Interview de Françoise Mardrus !

A l’occasion du nouveau mandat de Laurence des Cars et de l’annonce de la reprise du projet pour la constitution d’un nouveau département des Arts de Byzance et des chrétientés d’Orient au musée du Louvre, Françoise Mardrus, professeure à l’Ecole du Louvre et directrice du Centre de recherches Dominique-Vivant Denon, nous aide à comprendre les enjeux et le processus de création d’un projet d’une telle ampleur.
Voici donc la suite de l’interview disponible sur notre numéro création.

Vous enseignez également l’histoire des collections à l’Ecole du Louvre en premier cycle. Aviez-vous déjà ce type de cours à votre époque ou avez-vous créé cette matière ?

Non pas du tout. Il existait un cours sur l’histoire du Louvre donné par Pierre Quoniam, inspecteur des musées, qui fut associé au projet Grand Louvre à ses débuts. C’est seulement à cette époque que nous avons ouvert des espaces sur l’histoire du Louvre avec Geneviève Bresc-Bautier et qu’elle m’a confié ces cours à l’École sur l’histoire du Louvre. Je lui en suis très reconnaissante. Mes premiers cours étaient en duo avec Edouard Pommier, directeur de l’inspection des musées de province à la Direction des musées de France, qui a également été un de mes professeurs à l’École sur l’histoire des musées en région. Quand il est parti à la retraite, il y a une quinzaine d’années environ, j’ai repris l’ensemble des cours sur l’histoire des collections en insérant le Louvre dans une histoire plus globale, européenne et internationale. C’est encore une fois une histoire de filiation.

L’enseignement, c’est la mise en perspective des missions concrètes menées au musée. Mon expérience acquise au cours du projet du Grand Louvre m’a donc permis d’enseigner et j’ai mené de concert l’enseignement jusqu’à aujourd’hui et la coordination des grands projets du musée jusqu’en 2013, au départ d’Henri Loyrette. 

Dans l’histoire des collections du Louvre, les différents départements jouent un rôle essentiel : le département des Arts de l’Islam a été créé en 2012 et celui des Arts de Byzance serait en construction. Quelles sont donc les différentes étapes de la création d’un nouveau département dans un musée tel que le Louvre ?

La création des départements est une notion administrative propre à l’histoire du Louvre et qui se fonde dans le courant du XIXe siècle. Déjà en 1849, le peintre Philippe-Auguste Jeanron avait eu cette idée de créer des départements qui auraient un vrai périmètre administratif tout autant que territorial dans le musée du Louvre.  Mais c’est vraiment sous la Troisième République que les départements vont se développer tels qu’on les connaît aujourd’hui par techniques pour les arts occidentaux (peintures, dessins, sculptures et objets d’art) et par aires géographiques pour les civilisations antiques. Puis, au cours du XXe siècle et jusqu’à aujourd’hui, le musée n’aura de cesse de reconsidérer le périmètre de ses collections. 

Les départements du musée ont un poids scientifique important car sans les collections dont ils ont la charge il n’y a pas de musée. Le personnel scientifique des départements n’est pas le plus nombreux mais il est celui qui fait en sorte que l’on puisse organiser des expositions, des médiations pour le public, d’avoir une activité culturelle tout simplement. C’est le fondement de l’institution depuis ses origines. 

Créer un département est donc toujours une décision qui va mettre en balance le souci scientifique, le souci économique et le souci du fonctionnement de l’institution. À partir du moment où vous créez un nouveau département, vous avez besoin de personnel. Donc il faut créer ces postes ou redéployer ceux déjà existants. C’est donc un choix lourd de conséquences car c’est une affectation budgétaire complémentaire qui vient peser sur la balance « fonctionnement-investissement » de l’institution.

Quand l’établissement public du musée du Louvre a été créé avec le statut d’établissement public administratif de l’État (EPA) en décembre 1992, un décret a permis d’inscrire les missions de l’établissement et de lister les départements du musée. A cette occasion, le cabinet des dessins, longtemps rattaché aux Peintures, est officiellement devenu le département des Arts graphiques. 

Ensuite certains départements concernés par la création d’un nouveau département ne souhaitent pas toujours faire sortir leurs chefs-d’œuvre pour des raisons muséographiques par exemple. Les conservateurs ont tous un poids scientifique et cela mène à des débats, des discussions entre départements. Et lorsque l’architecte vient demander le programme des œuvres à exposer pour le projet, il faut avoir partagé les collections pour pouvoir commencer à réellement se projeter. La création d’un département est finalement un cheminement, une réflexion qui prend souvent ses sources jusqu’à quarante ans en amont au Louvre.

Vous dites avoir participé à la création du département des Arts de l’Islam. Pouvez-vous nous expliquer ce grand projet plus en détails ? Quelles ont été ses origines ?

La prise en compte d’une civilisation avec un large territoire et une grande culture s’est faite progressivement. Auparavant, les objets des Arts de l’Islam étaient appréciés en tant qu’objets d’arts décoratifs, vus au travers d’une vision orientalisante et compris du point de vue.

Dès la période du Grand Louvre, de nombreux questionnements se sont posés autour des Arts de l’Islam, des Arts de Byzance et de la fin du monde antique autour de la Méditerranée en général. Nous avons choisi de travailler d’abord sur les Arts de l’Islam car la section existait déjà dans le musée, rattachée aux Antiquités orientales. C’était plus évident. À l’époque du Grand Louvre, l’Institut du Monde Arabe venait d’être inauguré et nous déposions nos objets chez eux alors que nous étions en train de créer vingt mille mètres carrés d’espaces neufs dans l’aile Richelieu. Il y avait donc une idée à développer autour de ces objets que Michel Laclotte a mise en œuvre. La section des Arts de l’Islam a donc gagné de la surface au sous-sol de l’aile Richelieu, avec l’apport d’un petit millier de mètres carrés dans les caves du ministère des Finances. C’était donc déjà une première phase de reconnaissance que de rendre autonome une surface du palais pour ces arts spécifiques. À la suite de cela, la création d’un véritable département avait toute sa légitimité. 

Lorsqu’il a été question de concevoir un département des Arts de l’Islam sur la proposition d’Henri Loyrette, le président de la République Jacques Chirac a acté la création du département lors d’un discours à Troyes le 14 octobre 2002. Cependant la décision politique n’entérinait pas la reconnaissance administrative du département. Pour ce faire, il fallait modifier le décret de l’établissement public pour officialiser un huitième département, ce qui a été fait deux ou trois ans plus tard. Il n’y a presque pas eu à créer de nouveaux postes. La section, déjà existante, a été rendue autonome avec un budget dédié. Un directeur de département a été nommé, Francis Richard, auquel succéda Sophie Makariou, actuelle présidente du musée Guimet, qui porta le projet muséographique des nouveaux espaces.

Inaugurés en septembre 2012, les nouveaux espaces du département des Arts de l’Islam dans la cour Visconti sont ouverts sur deux milles mètres carrés. Sa création offrait donc au département une présence administrative mais aussi physique et culturelle dans le palais du Louvre. 

