruits qui pourrissent discrètement. Baschenis faisait aussi beaucoup de natures mortes de cuisine permettant ainsi d’exposer les plaisirs du corps (les nourritures terrestres) face à ceux de l’âme (les nourritures spirituelles), présents dans les arts libéraux comme sur l’image ci-dessous.

Evaristo Baschenis, Nature morte aux instruments de musique et statuette, vers 1660, Bergame Accademia Carrara (Crédit photo Galerie Canesso)

Sa production connue atteint le nombre d’une cinquantaine de tableaux effectués pour des commanditaires privés. Certains d’entre eux se trouvent dans des collections internationales comme au musée de Bruxelles ou en Italie mais beaucoup de pièces maîtresses font partie de collections privées.

Une particularité de Baschenis est que bon nombre de ses tableaux ne sont pas signés ce qui a entrainé quelques confusions dans l’attribution de vanités avec des instruments de musique dont certaines de Bartolomeo Bettera notamment, l’un de ses suiveurs, mais dans un style plus décoratif et chargé, là où Baschenis réussissait dans la simplicité. L’absence totale de datation dans ses signatures rend la chronologie de ses œuvres difficiles ; la plupart sont estimées entre 1660 et 1670. Un indice chronologique est tout de même présent sur des œuvres exposées, où un petit livre posé sur une guitare édité en 1648 à Venise indique que sa réalisation est nécessairement postérieure à la date mentionnée.

 

Des œuvres d’exception et inédites en France

Neuf tableaux sont actuellement exposés, principalement issues de collections privées mais dont deux viennent de musées italiens : un de l’académie Carrare de Bergame et l’autre de la Scala de Milan. Parmi elles, se trouve notamment le fameux Triptyque Agliardi, appartenant toujours à la même famille que les commanditaires de l’époque, qui sont tous trois représentés par paire, l’un à côté de l’artiste jouant de l’épinette. Deux sont représentés dans leur fonction, avec leurs livres de droits et costumes ; le plus jeune, Ottavio, joue du luth-théorbe avec l’artiste tout en étant décalé sur le côté gauche avec ce dernier, toujours avec cette volonté de mettre au centre les instruments qui ont ici la même importance que les figures humaines (des commanditaires qui plus est). Les instruments sont retournés, une position étrange qui semble les abîmer. C’est ici un prétexte artistique pour le traitement de la lumière et des volumes, la sensation du bois et des nuances de couleurs.

Evaristo Baschenis, Académie de musique avec Evaristo Baschenis et Ottavio Agliardi, vers 1665-1670, Italie collection particulière (Crédit photo Galerie Canesso)

 

Evaristo Baschenis, Académie de musique d’Alessandro et Bonifacio Agliardi, vers 1665-1670, Italie collection particulière (Crédit photo Galerie Canesso)

Baschenis illustre à la perfection le goût pour la représentation de la musique en tant qu’art noble dans les commandes privées, soulignant le statut social élevé des commanditaires. L’œuvre centrale du « triptyque » concentre ce qu’on pourrait appeler un « harmonieux désordre » où tout est ordonné mais semble en déséquilibre, une caractéristique des natures mortes flamandes. Ce tableau, qui n’est composé d’aucune figure humaine, vient toucher plusieurs de nos sens : l’odorat avec la fleur, le toucher avec la poussière, la vue évidemment et l’ouïe avec les instruments. La vanité est, elle, présente avec les fruits qui s’abîment.

Evaristo Baschenis, Tableau central du « Triptyque Agliardi », vers 1665-1670, Italie collection particulière (Crédit photo Galerie Canesso)

Le talent de Baschenis est immédiatement perceptible, même aux regards de non spécialistes, tant les représentations sont précises et élégantes. On saisit parfaitement la texture du bois ou des textiles dont les tapis lotto d’Anatolie, sur lesquels sont posés les objets, qui démontrent vraiment sa virtuosité dans le rendu de la matière et du motif. Aussi sur un des tableaux du triptyque, les détails sont somptueux avec les ombres portées tons sur tons dans le fond noir et le détail d’une mouche, mais également avec la sensation que nous avons nous-mêmes essuyé la poussière des luths quelques minutes plus tôt avec la présence de ces traces de doigts si marquées.

Détail du « Triptyque Agliardi » (Crédit photo Cassandre Bretaudeau)

 

Détail du « Triptyque Agliardi » (Crédit photo Cassandre Bretaudeau)

Parmi toutes ces œuvres, on peut distinguer quelques éléments connus de l’époque, dont la partition d’un madrigal de Roland de Lassus, mettant en musique un poème de Pétrarque ou bien le monogramme « MH » du luthier Michael Hartung, un grand luthier venant d’Allemagne comme beaucoup d’autres au XVIIe siècle. On pense que cet instrument appartenait certainement à l’artiste et qu’il l’aurait utilisé comme modèle, notamment à cause de la présence d’un objet similaire dans l’inventaire dressé après son décès. La guitare du deuxième tableau du triptyque est également signée tout en haut du manche « Giorgio Sellas », un producteur de guitare très important à cette époque.

