Exposition Evaristo Baschenis – Galerie Canesso

Evaristo Baschenis ? Ce nom ne vous dit peut-être encore rien. Voici donc l’occasion parfaite de le découvrir ainsi que quelques-unes de ses œuvres les plus remarquables grâce à l’exposition de la Galerie Canesso.

L’exposition Evaristo Baschenis s’inscrit dans la volonté de la galerie d’organiser tous les trois à quatre ans environ des expositions faites en collaboration avec des institutions italiennes et tout particulièrement cette année en éclairant un artiste encore très méconnu en France et jamais exposé sur notre territoire. Ainsi elle se démarque du cadre commercial de la galerie tout en gardant cette appétence pour l’Italie. En effet, la Galerie Canesso expose principalement des tableaux italiens de la Renaissance au baroque, le directeur étant lui-même italien. Vous avez jusqu’au 17 décembre pour saisir cette formidable occasion et vous laisser transporter dans l’œuvre et le style si caractéristiques de Baschenis, mais avant toute chose, laissez-nous vous en dire davantage sur cet artiste et susciter votre curiosité ! Continuer la lecture

Critique : Dinh. Q. Lê – Histoires morcelées

Crédit : Dinh. Q. Lê

Le fil de la mémoire et autres photographies – une exposition au musée du quai Branly du 8 février au 20 novembre 2022

 

Dinh. Q. Lê est un photographe né au Vietnam qui a étudié aux États-Unis où il vit et travaille aujourd’hui. Son œuvre se situe dans une zone poreuse entre l’histoire complexe de son pays natal et son parcours personnel au-delà les frontières. Le musée du quai Branly lui rend hommage lors de cette rétrospective qui met en scène ses recherches transdisciplinaires où l’image photographique est sans cesse « interrogée, découpée, transformée ». Ce parcours chronologique, concentré sur les quinze dernières années de la production de l’artiste, découvre la technique exceptionnelle du tissage de photographies.

 

« Trop souvent nous avons vu notre histoire racontée par d’autres que nous, ou mise de côté. » déclare Dinh. Q. Lê. Tel est le constat amer de l’artiste ayant choisi de replonger dans ce lourd passé pour le réécrire. En effet, ce plasticien hors norme instaure un dialogue entre le regardeur contemporain et sa mémoire la plus intime. Cette exposition nous raconte comment le vécu du déchirement d’un pays remonte le fil des générations à travers les corps et les mentalités.

 

Les images créées par Dinh. Q. Lê laissent une trace qui brouille les repères entre la vision, le souvenir et l’immédiateté. Le spectateur est ainsi projeté dans une zone hybride entre l’immatériel, le lointain et la présence physique vibrante et sombre de ces œuvres multiformes.

 

Au détour d’un couloir de l’exposition, nous rencontrons des nuées de confettis d’images photographiques qui flottent dans l’air. Il s’agit d’une « dérive dans les ténèbres » comme nous l’indique le titre A drift in darkness (2017). Ces tirages numériques sur papier Awagami bambou tissés sur une structure en rotin reprennent la technique du tissage d’images pour former un ensemble de trois nuages et rondes-bosses évoquant l’instabilité des réfugiés politiques ayant fui le Vietnam.

 

Les pérégrinations de l’artiste induisent ainsi une sorte de transcription dans le domaine tangible et concret des arts plastiques d’une identité en déshérence. Les réalisations de Dinh. Q. Lê sont des chimères, des personnages amphibies pris au piège dans un couloir sur les parois duquel se reflètent les échos lointains de la trame historique décousue du Vietnam.

 

Cambodia Reamker (2021), un tissage photographique monumental, entremêle le portrait d’une jeune victime du génocide cambodgien Tuol Song et des fresques du Palais royal de Phnom Penh, illustrant un poème épique traditionnel écrit entre 1500 et 600 avant notre ère. L’Ensemble est un tableau nébuleux et solennel où des temps distincts s’interpénètrent avec magie.

 

Les images sont déconstruites et reconstruites, traduisant la perpétuelle métamorphose des mémoires. Ces représentations d’une perception vagabonde nous transportent dans le cœur palpitant et douloureux d’une nation morcelée.