Aujourd’hui c’est une chance d’avoir un département qui a sa raison d’être, où l’on reconnaît aussi à ces collections leur périmètre extrêmement large de production, de diffusion et de diversité. C’était une reconnaissance légitime et nécessaire pour enrichir la vision d’une histoire universelle du Louvre. 

Vous avez dit précédemment n’être plus coordinatrice des projets du musée du Louvre depuis 2013. Vous n’êtes donc pas impliquée dans le projet du département des Arts de Byzance cette fois-ci ?

Non pas du tout. En 2013, Jean Luc Martinez a pris la tête du musée et m’a confié la création du Centre Dominique-Vivant Denon, un centre de recherche sur l’histoire du Louvre et de son institution. 

Vous travaillez donc désormais seulement sur ce Centre en plus de votre enseignement à l’Ecole du Louvre ?

Complètement. En 2016 nous avons pris la place de la Bibliothèque centrale des musées nationaux dont le fonds est parti à l’INHA. Historiquement, cet endroit, situé à la Porte des arts dans la Cour carrée était celui où se trouvaient les bureaux des conservateurs pendant un siècle et demi. Cette bibliothèque créée sous le Second Empire était un espace que le plan Verne dans les années 1930 a rénové et agrandi.  

L’idée d’un département pour les Arts de Byzance est-elle nouvelle ou a-t-elle également pris ses racines au moment où la nécessité d’un département pour les Arts de l’Islam s’est imposée ?

La question de Byzance s’est posée dès le début. Il y avait déjà eu des velléités de créer un département pour les arts paléochrétiens au XXe siècle. 

C’est un parcours intellectuel à peu près semblable dans la mesure où c’est bien à l’époque du Grand Louvre que la période de la fin du monde antique a été mise en avant par les trois départements concernés. Ils étaient d’accord dans l’idée qu’il y avait probablement des espaces muséographiques à développer autour de cette période et de ce territoire géographique. De plus, à l’occasion du Grand Louvre, de nombreux espaces ont été libérés, leur permettant de mener à bien ce projet. Cette notion de « fin du monde antique » est donc devenue une évidence et la question de Byzance s’est posée, ainsi que celle de son rayonnement artistique. La principale interrogation était de trouver un emplacement adéquat dans le musée et il a été finalement trouvé dans l’aile Denon, autour de la cour Visconti mais d’abord sans Byzance et sans les Arts de l’Islam. 

Nous avions au départ plusieurs points de questionnement concernant l’art copte, présence d’un art chrétien en Egypte, qui est singulier dans le département égyptien, et l’Égypte romaine. L’Egypte ptolémaïque était exposée depuis 1997 dans les salles Charles X. Nous avions également réfléchi à la nécessité d’inclure les arts de Byzance dans ces arts de la fin du monde antique et des premiers temps chrétiens en Orient, au moins le Vase d’Emèse et la mosaïque de Qabr Hiram du département des Antiquités grecques, étrusques et romaines. Enfin, il avait été question de rapprocher Palmyre et les cités caravanières de ce projet. Il fallait cependant déterminer une fin et une limite géographique spécifiques. Finalement, nous n’avons pas réussi à avoir une discussion élargie où Byzance et le développement du monde chrétien en Orient aurait été intégrée dans ce parcours aux côtés des autres civilisations. 

Donc si l’idée a commencé à germer dans les années 1980, cela ne s’est pas fait tout de suite. D’ailleurs, Henri Loyrette avait repris le projet à la suite de l’ouverture des Arts de l’Islam.  

Laurence des Cars a donc bien repris ce projet ? L’ouverture d’un tel département dans les années à venir est – elle bien engagée ?

Je m’avance mais ce qui est annoncé par la direction du musée c’est la création d’un conseil scientifique de préfiguration que Jannic Durand, le directeur du département des Objets d’arts, présidera, puis viendra le recrutement du directeur de la préfiguration du département qui devrait se faire dans les mois qui viennent. Il aura pour mission de définir le projet scientifique et culturel tout autant que le périmètre muséographique des collections pour mener à bien le projet jusqu’à son inauguration, prévue en 2025. Il faudra également intégrer les besoins humains et financiers pour commencer à recruter ou redéployer le personnel nécessaire. Il y aura bien une cellule de préfiguration en attendant que la création du département soit officialisée administrativement.

Est-ce que ce nouveau département va modifier le paysage du Louvre comme l’a fait le département des Arts de l’Islam ?

On ne sait pas encore. La logique voudrait qu’il se place entre la fin du monde antique et les Arts de l’Islam donc dans l’aile Denon pour avoir une certaine continuité mais cela va être un vrai questionnement. Il y aura très probablement un concours pour l’aménagement muséographique. 

Comment va se constituer le département ? Le musée possède-t-il beaucoup d’objets en rapport avec les Arts de Byzance et des chrétientés d’Orient ?

Les collections du musée du Louvre constituent un des tous premiers ensembles sur le plan international. Exposées dans pas moins de douze salles et sur trois étages, nous avons des œuvres acquises séparément par les huit départements du musée. Le Louvre expose aujourd’hui des œuvres de toutes dimensions et techniques mais déconnectées de leur contexte géographique, historique et culturel d’où la volonté de créer ce nouveau département. D’autres sont en réserve dans les différents départements.

Henri Loyrette prévoyait d’aller jusqu’à la Russie orthodoxe en réunissant la collection d’icônes que possède le Louvre. Aujourd’hui je ne sais pas où les bornes sont ou seront placées.

Propos recueillis par Cassandre BRETAUDEAU

Le lembas

Pour ce numéro « Salé », j’ai souhaité faire découvrir à de jeunes novices de l’œuvre de Tolkien l’un des aliments les plus connus de son œuvre (ou rafraîchir les mémoires des initiés de ce grand univers).

Notre petit article prend donc ses racines dans l’œuvre la plus complète de Tolkien : le monde fantastique de la Terre du Milieu que je vous invite (si ce n’est pas déjà fait) à découvrir dans les livres et l’adaptation filmographique de la trilogie du Seigneur des Anneaux. Cet homme, écrivain, professeur de lettres et poète, a imaginé tout un monde et son histoire pour soutenir les différentes langues fantastiques qu’il avait créées (comme les langues elfiques du quenya ou du sindarin). Pour la petite anecdote, le monde de la Terre du Milieu, dans l’esprit de J.R.R Tolkien, n’est que le récit de temps anciens menant aux périodes historiques que nous connaissons déjà. L’écrivain désirait créer toute une nouvelle mythologie du début des temps pour l’Angleterre, la patrie où il a le plus longtemps vécu (il est né en Afrique du Sud !).