Détail de la partition (Crédit photo Cassandre Bretaudeau)

 

Détail du monogramme (Crédit photo Cassandre Bretaudeau)

En plus des œuvres exposées, l’exposition vous présente une série d’instruments de musique anciens issus d’une collection privée dont une guitare signée du luthier Giorgio Sellas. Vous y verrez également une partition d’époque du madrigal de Roland de Lassus ainsi qu’un violon signé Nicolò Amati, un des concurrents de Stradivarius (et peut-être son maître). Ces instruments permettent une reconstitution en trois dimensions d’une composition d’un tableau à la manière de Baschenis.

 

Alors, convaincu ?

L’exposition accueillant une vingtaine de visiteurs par jour en moyenne n’attend plus que vous ! Elle se couple en effet parfaitement avec l’exposition du Louvre Les Choses, pour aborder ce thème de la représentation de la musique en nature morte. Les 3A de l’Ecole du Louvre : n’attendez plus pour rajouter cet artiste à vos recherches complémentaires pour le cours d’art du XVIIe siècle !

Prenez un peu de temps pour venir vous détendre dans l’atmosphère intimiste de la galerie, en retrait de la rue. Poussez gratuitement la porte au fond du couloir de l’immeuble du 26 rue Laffitte pour savourer le calme de ces instruments et vous plonger le temps d’une petite visite dans le XVIIe siècle.

Actuellement il n’y a pas d’études sur l’art de Baschenis traduites en français. Mais ne vous inquiétez pas, si vous n’avez pas la motivation de sortir vos dictionnaires d’italien ou d’anglais de retour chez vous, la galerie propose un catalogue de l’exposition très complet dont les ventes serviront à financer la restauration de l’un des tableaux exposés.

 

Exposition Evaristo Baschenis, Galerie Canesso, 26 rue Laffitte, entrée libre jusqu’au 17 décembre 2022.

Raphaëlle Billerot – Mauduit et Cassandre Bretaudeau

Top 5 des miracles du Bouddha

Le Bouddha. Ce nom vous dit sûrement quelque chose. Pour certains, c’est un voyage vers l’Asie, la méditation, les sons apaisants, le Tibet, etc. Pour d’autres, qui ont suivi assidûment la douce voix de Thierry Zéphir dans l’obscurité de l’amphithéâtre Rohan, il est un prince indien nommé Siddhârtha Gautama, né dans les environs du Ve siècle avant notre ère. Eveillé à Bodh Gaya, c’est un sage ascétique qui enseigne des préceptes permettant d’accéder au nirvana et de stopper le cycle des réincarnations. 

Cependant, le Bouddha n’est pas que prières, méditations, ascèses et prêches à travers l’Inde, un chignon sur le crâne (attention les 1A, c’est une déformation crânienne !), les yeux mi-clos dans la position du lotus. C’est aussi un personnage énigmatique et mystique auquel on accorde de nombreux pouvoirs et miracles, bien que lui-même affirmait ne pas souhaiter les mettre en avant. 

Bien avant son Éveil en tant que Bouddha, le prince Siddhârtha était marqué comme étant un être spirituel d’exception. En effet, parmi ses 32 marques physiques, citons les plus étranges dont on ne vous parlera pas en cours. Tout d’abord, pour lui faciliter la vie, ses doigts et orteils étaient finement palmés et ses paumes de mains lui arrivaient aux genoux (un peu comme Sammy dans Scooby-Doo, voyez-vous…). Spiritualité oblige, son sexe était bien évidemment caché à la vue de tous, remplacé par une extraordinaire aura rayonnant à trois mètres autour de lui. Enfin, en plus d’avoir quarante dents au lieu de trente-deux et une langue plus longue et large que la moyenne, le corps du Bouddha semblait être un puzzle fait de différentes parties animales : les mollets d’un cerf royal, le torse et la mâchoire d’un lion, les cils d’un taureau royal. Plus tard, il devint également égérie d’une marque de shampooing car quatre-vingts marques mineures devinrent également canoniques et parmi elles : des cheveux sentant constamment le lotus blanc. Rien qu’avec cette liste non-exhaustive, on pourrait déjà lui décerner une palme. 

1) La naissance

Mais pour en revenir à ses miracles, je place celui de sa naissance comme grand gagnant. A Lumbini, il sortit les mains jointes du flanc de sa mère (la voie normale ce n’était pas assez bien pour lui…), puis, après un premier bain, il fit sept pas vers le Nord, et à chacun d’eux une fleur de lotus s’épanouit (il nous aurait réglé le problème de la déforestation vite fait bien fait, lui !). Il regarda ensuite les autres points cardinaux et contempla l’ensemble de la création sur laquelle il allait étendre sa spiritualité. Essayez de visualiser un petit bambin de quelques heures faire tout cela et, vous aussi, vous donnerez la médaille d’or à ce miracle. 

2) Shravastî

En deuxième position, bien évidemment, je ne pouvais que vous parler de ce qui est considéré comme son plus grand miracle après son éveil, j’ai nommé le Grand Miracle de Shravastî ! Devant une assemblée de maîtres hérétiques, le Bouddha accomplit plusieurs miracles. En lévitation, il fit jaillir de ses pieds des flots et de ses épaules des flammes. Puis, s’amusant à les déplacer autour de son corps, il les utilisa pour éclairer le cosmos (rien que ça !). 

3)… Encore Shravastî !

Le troisième miracle est une version alternative de ce Grand Miracle de Shravastî que je trouve très originale. Dans cette version, le Bouddha dupliqua son image à l’infini (de toute évidence, Doctor Strange dans Marvel est un total plagiat…). Après avoir réglé tous les débats théologiques avec ce petit miracle, le Bouddha créa un double de lui-même pour que ce dernier lui pose des questions auxquelles il aurait répondu lors d’un prêche.