Elio Cuilleron

« Constellation Capricone » ou l’Écomusée du Véron en étoile montante de la culture près des musées parisiens

C’est sur une route bien connue par les cyclistes de la Loire à Vélo que se cache un écrin encore trop méconnu. En plein territoire bocager, au cœur de la Touraine et entre les bras bienveillants de la Vienne et de la Loire, se situe l’Écomusée du Véron. Loin du modèle de l’Écomusée d’Alsace qui est un peu le Skansen français, cet ancien corps de ferme de pierre de tuffeau et d’ardoise abrite des trésors insoupçonnés. Qui pourrait se douter, en pédalant sur la route et en croisant cette institution, que derrière ses portes se trouvent des Pablo Picasso, du Max Ernst, du Brassaï, du Paul Klee ? Mais attention, le contemporain n’est pas le seul invité des vitrines. Des antiquités gréco-romaines, des œuvres africaines et d’Indiens d’Amérique, des objets de la Préhistoire et de l’Océanie se donnent aussi rendez-vous dans ce cadre hors du commun.

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© CCCVL

Depuis le 6 avril 2019, l’Écomusée du Véron accueille dans sa superbe exposition « Constellation Capricorne » ces étoiles d’art. Comment un musée de province, presque perdu dans la campagne et en-dehors du si célèbre itinéraire des Châteaux de la Loire, peut-il regorger de telles surprises ? Il faut remonter un peu dans le calendrier…  Un an avant le début de l’exposition, au printemps 2018, l’ancienne Ministre de la Culture François Nyssen, lance l’opération « Culture Près de Chez Vous ». Véritable pari entre les petites institutions de France et les gros géants parisiens, ce projet ministériel vise à mieux faire circuler les œuvres sur le territoire afin de redynamiser la culture en province et briser le triste constat que la grande majorité des œuvres majeures se trouve dans la capitale.

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© Laureen Gressé-Denois

Ode poétique qui laisse le visiteur déambuler dans ses émotions, ses pensées et ses visions, « Constellation Capricorne » part de la sculpture monumentale Capricorne de Max Ernst pour emmener ses invités dans des pérégrinations aussi bien temporelles que géographiques, le parcours couvrant la Préhistoire jusqu’à de nos jours avec des œuvres venues de tous les continents. Le choix de ce bronze gigantesque de l’artiste dadaïste de Brühl est évident puisqu’en revenant des États-Unis où il laisse son original en plâtre à Sedona, il en fait faire des exemplaires en bronze qu’il a retravaillé, notamment à Huismes, commune toute proche de l’Écomusée, où il s’installe. Des films de l’époque montrent par ailleurs la présence de ce couple royal énigmatique dans son atelier. Capricorne regorge de secrets uniques. Si l’assemblage de ces êtres hybrides semble au premier abord bien étonnant et fortuit, dans la veine surréaliste de l’artiste, une seconde lecture tout à fait réfléchie et sans doute sciemment déterminée par l’artiste peut être déterminée. Celle-ci n’est possible que si l’on connaît déjà de nombreuses choses en Histoire de l’Art : reconnaître les idoles violons des Cyclades dans le buste de la Reine, la figure du Minotaure pour le Roi, la stature hiératique du couple qui fait éminemment penser aux représentations de couple pharaonique de l’Égypte ancienne, le chien gargouille symbole de fidélité amoureuse au Moyen Âge. Max Ernst propose plusieurs niveaux de découverte et de plaisir face à son œuvre que l’on savoure autant en simple amateur qu’en connaisseur. La prouesse réside aussi dans ces formes, trouvées en premier lieu en moulant des objets du quotidien dans le plâtre.

À l’aide de nombreuses citations philosophiques ou poétiques le visiteur n’a pas besoin d’être un grand éclairé de l’art pour comprendre et ressentir cette exposition adapté à tous les âges. Le thème de l’hybridation homme-animal, qui sous-tend toute l’exposition au-delà du Capricorne qui est le prétexte pour mettre en orbite d’autres œuvres semblables, soulève des questions sur nos conceptions de la spiritualité, de l’insondable, des forces de la nature en tant qu’adulte. Toutefois, l’enfant y trouve aussi son bonheur en s’extasiant devant ces êtres surnaturels qui lui rappellent ceux des contes avant d’aller au lit : les sirènes mi- femme mi-poisson, les sphinx mi-homme mi-lion, les centaures mi-homme mi-cheval… jusqu’à leurs super-héros préférés (Spiderman ne tient-il pas son pouvoir d’une araignée et Batman d’une chauve-souris) ?

