Entomologie et art : les insectes, ces drôles de petites bêtes

J’adore les insectes. Ce petit peuple fascinant aux capacités physiques plus qu’extraordinaires (vous êtes capable, vous, de vous jeter d’une hauteur qui équivaut à 100 fois la vôtre et d’être encore parfaitement en vie ? Ou de porter 1000 fois votre poids ? Je ne crois pas, non). Je les trouve tellement mal aimés que je veux aujourd’hui leur donner leurs lettres de noblesse et tenter de vous faire aimer les insectes et leurs particularités géniales à travers leur symbolique et présence dans l’art (Je vais rester fidèle stricto-sensu au terme d’entomologie qui désigne « l’étude scientifique des insectes » donc rassurez-vous pour les plus arachnophobes d’entre vous, on ne parlera ni d’araignée, ni de scorpion aujourd’hui) !

  • Ursule, la libellule

Notre amie la libellule, toute jolie qu’elle est, est pourtant symbole de péché, notamment dans les natures mortes nordiques baroques. Mais pourquoi est-elle emblème du mal, à l’instar de la mouche ? Il faut remonter le temps et aller chercher dans la mythologie germanique, l’association des libellules à la déesse de l’amour, Freyja. Puis, lors de la christianisation, elles sont réutilisées comme symbole du diable en lui attribuant faussement un dard et tout cela pour lutter contre la paganisation. Ainsi, les libellules sont craintes dans beaucoup de traditions populaires : elles sont surnommées « marteaux du diable » en wallon par exemple mais aussi « papillons d’amour » en savoyard. En effet, en Savoie, un dicton veut que si l’on rapporte une libellule à la maison et qu’elle meurt avant l’arrivée, c’est un mauvais présage d’amour. Ainsi, la libellule est tantôt associée à l’amour, tantôt au mal qui lutte contre les forces du bien.

Je sors ma science : Il est possible que les différentes croyances associant la libellule et l’amour viennent de l’observation du mode de reproduction de cet insecte. En effet, lors de l’accouplement les libellules créent une très jolie forme que l’on nomme « cœur copulatoire ». En fait, le mâle saisit la femelle au niveau du thorax avec ses pinces pour bien la maintenir pendant l’acte puis la femelle place son pore génital au niveau des organes reproducteurs mâles. Le tout forme un cœur (un peu dessiné par un enfant de maternelle mais bon c’est l’intention qui compte). Certaines espèces peuvent même s’envoler dans cette position si elles sont dérangées au cours de l’accouplement. Peut être que cette forme fascinante a intrigué nos ancêtres jusqu’à les laisser penser que la libellule était un envoyé de l’amour !

 

Ici, un exemple de cœur copulatoire entre deux libellules. Le mâle est en vert et la femelle en bleu. Joli mariage de couleurs !

  • Les coléoptères : Lucas le sternocera

Les coléoptères, quézaco ? Ce sont des insectes avec un exosquelette très dur, c’est une vaste famille qui comprend notamment les scarabées, les coccinelles… Nous allons nous pencher sur un type de coléoptères moins connu que ceux cités : les sternocera. Ceux-ci arborent sur leurs élytres (c’est-à-dire les pièces de carapace qui recouvrent et protègent leurs ailes) de superbes couleurs vertes iridescentes qui ont très vite attiré l’homme. En effet, en Inde, en Thaïlande ou au Myanmar, ces insectes furent élevés ou chassés pour récupérer leurs élytres et en faire de superbes ornements de chaussures, vêtements et autres accessoires. Sous la domination de l’époque victorienne, les Britanniques eurent l’idée de récupérer cet artisanat traditionnel et de le ramener en Europe. Ils le renommèrent l’art du « beetle wing ». Un des exemples les plus connus de ce travail remarquable est la robe de l’actrice Ellen Terry pour son rôle de Lady McBeth, immortalisée par le tableau de Singer Sargent en 1889. La robe est recouverte de 1000 élytres brodés qui devaient la faire exceptionnellement scintiller sur scène.

Je sors ma science : Ça paraît étrange qu’une si petite bête arbore une couleur aussi « flashy » qu’un beau vert émeraude brillant dans la nature. Vous avez envie de vous dire que ce n’est pas le meilleur choix pour passer inaperçu, n’est-ce pas ? Eh bien détrompez-vous, ces élytres iridescents ont en réalité pour fonction de se camoufler ! En effet, les sternocera se dissimulent à la vue de leurs prédateurs par homochromie, c’est-à-dire qu’ils se fondent dans les couleurs de leur environnement. Une étude menée par l’université de Bristol a démontré que l’iridescence de ces insectes leur permet de se cacher plus facilement sur certaines feuilles, notamment celles mouillées ou encore sur des feuilles à fond brillant ! L’iridescence contribue à briser les contours typiques de ces insectes et à rendre les formes changeantes pour un prédateur qui se déplace, notamment un oiseau en plein vol.