Je souhaitais m’attacher à redonner toutes ses lettres de noblesse à un aliment très populaire de l’œuvre de Tolkien depuis l’adaptation filmographique de Peter Jackson : le lembas. Le lembas est un mot sindarin qui signifie « pain de Route ». Il était en effet fabriqué pour les expéditions et les voyages car c’est un pain fortifiant et revigorant qui, en plus de sa propension à être extrêmement nourrissant, peut rendre de la vigueur et effacer la fatigue. Il nourrit autant l’âme que le corps, et aide à conserver la volonté d’avancer même devant des obstacles ou des distances pouvant sembler insurmontables. 

Le lembas est un pain de fabrication elfique et, parmi ce grand peuple, seules les reines avaient le pouvoir de le conserver et de le donner si elles en jugeaient la nécessité. C’est ainsi que lorsque la Communauté de l’Anneau, constituée des principaux protagonistes du « Seigneur des Anneaux », se rend en Lothlórien, une forêt elfique, la dame Galadriel, sa gardienne, décide de leur offrir dans sa grande sagesse du lembas. Ce cadeau s’avère être déterminant pour la suite de l’histoire car il permet à deux des héros de survivre dans des terres arides et désolées ainsi qu’à deux autres de trouver le courage et la force de se libérer de leur captivité. 

A l’origine, le lembas fut créé par la Valië Yavanna, l’équivalent d’une déesse dans l’univers de la Terre du Milieu. Yavanna est la créatrice de toute la faune et de la flore de ce monde. Elle créa ce pain alors que les premiers Elfes devaient effectuer un grand exode de l’Est de la Terre du Milieu jusqu’à ses rivages Ouest (plongés sous les eaux au moment des livres et des films du Hobbit et du Seigneur des Anneaux et donc non visibles sur les cartes). La déesse se serait servie de grains de maïs ne poussant qu’en Aman, la terre des dieux. 

Cette préparation n’était connue que par certaines femmes elfes initiées spécialement par Yavanna elle-même. Elles seules pouvaient toucher le grain du lembas avant que celui-ci ne soit achevé. On les appelait les Yavannildi, les jeunes filles de Yavanna en quenya, une des principales langues elfiques avec le sindarin.  

Le lembas est donc essentiellement connu et vulgarisé par les quelques scènes d’humour mises en scène à l’écran par Peter Jackson et qui ont accentué sa popularité. Pourtant ce pain n’est pas qu’un gag de plaisanterie facile mais un élément important des plus connus des récits de J.R.R Tolkien et également une preuve très précoce de l’alliance entre les dieux et les Elfes, une alliance qui sera longue et parfois mouvementée entre ces deux parties et qui est à la base de la plus grande œuvre sur cet univers : le Silmarillion.

Pour finir, je n’aurais donc qu’un conseil à l’approche des vacances de Noël : plongez-vous (ou replongez-vous) dans l’incroyable œuvre du professeur Tolkien !

Crédit image : Pixabay, image posté par paxillop.

Cassandre BRETAUDEAU

Salière de Cellini

Carte d’identité :

  • Nom de l’œuvre : Salière de Cellini,
  • Artiste : Benvenuto Cellini
  • Date d’exécution : entre 1539 et 1543
  • Matériau : or, ébène et ivoire
  • Dimensions : 26,3 x 21,5 cm
  • Commanditaire : François Ier
  • Localisation : Musée d’Histoire de l’art de Vienne

Sur une base d’ébène de forme ovale ornée d’un décor en émail, qui repose sur quatre petites boules d’ivoire permettant de faire rouler la salière sur la table, deux sculptures en or massif se font face. D’une part, la Terre, figurée par Cybèle entièrement nue, trône sur un animal allégorique et appuie sa main gauche sur son sein. D’autre part, Neptune, dieu de la mer, est porté par des chevaux à la crinière d’or et il tient un trident auprès d’une barque, conçue pour recevoir le sel. Quant au socle, il contient des figurles émaillées qui symbolisent les quatre saisons et les quatre moments de la journée (l’aurore, le jour, le crépuscule et la nuit).

L’œuvre est chargée de symboliques en lien avec la nature omniprésente du style maniériste : la montagne et les plaines à travers la courbe des jambes de Cybèle ; le lieu de naissance du sel entre la terre et la mer, avec l’entrecroisement des jambes des deux protagonistes.

Benvenuto Cellini (1500, Florence – 1571, Florence), était un orfèvre, sculpteur, fondeur, dessinateur et écrivain de la Renaissance. Élève de l’orfèvre Michelangelo Brandini, puis de Marconi, il est exilé quelques années plus tard, suite à diverses altercations. Il voyage alors entre différentes villes italiennes (Bologne, Pise…), avant de s’arrêter à Rome entre 1522 et 1540, tout en retournant plusieurs fois à Florence, pour régler ses problèmes avec la justice. Il est complètement libéré de toute charge, suite à l’implication du cardinal Hippolyte II d’Este de Ferrare, qui intercède auprès du pape Paul III. Il se rend l’année suivante (1540), à la cour de François Ier, qui souhaite le prendre à son service. Il lui passe plusieurs commandes, dont la Salière et la Nymphe de Fontainebleau. Il rentre ensuite à Florence en 1545, où il réalise son très spectaculaire Persée et écrit plusieurs textes dont des traités et ses mémoires. Son œuvre s’inscrit principalement dans le style maniériste, qu’il a pu étudier lors de ses séjours romains et qu’il exporte en France lors de sa venue.

La salière était un ornement destiné aux plus grandes tables européennes pour contenir le plus précieux des condiments : le sel. À cette époque, le sel était vital pour la conservation d’aliments tels que la viande, le poisson ou les légumes. Son prix a cependant décollé sous François Ier, suite à une augmentation de la taxe.

Réalisée dans un premier temps, pour le roi de France, François Ier, la salière Cellini fut ensuite offerte à l’archiduc Ferdinand de Tyrol, par le roi de France Charles IX, en remerciement pour un service rendu. L’œuvre entre alors dans les collections des Habsbourg, où elle est dans un premier temps conservée au château d’Ambras, puis elle est transférée au Kunsthistorisches Museum de Vienne au XIXe siècle. 

L’œuvre est particulièrement célèbre pour avoir été volée, dans la nuit du 10 au 11 mai 2003, avant d’être retrouvée en bon état, près de Zwettl, à environ 90 km de Vienne, au début de l’année 2006. 

Source : Hervé Grandsart, « La salière de Benvenuto Cellini », Revue de la Société française de promotion artistique, no 639,‎ 2006.

Trattati dell’ Oreficeria e della Scultura di Benvenuto Cellini, publiés par M. Carlo Milanesi, Florence, 1857

Crédits photographiques : Guerinf

Test : compose ton yaourt glacé, je devinerai en quelle année tu es !

– Tyfenn Le Roux

Avec un taux d’exactitude certifié à 97,35% par moi-même, ce test ne vous apportera rien de nouveau à part le plaisir de me donner raison. En effet, l’art de l’analyse du yaourt glacé est une science très sérieuse qui va me permettre de deviner votre année d’étude à l’EDL. Alors, 1A, 2A, 3A ou M1, à vos ingrédients sucrés !