4) La descente des Trente-Trois dieux

En quatrième position, la Descente des Trente-Trois dieux est bien évidemment un évènement majeur dans la vie de « l’Eveillé ». Souhaitant prêcher sa doctrine aux trente-trois deva (divinités hindoues vivants dans un « paradis » dirigé par Indra), le Bouddha monta au ciel et resta enseigner pendant trois mois. Puis, au terme de la saison des pluies (malin ce Bouddha), il redescendit sur une échelle sertie de joyaux offerte par Indra. 

5) Le miracle de l’éléphant furieux

En bon dernier, le miracle de l’éléphant furieux se devait tout de même d’être cité dans ce top cinq. Le cousin du Bouddha, Devadatta, jaloux, lui envoie à Râjagriha un éléphant déchaîné détruisant tout sur son passage. Trois versions de sa victoire existent. La plus connue nous raconte que c’est à la force de sa compassion que le Bouddha dompta l’animal, qui finit par se prosterner devant lui. Une autre dit que c’est grâce à l’illusion de deux lions et d’une mer de feu que l’éléphant s’immobilisa de peur. Enfin, la dernière explique que le Bouddha aurait imité le barrissement d’un éléphant femelle, calmant ainsi l’animal furieux.  

Comme sur Watchmojo, des mentions spéciales peuvent être accordées à des épisodes miraculeux ayant eu lieu avant l’éveil du prince Siddhârtha et que je trouve, en toute subjectivité, très sympathiques. Alors qu’il était un jeune garçon, assis sous un arbre dans la campagne, le prince effectue sa première méditation. Toute la journée, l’ombre de l’arbre resta sur lui pour le protéger du soleil qui, lui, continua sa course. En période de canicule, moi je trouve ça très utile comme miracle ! Enfin, lors de son départ du palais pour commencer une vie d’ascète pour atteindre l’éveil, le prince Siddhârtha se coupa les cheveux. Il déclara que s’il était réellement voué à s’éveiller en tant que Bouddha, ses cheveux resteraient en l’air après avoir été lancés. Je vous laisse deviner ce qui se passa alors… 

 

Cassandre BRETAUDEAU

 

Deux légendes fantastiques praguoises

L’Atlas de Mala Strana. Crédit : Djama ESPINOLA SERRANO (@toucan_nwar_neg)

De toutes les légendes praguoises, la plus fameuse est sans doute celle de Faust. Mais pour ce numéro Magie, laissez-moi vous faire découvrir deux autres histoires fantastiques sur des monuments de la capitale tchèque. L’une est plus malheureuse que l’autre mais toutes deux s’achèvent sur une belle touche d’humanité qui réchauffera peut-être votre cœur en ces premiers jours de froid.

 

L’enfant innocent du pont Charles

Au XIVe siècle, dans le contexte des luttes du grand schisme d’Occident, Wenceslas IV, roi des Romains et de Bohême, fit arrêter Jean Népomucène, vicaire général de l’archevêque de Prague, et le fit précipiter dans la rivière Vltava du pont Charles. L’événement fut suivi d’une crue soudaine et violente qui brisa le pont. Ce dernier demeura longtemps irréparable : chaque jour, à l’aube, les maçons constataient avec effroi que tous leurs efforts s’étaient comme évaporés dans la nuit. Jusqu’au jour où l’un d’entre eux décida qu’il en avait assez.

Curieux, le jeune homme veilla une nuit sur le pont et le Diable en personne lui apparut. Comprenant qu’il n’obtiendrait rien du Mal incarné par la simple raison, il accepta sa proposition : les maçons pourraient réparer le pont à condition que la première personne à le traverser soit livrée au Diable. Le lendemain soir, le pont était achevé. Mais entretemps, le jeune homme s’était rendu compte de la cruauté de son pacte. Il décida de se faire plus malin que le Diable et plaça des gardes aux entrées du pont. Le lendemain, à l’aube, il y lâcherait un coq.

Mais le Diable avait une longueur d’avance. Sous l’apparence d’un maçon, il se rendit chez le jeune homme pour hâter sa femme de rejoindre son mari sur le pont. Les gardes, la reconnaissant, la laissèrent passer. Quelle fut l’horreur du jeune homme lorsqu’il comprit le destin tragique qui attendait son épouse et l’enfant qu’elle portait encore en son sein. A nouveau, il crut échapper aux desseins du Diable et renvoya sa femme chez lui en espérant livrer sa propre vie à la place. Mais le Diable ne vint jamais et, à l’aube, le jeune homme regagna sa maison pour constater le décès de son épouse et de leur enfant. Peu après, le jeune homme mourut à son tour.

Il est dit que, des siècles durant, le fantôme du mort-né hantait le pont Charles et qu’on pouvait discerner ses éternuements dans le brouillard des froides matinées. Mais un jour, un homme l’entendit et répondit « A tes souhaits ». Ces simples mots, empreints d’humanité, suffirent à libérer l’âme de l’enfant qui put enfin reposer en paix.

 

L’Atlas de Malá Strana

Depuis les années 1820, une statue géante d’Atlas garde l’entrée du jardin Vrtbovska. Un jour, une petite fille du voisinage la remarqua en levant les yeux et fut prise de pitié pour le destin d’Atlas, chargé de porter le poids du monde sur ses épaules. Dès lors, elle vint tous les jours saluer la statue et parfois déposer des fleurs devant le portail.