Même si l’exposition ne s’étend que sur trois salles, elle présente des bijoux du centre Pompidou, du musée Pablo Picasso, du musée national de la Préhistoire de Saint-Germain-en-Laye et de très belles pièces de musées régionaux. Elle n’a absolument pas à rougir devant les expositions parisiennes. Dans une ambiance musicale douce, de belles vitrines toutes neuves qui pourront resservir pour de futures expositions, un éclairage tamisé et de grands panneaux aérés qui ne sont pas saturés d’informations mais qui au contraire, éveillent et nourrissent l’inspiration propre et la méditation du visiteur, « Constellation Capricorne » réunit tous les ingrédients pour plaire ! On ne peut que souhaiter longue vie et prospérité croissante à cet Écomusée qui se rapproche de l’intime et de l’universel de leur territoire plus que jamais. Elle est une telle réussite que même l’actuel ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer s’y est spécialement rendu pour la Nuit des Musées 2019.

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© Marie Turpin

Pour les vacances de Toussaint, si vous partez faire un tour le long de la Loire, ne manquez pas cette superbe exposition qui fait honneur aux collections parisiennes dans notre si belle campagne française jusqu’au 11 novembre 2019 !

 

Laureen Gressé-Denois

 

 

Retrouver l’Écomusée du Véron :

 ecomusee@cc-cvl.fr
 http://www.ecomusee-veron.fr
Facebook : https://www.facebook.com/ecomusee.du.veron/
Instagram : https://www.instagram.com/ecomusee_du_veron/

 

Anne Millot a le nez dans le vent

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Audace de l’Amour, inspiré de Cléopâtre
Faïence modelée et à la plaque, émaillée, bois 42 x 40 x 6 cm, 2016

Anne Millot est une artiste céramiste française dont la production artistique se concentre exclusivement sur la création de nez. Sujet insolite, dont l’intérêt fut longtemps négligé par les contributeurs de la culture visuelle, celui-ci est pourtant passionnant d’un point de vue historique et regorge de potentiel créatif. Isolés de leur visage, les nez de Pinocchio ou de Cyrano sont immédiatement reconnaissables et en disent long sur la personnalité de leur propriétaire respectif. De même, ce ne sont pas leurs yeux de biche ou leurs lèvres pulpeuses mais leur nez parfait qui ont permis à Néfertiti et à Cléopâtre de rentrer dans les canons de beauté de leur époque. En d’autres termes, le nez tient une place d’exception dans l’imaginaire collectif malgré le fait que nous ayons tendance à le déprécier… d’où la raison pour laquelle Anne Millot s’y intéresse tant !

À l’origine, cette passion des plus surprenantes provient des études d’anatomie de l’artiste. Le nez étant placé au beau milieu de la toile vierge qu’est notre visage, c’est lui que l’on devrait admirer en premier, mais que l’on ignore souvent au détriment des yeux ou de la bouche. Pourtant, chaque nez offre un paysage coloré à celui qui s’y intéresse, tel que le démontre le nez aquilin d’une actrice de cinéma ou le nez fracturé d’un joueur de rugby.

Sans vouloir révéler tous ses secrets de création, Anne admet prendre comme point de départ la photographie, à la fois de face et de profil. Ce n’est qu’après un travail méticuleux d’observation qu’une caractéristique principale se manifeste et devient le fil conducteur de l’œuvre. Vient ensuite le choix de la terre, c’est-à-dire le grès, la faïence, ou encore la porcelaine, ainsi que le travail de modelage. Il faut ensuite s’armer de patience pour la phase de séchage et de ponçage, étape nécessaire avant la cuisson.

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Holistiquement vôtre, inspiré de Jung, Nietzsche, Freud
Grès sigillé, cuisson primitive, patine, bois 35 x 79 x 8 cm, 2017

Audacieuse, Anne ne cesse d’expérimenter avec sa pratique et d’incorporer de nouveaux éléments à ses sculptures. De fait, sa carrière se distingue par de nombreuses périodes : celle de la terre, du verre, ou encore de la sculpture sur bois. L’une de ses dernières créations, une sculpture de nez en verre rétroéclairé sur bois, permet l’harmonie des couleurs et des matières ainsi qu’une modernité déconcertante. Aujourd’hui, la carrière d’Anne s’apprête à prendre un nouveau tournant grâce à son intérêt grandissant pour l’art cinétique. En effet, en juin 2017, l’artiste produit « La Carmilla », sa toute première sculpture mobile. Inspirée du premier roman fantastique sur le thème des vampires de l’auteur irlandais Joseph Sheridan Le Fanu, la sculpture en question présente deux nez mécaniques qui, dans leur rotation, se transforment en canines… et réservent une petite surprise à ceux qui l’actionnent !