1- Commençons par le commencement : Quel parfum souhaites-tu pour ta base ?
🎉 Fraise.
💃 Vanille.
💯 Nature.
😊 Chocolat

2- Et pour la sauce par-dessus ?
💯 Beurre de cacahuète.
🎉 Du café.
😊 Coulis de chocolat.
💃 Coulis de fruits rouges.

3- On va mettre quelques bonbons, tu veux quoi ?
😊 Des fraises tagadas.
💯 Des chamallows.
🎉 Des schtroumpfs qui piquent.
💃 Des Dragibus.

4- Bon, il va falloir essayer de mettre un peu de vitamines, quel fruit souhaites-tu ajouter ?
💃 Banane.
😊 Framboise.
💯 Kiwi.
🎉 Citron.

5- Bon vu qu’il n’y a pas grand chose à ajouter, tu veux quelle taille de pot ?
💃 Moyen, faut savoir se faire plaisir.
🎉 Petit, t’as pas le temps.
😊 Enooorme.
💯 Quoi on peut choisir la taille ?

6- Tu prendras peut-être une boisson avec ça ?
😊 Un soda bien sucré.
🎉 Un café bien serré.
💃 Une tisane bien parfumée.
💯 Un chocolat chaud bien chaud.

😊 1A = Tu viens d’arriver à l’École, tu es plein.e d’énergie et d’idées. Tu te découvres une passion pour l’archéologie (bon tu étudies pas grand chose à part ça pour l’instant mais c’est pas grave). Tout reste à découvrir pour toi, alors attache bien ta ceinture et prépare-toi pour un long voyage (n’oublie pas ton yaourt glacé pour la route).

🎉 2A = Tu as réussi tes premiers examens à l’École et tu te sens prêt.e à tout mais voilà que se profile la terreur de tous : le bloc Arts de l’Inde / Arts de l’Islam. Mais n’aie pas peur ! Avec un bon yaourt glacé, tu sauras trouver l’énergie nécessaire pour affronter cette année !

💯 3A = Tu vois enfin la lumière au bout du tunnel alors tu profites ! Tu t’imagines la vie après la 3A et ça a l’air quand même très sympa. On te trouvera sûrement en train de rêvasser devant ton yaourt glacé.

💃 M1 = Tu as passé trois ans à l’attendre et là tu découvres que tu n’as plus de vie ? Bienvenue en M1 ! Mais malgré tout, tu te passionnes pour ces nouvelles matières qui te rapprochent toujours un peu plus du métier de tes rêves. Alors tu prendras bien un yaourt glacé pour fêter ça ?

Les meilleurs cocktails (liste non exhaustive d’après l’avis parfaitement subjectif de Flora)

(Merci à Clément, Diana, Karl et Marion d’avoir commandé un grand nombre de cocktail un soir (de débauche) pour que cet article puisse voir le jour !)
Chers camarades, ami.e.s de la boisson, nous nous retrouvons aujourd’hui autour de ces quelques pages pour que je vous partage ma liste des meilleurs cocktails auxquels j’ai pu goûter ! Nous n’aurons probablement pas les mêmes goûts (et encore heureux !), mais cela pourra peut-être vous permettre de découvrir un nouveau péché mignon dangereusement sucré…

Blue Lagoon (vodka, curaçao, citron)
Un cocktail acidulé et audacieux, reconnaissable entre mille grâce à sa couleur bleu turquoise vibrante dû à la liqueur de curaçao. Petite anecdote, mais pas des moindres, le curaçao est une liqueur qui doit son nom à l’île de Curaçao, île des Antilles hollandaises et plot twist, le Curaçao est fabriqué par les Hollandais (CQFD), à partir de petites oranges vertes amères ou de bigarades.
Alors, mon avis sur ce cocktail (oui, je suis égocentrique), je le trouve à chaque fois surprenant, comme si je le redécouvrais, grâce à son amertume si caractéristique. Un indétrônable en Happy Hours.

Sex on the Beach (vodka (ou rhum), liqueur de pêche, orange, cranberries)
Son nom en interpelle, en choque d’autres, mais est surtout synonyme de bonheur (pour moi). Ce cocktail aurait probablement été créé en 1987, en Floride (Etats-Unis), lors d’un concours de cocktails, où le barman du Bar Confetti’s a surpris tout le monde en combinant la liqueur de pêche qui commençait à devenir très populaire, avec de la vodka et plusieurs types de jus de fruits. Le barman en question se serait inspiré de ce que cherche une grande partie des touristes sur la côte de Floride (le sexe et la plage), pour trouver le nom de son subtil nectar.
Pour ma part, ce cocktail me transporte en première classe en plein cœur du mois de juillet, sur un transat, les pieds dans le sable. Par sa fraîcheur et son côté pleinement sucré, le Sex on the Beach a une place très chère à mon cœur dans cette sélection très select.

Cosmopolitan (vodka, triple sec, citron vert, canneberge)
Popularisé dans la communauté gay du Massachussetts des années 1960, le Cosmopolitan se démocratise aux Etats-Unis, puis dans le monde entier, avec un succès phénoménal féminin, à cause entre autres de sa couleur du jus de canneberge, dans son verre à cocktail évasé (malheureusement, ce n’est pas le cas sur la photo annexe). Son succès s’amplifie encore, grâce à Carrie Bradshaw qui en fait son cocktail favori, dans la série télévisée américaine Sex and the City. Ce cocktail est également un grand classique dans la culture russe (you know, la vodka…).
Cocktail assez léger, qui se boit très bien en milieu de soirée, en attendant un autre Mojito !

Mojito (rhum, soda, citron vert, menthe fraîche)
(Spoiler : le meilleur pour la fin) L’histoire de ce cocktail est encore une fois assez mystérieuse et basée sur des croyances, mais bon, tant que je ne pourrais pas remonter le temps, il faudra malheureusement s’en contenter. La légende raconte que l’histoire du mojito remonterait au début du XVIe siècle, lorsque le corsaire explorateur anglais Francis Drake, entre deux pillages de La Havane, appréciait siroter des feuilles de menthe pilées avec du tafia (rhum produit à partir de mélasse). La recette originelle évolue au XXe siècle, lorsque le tafia est remplacé par du rhum et le citron vert est ajouté au mélange. Ainsi est né le mojito connu aujourd’hui, et qui tire son nom du « mojo », une mixture à base de citron initialement destinée à rehausser le goût des aliments. Très apprécié par Ernest Hemingway lorsqu’il vivait à Cuba entre 1939 et 1960, le mojito est devenu à partir de 1920 un véritable emblème de la culture cubaine. Le rhum est aujourd’hui l’un des principaux produits d’exportation de l’économie de Cuba (et oui, rien que ça !)
Le meilleur cocktail de tous les temps. Arrêtons tous les débats. C’est tout pour moi. Fin.

Disclaimer : L’alcool est à consommer avec modération.

Deuxième disclaimer : L’étude très poussée que j’ai menée pour dégotter les meilleurs cocktails a été réalisée principalement au Bar du Marché, 16 Boulevard Richard-Lenoir, 75011 Paris.