Elle ne comprenait pas comment les fleurs qu’elle déposait chaque jour sur le sol pavé pouvaient se retrouver le lendemain au pied de la statue. Mais cela ne la préoccupait pas beaucoup. Du reste, elle rêvait de pouvoir atteindre le pauvre Atlas, de pouvoir le toucher, pour lui partager qu’il n’était pas seul.

Un jour, elle vint le saluer et lui déposer des fleurs, comme à l’accoutumée, et s’en retourna insouciamment en gambadant dans la rue. Au même moment, les chevaux effrayés d’un boucher du marché de Lesser Town surgirent, dévalant la rue Klimentska en direction du jardin. Craignant qu’ils ne la renversent, Atlas se réveilla, sauta du portail et jeta son globe à terre. D’un geste, il stoppa net les chevaux. La petite fille put enfin atteindre le géant qu’elle étreignit avant qu’il ne retourne sur son portail. Une fois rentrée, elle raconta ses aventures à sa mère et dès lors, reconnaissantes, elles déposèrent chaque jour ensemble des fleurs aux portes du jardin.

Sur le sol pavé de la cour où Atlas a jeté son globe, demeure un renfoncement qui s’emplit d’eau les jours de pluie. Il est dit que cette eau ouvre les portes à toutes les légendes du monde et que les oiseaux du jardin Vrtbovska qui s’en abreuvent peuvent entonner toutes les chansons du monde et chanter les légendes de Prague dans le monde entier.

 

D’après la chaîne YouTube Old Prague Legends.

 

Suzon GAUTHIER

Prenez donc un peu d’extrait de saturne !

 

– Sortez vos athanors et vos aludels : aujourd’hui, interro d’alchimie ! Je vois à vos grands yeux écarquillés que n’avez pas ouvert vos vieux grimoires poussiéreux 

de tout l’été… Et bien, nous allons reprendre un peu les bases de l’alchimie médiévale ensemble, si vous le voulez bien, afin d’en mieux cerner la quintessence !

 

  • Dépoussiérons un peu ce terme équivoque d’ “alchimie”

L’alchimie est une discipline qui s’inscrit dans l’histoire des sciences et qui a laissé des traces dans la médecine traditionnelle occidentale jusqu’au XIXème siècle. Non seulement des traités comme le Rosarium philosophorum (XIVe siècle) écrit par le pseudo-Arnaud de Villeneuve continuent alors d’être traduits et diffusés, mais en outre, on utilise encore certains remèdes alchimiques comme l’extrait de saturne – ou acétate de plomb – pour soigner les chevaux par exemple.

– Mais… mais si la discipline se calque sur la médecine, c’est pas d’la magie alors ?!

– Minute papillon ! Je vais y venir.

 

D’où ça vient ?

L’alchimie est une discipline dont l’étymologie montre à quel point elle a fait le tour de

l’Orient et de l’Occident ! Le mot serait composé de l’article arabe al et du mot Kimija, qui renvoie à la pierre philosophale. Du monde arabe, on retient d’ailleurs de grands noms en alchimie, comme Avicenne, Averroès… Mais ce mot arabe pourrait lui-même remonter du grec /chumeia/ ( χ υ μ ε ι ́ α) qui signifie “mélange de liquides” ou même du copte chame, qui signifie “noir” et qui désigne les Egyptiens et leurs arts.

-Ok… Mais c’est magique ou paaaas ???

-Mais c’est que tu es têtu, par ma barbe !

-Gloups !

 

  • Magie ou non ?

L’alchimie peut être rattachée aux sciences car elle vise, au moyen d’hypothèses et d’expériences, l’acquisition de savoirs. Mais…

-Aha ! Il y a un mais ! donc l’alchimie c’est de la magie en fait !!!

-Oui et non…

-C’est une réponse de Normand, ça !

Laisse-moi donc poursuivre. Là où réside la spécificité de l’alchimie, c’est dans son contenu ésotérique et mystique. L’alchimie ne peut être limitée à la transmutation du plomb en or. En essayant d’égaler la nature en tentant de recréer le matériau le plus parfait, l’or, c’est le chercheur qui cherche également à atteindre la perfection de l’âme. L’approche alchimique est donc radicalement différente de notre conception occidentale actuelle de la science…

-Et c’est pour cela qu’on l’associe à la magie ?

-Pas seulement !

 

  • Les mystères de l’alchimie

Bien qu’admise au sein de la société médiévale sans restriction au début du Moyen-Âge, l’alchimie n’est pas longtemps exempte de critiques et de condamnations (notamment pour fraude, faux-monnayage), et devient la cible de nombreuses rumeurs. Dans ce contexte de contestation, une vision plus élitiste de la discipline émerge, conduisant à la production de discours cryptés. Les substances sont nommées par des noms de dieux grecs/planètes, et les outils, par des noms d’animaux ou de végétaux, ou bien l’alchimiste le plus suspicieux aura recours à des symboles.

-Wahou ! Des idéogrammes !

