« Constellation Capricone » ou l’Écomusée du Véron en étoile montante de la culture près des musées parisiens

C’est sur une route bien connue par les cyclistes de la Loire à Vélo que se cache un écrin encore trop méconnu. En plein territoire bocager, au cœur de la Touraine et entre les bras bienveillants de la Vienne et de la Loire, se situe l’Écomusée du Véron. Loin du modèle de l’Écomusée d’Alsace qui est un peu le Skansen français, cet ancien corps de ferme de pierre de tuffeau et d’ardoise abrite des trésors insoupçonnés. Qui pourrait se douter, en pédalant sur la route et en croisant cette institution, que derrière ses portes se trouvent des Pablo Picasso, du Max Ernst, du Brassaï, du Paul Klee ? Mais attention, le contemporain n’est pas le seul invité des vitrines. Des antiquités gréco-romaines, des œuvres africaines et d’Indiens d’Amérique, des objets de la Préhistoire et de l’Océanie se donnent aussi rendez-vous dans ce cadre hors du commun.

Affiche

© CCCVL

Depuis le 6 avril 2019, l’Écomusée du Véron accueille dans sa superbe exposition « Constellation Capricorne » ces étoiles d’art. Comment un musée de province, presque perdu dans la campagne et en-dehors du si célèbre itinéraire des Châteaux de la Loire, peut-il regorger de telles surprises ? Il faut remonter un peu dans le calendrier…  Un an avant le début de l’exposition, au printemps 2018, l’ancienne Ministre de la Culture François Nyssen, lance l’opération « Culture Près de Chez Vous ». Véritable pari entre les petites institutions de France et les gros géants parisiens, ce projet ministériel vise à mieux faire circuler les œuvres sur le territoire afin de redynamiser la culture en province et briser le triste constat que la grande majorité des œuvres majeures se trouve dans la capitale.

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© Laureen Gressé-Denois

Ode poétique qui laisse le visiteur déambuler dans ses émotions, ses pensées et ses visions, « Constellation Capricorne » part de la sculpture monumentale Capricorne de Max Ernst pour emmener ses invités dans des pérégrinations aussi bien temporelles que géographiques, le parcours couvrant la Préhistoire jusqu’à de nos jours avec des œuvres venues de tous les continents. Le choix de ce bronze gigantesque de l’artiste dadaïste de Brühl est évident puisqu’en revenant des États-Unis où il laisse son original en plâtre à Sedona, il en fait faire des exemplaires en bronze qu’il a retravaillé, notamment à Huismes, commune toute proche de l’Écomusée, où il s’installe. Des films de l’époque montrent par ailleurs la présence de ce couple royal énigmatique dans son atelier. Capricorne regorge de secrets uniques. Si l’assemblage de ces êtres hybrides semble au premier abord bien étonnant et fortuit, dans la veine surréaliste de l’artiste, une seconde lecture tout à fait réfléchie et sans doute sciemment déterminée par l’artiste peut être déterminée. Celle-ci n’est possible que si l’on connaît déjà de nombreuses choses en Histoire de l’Art : reconnaître les idoles violons des Cyclades dans le buste de la Reine, la figure du Minotaure pour le Roi, la stature hiératique du couple qui fait éminemment penser aux représentations de couple pharaonique de l’Égypte ancienne, le chien gargouille symbole de fidélité amoureuse au Moyen Âge. Max Ernst propose plusieurs niveaux de découverte et de plaisir face à son œuvre que l’on savoure autant en simple amateur qu’en connaisseur. La prouesse réside aussi dans ces formes, trouvées en premier lieu en moulant des objets du quotidien dans le plâtre.

À l’aide de nombreuses citations philosophiques ou poétiques le visiteur n’a pas besoin d’être un grand éclairé de l’art pour comprendre et ressentir cette exposition adapté à tous les âges. Le thème de l’hybridation homme-animal, qui sous-tend toute l’exposition au-delà du Capricorne qui est le prétexte pour mettre en orbite d’autres œuvres semblables, soulève des questions sur nos conceptions de la spiritualité, de l’insondable, des forces de la nature en tant qu’adulte. Toutefois, l’enfant y trouve aussi son bonheur en s’extasiant devant ces êtres surnaturels qui lui rappellent ceux des contes avant d’aller au lit : les sirènes mi- femme mi-poisson, les sphinx mi-homme mi-lion, les centaures mi-homme mi-cheval… jusqu’à leurs super-héros préférés (Spiderman ne tient-il pas son pouvoir d’une araignée et Batman d’une chauve-souris) ?

Même si l’exposition ne s’étend que sur trois salles, elle présente des bijoux du centre Pompidou, du musée Pablo Picasso, du musée national de la Préhistoire de Saint-Germain-en-Laye et de très belles pièces de musées régionaux. Elle n’a absolument pas à rougir devant les expositions parisiennes. Dans une ambiance musicale douce, de belles vitrines toutes neuves qui pourront resservir pour de futures expositions, un éclairage tamisé et de grands panneaux aérés qui ne sont pas saturés d’informations mais qui au contraire, éveillent et nourrissent l’inspiration propre et la méditation du visiteur, « Constellation Capricorne » réunit tous les ingrédients pour plaire ! On ne peut que souhaiter longue vie et prospérité croissante à cet Écomusée qui se rapproche de l’intime et de l’universel de leur territoire plus que jamais. Elle est une telle réussite que même l’actuel ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer s’y est spécialement rendu pour la Nuit des Musées 2019.

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© Marie Turpin

Pour les vacances de Toussaint, si vous partez faire un tour le long de la Loire, ne manquez pas cette superbe exposition qui fait honneur aux collections parisiennes dans notre si belle campagne française jusqu’au 11 novembre 2019 !

 

Laureen Gressé-Denois

 

 

Retrouver l’Écomusée du Véron :

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Laureen Gressé-Denois

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