Troisième disclaimer (oui, j’abuse) : Je n’aime pas le goût de la noix de coco associé à un alcool, ce qui explique l’absence de certains cocktails, telle que la piña colada, sorry…

Flora Fief

Coeur de pierre: la rubrique des statues grecques. La Vénus d’Arles

Découverte et réception


Ce nom de « Vénus d’Arles » vient du fait qu’elle a été retrouvée à Arles en juin 1651, lors du commencement des fouilles des vestiges romains, et de manière assez fortuite, elle a en effet été retrouvée près de la citerne d’une maison moderne. L’hypothèse la plus vraisemblable affirme que cette statue fait partie d’un programme iconographique destiné à décorer le théâtre antique d’Arles. La Vénus serait issue de la décoration du postscaenium, un grand mur, comportant trois étages de colonnes, servant de mur entre l’estrade de la scène et les coulisses afin de cacher ces dernières. Ce mur est sublimé par une importante statuaire inspirée de modèles grecs, notamment des danseuses et des déesses, dirigeant le regard du spectateur vers la statue d’Auguste représenté en Apollon, d’une certaine manière, cette statue pouvait donc avoir une importance, plus ou moins grande selon les hypothèses, pour le culte impérial.


Aussitôt découverte, cette statue connut un immense succès – la France étant le centre mondial de la culture et de toutes les attentions à l’époque de Louis XIV – et fut directement acquise par les Consuls d’Arles. Sa renommée peut s’expliquer du fait de sa nudité, en effet, à l’époque, la présence de sculptures féminines à demi-nues était gage de rareté. L’assemblage des quatre fragments fut entrepris en 1652 par Jean Sautereau. Pendant longtemps, cette statue occupa plusieurs places successives dans la ville provençale, la plus connue étant sans doute la tour de l’Horloge, près de l’escalier d’honneur de l’hôtel de ville. C’est de cette exposition dans la ville que naît chez certains poètes l’idée d’une noblesse romaine arlésienne de laquelle descendraient les habitants, cette thèse sera par ailleurs reprise par des écrivains, comme Frédéric Mistral. Jaloux de son succès auprès de la cour européenne, Louis XIV décida par un décret de la faire venir à Versailles afin que cette dernière puisse décorer la galerie des Glaces au même titre que la Diane de Versailles. C’est donc ensemble que ces statues entrent au Louvre en 1798.

Raphaël Papion

Description et analyse


La statue en pied, plus grande que nature, représente une jeune femme à demi-vêtue d’un manteau ceinturé aux hanches. Par bien des aspects elle rappelle le travail de Praxitèle, à qui l’on prête l’original associé. Son attitude souple et l’impression de balancement créée par le contrapposto ne sont pas sans évoquer les recherches du sculpteur du second classicisme (370-323 av. J.-C.) visibles sur l’Apollon Sauroctone. La composition est savamment animée par les bras, visiblement relevés, et par la tête tournée vers la gauche. Les plis variés de l’himation qui se répondent à un rythme mathématique y contribuent également et sont des traces évidentes du classicisme, et plus particulièrement du IVe siècle comme nous l’indique la retombée en cascade du drapé le long de la jambe portante. Le manteau épais, profondément recreusé au niveau de ses hanches, contraste avec la peau lisse et les courbes douces de la déesse. Sa poitrine menue est également un trait fréquent chez Praxitèle. L’écart entre les pieds et le léger déséquilibre quant à eux provoquent une oblique dans les plis du manteau en mouvement qui s’oppose à celle décrite par les bras, mettant ainsi en avant l’objet tenu dans sa main gauche.

L’étude de son visage semble confirmer la parenté avec une oeuvre de Praxitèle; androgyne, le front triangulaire, la paupière inférieure estompée, les lèvres charnues. Notre Vénus d’Arles présente une grande similarité avec la tête féminine du type Aphrodite de Cnide du Louvre exposée à côté. Ses mèches ondulées sont ramenées en un chignon à l’arrière du crâne, tandis qu’au niveau de ses tempes certaines ont été repiquées autour du bandeau, créant un léger bourrelet. Ses oreilles ne sont pas percées, contrairement à certaines statues de marbre, en revanche un trou au centre de son bandeau laisse supposer qu’un bijou était rapporté. De même, elle est parée d’un bracelet au bras gauche, dont le chaton vide était peut-être autrefois orné d’une pierre.

La remise en question de l’attribution à Praxitèle par Ridgway, qui la pense faite «à la manière de» Praxitèle à l’époque augustéenne, est réfutée par nombre de chercheurs, dont Alain Pasquier.

Enfin nous pouvons observer diverses traces de mutilations et de restaurations (cou, épaule droite, omoplate gauche, avant-bras, fragment de ruban) et de systèmes de maintien (tenons à la hanche droite et trou de crampon au niveau des reins, sous le bourrelet du manteau). Ceux-ci nous indiquent que la statue était destinée à être vue de face. D’ailleurs en observant la statue de dos nous notons que le bas du manteau n’est que grossièrement sculpté, à peine dégagé du bloc de marbre, liée au lieu où elle était disposée.

Lilou Feuilloley

La restauration

Arrivée à Paris en 1684, la Vénus d’Arles fut confiée à François Girardon (1628-1715), le bien connu sculpteur du Roi-Soleil. L’œuvre, notamment amputée de son bras droit ainsi que de son avant-bras gauche devait, comme c’était alors l’usage, être restaurée afin d’être exposée dans la Grande Galerie de Versailles. Cette statue de femme faisait alors débat : qui représente-t-elle donc ? Selon certains, il s’agissait de Diane, pour d’autres, elle représentait Vénus bien sûr. Louis XIV acquiesce lorsque F. Girardon lui présente un modèle en cire de son projet de restauration en Aphrodite. Celui-ci l’a donc dotée d’attributs, ne laissant plus de doute quant à la divinité qu’elle était censée représenter : une pomme, allusion au jugement de Pâris, et un miroir pour la belle déesse. Cependant, le travail accompli par le sculpteur du roi n’a pas nécessairement été très bien reçu. En effet, dès 1759, il est affirmé qu’il aurait été bien incongru pour les Anciens de doter leur œuvre de deux attributs, d’autant plus s’il s’agit d’Aphrodite dont l’attribut principal est finalement son corps même. Mais ce qui provoqua la véritable controverse fut la découverte, en 1911, par Jules Formigé, architecte et archéologue originaire d’Arles, d’un moulage de la sculpture avant sa restauration par Girardon. Les différences entre le plâtre et le marbre ont rendu ce dernier coupable d’avoir « dénaturé » la statue. Car si le moulage a été réalisé avant restauration, il semble bien naturel qu’il soit fidèle à l’œuvre en marbre. Pourtant, l’affaire est plus complexe. Effectivement, fiers de cette découverte, les Arlésiens ont exposé le moulage à l’hôtel de ville, mais celui-ci aurait été endommagé à diverses reprises. Plusieurs problématiques se posent alors : par exemple, Girardon a procédé à quelques retouches de telle sorte que le genou de l’oeuvre en marbre est moins saillant à travers le drapé qu’il ne l’était au moment de la mise au jour, à tel point que le moulage retrouvé par Furmigé paraît pour le coup plus fidèle à l’original.