 

Un spécimen de l’espèce sternocera avec ses élytres verts iridescents caractéristiques. On dirait un petit bijou ! Et en face, Ellen Terry as McBeth par Singer Sargent ; 1889 ; huile sur toile ; Tate Britain, Londres

 

  • Mireille l’Abeille

Apparues près de 100 millions d’années avant l’Homme, les abeilles ont été une source de mystère pour lui durant des siècles et des siècles. Au Moyen Âge, la présence de cet insecte dans une œuvre recouvre plusieurs symboliques : elle est bien souvent associée au Christ miséricordieux dont la douceur évoque le miel mais aussi au Christ juge dont la sévérité renvoie au dard. En outre, l’abeille est également symbole de chasteté car le mode de reproduction de l’insecte reste durant des siècles absolument mystérieux. On pense alors que l’abeille ressuscite chaque année à l’image du Christ !

Je sors ma science : La vérité c’est que l’abeille ne ressuscite pas, non, non… Voilà une explication simplifiée du mode de reproduction de cet insecte pour celles et ceux qui se posent la question depuis toujours (je suis peut-être seule sur ce coup-là). Ces dames pratiquent la parthénogenèse, un mode de reproduction indépendant de toute sexualité permettant le développement d’un individu à partir d’un ovule non fécondé. Dans le cas des abeilles, on parle d’une forme particulière de parthénogenèse, l’arrhénotoque. La femelle reproductrice appelée « reine » peut choisir ou non de féconder ses ovules grâce à un réceptacle séminal où elle conserve le sperme des 7 à 15 mâles avec qui elle a convolé. Si elle choisit de ne pas féconder un ovule, l’œuf donnera un mâle. Et inversement, un ovule fécondé donnera une femelle. Ainsi, la reine est seule à pouvoir féconder ou non ses œufs. Si elle vient à mourir et que les autres abeilles, les « ouvrières », n’ont pas eu le temps d’élever une nouvelle reine, c’est l’extinction de la ruche assurée. En effet, les ouvrières se mettent alors à pondre des œufs (elles en étaient jusque là empêchées par les phéromones que la reine dégageait). MAIS ces ouvrières ne vont jamais fricoter avec les mâles (elles ne savent pas comment faire, dur, dur…) et ne peuvent alors produire que des ovules non fécondés. Cela ne donne que des mâles et c’est la fin des haricots…

 

Une reine. Crédit : Wikimedia Commons

 

  • Les trichoptères : Roxane la phrygane

Enfin, mon chouchou, les trichoptères. Drôle de nom, hein ? Il vient du grec « tricho » qui signifie « poil » et de « pteron » qui veut dire « aile ». Cela fait référence aux ailes velues de ces insectes une fois adultes. En réalité, même si ce nom vous paraît absolument étranger vous en avez déjà croisé dans les rivières et autres points d’eau sous leur forme larvaire que l’on appelle phrygane ou porte-bois. Ce sont de petites larves qui se fabriquent un fourreau en agrégeant autour d’elles divers matériaux disponibles dans leur environnement. OUI ! Ce sont ces petits trucs étranges au fond de l’eau qui ont l’air de vivre dans des petits tubes faits de petits cailloux (vous aussi vous vous êtes évidemment dit que ça ressemblait à des petites crottes, oui, oui…). Moi, ça m’a toujours fait délirer tout en me fascinant énormément. Je ne suis pas la seule puisque l’artiste contemporain Hubert Duprat a « collaboré » avec des phryganes pour plusieurs de ses œuvres. Vers la fin des années 70, il se lance dans l’élaboration d’un laboratoire où il regroupe des phryganes et leur recrée un environnement. Mais celui-ci à la particularité de ne plus être composé de bouts de bois ou de cailloux mais de paillettes d’or, de cabochons de turquoise, de saphir et même de perles baroques. Il fait l’expérience et se rend compte, qu’effectivement, les larves s’adaptent à leur environnement et se fabriquent un petit fourreau à l’aide de ce qui les entoure ! Il récolte ensuite ces « étuis-oeuvres », dépose un brevet à l’INPI et écrit même un livre sur « l’éducation » du trichoptère. Il parle d’un travail de collaboration entre lui et les insectes, se revendiquant l’architecte et eux les maçons. Curieux mais amusant ! Si j’avais dû être artiste contemporain, j’aurais totalement choisi de faire un truc comme ça.

Je sors ma science : Mais comment font ces petits êtres pour agréger autour d’eux autant de matière alors qu’ils n’ont pas de colle superglue à disposition ? Eh bien ils font appel à leur compétence de couturiers. Je m’explique. A l’aide de leurs glandes salivaires, ils produisent de la soie pour tisser leur fourreau protecteur puis le maintiennent à l’extrémité avec des petits crochets. Comme vu avant, cet habit de lumière se compose de fragments végétaux ou minéraux selon leur environnement qui sont maintenus par la soie produite. Puis, au fur et à mesure que les phryganes grandissent, elles élargissent et allongent leur fourreau, tandis que l’arrière, devenu trop étroit, est coupé et rejeté !

 

Phrygane dans son environnement naturel qui s’est formée un petit fourreau avec des éléments végétaux et minéraux. Crédit : Wikimedia Commons

Les phryganes d’Hubert Duprat dans leur fourreau d’or et de perles baroques. Glam !

 

 

 

 

 

 

 

Mathilde Bailly

 

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