Quelques mois plus tard, c’est la consécration pour Anne dont la première sculpture mobile lui permet de recevoir le prix d’honneur lors du Concours International de Céramique produit par le Vallauris Institute of Art et organisé par le Musée Terra Rossa de Salernes. Aujourd’hui, ses sculptures ont beaucoup voyagé, ayant été exposées à Paris, Cannes, Lausanne, et même à Londres, dans le cadre d’expositions individuelles et collectives. En effet, celles-ci ne cessent d’attirer la curiosité de parfumeurs, de viticulteurs, de collectionneurs, et d’amateurs d’art qui sont de plus en plus nombreux à pointer le bout de leur nez aux expositions d’une artiste passionnée et passionnante…  au nez dans le vent !

 

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La Marianne, inspiré de Brigitte Bardot
Faïence modelée et à la plaque, émaillée 19 x 17 x 3,5 cm, 2016

Découvrez les dernières créations d’Anne Millot sous la verrière du Grand Palais lors de la prochaine édition du festival Art Capital : le Salon des Artistes Indépendants, qui aura lieu du 13 au 19 février 2018 de 11h à 20h. Pour contacter l’artiste, rendez-vous sur www.anne-millot.com

Louis Denizet

Le Salon d’automne, 113 ans d’histoire et quatre points clés

Dans quelques jours s’ouvre l’édition 2016 du Salon d’automne, sur les Champs-Élysées. L’occasion de découvrir un des trois salons historiques toujours en activité, à l’esthétique contemporaine assumée. En voici quatre points clés :

• 1903, quand tout a commencé

En 1903, c’est un peu « l’avant-garde avant les avant-gardes » qui se réunit pour créer le Salon d’automne. Frantz Jourdain et Hector Guimard (architectes), George Desvallières, Édouard Vuillard et Félix Vallotton (peintres) et Eugène Carrière (sculpteur) donnent le ton : ce salon sera celui de la « fraternité des arts ». La suite de l’histoire, tout le monde se doit de la connaître… (spoiler : Matisse, Derain et leurs compères font scandale dans la salle 7 à cause de leurs peintures disposées autour de sculptures néo-florentines, menant à une « orgie de couleurs » dans « la cage aux fauves »)

Pour un résumé plus complet de l’histoire du Salon, nous vous invitons à lire un article publié par Valentine Chartrin dans notre numéro Criminalité(s) (septembre 2015).

• démocratiser l’accès à l’art le plus contemporain

La promotion de l’art contemporain, ou « l’art du maintenant, tout de suite » est évidemment LA raison d’être du Salon d’automne. Dès ses débuts en 1903, le choix de l’automne — c’est-à-dire une exposition courant novembre — est l’occasion pour les peintres de présenter les productions les plus  actuelles réalisées durant l’été. Depuis, près de 800 artistes sont présentés chaque année, dans des styles qui s’étendent dans des médiums aussi différents que la peinture (figurative ou abstraite), la photographie, la sculpture ou « l’art digital » qui exploite les possibilités offertes par les outils numériques. En plus, l’accès au salon est gratuit.

• un couloir sans discorde

Grand Palais, porte C. Ici se trouvent les bureaux du Salon d’automne… tout comme ceux du Salon des artistes français et du Salon des artistes indépendants. Pour quelqu’un venant de l’École du Louvre (ou ayant un intérêt prononcé pour les débauches et querelles des salons historiques en compétition à la fin du XIXsiècle), la situation prête à sourire. En fait, le calme règne lorsque vous traversez le couloir filant droit vers le bureau automnal. Mieux : venez-y faire un stage, et vous aurez le privilège de déjeuner en compagnie des différents employés des salons, tous très sympathiques…

Astuce « s’il n’en restait qu’une, je serai celle-là » : Le bureau du Salon d’automne possède un modeste (enfin, en occultant le fait que nous soyons inside zeu Grand Palais) mais magnifique balcon donnant sur le Jardin de la Nouvelle-France. Si c’est pas beau.

• un esprit familial

Depuis sa création, le Salon d’automne est géré par des artistes sociétaires qui en assurent le jury, la promotion et la publication d’un catalogue. Ce travail bénévole est complété par un bureau où deux employés s’occupent des inscriptions, du catalogue, du fonctionnement administratif du salon… (et c’est ainsi qu’il y a des possibilités de stage à la clé !)

Finalement, le Salon d’automne est une association où tout le monde se connaît si bien qu’il est impossible de ne pas s’y sentir un peu chez soi. Échanger avec des artistes venus déposer quelque dossier — devrait-on plutôt dire partager quelques mots — est une expérience de stagiaire si intéressante qu’on en oublierait presque pourquoi les conversations se dirigent, au gré des rencontres, entre danses traditionnelles du Cambodge et psychanalyse freudienne…


Salon d’automne 2016salon-automne-2016-affiche
du 13 au 16 octobre sur les Champs-Élysées