Mais, comme pour une autre Vénus bien célèbre, c’est la position des bras et les attributs (certains ont proposé une Vénus en armes) qui ont probablement causé le plus de discussions. S’il s’avère que la position de l’avant-bras gauche est assez juste, en revanche, le bras droit – dont beaucoup l’auraient placé plus haut, la main droite ramenée vers la chevelure ou bien en direction de l’épaule versant un petit vase d’eau – était en fait à l’origine plus bas, comme l’indique un tenon qui était logé sur la hanche droite. C’est d’ailleurs ce tenon qui a poussé le restaurateur à diminuer la largeur des hanches de la déesse afin qu’il ne soit plus visible. Cela lui valu quelques critiques, comme pour le tenon antique de l’épaule droite qu’il a transformé en petit ruban. Par ailleurs, la position de la tête diffère entre le moulage et l’œuvre. Elle aurait été mise de telle sorte que la déesse se contemplait dans le miroir dont elle a été pourvue au XVIIe siècle.

En somme, si la restauration effectuée par François Girardon a été contestée, il n’en reste pas moins que la Vénus d’Arles, sans doute moins fidèle à l’original qu’elle ne l’a été, demeure tout à fait harmonieuse. Le sculpteur a bien accompli sa mission : restaurer un antique afin de le rendre digne de figurer parmi les chefs-d’oeuvre d’un roi qui se souciait davantage de la renaissance d’un âge d’or que de recherches archéologiques, et ce notamment en faisant revivre des sculptures qui étaient restées ensevelies pendant des années.

Le cas de la Vénus d’Arles est ainsi singulièrement intéressant puisqu’il pousse à comprendre l’histoire et les enjeux de restauration spécifiques aux différentes époques. Dans ce contexte, il est donc bien compréhensible qu’à son arrivée au musée du Louvre la Vénus de Milo, laissée presque telle quelle, ait eu du mal à trouver sa place parmi toutes ces œuvres restaurées !

Lyse Debard

Sources :
– PASQUIER Alain, MARTINEZ Jean-Luc, 100 chefs-d’oeuvre de la sculpture grecque au Louvre, Musée du Louvre, Département des antiquités grecques, étrusques et romaines, Paris, Somogy éditions d’art : Musée du Louvre éditions, 2007
– MICHON Étienne, « La Vénus d’Arles et sa restauration par Girardon », Monuments et mémoires publiés par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Fondation Eugène Piot, 21, 1913
– MILOVANOVIC Nicolas, MARAL Alexandre, Versailles et l’Antique, catalogue d’exposition (Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, du 13 novembre 2012 au 17 mars 2013), Paris, Artlys, 2012

Les raisons pour lesquelles notre cœur fond :

« Lorsque je regarde la Vénus d’Arles, je ne peux m’empêcher de penser à toute la douceur qu’elle dégage, les bras et les épaules sont particulièrement doux. La volupté du buste s’additionne avec la délicatesse sculpturale du ventre. Finalement le mouvement s’effectue avec le drapé. Pris dans son avant-bras gauche, celui-ci dessine de grandes obliques traversant le jeu de jambes de la copie romaine attribuée à Praxitèle. Les plis forment une longue succession de cannelures descendant vers les pieds que le drapé laisse le soin de légèrement découvrir. Je suis particulièrement émerveillé par les drapés de sa jambe gauche, le rabat du vêtement vient se traduire par une chute de plis travaillés au foret. Enfin, la longue plage de calme au-dessus du relief du genou droit vient achever ce délicieux mélange de volupté et de sérénité. Pour ce qui est du visage, celui-ci respecte les codes très appréciés par les Grecs à cette époque puis par les Romains. Finalement comment ne pas les comprendre, la rectitude du nez, les yeux en amande, les lèvres fines et délicates, tous ces éléments sont de véritables bonbons pour les yeux. »

Raphaël Papion

« Ma vue favorite de la Vénus d’Arles est celle de son dos. Paradoxalement, c’est en observant ce que les Romains et Gaulois n’étaient pas destinés à voir que nous pouvons saisir l’histoire et la force de cette Aphrodite: le bloc de marbre initial qui se devine à ses pieds, le drapé glissant le long de ses hanches, la posture sinueuse et l’extrême douceur praxitéliennes, les marques de restauration et de mutilations qui laissent entrevoir le marbre brillant, ou encore la coiffure élégante. Même la question des attributs divins se trouve ajustée car nous ne sommes plus influencés par les attributs restitués: de dos elle permet à toutes les hypothèses (miroir, peigne, casque, pomme) de coexister. »

Lilou Feuilloley

L’aparté scientifique : la pomme

Pour cette reprise de la rubrique de l’aparté scientifique, quoi de mieux que de suivre le thème sucré, en l’associant à un peu de biologie grâce aux pommes. Fruit suprême de mon alimentation, j’en consomme à toutes les sauces ayant été matrixée par le proverbe “an apple a day keeps the doctor away”. 

Mais ce dicton fut démenti par l’étude faite sur un échantillon de 8728 individus et publiée en 2015 dans la revue médicale JAMA, qui stipule (et je cite en traduisant directement) ”qu’il n’y a pas de preuves démontrant que la consommation d’une pomme par jour a un lien direct avec le fait de ne pas consulter un médecin, mais que les adultes états-uniens mangeant une pomme par jour ont tendance à moins utiliser de substances médicamenteuses ». Mais heureusement, je suis là pour redorer l’image de ce fruit (j’espère le faire rougir au passage), car bien qu’il ne nous empêche pas d’aller chez un médecin, il conserve des bienfaits indéniables, dont… la réduction des crises cardiaques ! En vérité il s’agit de l’ensemble des fruits et légumes à chair blanche, mais la pomme est incluse dedans donc je me permets des raccourcis, et en profite pour en faire un article.

D’abord, un peu d’histoire. C’est une espèce qui existe depuis plus de cinquante millions d’années, dans la région du Kazakhstan, mais elle se diffuse peu à peu, jusqu’à arriver en Europe où elle finit par être cultivée au Néolithique. Plusieurs écrivains de l’Antiquité en parlent, dont Caton et Pline l’Ancien.

Disons le clairement, la pomme part plutôt mal dans la vie : pomme de la discorde pour les Grecs, associée au fruit de la connaissance du bien et du mal chez les chrétiens, elle finit même par porter sa réputation dans le nom scientifique de l’espèce, Malus. Mais loin de se laisser abattre, elle fait fi de sa forme en sphère et peut être vue comme une référence érotique. Les poètes antiques en tirent grandement parti… Et oui, comment Dionysos aurait-il pécho Aphrodite sans pomme ? 