Enfin, ce sont les Romantiques qui, au XIXe, ont véhiculé cette image du vieux mage à moitié fou perdu au milieu de ses alambiques et parchemins, à la croisée entre romantisme noir et historicisme néo-gothique. Bien sûr, les romans et films du XXe siècle ont perpétré le lieu commun, en témoignent les premières pages de Cent ans de solitude, un monument de la littérature latino-américaine que l’on doit à Gabriel García Márquez :

“Un gros gitan à la barbe broussailleuse et aux mains de moineau, qui répondait au nom de Melquiades, fit en public une truculente démonstration de ce que lui-même appelait la huitième merveille des savants alchimistes de Macédoine. Il passa de maison en maison, traînant après lui deux lingots de métal, et tout le monde fut saisi de terreur à voir les chaudrons, les poêles, les tenailles et les chaufferettes tomber tout seuls de la place où ils étaient, le bois craquer à cause des clous et des vis qui essayaient désespérément de s’en arracher, et même les objets perdus depuis longtemps apparaissaient là où on les avait le plus cherchés, et se traînaient en débandade turbulente derrière les fers magiques de Melquiades. « Les choses ont une vie bien à elles, clamait le gitan avec un accent guttural; il faut

réveiller leur âme, toute la question est là. »”

– Donc en fait, ta barbe, c’est du toc ?

– Du toc ?! Non mais quelle outrecuidance ! Tu vas voir ce que tu vas voir ! « Kzedledjhekhfkeldejeizdhoàç » !!!!

– Aha ! Tu fais moins le malin maintenant !

– Aaaaaaaaaahhhhhhhh !!!!!

 

  • Bibliographie (à potasser pour votre interro qui est reportée au prochain numéro…)
  1. L’alchimie au Moyen Âge : XIIe-XVe siècles, Antoine Calvet, 2018, éd. Vrin
  2. Les traductions d’ouvrages d’alchimistes de Marcellin Berthelot (sur Gallica et Google books)
  3. Les premières pages de Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez (1967)
  4. dictionnaire en ligne du CNRTL : https://www.cnrtl.fr/definition/alchimie
  5. Le blog des compagnons de Valerien : http://compagnonsdevalerien.over-blog.com/
  6. “Art et nature dans l’alchimie médiévale”, Revue d’histoire des sciences, 1996, Barbara OBRIST : https://www.persee.fr/doc/rhs_0151-4105_1996_num_49_2_1256

 

Blandine

« MAGGI®, MAGGI®, et vos idées ont du génie ! » : Comment Picasso et l’Afrique sont tombés amoureux du bouillon Kub

D’après le Paysage aux Affiches de Picasso, 1912, The National Museum of Art, Osaka. Crédit : Coralie Gay

Ceci est une déclaration d’amour au MAGGI.

Lecteur, ne ris pas. Que me jette la première pierre l’être qui n’a jamais utilisé ni bouillon Kub, ni arôme MAGGI. Celui qui n’a jamais relevé sa soupe ou son riz de quelques gouttes brunes, sorties de ce flacon tout de rouge et de jaune vêtu. Et, si tout le monde connaît le MAGGI, si nous sommes nombreux à en relever nos plats dans les moments d’intense flemme culinaire, qui ici en connaît réellement l’histoire ? Qui sait que, grâce au MAGGI, Picasso et les Africains partagent une autre passion que les masques traditionnels ? Parce que la magie c’est bien, mais que la nourriture aussi, partons ensemble nous interroger sur la naissance de ce célèbre petit arôme.

L’homme de la situation : Julius Maggi

Julius Maggi. Crédit : Wikimedia Commons

S’il y a un monsieur vers qui se tourner pour percer les secrets de l’arôme, c’est probablement Julius Maggi. La très sérieuse page web Histoire de l’entreprise MAGGI nous apprend que l’entrepreneur, né en 1846, est un homme « engagé et passionné ». Rien que ça. Et que le MAGGI était un véritable projet social à destination des travailleurs. Rien que ça là encore. Lecteur, ne ris toujours pas, l’arôme qui assaisonne tes pâtes possède un historique complexe.

Fils d’un propriétaire d’usines né en Italie, Julius base sa propre entreprise de farines de blé près de Zurich. Il conçoit très vite les mutations qui se font jour dans le monde du travail suite à l’industrialisation. La place de la femme est à la cuisine ? Le XIXe siècle la situe plutôt à l’usine, avec à la clé, moins de temps passé au foyer à préparer la nourriture. L’exode rural mène également à l’abandon des comportements alimentaires autosuffisants. Julius Maggi conçoit donc comme un impératif de produire industriellement de la nourriture peu chère et de qualité.

C’est la rencontre du chef d’entreprise avec le médecin Fridolin Schuler et la Société suisse d’utilité publique, en 1882, qui le décide à inventer de nouvelles farines de pois et des haricots en poudre, à haute valeur nutritionnelle. C’est également le début des soupes instantanées… en 1885 (eh oui, vos petits ramen du soir sont de vrais grands-pères) !

Faute de pouvoir vous montrer ce cher Serge, voilà une réclame un peu plus ancienne de MAGGI… Crédit : Wikimedia Commons

 

Et notre saint arôme MAGGI, exclusivement végétal, naît en 1886.