Maintenant, ça se complique: la pomme n’est pas un vrai fruit. Non non, c’est un “faux-fruit”, c’est-à-dire qu’il est constitué d’autres organes que l’ovaire. C’est une différence qui se développe au moment où l’ovaire est fécondée et qu’elle se transforme peu à peu en graine : un faux-fruit intègre d’autres parties de la fleur que l’ovaire, comme le pédoncule, alors que le vrai fruit ne se forme qu’à partir de l’ovaire.

Venons-en aux bienfaits des pommes : en plus d’être succulente, la pomme est riche en vitamine C, ce qui fait qu’elle joue sur le métabolisme du fer (adieu l’anémie), mais c’est aussi une vitamine utilisée pour la synthèse de collagène (adieu les rides), et qui contribue au bon fonctionnement du système immunitaire (on ne dit pas adieu au rhume, il est juste moins chiant). En plus de cela, associée à de la pectine et d’autres agents anti-oxydants que la pomme contient, la vitamine C réduit la croissance des cellules cancéreuses du foie et du côlon, selon une étude de l’université Cornell. 

Alors certes, ça n’est pas un médicament et certaines études restent à confirmer, mais ça vaut le coup de rajouter une pomme à son petit déjeuner! (mais évitez quand même de faire un smoothie de pépins de pomme, c’est du cyanure).

Sources

  • Davis MA, Bynum JPW, Sirovich BE. Association Between Apple Consumption and Physician Visits: Appealing the Conventional Wisdom That an Apple a Day Keeps the Doctor Away. JAMA Intern Med. 2015;175(5):777–783. doi:10.1001/jamainternmed.2014.5466
  • Linda M. Oude Griep, W. M. Monique Verschuren, Daan Kromhout, Marga C. Ocké, Johanna M. Geleijnse. Colors of Fruit and Vegetables and 10-Year Incidence of Stroke. Stroke, 2011; DOI: 10.1161/STROKEAHA.110.611152
  • Fruit and it’s types (biologydiscussion.com)
  • La page Wikipedia sur la pomme, j’assume.

Jo

Bons plans pour étudiant

Les courses sur Paris, c’est très vite cher, et on en arrive rapidement à une routine pâtes / riz pour le repas. Alors, il est difficile de ne pas avoir envie de déguster un bon tacos triple viande ou de se préparer de bonnes grillades dans un grill coréen. « Mais quel trou dans le budget ça me ferait ! », pense l’étudiant ignorant. « Existe-t-il une solution à mon problème ? » Et bien oui ! Cette solution s’appelle TooGood ToGo (on n’est même pas payé pour dire ça !), une appli gratuite sur ton téléphone qui te permet de racheter les invendus de tes restaurants parisiens préférés, et ça pour une modique somme de quatre euros en moyenne pour un plat qui coûterait douze euros ! Après ton achat, tu ramènes ton plat chez toi et tu te régales. Alors il est clair que pour certains, quatre euros ça peut déjà être un budget, mais ça amortit déjà ton petit plaisir hebdomadaire. De plus, en rachetant les invendus, tu aides la planète (si c’est pas beau tout ça). C’est aussi valable pour tes courses au supermarché, tes achats à la boulangerie… Bref, dans tous les commerces alimentaires près de chez toi.

« Bon, c’est bien sympa de pouvoir manger pour moins cher, mais quid de ma sociabilité ? Suis-je destiné à rester manger chez moi tous les repas en tant qu’étudiant fantastique (j’étudie à l’EDL) ? » se questionne à nouveau l’étudiant ignorant. Et bien non, rien ne t’oblige à rester chez toi et tu peux aller manger avec tes amis dehors si tu le souhaites, dans la pizza la moins chère de Paris ! Pour la modeste somme de six euros, tu peux aller manger chez Brooklyn Pizzeria une superbe Margherita cuite au feu de bois. Tu souhaites emmener ton date au restaurant, mais tu es en galère parce que c’est la fin du mois ? Invite le/la chez Brooklyn Pizzeria ! Six euros pour une pizza cuite au feu de bois, à déguster en terrasse entre amis, ça ne peut que te faire du bien (et pendant un instant tu ne penseras plus aux milliers de noms propres à apprendre pour Ariane Thomas). Alors, si tu as une petite faim et que tu veux profiter du beau temps, rendez-vous au 33 Boulevard Beaumarchais.

Tu saupoudreras ta vie de po’aimes

Mielleuse, fruitée, acidulée, la parole poétique nous fait voyager au milieu des saveurs sucrées. Convoquant des symboles très différents, jouant sur le sens des mots, conjuguant nos différents sens : toutes les excuses sont bonnes pour contempler un monde au goût sucré !

La satire à la sauce aigre-douce
« Au lecteur », Les Regrets, Du Bellay (d’après la traduction Livres de Poche) : « Ce petit livre, lecteur, que nous te donnons maintenant, a un arrière-goût composite : celui du fiel, en même temps que celui du miel et du sel. »

A tout réquisitoire salé contre la société, à toute indignation, et donc à tout fiel, il faudrait ajouter un peu de miel d’après Du Bellay. Bien qu’il soit surtout connu pour ses élégies (seum et amertume), le poète a bien précédé Molière dans la critique de l’hypocrisie des courtisans (ici, de la cour pontificale romaine). Quoi de plus ironique que de mimer les manières mielleuses de ces personnages qui cherchent à « Seigneuriser chacun d’un baisement de main » ? Au fiel de la colère de Du Bellay contre le luxueux train de vie que mènent les courtisans, se mêlent d’une part d’autres registres (tout n’est pas vindicatif) et d’autre part un peu d’ironie douce-amère.

Rimbaud, Poésies, II : « Ce qu’on dit au poète à propos des fleurs » : « Oui, vos bavures de pipeaux / Font de précieuses glucoses ! » IV. « Ton quatrain plonge aux bois sanglants / Et revient proposer aux Hommes / Divers sujets de sucres blancs, / De pectoraires et de gommes ! »

Rimbaud s’érige contre tout ce qui est « fadasse », trop convenu, doucereux et univoque. C’est grâce à ce dieu de la poésie qui a su trouver la Beauté – cet idéal éthéré, écœurant et glucoseux – « amère » (Une Saison en enfer) que les poètes ont abandonné les poèmes-barbapapa pour des trucs un peu laids, un peu trash, un peu… ancrés dans le réel finalement ? (Bon d’accord, Baudelaire avait déjà bien déblayé le chemin).

Abondance, fertilité, érotisme : le sucre, que de promesses !
Exode 33, 1 – 3 : « Le Seigneur parla à Moïse : « Va, toi et le peuple que tu as fait monter du pays d’Egypte, monte d’ici vers la terre que j’ai juré de donner […]. Monte vers une terre ruisselant de lait et de miel. » (source : aelf.com)

Le miel et le lait évoquent ici ce qui est agréable, doux, mais aussi précieux. Pour qu’il y ait lait et miel, il faut qu’il y ait alliance entre la nature et l’homme, et donc harmonie et paix. Là où ça devient intéressant, c’est lorsque certains commentateurs rapprochent le lait et le miel des fluides corporels, et donc de la fertilité – quel que soit le sexe. Cette image biblique archi-connue aurait-elle un sens caché érotique ?

Verlaine, Jadis et naguère, « Luxures » : « Chair ! ô seul fruit mordu des vergers d’ici-bas, / Fruit amer et sucré qui jutes aux dents seules / Des affamés du seul amour, bouches ou gueules, / Et bon dessert des forts, et leurs joyeux repas »

Ce poème suggère que des amoureux ont faim l’un de l’autre, ce qui renvoie à plein d’expressions (comme « se dévorer du regard »), à des images poétiques (la bouche de l’être aimé devient coupe à laquelle on vient boire), mais aussi au sémantisme du sucré, puisque le sucre et l’amour partagent plein de points communs (la douceur, le fait d’être addictif…). Cette richesse sémantique fait que ces quelques vers cités peuvent être lus de plein de façons différentes (littéraire, romantique, érotique…).

Une douceur trompeuse
Si l’amour et le sucre, par leur chair, leur sucre et leur jus identiques, sont un seul et même fruit, alors ils ont aussi en partage l’a mertume et la tromperie (le même vers dans le fruit que les manières mielleuses des courtisans à la cour pontificale selon Du Bell ay !), d’où l’expression « faire sa sucrée » employée par le même Verlaine dans « Femme et chatte » (section « Caprices », Poèmes saturniens) pour inciter le lecteur à se méfier autant de la femme que de la chatte, toutes deux « rentr[an]t [leur] griffe acérée ».

Le sucre est ainsi associé à l’amour trompeur à cause de son côté séducteur. C’est ce qui incite Ronsard dans une de ses Chansons à multiplier les qualificatifs se référant à son amante, quitte à se contredire tant l’ambiguïté est grande : d’ « angelette », la femme aimée devient « Toute ma petite malice », et ce, au prisme d’une comparaison avec des aliments sucrés – le miel et la réglisse –… Méfiance, donc ! Chez les poètes, le sucre, élément lyrique par excellence si l’on se réfère au livre de l’Exode ou même au poème « Luxures » de Verlaine, a donc autant une connotation positive que négative. S’il peut se manger, il ne rassasie pas, et s’il soulage et apaise, cela n’est pas sans risque d’assujettissement. C’est pourquoi, dans un seul et même vers, dans une seule et même chevelure, Baudelaire réunit « l’odeur du tabac mêlée à l’opium et au sucre » (« Un hémisphère dans une chevelure », Le Spleen de Paris). Quelle fragrance complexe !

Offrir des « mosaïques de gâteaux »
Et pourtant ! Les poètes ne se lassent pas de ces comparaisons (trop abondantes pour être toutes citées ici !) parce que justement, il y a ambivalence, nuance et contradiction. Même dans les satires les plus vindicatives et même dans les éloges les plus dithyrambiques, du fait de la richesse de ce sémantisme commun, une once d’ambiguïté demeure… C’est ce dont on peut s’apercevoir dans le réquisitoire contre le sucre de Tholomyès (Les Misérables, VII) – je me permets de le citer tant le lyrisme est, comme toujours chez Totor, incommensurablement poétique – : « Tu es faite pour recevoir la pomme comme Vénus ou pour la manger comme Eve » et « Vous n’avez qu’un tort, ô femmes, c’est de grignoter du sucre. O sexe rongeur, tes jolies petites dents blanches adorent le sucre. ». Peut-être peut-on opposer les verbes « recevoir » et « manger » et au contraire, assimiler « rongeur » à « adorent ». Il y aurait deux conceptions du sucré (et de l’amour !) qui s’opposeraient : celle consommatrice (qui donne lieu à l’addiction comme on l’a déjà vu) et celle du don désintéressé, qui porte des fruits. C’est donc un problème de réception-consommation qui nous occupe !

Victor Hugo, Les chansons des rues et des bois, « Fêtes de village en plein air » : « La bière mousse, et les plateaux / Offrent aux dents pleines de rire / Des mosaïques de gâteaux. »

Par ailleurs, cette autre image pittoresque hugolienne nous fait observer combien le sucre joue un rôle social. Qui n’offrirait pas une part de gâteau à ses invités lors d’un anniversaire ? Il semble que le sucre soit un incontournable des rassemblements joyeux. Difficile de le proscrire à tout jamais sans passer pour un trouble-fête…

Ivresse poétique et orgie de sucre !
Jean-Baptiste Clément, « Le temps des cerises » : « Quand nous chanterons le temps des cerises, / Et gai rossignol et merle moqueur / Seront tous en fête ! / Les belles auront la folie en tête / Et les amoureux le soleil au cœur ! »

Les aliments sucrés, parce qu’ils ne nourrissent ni n’abreuvent le gourmand insatiable, donnent lieu à de véritables festins, à une consommation démesurée… Le sucre lors des fêtes abroge les limites et restrictions ! Dans le cas du « Temps des cerises », il symbolise en plus l’insouciance : les cerises des temps idylliques deviennent semblables aux taches de sang des temps de guerre lorsqu’il n’est plus temps de les cueillir. On a donc, avec le sucre, une morale plutôt horatienne et épicurienne (Carpe diem, etc.).

Si l’on pense en termes de boissons, le lecteur peut être invité à une bacchanale poétique[1], d’autant plus que le vin a été perçu dans de nombreuses civilisations comme un symbole de vie, d’éternité, de jeunesse et de renouveau. On pourrait là encore citer Rimbaud (« Le bateau ivre »), Baudelaire (« Enivrez-vous ») ou Verlaine (« Il Baccio »), mais pour varier un peu… voici un extrait de l’œuvre Rubaiyat (c’est-à-dire « quatrains ») d’Omar Khayyâm, un poète perse du XIIe siècle : « Bois du vin… c’est lui la vie éternelle, / C’est le trésor qui t’es resté des jours de ta jeunesse : / La saison des roses et du vin, et des compagnons ivres ! / Sois heureux un instant, cet instant c’est ta vie. ».

En bref : les poètes vous recommandent les mets sucrés à condition de les recevoir et non de vous les procurer vous-mêmes pour une consommation purement égoïste. De fait, le sucre est quelque chose de social, il se partage dans les moments festifs. Il n’en n’est pas moins un fameux séducteur, plein de promesses en ce qui concerne l’amour, l’extase, le renouveau, l’insouciance, etc., mais en ce qui concerne la liberté, la sincérité et la santé… Néanmoins, si vous aimez le sucré, l’amour et la poésie, saupoudrez donc votre vie de po’aimes et jetez-vous corps et âmes dans des expériences lyriques à base de sucre, vous vivrez certainement des choses ahurissantes (n’hésitez pas à contacter la rédac’ pour nous faire part de vos témoignages à ce propos) !

Blandine

[1] Si vous aussi voulez être ivres de poésie, je vous recommande la série de podcasts de France Culture sur le sujet.