Il se décline en cubes dès l’année suivante. Très exigeant en termes de communication, Julius Maggi fait immédiatement protéger les noms et logo du produit. Il est également l’un des premiers à utiliser les plaques émaillées, et fait appel aux meilleurs publicitaires de l’époque, tel Leonetto Cappiello, auteur d’affiches pour le chocolat Poulain ou le vin Dubonnet. Campagnes publicitaires sur les bateaux-mouches, distribution gratuite d’échantillons et cartes de fidélité, tout le concept était extrêmement bien rodé. Bien plus tard, dans les années 1980, l’entreprise va pousser le vice de la communication jusqu’à faire réaliser ses publicités par Jean-Jacques Annaud ou Serge Gainsbourg. Quand on vous disait que le MAGGI, c’était très sérieux !

J’en vois un au fond de la salle qui se gausse et assène qu’il n’a jamais consommé de MAGGI, que cette sauce brune et fade inconnue au bataillon ne trouvera jamais grâce à ses yeux. Mais j’ai conscience de m’adresser à un public étudiant, friand de Tupperwares de pâtes et de purée en flocons… Car oui, Mousline, la douce compagne de vos soirs de révision, a elle aussi été inventée par la société MAGGI en 1963. Nous sommes alors aux prémices des protestations étudiantes qui vont éclater dans toute leur superbe en mai 68. Alors, l’arôme MAGGI ne serait-il pas un peu… magique ?

Et l’Afrique, me direz-vous ? Et Picasso ?

Le bouillon Kub s’invite au Mali !
Angelina A. van Achtenberg, Une enseigne pour les cubes MAGGI, 1993. Crédit : collection Van Achtenberg via Wikimedia Commons, licence Creative Commons 4.0

Si la marque a été rachetée en 1947 par Nestlé, notre charmante petite bouteille brune existe toujours, et MAGGI s’est même classée en 2019 comme la 3e marque alimentaire la plus choisie au niveau mondial. L’arôme connaît notamment un succès fulgurant en Afrique, où beaucoup de recettes le mentionnent, et où 100 millions des célèbres Kub s’écoulent chaque jour ! A tel point que la marque a dû s’adapter aux goûts locaux, et incorporer dans sa recette, selon les pays, un goût de crevette ou du manioc. Alors, vous êtes convaincus cette fois ?

Allez, la touche d’histoire de l’art qui vous a maintenus en haleine durant tout cet article. Le Picasso. Car vous apprendrez qu’en 1912, le maître du cubisme s’est entiché du bouillon Kub, qu’il a même fait figurer dans une petite huile sur toile, Paysage aux affiches, détenue par le musée d’Osaka. La réflexion sur le Kub/cubisme a même fait l’objet d’un article de Maria Elena Versari dans une revue de recherche, en 2003 (allez jeter un œil sur Persée). De quoi vous donner de belles idées pour vos sujets de masters.

                                                                                                                                                      Marie Vuillemin

C’est moche mais on le place quand même en tout petit tout en bas parce qu’on est des rédacteurs très très sérieux dans nos investigations : MAGGI® est un nom réservé donc voilà, petit ® pour être en toute légalité.

 

Ce qu’il en est des « witch marks » anglaises : réalité spirituelle

Comme la sorcellerie nous attire, et surtout en ce mois d’octobre (…qui nous pousse tout de même au pumpkin latte et aux photos de feuilles mortes) certains ne seront donc pas étonnés de voir le titre de ce billet !

Par ailleurs, vous avez sûrement déjà croisé un de ces motifs : effacé ou reproduit sur un bâtiment historique. [Si par hasard vous êtes déjà allés à Norfolk en Angleterre, où ont commencé les premières enquêtes/ études]. 

Et si ce n’est pas le cas, belle découverte à vous ! ouvrez l’œil (de la providence).

Oeil de la Providence, crédit Naïs Ollivier

En réalité, ce qui est regroupé sous le terme « witch marks » ne sont rien d’autre que des graffitis médiévaux et post médiévaux. Ces symboles intrigants, regroupés par familles, sont explicités par des hypothèses assez larges.

Le motif de rosette à 6 pétales par exemple est un des plus fréquemment rencontrés au cours des regroupements. Ce dessin exécuté au compas, avant d’être gravé la plupart du temps, a encore la côte parmi les plus jeunes qui s’ennuient en cours (hum). Il nous est familier, cependant on lui attribue plutôt à l’époque des vertus apotropaïques/de protection, un signe qui repousserait le démon, un peu comme une alternative païenne à la croix.

« Witch mark ». Crédit @Historic England

Certains sont sûrement sceptiques sur la tolérance de ces marques, à forte charge spirituelle, en contexte chrétien. En effet ce sont majoritairement – ironiquement- des murs d’églises qui accueillent ces motifs, présents par dizaines. Et pour cause, certains pensent qu’ils redoublent les protections chrétiennes. Une fois la peur de la sorcellerie estompée : ces graffitis sont considérés comme apportant chance et protection, et autonomes. Selon l’état des recherches, on les retrouve plus en contexte domestique à partir de la fin du Moyen Âge : sur des coffrets, occasionnellement, et près des ouvertures (fenêtres, cheminées), jugées plus vulnérables.

Anges et démons sont représentés dans l’église dans une forme de dichotomie moralisatrice : certains graffitis comme ici à Beachamwell dans le Norfolk, sont des contre-sorts, grotesques ou comiques, qui me rappellent l’esprit du sort « Riddikulus » de Rowling.

Crédit Naïs Ollivier

Cette autre forme de croyance est l’écho des voix populaires que ne relatent pas les textes, pour cause d’analphabétisme. Or le tracé de ces dessins informels n’implique pas la connaissance d’un alphabet. Ils pouvaient aussi bien être de la main d’un clerc que d’un marchand ou paysan. Bien évidemment on ne connaît pas tous les détails de la raison du placement et si quelqu’un était réellement missionné, mais on peut imaginer ce raisonnement-là ! Ils permettent historiquement de mieux comprendre l’ambiance et les mœurs de la société la plus populaire, dont les graffitis rituels sont nourris de ses peurs et convictions les plus fortes. Les motifs et leurs significations semblent par ailleurs évoluer en même temps que sa société.

Cela comble les limites archéologiques que l’on peut rencontrer, n’ayant pas tout cet aspect traditionnel du quotidien.

Pour aller plus loin, sachez que ces marques sont assez endémiques d’un territoire, de certaines églises, et qu’il en existe une variété immense : tout un bestiaire animal également, assez mythologique, ou bien lié à l’agriculture. On retrouve aussi beaucoup de bateaux, qui peuvent être très symbolique dans le passage d’un état à un autre, comme le souhait qu’un des leurs soit en sécurité sur les mers. Entre autres aspirations transcrites. Ces graffitis sont des prières rendues solides dans la pierre, qui permettent une intercession directe personnelle avec le monde supérieur, sans avoir à passer par des membres de la hiérarchie comme un évêque ou le pape.

 

Cet article est basé sur les recherches de Medieval Graffiti: The Lost Voices of England’s Churches (2015), De Matthew champion

Point historiographie : ces marques, à distinguer de celles plus explicites dites « marques de tâcherons », intéressent les chercheurs depuis des décennies, mais un des précurseurs reste Ralph Merrifield, dans les années 80.

Naïs 

Critique : Dinh. Q. Lê – Histoires morcelées

Crédit : Dinh. Q. Lê

Le fil de la mémoire et autres photographies – une exposition au musée du quai Branly du 8 février au 20 novembre 2022

 

Dinh. Q. Lê est un photographe né au Vietnam qui a étudié aux États-Unis où il vit et travaille aujourd’hui. Son œuvre se situe dans une zone poreuse entre l’histoire complexe de son pays natal et son parcours personnel au-delà les frontières. Le musée du quai Branly lui rend hommage lors de cette rétrospective qui met en scène ses recherches transdisciplinaires où l’image photographique est sans cesse « interrogée, découpée, transformée ». Ce parcours chronologique, concentré sur les quinze dernières années de la production de l’artiste, découvre la technique exceptionnelle du tissage de photographies.

 

« Trop souvent nous avons vu notre histoire racontée par d’autres que nous, ou mise de côté. » déclare Dinh. Q. Lê. Tel est le constat amer de l’artiste ayant choisi de replonger dans ce lourd passé pour le réécrire. En effet, ce plasticien hors norme instaure un dialogue entre le regardeur contemporain et sa mémoire la plus intime. Cette exposition nous raconte comment le vécu du déchirement d’un pays remonte le fil des générations à travers les corps et les mentalités.

 

Les images créées par Dinh. Q. Lê laissent une trace qui brouille les repères entre la vision, le souvenir et l’immédiateté. Le spectateur est ainsi projeté dans une zone hybride entre l’immatériel, le lointain et la présence physique vibrante et sombre de ces œuvres multiformes.

 

Au détour d’un couloir de l’exposition, nous rencontrons des nuées de confettis d’images photographiques qui flottent dans l’air. Il s’agit d’une « dérive dans les ténèbres » comme nous l’indique le titre A drift in darkness (2017). Ces tirages numériques sur papier Awagami bambou tissés sur une structure en rotin reprennent la technique du tissage d’images pour former un ensemble de trois nuages et rondes-bosses évoquant l’instabilité des réfugiés politiques ayant fui le Vietnam.

 

Les pérégrinations de l’artiste induisent ainsi une sorte de transcription dans le domaine tangible et concret des arts plastiques d’une identité en déshérence. Les réalisations de Dinh. Q. Lê sont des chimères, des personnages amphibies pris au piège dans un couloir sur les parois duquel se reflètent les échos lointains de la trame historique décousue du Vietnam.

 

Cambodia Reamker (2021), un tissage photographique monumental, entremêle le portrait d’une jeune victime du génocide cambodgien Tuol Song et des fresques du Palais royal de Phnom Penh, illustrant un poème épique traditionnel écrit entre 1500 et 600 avant notre ère. L’Ensemble est un tableau nébuleux et solennel où des temps distincts s’interpénètrent avec magie.

 

Les images sont déconstruites et reconstruites, traduisant la perpétuelle métamorphose des mémoires. Ces représentations d’une perception vagabonde nous transportent dans le cœur palpitant et douloureux d’une nation morcelée.

Elio Cuilleron

Aux grands maux, les verts remèdes

File:John William Waterhouse, The Sorceress.png

John William Waterhouse, La sorcière, 1913, collection particulière. Crédits : Wikimedia Commons

L’automne et l’hiver commencent à pointer leur nez. Certains d’entre vous ont peut-être déjà établi un budget de dépenses spécial hiver. Car oui, les allers et retours chez le médecin et le pharmacien ont un coût que notre porte-monnaie d’étudiant ne se lasse pas de nous rappeler. Alors en cette heure « halloweenesque », je vous propose une immersion dans le potager d’une sorcière. En effet on oublie souvent qu’avant de prendre du paracétamol ou de l’ibuprofène, nos ancêtres utilisaient un tout autre type de médicaments !

 

Pour soigner vos maux divers (ou d’hiver, excusez-moi ce jeu de mots facile), il existe une grande variété de plantes aux merveilles thérapeutiques utilisées parfois depuis l’Antiquité, à découvrir aux détours des chemins de forêts (ou à disposer sous vos fenêtres). Tout cela à moindre coût évidemment. Escroquerie, magie, véritable « science » ? Les textes antiques et moyenâgeux peuvent nous mettre sur la voie. Il semblerait que certaines des plantes les plus communes à nos campagnes soient des indispensables du potager, des païens comme des sorcières.

Réputée pour être une panacée, et ce depuis des siècles, tous se devaient de cultiver la sauge. Un proverbe illustre parfaitement les avantages de cette plante de la famille des Lamiacées : « Qui a de la sauge en son jardin n’a pas besoin de médecin ». Et effectivement, cette dernière détient des vertus digestives, antiseptiques et bien d’autres. Utile dans le froid de l’hiver, une infusion de sauge accompagnée de miel aiderait à faire passer le rhume, tout comme un gargarisme de sauge infusée calmerait les maux de gorge.

Pour la toux, cette petite plante aux pétales roses et violets est tout aussi efficace. La mauve a également d’autres vertus, comme apaiser les piqûres de moustique grâce au suc de sa feuille froissée. Et si d’aventures, une migraine venait à vous rendre visite après avoir trop plissé les yeux face au cours d’archéologie orientale, des arts de l’islam et autres, il est dit que l’eau déposée par la rosée sur un pétale de mauve, cueilli au mois de mai peu avant l’aube, fera disparaître votre mal de tête aussi vite qu’il est arrivé.

Pour les plus touchés par la puberté et les problèmes de peau, cultiver un pot de joubarbe fera des merveilles à votre teint grâce à ses feuilles. Et pour un bouton disgracieux que vous désirez anéantir pour avoir eu le culot de venir s’installer sur votre visage ? Appliquer une feuille de sauge dessus, côté supérieur et votre ennemi déguerpira bien vite !

Vous n’arrêtez pas de vous gratter, les démangeaisons vous envahissent ? Le bouillon-blanc ou cierge de Notre-Dame peut vous aider à les faire disparaître. Et tout comme la sauge, notre indispensable n°1, cette plante aide à lutter contre les extinctions de voix (après une soirée bien arrosée à chanter et à crier…).

Pour ces demoiselles indisposées tous les mois, l’armoise et l’alchémille apaisent les crampes en général tout en favorisant l’appétit (personnellement ce n’est pas ce dont j’aurais besoin en même temps qu’avoir mes règles. Je mange pour deux pendant cette période !).

À la suite des fêtes de Noël, ou à une orgie de bonbons à l’occasion d’Halloween, des maux de ventre et des troubles digestifs pourraient venir vous indisposer. Utiliser du fenouil, facile à trouver en supermarché, est une astuce connue depuis très longtemps. Et avouons-le, il est facile de faire d’une pierre deux coups avec cette plante là car elle rentre aussi dans la composition du pastis…

Si vous vous retournez encore et encore dans votre lit sans réussir à trouver le sommeil, que vous faites des cauchemars, que les angoisses vous agressent constamment sous la pression des cours ou de la vie tout simplement, la valériane est la fleur à faire pousser sur votre balcon ! En infusion et tisane, elle aide à diminuer le stress, l’anxiété et même la dépression, tout en améliorant votre sommeil. Son jumeau, le millepertuis est une jolie plante jaune et solaire qui éloigne les mauvaises pensées dont on voudrait se débarrasser mais qui reviennent toujours à la charge, la mélancolie ou la nervosité dues aux examens ou oraux de TDO.

Et pour bien terminer votre cure de bien-être, consommez un peu de lierre terrestre qui vous donnera un bon coup de pouce énergétique car il est plein de vitamine C ! (Et pour les fumeurs, vous ferez du bien à vos bronches en le consommant en infusion avec une pointe de miel pour adoucir le goût.)

Enfin pour bien réussir votre année, je vous conseille d’aller cueillir trois plantes bien particulières qui devraient vous aider dans vos examens. Tout d’abord, la bourrache est la plante du bonheur et vous apportera le sourire lorsque la pluie viendra frapper vos fenêtres. Cependant, un rameau porté dans sa veste ou sa poche vous soutiendra avec hardiesse lors du passage d’un obstacle ou… d’un examen justement. Ensuite la potentille, portée sur soi, vous apportera du calme et un discours posé et toujours éloquent dans une situation stressante, encore plus si votre potentille a sept feuilles !

Et pour finir en beauté cet article, je vous invite à poser un rameau de lierre terrestre (le voilà de retour celui-là) sur votre bureau ou votre table d’examens. Lié aux arts, ce petit bout de plante vous apportera l’inspiration si une panne inopportune se fait sentir…

Même si vous êtes sceptique à la fin de votre lecture, je vous invite tout de même à aller vous promener dans la campagne en périphérie de Paris, pour vous aérer l’esprit, vous reconnecter à vous-même et admirer la nature et son éternel cycle de floraison.

 

Cassandre BRETAUDEAU

 

Source : Secrets des plantes sorcières, Richard Ely, édition Au bord des continents.